mardi 22 septembre 2026

Irene Manca : Everything in its Place

 
La scène musicale de Gênes semble être un creuset inépuisable de nouveaux talents quelque soit d'ailleurs le style de musique concerné. La preuve avec Irene Manca que les progueux fans de Finisterre ont découvert à l'occasion des performances proposées par le groupe dans le cadre de plusieurs concerts hommages à Pink Floyd, en Italie mais aussi au Québec.
Mais, la vérité était qu'Irene Manca est bien plus qu'une choriste venant admirablement renforcer le groupe Finisterre sur les parties vocales nécessitant une voix féminine. Irene est une artiste qui est très active sur la scène musicale de Gênes. Outre sa participation, depuis 2021, au groupe de métal StormWolf, elle a également plus récemment intégré le Caretta Big Band qui compte également dans ses rangs Aldo De Scalzi et elle porte désormais son propre projet évidemment beaucoup plus personnel.
Et nous voilà donc face à ce premier album, qui est en fait le résultat de cinq années d'écriture. Deux titres avaient d'ailleurs déjà été séparément publiés : "Paralyzsed" en 2022 et "Just like water" en 2023.  
Si cet album est court par sa durée (29'52), il est par contre remarquablement profond par son intensité. Caché derrière le paravent pudique de textes écrits en anglais, une langue qu'elle maîtrise parfaitement pour notre plus grand bonheur, Irene délivre à la fois peu et beaucoup de ses tumultes intimes. La sensibilité est bien là, omniprésente, à fleur de peu ou plutôt à fleur de notes. Et le résultat est juste magnifique avec un éclatant nuancier d'émotions parfaitement dépeintes.
Il n'est pas ici nécessaire de s'inquiéter en se disant que l'on va avoir affaire à de la pop gentillette. Les huit morceaux qui composent l'album sont imprégnés des styles musicaux de prédilection d'Irene, des influences qu'elle dose au gré des sentiments qu'elle veut exprimer. Il serait d'ailleurs réducteur de classer ces huit titres dans tel ou tel genre même si "Deep in the dirt"et "Just like water" relèvent plus d'un rock alternatif mélodique que ne renierait pas un certain Steven Wilson, "Compromise" et Everything in its place" "sonnent plutôt folk alors que "So strange / So good" et "A place somewhere in time" sont effectivement plus pop, pour être précis plutôt power pop" pour So strange / So good" alors que "A place somewhere in time" est une ballade onirique portée par un piano qui apporte une atmosphère romantique. Mais il est un fait certain que toutes ces chansons sont marquées par une réelle beauté immanente encore rehaussée par des arrangements largement illuminés par le violon de Giada Bassani (l'introspectif "Paralysed"). Mais Irene ne s'arrête pas là, car avec la bombe de métal symphonique "30", elle devrait mettre tout le monde d'accord. 
Si l'on ajoute que ces huit pépites sont enveloppées dans une production parfaite (à la fois propre et claire) que l'on doit à Simone Carbone, mais aussi que l'album est assorti d'une très belle photo de couverture qui transforme Irene en Madone, il est alors possible d'affirmer que notre bonheur est au zénith. 
Ce premier album sonne juste et est parfaitement équilibré mais il révèle aussi et surtout une artiste complète (compositions, textes, interprétation) qui a déjà atteint une grande maturité. La suite n'en devra être qu'encore plus belle. Amateurs de (très) belles voix féminines dégageant à la fois puissance maîtrisée et sensibilité extrême (cf. compromise"), cet album est pour vous !

Les musiciens accompagnant Irene Manca (chant, guitare acoustique) : Simone Carbone (basse, mix, mastering, production), Marco Fuliano (batterie), Lorenzo Maresca (guitare électrique), Giada Bassani (violons), Francesco Negri (piano sur 7), Marco Ferretti (guitare acoustique sur 4 et 8), Andrea Kala (guitare électrique sur 2).

La tracklist : 

  1. Deep in the dirt
  2. Paralysed
  3. Just like water
  4. Compromise
  5. So strange / So good
  6. 30
  7. A place somewhere in time
  8. Everything in its place

Lien bandcamp : Irene Manca - Everything in its place

lundi 14 septembre 2026

Il Bacio della Medusa : Tarlo

Avec Seme publié en 2018, Il Bacio della Medusa entamait le premier volet de ce qu'il allait présenter comme une trilogie de la conscience sociale (selon les propres termes de ses créateurs). En 2023, Imilla avait permis au groupe de Pérouse de renouer avec son meilleur niveau. Il restait donc une troisième partie à ajouter à ce triptyque en construction. C'est désormais chose faite avec l'album Tarlo qui a été présenté et joué live le 12 septembre à l'auditorium San Francesco di Perugia.

Littéralement, tarlo est un parasite du bois (le ver à bois). Pris dans son sens figuré, il évoque les sentiments de doute et de remords. Ainsi l’expression en italien "essere roso dal tarlo" qui signifie "être rongé par le doute". Le groupe décline cette notion métaphorique tout au long de ses neufs morceaux. A l'écoute de l'album, on ressent d'ailleurs très vite la dimension émotionnelle et anxiogène de cette thématique qui sous entend également des sentiments violents envers la société allant de la contestation à la révolte.  

Ce qui est sûr, c'est que dès les premières notes de "Oscuro Passeggero", on comprend que le groupe a décidé de renouer avec l'emphase symphonique et la théâtralité de l'inégalé (à ce jour) Discesa agl'inferni d'un giovane amante, ce qui nous ramène  quand même à l'année 2008. Le titre suivant, "L'Orologio della Morte" vient d'ailleurs confirmer cette impression qui va se transformer en certitude au fur et à mesure que l'album avance. L'occasion également de souligner que le groupe a presque définitivement délaisser ses velléités métal qui émaillaient Seme au profit d'élans rock et énergiques qui lui sied beaucoup mieux à l'instar de ce que l'on peut entendre sur le musclé "Il Tarlo in Maschera". Certes "L'Orologio della Morte" et surtout "Il Tarlo in Testa" présentent encore quelques passages pouvant être assimilés à du prog métal mais tout cela est parfaitement dosé."Il Tarlo in Testa" est d'ailleurs un vrai morceau de bravoure "in your face" qui permet à Diego Petrini de se mettre en avant aussi bien à la batterie qu'aux claviers (une spécialité chez ce musicien complet). Même dans les compositions les plus accessibles ("Caino et Abele"), le groupe est réellement convaincant avec un Simone Cecchini qui n'a jamais aussi bien chanté et une Eva Morelli omniprésente qui ne cesse d’émailler les morceaux d'interventions d'une grande justesse, que ce soit à la flûte ou au saxo. Il faut enfin noter la présence importante du piano qui a la belle vertu d'accoucher de petites merveilles comme "Le Stelle Cattive" et "Speculum".    

Tarlo est probablement ce que le groupe a fait de mieux depuis Discesa agl'inferni d'un giovane amante. Et si vous avez vraiment aimé cet album, vous retrouverez dans Tarlo les mêmes intonations et la même énergie libérée avec juste un peu moins de folie mais avec par contre plus de maturité qui se traduit autant par des mélodies superbement travaillées que par des arrangements riches et luxuriants. Ainsi la partie centrale de "Tarlo" est une réelle nouveauté pour le groupe qui se lance dans un long passage instrumental atmosphérique de grande classe avec des interventions impériales d'Eva Morelli aux vents (saxo puis flûte) et de son frère à la guitare électrique (irréprochable sur tout l'album).

En première intention,  "Oscuro Passeggero", "L'Orologio della Morte" et "Speculum" me semblent être les trois pièces maîtresses de cet album qui ne présente de tout façon aucun défaut et aucun point faible. Un des must have en RPI pour l'année 2026 ! Avec de tels équipiers, le radeau de la Méduse n'est décidément pas prêt de couler !

Le groupe : Simone Cecchini (chant, guitares), Diego Petrini (batterie, percussions, claviers), Eva Morelli (flûte, saxo), Federico Caprai (basse), Andrea Morelli (guitares).

La tracklist :

1. Oscuro Passeggero
2. L'Orologio della Morte
3. Il Tarlo
4. Cielo Australe
5. Il Tarlo in Maschera
6. Il Tarlo in Testa
7. Caino e Abele
8. Le Stelle Cattive
9. Speculum

Label : AMS Records