dimanche 25 décembre 2022
Ma sélection des meilleurs albums de RPI pour 2022
samedi 17 décembre 2022
Barbara Rubin : The Shadows Playground
Une musicienne qui compose et interprète sa propre musique, c'est une sensibilité qui s'exprime. Quand la musicienne réalise son album quasiment seule avec ses propres moyens et qu'elle assure brillamment l'exécution de tous les instruments, il est alors évident que l'exercice relève d'une forme de catharsis.
Vous vous demandez pourquoi je commence ma chronique comme çà. Très simple ! Avec son album Shadows Playground sorti en 2020, Barbara Rubin va chercher très loin en elle ce qu'elle a de plus intime. La technique et la maîtrise des instruments ne font pas tout, et pourtant, Dieu sait que Barbara est une pianiste et une violoniste hors pair. Ce qui compte pour moi dans cet album, c'est bien la musique et surtout ce qu'exprime Barbara. Il y a tout au long de ces neufs pièces une forme de combat permanent entre une force contenue, peut être même retenue, et une introspection profonde. Barbara donne ici l'impression de jouer, telle une acrobate de l'imaginaire, en équilibre sur un fil. Alors comment se repérer ? Comment savoir entre puissance et délicatesse, entre gravité et légèreté ? Concentrez-vous sur la voix de Barbara et plus généralement sur les parties vocales (il y a aussi une voix masculine et des chœurs). Dans cet album, le guide est le chant. C'est lui qui vous indiquera ce que veut exprimer Barbara. Oui, mais il y a aussi les instrumentaux. Pour le magnifique "Sunrise promenade", la clé est dans les trente dernières secondes du morceau. Pour "Sleeping violin", l'intensité de cette pièce devrait vous guider. Enfin, le titre même de "La ballata degli angeli" résume parfaitement l’humeur de cette ballade qui est un vrai moment de grâce. Tout au long de cet album prégnant, les morceaux défilent tous plus beaux et plus fins les uns que les autres. le piano tisse des trames tour à tour mélancoliques, nostalgiques et suggestives. Les violons amènent ce supplément d'âme qui donne ainsi une vie propre à chaque morceau. Comment résister à la profondeur d'une composition comme "The Shadows playground" qui semble vouloir soudainement libérer toutes les énergies de sa créatrice.
Barbara Rubin a placé "Helen's word" en toute fin d'album et ce n’est pas un hasard car il s'agit de sa pièce maîtresse. Celle qui concentre tout ce que l'artiste a emmagasiné d'émotions et tout ce que la musicienne est capable d'exprimer en terme d'intensité. "Helen's Word" fonctionne comme un tableau de Jérôme Bosch. Écoutez bien ce morceau qui fait un peu moins de six minutes. Bluffant de par sa richesse harmonique et mélodique (la couleur modale des chœurs évoquant les modulations du chant byzantin, au début du titre), mais aussi de par sa densité et notamment avec sa succession de petits tableaux qui ont tous pour point commun une puissance évocatrice saisissante. Je connais plusieurs groupes de rock progressif qui, avec autant de matière, auraient fait une suite de vingt minutes pour un résultat peut être bien moins bouleversant.
Barbara est une artiste intègre et une musicienne talentueuse. Elle le démontre amplement avec The Shadow Playground. Mais, je vous conseille d'allez sur son site bandcamp pour mieux la connaître et la découvrir, vous risquez d'être très agréablement surpris par sa polyvalence. Je vous en donne deux superbes aperçus en avant-première : "Libera" et "Eyelids". Vous me remercierez plus tard !
Barbara Rubin : chant, violon, violon alto, piano, synthétiseurs, guitare, basse, batterie. Elle est accompagnée d'Andrea Giolo (chant et chœurs) et de Veronica Fasanelli (chant sur piste 9).
La Tracklist :
- Endless hope
- Seven
- La Maddalena
- Clouds
- Sunrise promenade
- The shadows playground
- Sleeping violin
- La ballata degli angeli
- Helen's word
dimanche 11 décembre 2022
Fiamma Dallo Spirito : Sabba
Fiamma Dallo Spirito "Sabba" ou l'incroyable histoire d'une résurrection miraculeuse. En regardant la pochette mettant en scène un succube démoniaque, vous allez dire "encore un album de jeunes métalleux nostalgiques des messes noires et autres rituels sabbatiques bien gores qui fleurissaient un peu partout dans les années soixante dix". Pourtant, la vérité est que les vingt neuf minutes de cette galette ont été enregistrées, il y a bien longtemps, le 14 novembre 1975 à Milan, pour être exact. Les protagonistes sont bien connus de ceux qui ont suivi et aimé les pérégrinations sulfureuses d'Antonio Bartoccetti avec ses mythiques groupes, Jacula et Antonius Rex, puisque Fiamma dallo Spirito était la chanteuse et vocaliste sur le premier LP de Jacula, Tardo Pede in Magiam Versus (et non ce n'était pas Doris Norton!), et Federico Bergamini était également présent comme co-compositeur pour ce même album. Mais alors qu'est ce qui explique la soudaine émergence de cette musique sortant des limbes du néant ? La belle histoire commence à partir de maintenant. Pino Pintabona, l'une des deux têtes incontournables du label Black Widow Records, avec Massimo Gasperini, a eu l'occasion de rencontrer Fiamma à plusieurs reprises, car elle habite dans le même immeuble qu'un ami à lui, jusqu'au jour où elle lui a indiqué avoir en sa possession du matériel musical inédit (des bandes enregistrées mais aussi des partitions et des notes) datant de l'époque Jacula. Pino a alors découvert chez elle des enregistrements complets et quasiment finalisés représentant effectivement toutes les pièces d'un album qui n'avait jamais été mis en forme et publié. En reconstituant l'histoire, mais avec aussi toutes les précautions d'usage (les faits évoqués restent supposés et ne sont pas formellement établis) , il apparaît qu'il s'agissait de la contribution préparatoire de Federico Bergamini et de Fiamma pour ce qui devait être probablement le deuxième album de Jacula. Mais, entre temps Antonio Bartoccetti avait rencontré Doris Norton et une hypothétique suite de Jacula l'intéressait d'autant moins que, malgré son caractère aujourd'hui mythique, Tardo Pede in Magiam Versus n'avait jamais dépassé le stade des cent douze copies pressées, principalement distribuées pour la promo (radios et journaux spécialisés) et ne s'était donc absolument pas vendu. Antonio Bartoccetti avait alors mis en route un nouveau projet Antonius Rex, avec sa nouvelle muse Doris Norton, pour aboutir finalement à l'album Zora en 1977. Mais figurez-vous que l'histoire n'est pas tout à fait fini car, alors que Bartoccetti, est supposé ne pas s'être intéressé à l'époque aux bandes de Bergamini et de Fiamma, on retrouve sur Ralefun, l'album d'Antonius Rex de 1978, trois titres qui sont des versions adaptées des compositions du projet de Bergamini et Fiamma : "Magic sadness" pour "Profezia", "Agonia per un amore" pour..."Agonia" et enfin "Incubus" pour "Povero lui" avec pour cette dernière, une partition nettement plus retravaillée. J'ajoute enfin que Pino a également trouvé chez Fiamma, des bandes datant des sessions de Tardo Pede in Magiam Versus avec des versions alternatives de plusieurs morceaux dont deux concernent le titre "U.F.D.E.M.". Voilà qui pourrait annoncer d'autres surprises à venir chez BWR.
Ecce Sabba ! Les titres des morceaux sont très évocateurs d'une forme d'occultisme centré sur la condition humaine aux prises avec les affres d'un enfer dont l'Homme ne peut espérer s'échapper que par l'amour. Musicalement, c'est quand même beaucoup moins noir et gothique que Jacula mais çà reste très sombre avec ce sentiment permanent de désespoir latent. Chaque morceau débute par un texte déclamé, parfois psalmodié, par Fiamma Dallo Spirito. Sa voix est immédiatement identifiable : puissante et affirmée, avec des intonations dramatiques poignantes. A l'occasion, elle adopte même un chant plus lyrique en lamento, comme sur "Povero lui", qui vous prend aux tripes. Ceci étant, concernant "Povero lui", j'apprécie au moins autant la version instrumentale qui est beaucoup plus pure à mon avis. Le premier morceau du disque, l'altier "Initiatio Sagae", est un
rendez-vous incontournable avec cette plongée immédiate dans un univers
ésotérique parallèle, les interventions de l'orgue à tuyaux (orgue
d'église) y étant pour beaucoup. Il faut dire que les accompagnements et les arrangements, intégralement créés et pris en charge par Federico Bergamini, sont d'une grande finesse avec un travail intéressant sur les chœurs que l'on apprécie tout particulièrement sur la ballade désespérée "Dannazione" dont l'entame mystique prend la forme d'un chant religieux en chorale mixte. Mais c'est peut être sur "Sabba" que Bergamini donne le meilleur de
lui-même, avec cette pièce incroyable tirant sur l'avant-garde avec ses vocalises arty reprenant des codes du jazz. En fait, une fois que l'on connaît l'histoire, on comprend que Bergamini a pu ainsi s'affranchir des lourdeurs et du côté un peu trop pompier, parfois à la limite du kitch, de Bartoccetti pour se concentrer vraiment sur la musique. Il est évident que le magnifique et romantique "Agonia" n'aurait difficilement pu avoir ce niveau de raffinement sur un album de Jacula. Porté par des accords plaqués au clavecin, "Agonia" déroule sa mélodie sur un rythme ralenti à l’extrême, évoquant la plus majestueuse des danses baroques du XVIIème siècle, la pavane. Tout est sublime dans cette pièce dont la version démo, "E Dio creo l'amore" se trouve à la fin de l'album avec des paroles et un arrangement différents, beaucoup moins impressionnant. Mais au final, je ne vous cache pas que j'ai quand même un très gros faible pour "Sabba" qui, non seulement rappelle plusieurs compositions d'Ennio Morricone de la même période pour le cinéma, mais en a, en plus, le niveau et la qualité.
Dites-vous que l'écoute de cet album donne une impression d'irréel tant la voix de Fiamma Dallo Spirito semble directement venir de l'au-delà. Dites-vous aussi que cette musique a un vrai pouvoir magique. J'espère que vous y serez sensible comme moi. C'est tout le bien que je vous souhaite.
En fait, l'idée générale est que ce disque mort-né tenait drôlement bien la route dans son genre et que l’exhumation réalisée par Pino Pintabona est loin d'être un coup et n'a rien d'anecdotique. Le résultat pourrait être assimilé à une version dark de Floret Silva par Kay Hoffman. Fiamma Dallo Spirito et son enfant caché, Sabba, méritent de retrouver la place qu'ils auraient dû prendre aux côtés de Jacula et de Pierrot Lunaire.Car Sabba n'est ni plus ni moins que la pièce manquante de l'immense puzzle du rock progressif italien. Il s'agit donc d'un album indispensable pour tous les collectionneurs et vrais connaisseurs de la légende du prog italien.
Les musiciens : Fiamma Dallo Spirito (chant, chœurs), Federico Bergamini (piano, orgue, clavecin, moog, chœurs), Fiametta (chœurs) + Orchestre Bergamini (guitare 12 cordes, guitare électrique, basse, batterie, percussions).
La tracklist :
Le label est Black Widow Records
samedi 26 novembre 2022
Sezione Frenante + Mauro Martello : Prigioniero di visioni
Le groupe : Mauro Martello (flûte, sax, duduk), Luciano Degli Alimari (chant), Antonio Zullo (guitares), Mirco De Marchi (claviers), Sandro Bellemo (basse), Alessandro Casagrande (batterie, percussions)
+ Lino Vairetti (Osanna) sur "Ligeria" et "Prigioniero di visioni"
La tracklist :
- Il cuore rivelatore
- La maschera della morte rossa
- Ligeia
- L’Albergo
- Ian’s Crab bourree
- Pazzo
- Chizza?
- L’horla
- Prigioniero di visioni
C'est sorti chez MaRaCash
Présentation de Via Lumière à Gênes le 3 décembre
C'est avec un immense plaisir que je serai à Gênes le samedi 3 décembre 2022 Via del Campo Rosso, chez la merveilleuse Laura Monferdini pour présenter mon livre traduit en italien, Via Lumière. Et devinez qui sera là ? Patrick Djivas himself mais aussi Claudio Pozzani qui a assuré une magnifique traduction du livre.
dimanche 20 novembre 2022
L'Estate Di San Martino : Kim
Sortie le 11 novembre 2022 du quatrième de l'Estate Di San Martino. La formation de Pérouse aura eu un destin à la Il Castello di Atlante. Création du groupe dans les années soixante dix (en 1975 très exactement) mais aucun enregistrement d'album avant qu'en 2006, le label milanais AMS s'intéresse au groupe reformé pour travailler sur un nouveau projet appelé "Febo". Manque de bol, le guitariste Adolfo Broegg décédera à la fin de la même année. Le premier album de l'Estate Di San Martino (Febo) sortira quand même en 2007. Pour être complet, AMS avait sorti en 2006 Alder, un CD présentant un enregistrement live du groupe datant de 1983, avec évidemment une qualité de son très moyenne. Puis suivront Talsete Di Marsantino en 2012 et ESM#40 en 2015, avec à chaque fois des extras de renom : Steve Hackett (Genesis), Francesco Di Giacomo (Banco Del Mutuo Soccorso), Bernardo Lanzetti (Acqua Fragile, Premiata Forneria Marconi). Ces deux albums sont considérés, à juste titre, comme des prolongements de la longue histoire du prog italien à chercher plutôt du côté de Banco et, à moindre degré, de Le Orme et de la PFM. Vous savez que j'aime bien raconter les petites histoires du prog italien. Alors sachez qu'en fait sur ESM#40, les musiciens de l'EDSM reprennent les onze titres de Talsete Di Marsantino (en respectant l'ordre de la tracklist) dans de nouvelles versions, fêtant ainsi à leur manière les quarante années d'existence du groupe. A vrai dire, les réinterprétations de 2015, s'affichant plus jazzy et plus acoustiques, sont loin de valoir les originaux de 2012. Quant au dernier disque tout frais, Kim, l"EDSM nous sort un bien bel album qui tient globalement la distance, même s'il faut bien l'avouer, une partie de l'ensemble est un peu trop lisse à mon goût, mais c'est le style du groupe qui veut çà. Ceci étant, force est de constater que L'Estate Di San Martino donne l'impression d'être un peu seul sans ses prestigieux invités, notamment au chant même si Andrea Pieroni ne démérite pas, loin de là. Comme vous n'êtes pas obligés de partager mon avis, et que "Liberea" ou "Caleidoscopio" sont vraiment de très bons morceaux, tous les titres sont en écoute YT, il suffit de cliquer dessus.
La tracklist
1. Cretto (3:20)
2. Sul Prato (4:43)
3. Inanna (5:46)
4. Gocce (6:09)
5. Libera (5:47)
6. Il Ciclope (1:29)
7. Il Monaco Pierre (4:08)
8. Immaginami (7:14)
9. Caleidoscopio (9:32)
10. Tewar (+ une ghost track) (11:01)
samedi 19 novembre 2022
Elisa Montaldo : B.O. Thaidi
" Je suis fier d'annoncer que j'ai enfin produit ma première vraie bande-son de film complète ! Le film s'appelle "Thaidi" et c'est une production suisse indépendante réalisée par Mandarine Films. J'ai d'abord participé à ce projet en tant que styliste et maquilleuse, assistante d'acteurs, actrice (un tout petit rôle !! ) et enfin l'énorme défi de composer la bande sonore. Un grand merci à Mattias Olsson pour l'aide dans les sons et la coproduction. Le film essaie de se faire connaître dans plusieurs festivals de films indépendants partout dans le monde et nous recevons quelques nominations ! La musique de mon album Fistful of Planets, part 2 fait aussi partie de la bande-son et j'interpréterai la chanson thème principale à l'occasion de mon spectacle live avec Barbara Rubin au Prog Night Festival le 3 décembre prochain."
lundi 14 novembre 2022
Reale Accademia di Musica : Lame di Luce
Même si le groupe Reale Accademia di Musica n'a jamais atteint la notoriété des incontournables Banco del Mutuo Soccorso, Le Orme et Premiata Forneria Marconi, il n'en reste pas moins qu'il occupe une place respectable dans l'histoire du rock progressif italien avec un album éponyme sorti en 1972 qui est une vraie perle. La suite de l'histoire a été, il faut bien le reconnaître, un peu moins glorieuse, avec trois autres albums qui sont des quasi usurpations d'identité. En 2018, le guitariste Pericle Sponzilli, membre fondateur de RADM, a réactivé le groupe avec de nouveaux musiciens, pour proposer Angeli Mutanti, un album honorable bien que très différent du son de la formation d'origine. Les participations notables de Fabio Liberatori, ancien claviériste de Stadio et collaborateur de Lucio Dalla, et d'un chant féminin de haut niveau en la personne d'Erika Savastani (Deserto Rosso) ont sans doute beaucoup influées sur la nouvelle identité sonore d'un groupe qui privilégie désormais la mélodie, le raffinement des thèmes et les textures harmoniques délicates en délaissant totalement le côté technique du rock progressif et ses schémas complexes.
Avec Lame di Luce, le nouveau Reale Accademia di Musica remet le couvert en gardant globalement la même orientation bien que l'on ressente à l'écoute de l'album une propension à reprendre une démarche progressive au moins dans l'esprit. Outre le fait que le groupe ait stabilisé autour des quatre membres responsables de son renouveau en 2018, Pericle Sponzilli est le compositeur principal des dix morceaux (Fabio Liberatore en co-signe trois), ce qui est une bonne option pour l’homogénéité de l'ensemble. Donc pour en revenir au cœur de la musique, nous sommes sur un format chansons avec quasiment à chaque fois un passage instrumental plus ou moins marqué prog (plutôt plus sur "Ascesa al Fuji" ainsi que sur "Ore lente"), avec aussi une présence plus accentuée des claviers (notamment d'un orgue Hammond en scène dès les premières mesures de "Onde di Sabbia"), par rapport à Angeli Mutanti, parfois placés en simple support harmonique ou prenant, à d'autres moments, une position beaucoup plus en avant jusqu'à mener le morceau, ce qui là aussi accentue la connotation prog, sans vouloir pour cela à tout prix regarder en arrière. Quand Fabio Liberatore n'est pas à l'orgue, il est au piano et cela permet de sortir un monument à la gloire de IQ (volontairement ou pas), je parle là de "Ascesa al Fuji". Le fait est que Reale Accademia di Musica s'inscrit dans une forme de modernité avec toujours une approche distinguée (les parties de synthés sur "Ore Lente"). Dans ce registre, le très floydien "Incontri" est une merveille de raffinement. Dans un autre genre, mais avec toujours cette même grâce, "Si parlerà" a tout de la chanson soft rock jazzy parfaite. Aucun des musiciens n'essaient d'en faire trop. Au contraire, tout le monde se fond dans la masse et les exploits individuels sont très limités, Pericle Sponzilli se faisant discret en solo de guitare, dommage car ses chorus sur "Lame di luce" "Una ferita da disinfettare" et "Incontri" font du bien à entendre avec cette manière de jouer très particulière, un peu à la Chris Rea ("Una ferita da disinfettare"). Les arrangements sont également soignés comme on peut l'entendre sur l'émouvant "Onde di Sabbia" avec ses couches de synthés qui créent autant de symbioses harmoniques pour porter la mélodie ou encore sur "Lame di Luce" et ses nappes (encore de synthés) symphoniques.
On pourra toujours discuter inutilement du fait que le Reale Accademia di Musica d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec son lointain ancêtre. Aucune importance ! Car, il n'en reste pas moins que ce disque est bon. Lame di luce est un album qui s'écoute avec beaucoup de plaisir. On le classera par facilité dans la case pop prog mais en gardant à l'esprit qu'on est en permanence dans le haut du panier (cf. "Due pietre preziose birmane"). J'ajoute que vous êtes quasiment obligé d'acheter la version CD car il y a deux morceaux bonus qui méritent vraiment d'être connus : le très rock "Ossessione' sur lequel Erika vient vous chercher avec un chant ensorcelant, mais aussi le plus éthéré "Il cavaliere del cigno" (une petite perle d'une beauté à couper le souffle, à écouter avant de s'endormir tant elle vous met en état d'apesanteur).
Enfin, on notera que l'album est publié sous le label Micio Poldo Edizioni Musicali (M.P. & Records) mais sera aussi distribué à partir du 18 novembre 2022 par Sony Music (quand même !).
Le groupe : Pericle Sponzilli (chant et guitares), Fabio Liberatori (piano, orgue Hammond, synthés), Erika Savastani (chant), Fabio Fraschini (basse) + Francesco Isola (batterie), Danilo Pao (Fender VI sur “Onde di Sabbia”, “Lame di Luce” et “Ore Lente”)
La tracklist :
1) Onde di Sabbia
2) Ascesa al Fuji
3) Due pietre preziose birmane
4) Lame di luce
5) Si parlerà
6) Una ferita da disinfettare
7) Ore Lente
8) Incontri
9) Ossessione (bonus track sur CD)
10) Il cavaliere del cigno (L’addio) (bonus track sur CD)
Voici un long teaser de l'album : Lame di luce
mardi 1 novembre 2022
Limite Acque Sicure
Le plus souvent quand je dois commencer à écrire sur un album, je me pose la question de savoir par quel bout je vais prendre l'affaire. Au moins, avec Limite Acque Sicure, le groupe me facilite grandement les choses. Se revendiquant au départ comme un cover band de Banco del Mutuo Soccorso, la formation de Ferrare va jusqu'à reprendre l'immense épique "Il giardino del mago" sur son premier album qui sort ces jours-ci. De fait, les clins d’œil au groupe romain sont légions dans ce disque, à commencer par la magnifique intro au piano de "Terra Straniere". Mais, comme d'une part "s'inspirer n'est pas copier" et que d'autre part les membres de Limite Acque Sicure assument leurs références tout en jouant leur propre musique, nous allons écouter et analyser cet album avec le recul et l’impartialité qui s'imposent. Vous allez voir nous allons très bien nous en porter !
Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, Limite Acque Sicure ne tombe pas de nulle part. En fait le groupe a déjà plus d'une quinzaine d'années d’existence, même si la formation actuelle, en sextette, date elle de 2016. Venant d'horizons assez différents (rock, fusion, classique et même métal), ces musiciens cohabitent dans Limite Acque Sicure en apportant et en gardant chacun et chacune leur spécificité artistique, et c'est bien là ce qui contribue à faire la richesse de la musique produite par le groupe. On soulignera ainsi qu'Ambra Bianchi est une flûtiste concertiste réputée avec un CV assez incroyable, alors, qu'à l'opposé, Luca Trabanelli est un guitariste expérimenté venant du métal, un ancien d'Hocculta (et je peux déjà vous dire que çà s'entend drôlement sur les parties de guitares !). Le groupe créé par Andrea Chendi et Antonello
Giovannelli, a d'abord interprété des morceaux de Banco del Mutuo Soccorso avant de progressivement se constituer son propre répertoire, tout en restant dans l'esprit de la banque du secours mutuel. Le moment venu, c'est à dire près de vingt ans plus tard, les six musiciens se sont enfin lancés et ont élaboré leur propre album qui porte le nom de leur groupe et qui se veut conceptuel dans le sens où sont évoqués plusieurs formes de voyages imaginaires et de parcours de vie (vous savez que je ne m'attarde jamais sur les concepts et rarement sur les textes).
Sûr que "Sogno d'Oriente", le morceau d'entame de l'album, aurait plu à Rodolfo Maltese et à Francesco Di Giacomo, tant ses accents arabisants rappellent Indaco, avec quand même une progression vers quelque chose de plus moderne. C'est peut être la chanson la plus accessible du disque avec un tempo simple et des accords principalement en mode majeur. Mais le ton est très affirmé et le long interlude instrumental, aux deux tiers du morceau, est déjà une première belle réussite avec cette construction ayant pour base des lignes de folklore méditerranéen mutant en une succession de chorus typiques de métal prog (synthé et guitare). "Terra straniera" est la composition la plus ancienne puisqu'elle date de 2007. Sans en rajouter et sans aucune démonstration inutile, le groupe réussit pourtant à sortir un morceau, semblant inspiré d'un chant traditionnel, d'une grande intensité. Le magnifique travail sur les voix doublées n'y est bien sûr pas pour rien. Par opposition, "Il respiro dell'anima" se révèle plus exubérant avec ses passages ouvertement rock et ses variations rythmiques alternant cassures et accélérations. On est ici dans un registre quasi FM qui détonne un peu mais qui fait du bien. Évidemment le retour au romantisme affiché avec l'ouverture apaisante à la harpe de la très belle chanson "Antico mare" fait retomber momentanément la température. Mais la trêve est de courte durée car la dernière partie du morceau nous réserve quelques envolées de guitare électrique absolument majestueuses. Jusque là, nous n'avons pas beaucoup parlé des aspects progressifs de cette musique qui n'en manque pourtant pas, loin de là. Mais autant réserver cette focale pour "Fiamme intorno" car nous avons là plus de dix minutes de bonheur absolu avec une succession de thèmes enchaînés, de passages chantés et de parties instrumentales, autant de rebondissements qui font de ce morceau un moment vrai de musique progressive dans toute sa splendeur et dans tout ce que le rock progressif peut amener d'aventureux et d'enthousiasmant. Hommage incontournable ou manque de matériau, le groupe a jugé opportun de présenter ensuite sa propre interprétation de "Il giardino del mago". Çà ne paraît rien comme çà, mais les presque seize minutes de ce morceau épique sont un vrai défi technique qui demande, à tous les musiciens, une précision absolue dans l'exécution et un engagement total pour obtenir un rendu à la fois aussi puissant et aussi ultime que l'original avec même quelques libertés prises avec le modèle comme cette longue introduction magique à la harpe. Je vous le dis et je vous l'affirme : mission réussie pour le groupe qui s'en sort avec plus que les honneurs, et avec également une mention spéciale pour l'excellent travail sur la dualité voix masculine/voix féminine qui apporte un indéniable plus à l'ensemble. Au passage, sur ce morceau Andrea Chendi est vraiment habité par l'esprit de son modèle jusqu'à en avoir les accents. Un beau moment. Et tout cela en live, donc sans filet ! Volontairement ou non, le groupe finit avec un morceau court, "Ti salverà", qui pourrait bien évoquer sa propre vision des "Traccia" même si musicalement on pense plutôt à un resucée des chansons pop folk d'Osanna et de Delirium du début des années soixante dix. Puisque nous avons évoqué un peu plus que prévu Banco sur cette fin d'album, un constat s'impose : pour en revenir une dernière fois au rapprochement avec un groupe romain (très)
connu, il est clair que les élèves sans dépasser le maître font au moins jeu égal avec lui, si je m'en tiens aux deux récentes offrandes
discographiques de la formation en question.
Je peux vous dire que çà fait très longtemps qu'un album ne m'avait pas autant fait plaisir à écouter, un album fait sans prétention et qui pourtant révèle une musique essentielle, un album qui contient un condensé de cinquante années du prog italien le plus classique et le plus pur, prenant au passage le meilleur des seventies mais aussi ce qu'il y avait à retenir de bon des années quatre vingt (en laissant le reste !) et en incluant la modernité de la période renaissance donc post années quatre vingt dix. En résumé, nous avons ici un album qui mérite de prendre place parmi les meilleures productions du genre, ce qui n'est pas rien quand même !
Le groupe Limite Acque Sicure se compose de : Andrea Chendi (chant), Ambra Bianchi (flûte, chant, harpe), Antonello Giovannelli (claviers), Luca Trabanelli (guitares), Paolo Bolognesi (batterie), Francesco Gigante (basse).
La tracklist (à écouter en cliquant sur chaque titre) :
1- Sogno d’Oriente (12’48)
2- Terra straniera (7’53)
3- Il respiro dell’anima (8’25)
4- Antico mare (8’02)
5- Fiamme intorno (10’48)
6- Il giardino del mago (15’51) (cover live Banco del Mutuo Soccorso)
7- Ti salverà (2’11)
Pour commander cet album en CD chez Minotauro store c'est ici.
dimanche 23 octobre 2022
The Lost Vision Of The Chandoo Priest
The Lost Vision Of The Chandoo Priest est en fait le projet de deux musiciens issus de la dernière génération du prog italien. Nous avons déjà rencontré Francesca Zanetta avec Unreal City et Quel Che Disse Il Tuono. Niccolò Gallani joue avec Cellar noise et est aussi dans le même groupe que Francesca, Quel Che Disse Il Tuono. Voilà pour les présentations. Pour le reste cela fait déjà un moment (plus de deux ans en fait) que ces deux là parlent d 'un projet commun. Et voilà, le moment est enfin arrivé ! Avec trois surprises de taille. Tout d'abord, ils ne sont réellement que deux pour tout faire. Ensuite il s'agit d'un album purement instrumental. Enfin, il n'est pas question de prog italien "classico" dans cet album.
Reprenons les choses dans l'ordre. Ne cherchez pas de signification ésotérique là où il n'y en a pas, le nom du groupe a été choisi parce qu'il sonne bien et aussi car il évoque des atmosphères oniriques et psychédéliques. rêveuses. C'est d'ailleurs le même processus créatif qui a prévalu pour le choix des titres hormis pour " The White Toad majesty" qui fait allusion à Arien, le chien de Francesca, surnommé le crapaud blanc, qui ne se rendra jamais compte de la chance qu'il a d'être l'objet d'un aussi bel hommage musical.
Musicalement justement nous avons un concentré de ce qui se faisait il y une cinquantaine d'années en matière de rock instrumental d'inspiration psychédélique avec un côté fuzzy moins marqué mais bien présent (cf."The White Toad majesty", "Getting nowhere" et "Farewell, dog") et un évident coté distingué en plus ("Floating down the valley"). Si le early Pink Floyd est cité dans les notes, il s'agit avant tout d'une forme de révérence (j'ai bien écrit révérence et pas référence) qui ne ressort que très peu dans cet album ou alors à la marge comme sur une partie de "Entering the void of madness", car les vraies sources d'inspiration sont plus à chercher du côté de l'école suédoise des années soixante dix, à commencer par Bo Hansson, mais aussi Flasket Brinner et à un moindre degré Ragnarök, avec également en sous-jacent quelques allusions à Hawkwind (sur une autre partie de "Entering the void of madness" par exemple). Le choix du tout instrumental se justifie parfaitement par la volonté des deux protagonistes de vraiment aller au bout de leurs idées en en explorant complètement toutes les facettes. L'occasion aussi pour eux d’utiliser leur collection de vieux claviers dont l'insurpassable (pour moi) Eminent Solina String Ensemble (je suis moins fan du son des équivalents de chez Elka). Tout est très bon dans ce disque et chaque piste mérite vraiment de s'y intéresser, mais je dois dire que "Chasing time in opposite direction (part I) " me semble devoir être l'objet d'une plus grande attention encore tant elle recèle un vrai potentiel proche d'une forme de rock progressif à la Camel. "Dunans castle" est également un autre morceau à classer dans cette catégorie. La madeleine de Proust, parmi les dix titres proposés, est bien évidemment "London underground" aux sonorités Hammond délicieusement rétro avec un faux air de Brian Auger avec l'Oblivion Express.
Pour être complet, le mixage de l'album a été confié à l'éminent Pietro Pellegrini, le claviériste d'Alphataurus, Claudio Falcone (également Alphataurus) a pris en charge la post-production, alors que la supervision artistique était assurée par Matthias Scheller, c'est dire l'intérêt porté par le patron d'AMS lui-même au travail de ses protégés. Le fait est que le résultat est une belle surprise. Francesca et Niccolò s'affranchissent totalement des styles de leurs formations d'origine. Surtout, ils vont jusqu'au bout de leur démarche, ce genre d'album leur permettant de satisfaire à leur désir d'aller vers un format musical uniquement instrumental tout en assouvissant leur envie de créer une forme de musique que l'on pourra résumer sous l’appellation d'art rock - psyché- vintage (ne cherchez, c'est de moi !). En tout cas, bravo à Francesca et Niccolò qui réussissent l'exploit de faire du neuf avec du vieux.
Francesca Zanetta : guitares électriques, basse, Eminent Solina, Logan String Melody II, Elka Rhapsody, Moog Voyager
Niccolò Gallani : batterie, basse, guitare électrique, flûte, orgue Hammond, Fender Rhodes, Mellotron, Elka Soloist 505
La tracklist :
- Floating down the valley
- Chasing time in opposite direction (part I)
- Entering the void of madness
- The white toad majesty
- Droplets
- Chasing time in opposite direction (part II)
- Getting nowhere
- London undergound
- Farewell, dog
- Dunans castle
Le lien bandcamp pour accéder à plus d'informations sur cet album (et l'acheter !)
jeudi 13 octobre 2022
Elisa Montaldo + Barbara Rubin + Lattemiele 2.0
Prezzo -15 €
via di san donato 9 angolo vico biscotti-Genova
010 247 0793
Oppure
Black Widow Records
Via del Campo, 8 r - Genova
Tel 010 2461708
samedi 8 octobre 2022
Arturo Stàlteri : Visione dai Tarocchi
Arturo Stàlteri est un musicien à part dont personne ne pourra nier le talent extraordinaire de pianiste. Il est d'ailleurs toujours en activité et se produit régulièrement en concert. C'est aussi un compositeur brillant doublé d'un compositeur raffiné. Il a, à son actif, plusieurs albums sous seul nom mais est surtout connu dans le milieu de la musique progressive pour avoir été un des membres fondateurs d'un groupe au statut mythique : Pierrot Lunaire. Une formation qui a produit entre 1974 et 1976 deux albums absolument uniques à la pointe de l'avant-garde de l'époque. Le nom du groupe n'avait pas été choisi au hasard et faisait bien référence à l’œuvre d'Arnold Schönberg, ce que ne démentissaient pas plusieurs morceaux de Pierrot Lunaire (1974) et surtout de Gudrun (1976). Arturo Stàlteri a ensuite poursuivi sa carrière d'artiste avec une flopée d'albums solo, travaillant au passage avec des noms aussi connus que Fabio Liberatori et Philip Glass, c'est dire le niveau du monsieur. Le plus incroyable est qu'Arturo n'a que soixante deux ans, il a commencé très jeune son parcours de musicien puisqu'il avait à peine quinze ans à l'époque de Pierrot Lunaire. C'est donc un jeune homme en pleine forme qui nous sort aujourd'hui du placard une œuvre qui a bien été jouée mais est restée non éditée pendant presque quarante ans. Visione dai Tarocchi (la vision des tarots) est au départ un ballet de la chorégraphe américaine Barbara Schaefer, pour lequel Arturo Stàlteri a écrit, joué et enregistré la musique, présentée les 28, 29, 30 et 31 mai 1985 au Théâtre de Trastevere à Rome.
Il s'agit d'une œuvre onirique à travers laquelle Arturo exprime, à sa manière, sa vision ésotérique, allégorique et prémonitoire des cartes du tarot. Pour vous en convaincre, écoutez donc le romantique et mélancolique "Gli amanti", sûrement la plus belle pièce de l'album mais aussi la plus conventionnelle (ceci expliquant sans doute cela). C'est également l'occasion pour lui de poursuivre ses recherches musicales et ses expériences sonores (cf. "L'appeso", "Il mondo") largement entrevues avec Pierrot Lunaire sur le très exigeant Gudrun et encore plus affirmées avec son premier album solo, André sulla Luna, sorti en 1979. Il confirme ainsi sa volonté d'aller toujours plus loin dans l’exploitation des possibilités des machines électroniques ("Il bagatto") mais se positionne aussi clairement comme voulant rester en dehors du flux mainstream. En fait, cette musique, restée cachée aussi longtemps, peut être considérée comme son troisième album solo, après donc Andrè sulla Luna et E il pavone parlò alla luna (sorti en 1987 mais enregistré bien plus tôt entre 1980 et 1982),
Pour la petite histoire, Visione dai Tarocchi a été composé, enregistré et produit par Arturo Stàlteri au studio Citadel en 1985. Il était seul aux manettes mais également l’unique interprète de sa musique utilisant de nombreux claviers réputés comme un piano Kawai KG 2C, un orgue électrique Farfisa Vip 23, un synthé ARP Solus, un clavier Casio SA 77, un Waltsynth. Le reste des sons produits étant extraits de bandes sonores, de boucles et d'effets divers.
Il ne faut pas se tromper de diagnostic, même si je peux comprendre que l'on peut avoir une perception différente de cet album, car malgré son côté relique, il s'agit bien d'une œuvre totale, aventureuse et sans compromis qui étonne également par le fait, qu'à aucun moment, on ne ressent le besoin d'entendre d'autres instruments que ceux mis en scène par Arturo. Pour tout vous dire, cela fait un choc d'écouter ce genre de musique de nos jours car cela nous replonge dans un univers sonore à tout jamais disparu, n'en déplaise aux apprentis sorciers qui tentent vainement de recréer aujourd'hui la magie d'un monde qu'ils n'ont pas connu, pauvres d'eux ! En attendant, si vous êtes dans une période nostalgique de spleen, tentez l'écoute, vous serez pile dans l'ambiance ("La morte", "L'imperatrice"). Il se pourrait même que certaines des séquences de cet album vous mettent les nerfs à rude épreuve, comme les deux pistes qui se suivent "La ruota" et "La forza". Voilà un lien YT pour vous donner une idée : teaser Visione dei Tarocchi.
La tracklist :
1 La Morte
2 L’Imperatrice
3 Il Bagatto
4 L’Appeso
5 Gli Amanti
6 La Ruota
7 La Forza
8 Il mondo
Label : M.P. & Records
Distributeur : G.T. Music Distribution
mercredi 5 octobre 2022
Aliante : Destinazioni oblique
Sans faire beaucoup de bruit dans le Landerneau du prog italien, Destinazioni oblique, le troisième album d'Aliante est sorti le Le 24 août 2022. Le groupe de base ne comprend plus aujourd’hui que Alfonso Capasso à la basse et Jacopo Giusti à la batterie. Le troisième larron de la bande, Enrico Filippi, a donc quitté le navire et est remplacé aux claviers par Michele Lenzi (également au basson, à la flûte et à la guitare acoustique). La formation est complétée par Davide Capitanio aux guitares et Marianna Vuocolo qui apparaît au violon sur "Coda marea" (elle était déjà présente pour un morceau, "ai confini del mondo", sur l'album précédent).
Les leaders d'Aliante, Alfonso Capasso et Jacopo Giusti nous ont concocté soixante seize minutes de musique sans paroles et c'est une fois de plus très réussi, loin très loin du format instrumental contemplatif ou mou ou chiant (ou les trois réunis !). Avec Aliante, il se passe toujours quelque chose ! Chaque morceau, d'une durée comprise en général entre sept à neuf minutes est un mini épic, avec à chaque fois plusieurs parties enchaînées, parfois même juxtaposées, permettant de varier notablement les atmosphères et les thèmes. Musicalement, c'est très riche. Ce serait donc assez fastidieux à décrire mais c'est par contre passionnant à écouter car il n'y a ni temps mort ni passage à vide. Puisant autant dans la musique classique que dans le jazz, dans la musique folklorique que dans le rock, ayant également recours aux effets électroniques, Alfonso Capasso et Jacopo Giusti s'amusent à mélanger ces genres musicaux avec toujours une pertinence dans le propos. Car loin de tomber dans la facilité, ils font toujours preuve d'une exigence certaine en matière d'écriture musicale. C'est très souvent dense, inspiré et parfois même inattendu. Et c'est toujours très classe ! On mettra à part "Destinazioni oblique" qui consiste en un texte récité par Serena Andreini, supporté par un accompagnement relativement discret voire neutre à la guitare acoustique. Mais la grande évolution vient incontestablement de la présence d'un guitariste à temps plein, fait nouveau pour le groupe qui fonctionnait jusque là avec deux claviéristes (+ la section basse/batterie bien sûr). Et le moins que l'on puisse dire est que Davide Capitanio n'est pas là pour faire de la figuration. Ses guitares jaillissent de partout et dès le premier morceau, "Il mondo di fronte " c'est la fête avec un riff bien gras de guitare électrique qui m'a même fait douter un instant, en me demandant si j'avais bien affaire à Aliante. Je vous rassure (ou pas), le garçon n'est pas un guitar-héro et ses autres interventions sont moins tonitruantes mais toujours efficaces et justes. Bien que limitée à une seule piste ("Code marea"), la présence du violon de Marianna Vuocolo est un nouvel enchantement pour un morceau d'une intensité remarquable. Parmi tous ces excellents titres, c'est d'ailleurs sans doute celui qui me fait le plus d'effet, justement car il prend aux tripes. Je le redis, définir la musique du groupe sur Destinazioni oblique est une gageure. Disons que c'est de l'instrumental kaléidoscopique. Pas sûr que çà vous éclaire beaucoup plus. Le mieux est donc d'écouter cet album. Ce qui est sûr c'est que vous ne vous ennuierez pas pendant soixante seize minute. Mieux ! Vous ne verrez pas le temps passer.
La tracklist :
1. Il mondo di fronte
2. Frammenti di un giorno
3. Home trip
4. Destinazioni oblique
5. Cartimandua
6. Coda marea
7. L'ultimo riflesso
8. La salita
9. Tra cielo e terra
10. I pomeriggi di armida
C'est sorti chez Mellow Records
lundi 3 octobre 2022
Concert Elisa Montaldo + Barbara Rubin
jeudi 29 septembre 2022
Caravaggio
Mai 2022 : l'album complet de Caravaggio est enfin mis en ligne sur bandcamp. Le premier bon point est pour la couverture du disque même si je trouvais celle proposée en 2020, pour la sortie des deux premiers titres "Joyful Graveyard" / "Before my eyes", beaucoup plus avenante. J'attendais d'ailleurs beaucoup de ce groupe après ce ballon d'essai entendu il y a deux ans. Dès la première écoute, il est clair que ces musiciens jouent bien et que la production est excellente. On retrouve donc le hard prog racé de "Before my eyes" qui m'avait tapé dans l'oreille il y a deux ans. Le titre suivant, "Not on me", reproduit plus ou moins le même schéma avec un accordéon en arrière plan et juste quelques riffs de guitare métal en plus. Il semble que cette omniprésence de l'accordéon soit la marque de fabrique du groupe puisqu'il est encore de la partie sur la très belle chanson "Joyful Graveyard" aux accents West Coast. En parlant de belle chanson, il est évident que "Guernica" est une réussite totale avec ce délicieux rythme en 6/8 discrètement souligné par des castagnettes. J'avoue que le groupe me perd un peu avec "Healing the leaders" pour qui ressemble assez à une incursion dans le post rock. La transition avec "Unlike dolphins" est assez étonnante tant ce titre développe un côté avenant presque aguicheur mais dieu que le break central, beaucoup plus rugueux, a de la gueule ! L'instrumental "Pompéi", volontairement très axé folklore méditerranéen, est un pur moment de délice avec ses voix flottantes, mais il a aussi pour lui d'avoir été composé et arrangé (les cloches, les castagnettes, les voix) dans l'esprit de ce que faisait les grands compositeurs italiens de musique de films des années soixante et soixante dix pour les bandes son des westerns. Ecoutez ce morceau en fermant les yeux, je vous garantie un effet saisissant de retour dans le temps à cette période bénie. Je retrouve ensuite ce qui me plaît le plus avec ce groupe. "Comfortable" est un titre accrocheur très plaisant et, une fois encore, l'adjonction d'un accordéon folklorique, tout au long du morceau, est vraiment très réussie mais ce qui fait vraiment la différence dans ce titre, c'est bien cette couleur bluesy larvée apportée par la voix chargée de soul de Vittorio Ballerio. "Fix you" pourrait me faire un peu le même effet que "Not on me" et "Unlike dolphins" à la différence près que ce qui est mis en avant dans ce morceau est avant tout le côté chanson avec un pouvoir magnétique en partie dû à la présence de Courtney Swain, l’emblématique chanteuse de Bent Knee. Et il faut bien dire que cette reprise n'a rien à envier à l'original de Coldplay avec peut être même un supplément d'âme en plus. Il y a enfin la dernière piste qui vaut vraiment le détour. "Life watching" est un titre efficace, tout en retenue, avec un refrain imparable. Cette fois, c'est la flûte qui vient rehausser le morceau de quelques trilles virevoltantes alors que ce sont les lignes de basse qui servent de fil conducteur à ce titre haut de gamme. Fin de parcours sur une très très bonne et belle note. Je pense réellement que ce groupe propose des solutions mélodiques et harmoniques très intéressantes et parfois même originales, si l'on se place dans le cadre plus réducteur du prog italien. Je crois également que ce groupe a un gros potentiel et qu'il a encore, et c'est heureux, une nette marge de progression, notamment en affinant et en affirmant son style. Caravaggio fait partie des rares groupes actuels italiens qui peuvent prétendre incarner l'avenir du RPI. Cet album nous permet d'attendre sereinement et avec confiance la suite.
Participations de :
Courtney Swain (Bent Knee): chant sur " Fix You "
Guido Block: chant sur "Not On Me"
Simona Aileen: chant sur "Guernica" et "Pompeii"
Erika Carretta: chant sur "Comfortable"
Antonio Zambrini: flûte sur "Life Watching"
Nadio Marenco: accordéon sur "Before My Eyes"
Mauro Poeda: accordéon on "Joyful Graveyard"
Carmine Turilli (Krayl Accordion): accordéon sur "Not On Me and Guernica"
Massimo Mescia: piano sur "Not On Me"
Alex Sandro La Bua: percussions
La tracklist
1. |
Before My Eyes
06:03
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2. |
Not On Me
03:36
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3. |
Joyful Graveyard
05:52
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4. |
Guernica
08:04
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5. |
Healing The Leaders
05:21
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6. |
Unlike Dolphins
07:03
|
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7. |
Pompeii
02:28
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8. |
Comfortable
05:26
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9. |
Fix You
04:43
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10. |
Life Watching
06:08
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