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jeudi 1 mai 2025

Gazzara : Criminal sounds

Le compositeur et claviériste romain Francesco Gazzara nous avait régalé en 2022 avec son album Progression, un hommage brillant au rock progressif anglais en général et à Genesis en particulier.
Il revient cette fois avec un nouveau projet qui ne peut que me ravir. En effet Criminal sounds est bien, comme son sous-titre l'indique un voyage musical dans les films de flics et les spy movies des années 60 et 70. Et il ne s'agit pas de n'importe quel périple puisque Francesco Gazzara nous offre des interprétations de grands thèmes signés de John Barry, Dave Grusin, Lalo Schifrin ou encore de l'incontournable Ennio Morricone. Mais l'intérêt principal de l'affaire réside dans le fait que Criminal Sounds n'est pas un simple album hommage au genre en question mais bien une interprétation originale. En effet, un groupe de jazz/rock/funk typique se substitue aux ensembles orchestraux habituellement sollicités pour exécuté ces partitions en général plutôt fouillées. La formation réunie autour de Francesco Gazzara (Hammond, Rhodes, Mellotron et synthétiseur ARP) comprend de solides gaillards : Mauro Mirti à la batterie, Massimo Sanna à la basse, Bruno Previtali et James Gazzara aux guitares électriques. Avec son armada de claviers, Francesco Gazzara se charge quant à lui de traduire et de transformer les partitions écrites pour orchestre en un habillage sonore vintage et psychédélique. Et c'est plutôt très réussi !
L'album comprend quinze titres, autant dire quinze  highlights !
On démarre dans le velours avec  "Hung up on my baby", la chanson d'Isaac Hayes tirée de la B.O. du film policier Three Tough Guys. Puis le gros funk de "Gotcha!" déboule pour nous rappeler nos après-midi d’adolescence avec Starsky & Hutch à la télé. On enchaîne facile avec le "Three days of the condor" signé Dave Grusin, qui défile en mode funky cop avec le visage de Robert Redford en subliminal. Ensuite, c'est la grosse séquence Bullitt avec trois titres à suivre. A mon avis, il n'en fallait pas moins pour rendre un hommage mérité à la bande-son culte composée par Lalo Schifrin.  Un petit détour par le thème charmeur et envoutant de Serpico que l'on doit à  Mikis Theodorakis et il est temps d'attaquer la série des 007 avec ce que l'on peut appeler quatre véritables hits. Ma préférence dans le rendu va à "On her Majesty's Secret Service" dont Gazzara fait une relecture brillante avec l'ajout d'une partie rythmique au groove absolument impitoyable. Puis c'est l'incontournable titre principal de Mission impossible avec cette partition maline imaginée par Lalo Schifrin, mêlant astucieusement rythmique en 5/4 et enchainement d'accords en mode mineur avec évidemment un thème imparable pour couronner le tout. Le grand bonheur arrive (pour moi) avec les thèmes de Città violenta et d'Enquête sur un citoyen au-delà de tout soupçon qui ne font que mettre une fois de plus en lumière le style d'écriture si particulier d'Ennio Morricone, surtout quand on écoute ces morceaux au milieu de ceux créés par d'autres grands compositeurs du genre musiques de film. Gazzara termine en beauté avec "Profondo Rosso" qui a également dû rappeler des bons souvenirs à Bruno Previtali, l'ex membre de Daemonia et de New Goblin.      
Disons le tout net, tous ces morceaux sont exécutés à la perfection.  Il est même intéressant de constater que les parties orchestrales ne manquent pas du tout. Bien au contraire, certaines compositions prennent même un relief inédit, interprétées dans une version moins chargée et donc souvent plus nerveuse, avec en prime un sens du groove toujours bien présent. 
En résumé, l'écoute de Criminal sounds ce n'est que du plaisir...un tantinet nostalgique il faut bien le reconnaître.     

  1. Hung up on my baby
  2. Gotcha! 
  3. Three days of the condor
  4. Bullitt - Main theme
  5. Bullitt - Room 26
  6. Bullitt - The aftermath of love
  7. Honest cop
  8. Goldfinger
  9. Thunderball
  10. Diamonds are forever
  11. On her Majesty's Secret Service
  12. Mission impossible
  13. Città violenta
  14. Indagine su un cittadino al di sopra ogni sospetto
Label : Irma Records

samedi 11 juin 2022

Gazzara : Progression

Regarder cette pochette de disque rappellera fatalement un vieux et bon souvenir aux fans de prog italien qui se remémoreront alors l’énigmatique Planetarium et l'album Infinity. Là s'arrêtera toutefois l'essentiel de la comparaison, les deux œuvres n'ayant rien en commun musicalement. Mais une fois cette remarque formulée, la question du jour est bien sûr : qui est Gazzara ? Francesco Gazzara est un musicien (claviers, guitares) et compositeur italien. Fan de musique progressive en général et de Genesis en particulier (il a écrit un livre sur le groupe anglais en 2021), Francesco a déjà enregistré trois albums publiés en format numérique (Play me my song  en 2014), Here it comes again en 2020 et Foxtrot en 2021) qui ne s’éloignent jamais bien loin de l'univers de la Genèse, ce qui va encore être le cas du présent Progression même si Francesco revendique aussi d'autres influences dans le monde du rock progressif (ELP, Gentle Giant, King Crimson, Yes) mais aussi en dehors (musique classique, musique de films, musique folk).

Le thème du disque s’inspire de la plus ancienne carte de  Grande-Bretagne (la Gough Map, dessinée en 1360 et retrouvée au début du XIXème siècle par un antiquaire), ce qui explique les titres en anglais évoquant pour l'essentiel des noms de villes de la vieille Angleterre. Pour en revenir à ce que contient l’album Progression, il est effectivement difficile de ne pas penser à Genesis. Un peu à l'instar du groupe anglais Yak, on baigne complètement dans l'univers genesien (à part sur le liturgique "Misericordiae"). Mais là où les anglais de Yak restent très généralistes dans leurs évocations de Genesis, Francesco Gazzara réalise un travail d'une finesse et et d 'une précision absolues, recréant ainsi les ambiances genesiennes mais en évitant le côté casse-gueule de l'hommage servile ou de la vaine caricature. Bien sûr, difficile de le nier, les atmosphères oniriques et entrainantes semblent émaner d'un album enregistré par des musiciens ayant directement partie liée avec Genesis. Pourtant, en dépit des nombreuses références que l’on peut trouver dans cet album, la valeur ajoutée amenée par Francesco Gazzara est phénoménale. L’album est un enchantement d'un bout à l'autre. Le langage propre à Genesis est bien là mais l'appropriation est telle que le rendu ressort à la fois original dans sa conception et nouveau dans son expression. A ce niveau c'est une vraie performance. Vous pourrez vous amusez à aller rechercher toutes les références à des morceaux ou à des parties de titres de Genesis, cela devrait vous occuper un bon moment ! Mais il est plus intéressant pour moi d’apprécier cette œuvre pour ce qu'elle est vraiment : une création totale musicalement parlant et une vraie réussite artistique. Je devrais détacher un morceau plus qu'un autre (peut être "Bramber" ou encore "Boreham street") mais honnêtement l'exercice est difficile et je préfère vous laisser faire votre choix vous même. Dans tous les cas, il sera bon.

Sur cet album Francesco Gazzara joue de toute une panoplie de claviers analogiques. Il assure aussi les parties de basse, de guitare acoustique et de guitare électrique. Les autres musiciens présents sont : Giuliano Ferrari à la batterie, Dario Cecchini (flûte, saxo, clarinette), Carmine Capozzucco (hautbois), Fabrizio Paoletti (violon), Giulia Nuti (violon), Giorgia Pancaldi (violoncelle). The Old Way Choir assure les voix sur "Misericordiae".

La tracklist :

  1. Misericordiae
  2. Southampton
  3. Havant
  4. Chichester
  5. Arundel
  6. Bramber
  7. Winchelsea
  8. Lewes
  9. Boreham street
  10. Appledore
  11. Rye
  12. Canterbury 
Voici le lien bancamp pour écouter et commander ce très bel album : Francesco Gazzara bandcamp