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mercredi 20 juillet 2022

Officina F.Lli Seravalle : Ledrôs

Des titres de morceaux volontairement hermétiques, une couverture de pochette qui cherche plus à intriguer qu'à plaire avec ses circuits imprimés posés en vrac, une musique à la limite de l'expérimental, parfois même abstraite, pas de doute, les frères Seravalle (Alessandro et Gianpietro), toujours supportés par Loris Furlan (Lizard Records) sont déjà de retour avec Ledrôs, le quatrième album de leur projet fraternel Officina F.Lli Seravalle. Pourquoi Ledrôs ? Parce que ce mot en langage frioul signifie "à l'envers", "l'envers du décor", ou encore pour s'approcher de ce que veulent exposer les frères Seravalle "la face cachée". On comprend mieux alors la signification de certains titres ("Néfaste clairvoyance", "Sublime futilità"). Pour rentrer plus en détail dans le concept de l'album, je vous laisse lire les notes de dos de jaquette (pour cela, il vous faut donc acheter le CD bien sûr !).

Une fois encore, les frères Seravalle vont délibérément emmener l'auditeur dans un monde où la perte de repères est la norme. D'ailleurs la question se pose clairement : est-il bien raisonnable de continuer à proposer cette musique inclassable qui semble plus parler à ses concepteurs qu'à ses destinataires légitimes ? La réponse est évidemment oui ! Oui car ce que l'on entend dans cet album n'a rien de commun avec un prog psychédélique, devenu lui aussi désormais codifié et prévisible, et est surtout formidablement fascinant voire hypnotique. Passer du crimsonien "Elogio di Oblomov" à l'atonal "Di refosco et di ghigno" est déjà un choc en soi mais être happé ensuite dans le cône coloré d'"Il silenzio del corpo", qui me rappelle les "Afroclonk" d'Ozric Tentacles et plus généralement Curious Corn, finit de vous convaincre que les frères Seravalle ne vivent pas dans le même monde que nous. Le jazzy et crépusculaire "Néfaste clairvoyance" ouvre tout naturellement pour "Vignesia" qui supporte un texte récité écrit par Italo Calvino. Le changement d'ambiance est radical avec "A4 - Driving the moon home" qui évoque une conduite de nuit en voiture sous l’œil éclairant d'un lune bienveillante. Le planant et électronique "Stealth revolution" est beaucoup plus inquiétant. Il prend son temps pour se répandre et prendre de l'ampleur jusqu'à emplir tout l’espace sonore avec une succession de couches d'effets et de boucles qui viennent progressivement se superposer les unes aux autres, formant in fine une masse compacte. Retour au jazz avec "L'antiprometeo" mais un jazz décadent avec une ligne de piano tombante à la fois pesante et désespérante. La deuxième partie du morceau, bien que très différente (plus électronique) garde ce côté déprimant. Il n'y a décidément pas de salut dans ce titre comme semblent le confirmer les lignes de cordes (modélisées) plaintives qui sortent de partout (les gémissements des damnées de l'enfer ?). Finalement, le mode est un peu le même au début de "Sublime futilità", la trompette délivrant de longs lamentos puis le morceau se transforme en une sorte de marche chaloupée menée par une trompette et un bugle. Étonnant et irrésistible. Je me serais bien passé par contre de "retinal fetish" et de son tempo transe même si je conçois et comprends la volonté des auteurs d'exprimer au mieux par ce biais une forme de vision relevant des effets résultant de psychotropes hallucinogènes. "Jibias de interioridad" semble vouloir continuer le trip même si cette fois le tempo dance technoïde disparait au profit d'une boucle électro. Ledrôs se termine avec l'onirique "Terzo turno" dont le thème est progressivement poussé vers un long chorus de guitare électrique qui s'évapore dans un fade out qui pour une fois a du sens.   

Sans doute un peu plus accessible que certains de leurs précédents travaux, Ledrôs n'en est pas moins un disque qui a ses exigences et qui demande beaucoup d'attention de la part de l'auditeur qui devra en outre accepter de rentrer dans un univers aussi singulier que déroutant. Mais c'est bien là l'intérêt de ce type de musique. Objectif atteint donc !


La tracklist : 

  1. Elogio di Oblomov
  2. Di refosco e di ghigno
  3. Il silenzio del corpo
  4. Néfaste claivoyance
  5. Vignesia
  6. A4 - Driving the moon home
  7. Stealth revolution (from the top down)
  8. L'antiprometeo
  9. Sublime futilità
  10. Retinal fetish
  11. Jibias de interioridad
  12. Terzo turno

dimanche 16 mai 2021

Officina F.Lli Seravalle : Blecs

Nous voilà à nouveau irrésistiblement attirés dans l'univers si particulier d'Officina F.Lli Seravalle qui s'affirme de plus en plus comme le trou noir sonique dont on ne ressort pas. Blecs succède à Tajs! (2019) qui lui-même suivait un premier album, sorti en 2018, dont je ne me suis pas encore remis du nom (Us frais cros fris fics secs). Plus le temps passe, plus ce groupe si atypique prend ses distances avec le commun et l'ordinaire, avec l'attendu et le prévisible, pour tenter de créer des brèches permettant de relier le spirituel au temporel afin que chacun puisse ainsi s'élever au-dessus de la matière. Dans la hiérarchie céleste, les frères Seravalle pourraient être considérés comme les Dominations, ces anges qui étaient les intermédiaires entre la puissance divine et le genre humain. Ils sont, en quelque sorte, des passeurs destinataires de messages subliminaux transmis sous forme de flash et d 'énergie brute, qu'ils retranscrivent ensuite en les transformant en une matière sonore qui tient autant de la création expérimentale que du bouillon psychédélique. L'auditeur se trouve ainsi confronter à un magma de sons et de notes sans orientations préalablement définies mais qui, comme par magie, prennent à chaque fois une forme nouvelle pour atteindre une stabilité relative. L'afflux d'énergie créé le désordre, du désordre naît une réaction entropique. Blecs est fait d'une musique a priori hétérogène donc, qui semble se perdre dans l'infini, chaque vision d'Alessandro et de Gian Pietro Seravalle donnant naissance à un jet impulsif qui devient sonorité primaire relevant parfois de la simple expérimentation et au mieux du voyage musical. Dans tous les cas, il s'agit d'un court passage, d'une expérience assumée comme étant (devant être) éphémère. Cette musique qui doit agir comme un révélateur (un détonateur selon les frères Seravalle) s'adresse autant au corps qu'à l'esprit en se voulant stimuli. Nous y voilà ! Blecs est une musique officinale aux propriétés thérapeutiques, un remède contre les dérives épuisantes de la vie quotidienne. Il ne s'agit pas de réfléchir ou de se poser des questions qui n’auraient de toute façon pas de réponse. Vous devez écouter Blecs en fermant les yeux, en faisant le vide. Ainsi votre esprit s'ouvrira et vous pourrez accéder à un monde de sensations et d'influx qui vous rapprocheront d'autant du chaos originel. 
Après cette longue présentation métaphysique, vous comprendrez que tenter de vous en dire plus sur ce que vous allez entendre, pendant l'heure que dure Blecs, est évidemment une gageure. Pour vous éclairer, disons qu'il y a de l'ambient, du minimaliste, de l'avant-garde, du jazz électro, de l'électro tout court, du planant psychédélique et quelques discrets effets shoegaze. Au milieu de tout cela, il y a une piste qui sort clairement du lot, "Angelus novus", entre ombre et lumière, avec des vocaux hallucinés d'Alessandro Seravalle.
Si vous trouvez que la musique progressive, et ses émanations satellitaires, tournent en rond depuis trop longtemps, qu'elles ne vous apportent plus rien de vraiment nouveau, que la prise de risque est à chaque fois minimale, alors cet album de musique prospective devrait vous intéresser. Si vous voulez éprouver  des sensations nouvelles, être bousculés dans vos certitudes et si vous acceptez de vous éloigner du conventionnel, alors cet album a des chances de vous servir de "blec" qui est le terme utilisé en vieux frioulan pour évoquer une sorte de patch aux vertus curatives. Voilà, vous savez tout maintenant .
 
Pour mieux les connaître et en savoir plus sur leur tournure d'esprit, je vous propose de retrouver Alessandro et Gian Pietro Seravalle dans une interview récente qui suit la chronique de Qohelet un autre projet étonnant d'Alessandro Seravalle.

La tracklist :
  1. Imprevisto cristallo
  2. Shady business
  3. Digital panoptikon
  4. Luce scettica
  5. Doppelgänger
  6. Posto di blocco
  7. Of rain, elder, crickets and breaths
  8. Due di notte
  9. Angelus novus
  10. Exp 221
  11. S=K LOGW (Morte Termica, Suadade)

Alessandro Seravalle (guitares, claviers, chant) et Gian Pietro Seravalle (claviers) sont accompagnés de quelques rares musiciens invités :  Simone D'Eusanio (violon sur 2), Andrea Massaria (guitare et Fx pedalboard sur 7 et 11), Alessandra Rodaro (cor français sur 4), Paolo Volpato (guitare lead sur 6). 

Label : Lizard Records


dimanche 13 décembre 2020

Qohelet : Qohelet

 Je préfère vous prévenir tout de suite, l'écoute de ce CD ne va pas être une partie de rigolade. On peut déjà ressentir l'ambiance générale en regardant la couverture de l’album (*) et en se remémorant que Qohelet n'est ni plus ni moins qu'un livre (L'Ecclesiaste) et un personnage de l'Ancien Testament - "celui qui s’adresse à la foule" avec des affirmations du style : "Vanités des vanités, tout est vanités". Le genre de truc qui fait que tu t'excuses d'avoir gagné un prix d'excellence alors que t'as bûché comme un malade pour çà (je vous rassure, çà ne m'est jamais arrivé !).

Qohelet pour nous (pauvres de nous !)  c'est Alessandro Seravalle (Garden Wall et plus récemment Officina F.lli Seravalle) et Gianni Venturi (membre historique d'Altare Thotemico). Le premier  prend en charge la partie instrumentale (piano, synthés, samples). Le second est à la fois le grand maître des mots et l'émetteur de la voix d'outre-tombe que l'on entend. Le premier crée un fond sonore terriblement anxiogène pour que le second puisse installer et développer un récitatif qui vous tombe dessus comme si vous entendiez, recroquevillé au fond d'un trou noir, les prêches d'un Savanarole accusateur vous exhortant au bûcher des vanités ! En arrière plan, un fond musical qui oscille en permanence entre bruitages et collages sonores pour un rendu à la fois glauque et marécageux.

Gianni Venturi considère que cet album tient plus de la pièce de théâtre que du simple disque. Je dirais pour ma part qu'il s'agit d'une expérience quasi sensorielle qui veut nous amener à une rupture totale par rapport  à notre vécu et à nos habitudes, et ainsi nous faire prendre conscience de l'absurdité de notre existence. Pour arriver à leurs fins Alessandro Seravalle et Gianni Venturi nous forcent à emprunter la voie menant à un monde désenchanté qu'ils noircissent à l’extrême de manière à nous faire sentir et comprendre que ce monde est en fait le paradigme de l'enfer des vivants et que si nous frayons dans ce cloaque sans espoir d'en sortir, c'est de notre seule faute !

Il y a de grandes chances que le sentiment de malaise qui va s’emparer de vous au début de l’écoute de cet album perdure jusqu’aux dernières secondes. Franchement, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Qohelet est une création expérimentale à la fois très torturée mais aussi très poétique qui nous oblige à réfléchir sur nous-mêmes et surtout sur ce qui est vraiment important et ce qui ne devrait pas l'être. En cela, elle est donc unique en son genre ! Prenez le comme tel. 

Label : Lizard Records

(*) La peinture ornant la pochette est signée Giovanni "Nino" Seravalle

jeudi 28 novembre 2019

Officina F.lli Seravalle : l'interview (en français)


Allez, en route pour cette interview fleuve, en français cette fois, d’Alessandro Seravalle (Officina F.lli SERAVALLE) qui, pour ne rien vous cacher, m’a pris un peu de temps car Alessandro, non content d’intellectualiser énormément ses propos, est très prolixe dans ses réponses. Vous constaterez également, qu’outre sa très vaste culture, il fait régulièrement référence à des écrivains et philosophes, Français de préférence.

Hello Alessandro, tout d’abord, qu’est ce qui s’est passé entre la fin de Garden Wall, ton groupe historique, et le début de ce nouveau projet Officina F.lli Seravalle ? Pour les lecteurs de ce blog, il faut préciser que Garden Wall, c’est pas moins de huit albums en un peu plus de vingt ans d’existence.
Beaucoup de choses sont arrivées Louis. Tout d’abord, je dois te dire que Garden Wall ne s’est pas réellement arrêté , disons plutôt que nous faisons une très longue pause, le neuvième album, que nous intitulerons Psicomachie (qui veut dire quelque chose comme « la bataille des âmes »), est presque prêt et un jour nous allons le finaliser. Mais pour revenir au présent, j’ai réalisé deux CD sous le pseudo de Genoma (le premier est sur un album scindé en deux parties avec un autre projet intitulé “λòγoς”, le second s'appelle Silenzioso), c’est du matériau électronique, parfois très noisy, parfois minimaliste. J’ai aussi sorti deux CD sous mon propre nom, encore de la musique électronique mais cette fois moins hétérogène et plus centrée sur les timbres (ce que l’on dénomme « Klangfarben » en allemand, qui est la bonne expression pour moi). Dans le premier, qui s’appelle Morfocreazioni I-V, j’utilise principalement ma guitare et c’est la chose la plus noisy que je n’ai jamais faite, le deuxième s’appelle Spielräume et c’est un concept album électronique basé sur le constat que dans plusieurs langues comme l’allemand ou l’anglais (mais pas l’italien toutefois), le verbe « to play » (« spielen » en allemand) a trois significations différentes : « playing » a à voir avec la musique (jouer d’un instrument), avec les jeux (jouer à un jeu), et avec le théatre (jouer un rôle). Puis j’ai démarré d’autres projets : Schwingungen 77 Entertainment, qui est un guitar-trio « frénétique » que j’ai formé avec deux autres guitaristes, Andrea Massaria et Enrico Merlin, inspirés par le futurisme italien (ensemble nous avons réalisé un CD d’avantgarde destiné au label Setola di Maiale, Act I: notes in freedom), James Frederick Willetts est un quartet, encore avec Andrea Massaria à mes côtés, avec mon frère Gianpietro et le philosophe Raoul Kirchmayr. C’est de loin l’album le plus politisé que j’ai réalisé (avec des paroles en français, car mon ami Raoul a exercé pendant un temps à l’Université à Paris et c’est un grand expert des philosophies de Sartre et de Merleau-Ponty). D’autres projets n’ont jamais atteint l’étape de la réalisation en CD bien qu’ils aient pris beaucoup d’importance durant ces années (Agrapha Dogmata avec le violoncelliste Mariano Bulligan, le batteur Ermes Ghirardini, la danseuse Laura Della Longa et l’artiste visuel Luigina Tusini ; SeTe, un projet avec le multi-instrumentiste Carlo Sebastiano Tedeschi (consultable sur Bandcamp) et Bonsoir Trio, avec le bassiste Mauro Bon et le guitariste Tony Longheu.

Alessandro, j’ai envie que tu nous en dises plus sur le choix du nom du groupe et aussi du titre de l’album (même s’il y a une note explicative au dos de la couverture de Tajs !).
Tout d’abord, pourquoi “Officina”, Voilà ce que l’on trouve dans le dictionnaire à Officina : atelier, laboratoire, manufacture, contraction d’opificina, venant d’opifex (génitif opificis) “travailleur, ouvrier, fabricant”. Il semble que notre raison d’être soit de faire et d’expérimenter mais, bien sûr, il n’y a pas de conception intéressante sans une solide réflexion sur ce que tu fais (mon intérieur philosophique qui rejaillit !). Officina est l’endroit dans lequel mes visions musicales ainsi que celles de mon frère émergent ensemble, ma recherche de timbres se mélange avec les grooves vicieux apportés par mon frère. La chose amusante est qu’à la fin vous ne pouvez jamais dire qui à fait quoi tant tout est amalgamé. C’est de la musique pour le corps et pour l‘esprit avec un très fort feeling psychédélique. Nous l’appelons musica officinalis, tout comme les plantes officinales qui sont supposées avoir des effets thérapeutiques. La musique a toujours été le moyen que j’ai trouvé pour me soigner, pour chasser mes peurs et mes hantises. C’est une sorte de cure contre les effets épuisants de la vie quotidienne.
A propos du titre de l’album, Taj veut dire “coupure” en langue frioule. La coupe ou l’action de couper ont un rapport avec le fait de se soigner (le scalpel en chirurgie), avec le soin que la mère apporte en coupant la nourriture en petits morceaux pour son bébé, avec la mode (le couturier), avec le fait de tracer une ligne de division, avec le fait de donner une forme à quelque chose (comme pour les pierres précieuses qu’il faut retailler) ou encore le fait de supprimer quelque chose (rayer un mot). Beaucoup de significations en fait ! Mais taj, dans un sens plus prosaïque, dans notre région de l’extrème nord-est de l’Italie, signifie aussi un verre de vin. L’idée est venue à l’esprit de mon frère pendant que nous étions en train de boire un verre de vin quelque part, et après j’ai pensé à toutes les interprétations possibles de ce mot.

Pourquoi ce très net changement de style par rapport à Garden Wall ?
Je suis intimement convaincu que la musique progressive devrait ... progresser ! Rester  enfermé dans une position figée est quelque chose dont j’ai vraiment peur en tant qu’artiste. Regarder dans différentes directions, rester en permanence en mouvement, donne vie à la musique qui est condamnée autrement à être stérile. Etre « progressif » de nos jours est quelque chose qui devrait être très éloigné du fait d’imiter Genesis ou d’autres groupes du même genre. Je crois que c’est un gros problème dans la musique progressive. Malheureusement, beaucoup de progueux veulent juste entendre toujours le même truc encore et encore. C’est une manière de se rassurer ! Mais l’art ne peut pas être rassurant ! L’art doit stimuler, doit obliger les gens à réfléchir, doit même déranger. Garden Wall aussi a toujours essayé d’aller vers des chemins différents. Principium, notre premier album qui date de 1993 est à des années-lumières d’Assurdo, notre dernier album qui est sorti en 2011. Quelqu’un pourrait même dire que ce sont deux groupes différents.  
Je pense que l’électronique nous donne la chance de pouvoir expérimenter, en particulier si, comme moi, vous êtes intéressés par les tonalités, aussi c’est normal d’aller dans cette direction. Mon approche de la guitare a complètement changé de ce fait (je suppose que j’aurai de gros problèmes à jouer les vieux trucs de Garden Wall puisque je ne joue plus comme ça). La plupart du temps, je veux que la guitare ne sonne pas comme une guitare (beaucoup de sonorités étranges sur Taj! sont réalisées à la guitare mais vous ne pouvez pas l’affirmer). J’obtiens ce résultat à la fois avec une approche non conventionnelle de l’instrument (en en jouant avec des couteaux, des pierres et plein d’autres objets) et avec une utilisation importante de racks d’effets (la plupart n’ étant pas ceux faits pour les guitaristes, je recherche des pédales bizarres dont le rendu est assez imprévisible et réagissant entre elles en temps réel. L’influence de ce qui est appelé la musique créative de la scène avant-jazz de Chicago est perceptible dans ces sons. J’adore Anthony Braxton par exemple, aussi je lui ai dédié une composition sur le deuxième album de Genoma, appelée “Toni di ottoni” (c’est un jeu de mots pour ceux qui comprennent l’italien). Selon moi, la musique progressive n’est pas un genre mais une sorte d’attitude. Si vous restez statique sur vos positions, vous ne pouvez pas dire que vous faites de la musique progressive… mes idées s’arrêteront un jour, et ce sera le jour où j’arrêterai de faire de la musique.

Comment définis-tu votre style musicalement, de quoi peut-on le rapprocher ? Avez-vous des références incontournables !
Définir la musique est presque toujours très difficile. Officina F.lli Seravalle est réellement un chaudron dans lequel les influence les plus diverses et les plus inconscientes interagissent entre elles. Il y a de l’avant-jazz (certaines choses sont improvisées), du rock progressif, des moments dark-ambient mais aussi de la deep-house, de la techno, de l’avantgarde électronique. La chose importante est que tous ces “styles” (j’en ai sûrement oublié) passent par la lentille déformante de nos esprits, de sorte que ce qui est perceptible, le phénomène,  la musique réelle que vous pouvez entendre, ne correspond à aucun des styles que j’ai évoqué. Mon frère a inventé l’expression “psychedelia 3.0”, moi je parlais avant de “musica officinalis”…alors vous pouvez utiliser une de ces deux formules et elles peuvent signifier tout ou rien, c’est selon !
Avant de répondre à ta prochaine question, je veux citer un musicien que mon frère et moi adorons bien qu’il soit apparement aux antipodes de ce que nous faisons, mais c’est en réalité une très grande influence : Monsieur Phil Collins !

Alessandro, j’ai besoin de savoir : la musique des frères Seravalle est plus de l’avant garde ou de l’exploration musicale ?
Je pense que c’est les deux à la fois. Avantgarde est un terme qui vient du langage militaire. Et oui, de fait nous menons une forme de guerre contre ce que j’appelle la “Macdonaldisation de la musique”. Les mouvements historiques d'avantgarde ont été très souvent impliqués dans la politique (rappelez-vous juste le grand musicien vénitien Luigi Nono et ses batailles politiques). Dans ce nouveau disque, il y a des références explicites (le discours de Bettino Craxi au Parlement italien ou le monologue tiré de l’oeuvre de George Orwell, 1984). De ce point de vue, ma position est proche de celle du philosophe Français Michel Foucault. Ses critiques de la société moderne sont toujours si actuelles bien qu’il soit décédé en 1984 (une coïncidence ?). Son idée d’une « microphysique du pouvoir » est une sorte de guide éclairant dans mes positions politiques (dans un contexte plus ésotérique, mes convictions profondes s’inspirent beaucoup du grand Emil Cioran dont le discours philosophique est toujours mis en avant dans Tajs!).
Mais également, l’expression « exploration musicale » que tu emploies est absolument en phase avec ce que nous faisons. Explorer a à voir avec le défrichage de nouvelles voies, aller quelque part pour « rapatrier » (encore un terme d’un philosophe Français, Jacques Derrida cette fois) et donner une consistance à ce que vous avez été cherché à l’extérieur.

Le fait d‘avoir placé le titre le plus non-conformiste de l’album, “Danzatori di nebbia”, en première position est un choix délibéré ?
La tracklist a été décidée par mon frère (j’ai toujours beaucoup de mal en ce qui concerne les choix de tracklist). Je crois que c’est un bon choix pour finir. C’est la seule composition chantée (le chanteur est le grand Claudio Milano qui est aussi l’auteur des paroles). Elle démarre de la meilleure manière qui soit avec cette note de synthé à la fois profonde et douce puis l’orgue s’élève jusqu’au sommet de ses possibilités (en fait, le son d’orgue a été réalisé avec une guitare, nous avions discuté avant de ma manière de procéder et du fait que cela ne devait pas sonner comme une guitare). 

Les parties parlées ont été choisies pour des raisons d’esthétique auditive ou elles ont du sens pour vous ?
Toutes jouent un rôle très important. Dans le cas de  “Vuoto politico”, les paroles de Bettino Craxi sont particulièrement marquantes. Il explique au Parlement comment la corruption était (et est encore) au coeur du système italien. Il a été obligé de fuir en Tunisie pour éviter la détention, mais il a révélé qu’il n’était pas le seul coupable, tout le système politique italien a été infecté. L’action de la justice partait sûrement de bonnes intentions, mais elle a ouvert de ce fait un espace pour une dérive dangereuse, décourageante et détestable vers une nouvelle forme de fascisme que nous vivons malheureusement aujourd’hui dans notre pays. Le monologue inclu dans “Distopia” est tiré de l’oeuvre maîtresse de George Orwell’s, 1984. Quand Orwell a écrit ce récit dystopique, sa cible était la voie dictatoriale que le communisme avait pris; mon frère et moi sommes assez sûrs que ses mots pourraient facilement être appliqués (et je crois qu’Orwell serait d’accord) à la terrible “dictature de la pensée unique” qui est le moteur du capitalisme néolibéral. Ils disent que nous vivons dans le monde de « la fin des idéologies », mais ce n’est absolument pas le cas ! Jamais l’humanité, dans toute son histoire, n’a été menée par une idéologie unique, invasive et asservissante. “Bewusstsein als Verhängnis” (tiré du titre d’un livre d’Alfred Seidel) est marqué par une série de citations d’Emil Cioran. Cioran est le penseur ultime pour moi, je fais mien son Weltanschauung ! Il a changé ma vie. Il me dit parfois “tu n'es pas seul", comme Guido Ceronetti (mon autre guide) qui a dit « la lecture, c’est sentir la présence d’une main tendue, saisir une corde jetée sans hésitation, avoir à votre disposition un médicament non suspect ».

“NYC subway late at night” est une pièce plus conventionnelle, plus orientée free jazz. Es-tu surpris si je te dis que c’est le morceau que je préfère ?
C’est une composition de mon frère Gianpietro, il a écrit cette chose quand il est revenu d’un voyage à New York. Il était fasciné par les saxophonistes qui jouaient jusqu’à une heure très tardive de la nuit dans les stations de métro vides. Le saxophone alto est joué par Clarissa Durizzotto (elle est vraiment excellente et je suis sûr que nous retravaillerons ensemble à l’avenir). Je dois t’avouer que je ne joue pas une seule note dans ce titre, mon frère m’avait demandé d’ajouter des parties de guitare mais j’ai trouvé que cela sonnait très bien comme c’était, alors j’ai décidé de ne pas jouer dessus ! Un bon musicien doit être capable de savoir si sa participation amènera le morceau à un niveau plus élevé ou non. Il était inutile d’en rajouter sur “NYC subway late at night”. C’était juste parfait comme çà !  

Le fait de travailler dans un environnement familial (Alessandro et Gianpietro sont frères) est un avantage ou cela peut aussi créer des tensions ?
Je suppose que c’est un avantage mais, bien sûr, cela dépend beaucoup des relations que vous avez construites dans le passé. Je n’ai jamais eu de problèmes relationnels particuliers avec mon frère. Nous nous voyons souvent et nos relations sont basées sur une estime mutuelle. Je sais quel grand musicien il est, sa manière de construire des grooves est juste incroyable, et plus que tout, comme moi, il est très intéressé par le fait de développer des idées originales. De mon côté, je ressens son estime pour moi. Cela nous donne la chance de faire de la musique en totale liberté. Chacun apporte ses idées, planche sur des compositions en sachant que son travail sera apprécié et il n’y a presque pas de censure de part et d’autre. Bien sûr, nous discutons des différentes possibilités et des différentes voies que nous devrions prendre mais dans une ambiance réellement sereine. Nous avons même choisi une peinture de mon père pour notre couverture de pochette. Alors longue vie à Officina !

Officina F.lli Seravalle est un groupe destiné à jouer sur scène ?
C’est probablement le point dont nous discutons le plus. Nous ne voulons pas juste monter sur scène pour jouer face à une audience en train de nous écouter de manière classique. Notre idée est de construire une sorte de performance globale (une sorte de Gesamtkunstwerk comme Richard Wagner avait l’habitude d’appeler ce genre de tentative). Nous aimerions avoir notre musique intégrée dans un environnement plus élargi comprenant de la danse (je collabore avec une danseuse et chorégraphe fantastique sur un projet dont j’ai déjà parlé, Agrapha Dogmata), de la gestuelle théatrale (avec par exemple des images projetées sur le corps des comédiens), du visuel et peut être même de la diffusion de parfums. Nous ne voulons pas être sur scène, nous préférons être dans le public à regarder et écouter la représentation globale (le terme de « show » est d’une certaine manière dénaturé par ce que Guy Debord (encore une influence d’un penseur Français), identifie comme « La Société du spectacle ». Cette citation éclaire sa pensée : « Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image. Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisè par des images »). Quand j’étais adolescent, je voulais m’affirmer, être connu, devenir une “rockstar”. Maintenant le concept de célébrité est ce que je déteste le plus dans la musique. Je veux juste qu’on me laisse tranquille et laisser ma musique parler. Je pense que c’est pareil pour mon frère. Je suppose que la musique d’avantgarde est d’une certaine manière reliée à la résistance au capitalisme néo-libéral et ses effets sur les inégalités absolument anormales qu’il génère (selon de récentes études, les 26 personnes les plus fortunées possèdent autant de richesses que les 3.5 milliard d’humains les plus pauvres sur Terre !). 

Quels sont vos prochains plans à tous les deux ?
Officina F.lli Seravalle est désormais mon projet principal, aussi mon frère et moi allons commencer à travailler sur le troisième CD. Nous avons déjà plusieurs idées et des pistes de travail mais rien ne presse. Nous n’avons aucune obligation contractuelle (j’en profite pour exprimer ma profonde reconnaissance à Lizard records et à son manager, Loris Furlan). Nos relations sont basées sur l’amitié. Nous sommes éloignés de cent kilomètres et nous essayons de nous rencontrer chaque fois que cela est possible, la plupart du temps devant quelque chose de bon à manger et à boire. Alors nous pouvons prendre notre temps. Récemment, j’ai entamé un projet (intitulé Qohelet) avec Gianni Venturi, un artiste incroyable de Bologne. Le nom du projet est tiré d’un livre étonnant inspiré de la Bible dont la citation la plus fameuse est « nihil sub sole novi » (rien de nouveau sous le soleil). Certains considèrent Cioran comme le nouveau Qohelet, et c’est pourquoi Gianni et moi aimons beaucoup ce livre. Cioran lui-même a dit que dans Qohelet, tout avait été dit. Je suis toujours ouvert pour des collaborations stimulantes, aussi qui sait, peut-être vais-je commencer d’autres projets. J’aimerais faire quelque chose avec le grand poëte Nicola Vacca, nous en avons parlé, on verra. Bien sûr, j’ai une autre tâche : finir le neuvième album de Garden Wall album, ce que j’espère vraiment.

lundi 18 novembre 2019

Officina F.lli Seravalle : l'intervista


 Per una volta, l’intervista prima in italiano !

Intervista con Alessandro Seravalle.

Ciao Alessandro, prima di tutto, cosa è successo tra la fine dei Garden Wall e l’inizio di questo nuovo progetto chiamato Officina F.lli Seravalle? Per I nostri lettori, dobbiamo specificare che I Garden Wall sono ancora a otto albums in più di venti anni.
Molte cose sono successe amico mio.  Prima di tutto voglio dirti che i Garden Wall non si sono sciolti, diciamo che ci stiamo prendendo una lunga pausa, siamo in attesa…il nono album, che sarà intitolato “Psicomachie”, è pressocchè pronto quindi un giorno lo finiremo. Ma, di nuovo su cosa è accaduto…in questi anni ho pubblicato un paio di Cd con il nome Genoma (il primo è un doppio album condiviso con un altro progetto intitolato “λòγoς”, il secondo si chiama “Silenzioso”), si tratta di roba elettronica, alle volte molto noisy, altre volte minimale. Ho inoltre pubblicato due cd con il mio nome…ancora una volta ma questa volta meno eterogenea, più focalizzata sul timbro (ciò che in tedesco è detto “Klangfarben”, la giusta espressione per la cosa), nel primo, intitolato “Morfocreazioni I-V”, ho usato principalmente la chitarra ed è la cosa più noise che io abbia mai fatto, il secondo è intitolato “Spielräume” ed è un concept album elettronico basato sul fatto che in alcune lingue (non in italiano comunque), tedesco e inglese ad esempio, “to play” (o spielen in tedesco) ha tre diversi significati: ha a che fare con la musica (“suonare” uno strumento, to play an instrument), con i giochi (“giocare”, to play a game) e con il teatro (“recitare”, to play a role). Inoltre ho dato il via ad altri progetti: Schwingungen 77 Entertainment (un Cd per l’etichetta d’avanguardia Setola di maiale chiamato “Act I: notes in freedom”) è un “trio di chitarre deliranti” con altri due grandi chitarristi, Andrea Massaria ed Enrico Merlin ispirato dal futurismo italiano; James Frederick Willetts è un quartetto, ancora Andrea Massaria al mio fianco assieme a mio fratello Gianpietro e al filosofo Raoul Kirchmayr. È il disco più politico che io abbia sin qui realizzato (ci sono dei testi in francese amico mio…Raoul ha lavorato all’Università di Parigi per qualche tempo in quanto è un grande esperto delle filosofie di Sartre e Merleau-Ponty). Altri progetti non hanno raggiunto il traguardo discografico e tuttavia sono stati improtanti in questi anni (Agrapha Dogmata, con il violoncellista Mariano Bulligan, il batterista Ermes Ghirardini, la ballerina Laura Della Longa e l’artista visuale Luigina Tusini; SeTe, un progetto col multistrumentista modenese carlo Sebastiano Tedeschi, dateci un ascolto su Bandcamp e Bonsoir Trio, con il bassista Mauro Bon e il chitarrista Tony Longheu devono sicuramente essere citati).

Concentriamoci sul nome di questa nuova band e anche sul titolo di questo album (anche se c’è una nota esplicativa sul libretto di Tajs!). Puoi spiegarci queste scelte?
Innanzitutto perché “Officina”, diamo un’occhiata al dizionario…Officina: in latino classico “bottega, fabbrica, laboratorio”, contrazione di opificina, da opifex, ficis “operaio, lavoratore, costruttore, artefice”. Sembra che il nostro fuoco sia sul fare, sperimentare, agire nel reale…ma naturalmente non c’è un fare di qualche interesse senza una solida riflessione su cosa fai (emerge il mio retroterra filosofico!). Officina è il luogo in cui le mie visione musicali e quelle di mio fratello si uniscono, la mia ricerca timbrica si fonde con i groove contagiosi forniti da mio fratello…la cosa divertente è che, alla fine, non si è in grado di discernere chi fa cosa dal momento che tutto è così intrecciato. È musica per il corpo e per la mente con un sapore fortemente psichedelico. La chiamiamo musica officinalis e proprio come le piante officinali si suppone che porti con sé qualche effetto terapeutico. La musica è ha sempre costituito il modo che ho trovato per curarmi, per lavar via le mie oaure e i miei fantasmi, è una sorta di cura contro gli effetti logoranti della vita di tutti i giorni. Circa il titolo: Taj significa “taglio” in friulano. Il tagliare ha a che vedere, ancora una volta, con il curare (il taglio del chirurgo), con il prendersi cura (la madre che taglio il cibo in pezzettini per il suo bambino), con lo stile (il sarto o il cineasta), con il marcare una linea di divisione, con il dare forma a qualcosa (il taglio delle pietre preziose, ad esempio) o con il cancellare qualcosa. Un sacco di significati! Ma taj, in una maniera più prosaica, nella nostra piccola regione all’estremo nord-est dell’Italia significa anche “bicchiere di vino”, l’idea è balenata a mio fratello mentre stavamo bevendo del vino da qualche parte, poi ho pensato a tutti i significati prima citati.

Perchè questo evidentissimo cambiamento di stile rispetto ai Garden Wall?
Sono profondamente convinto che la musica progressiva dovrebbe…progredire! Rimanere bloccati in una posizione acquisita è qualcosa che, come artista, mi spaventa veramente! Cercare sentieri diversi, rimanere in costante movimento dona vita alla musica altrimenti condannata alla sterilità> Essere “progressive” ai nostri giorni è qualcosa di molto lontano dall’imitare lo stile dei Genesis o di altre bands, secondo me questo è un problema enorme della musica progressiva. Purtroppo un sacco di progsters desiderano semplicemente riascoltare la stessa cosa più e più volte, è rassicurante! Ma l’arte non può essere rassicurante! L’arte deve stimolare, deve far pensare le persone, deve persino pungolare! Gli stessi Garden Wall hanno sempre provato di attraversare diverse strade. Principium, il nostro primo album risalente al 1993, è lontano anni-luce da Assurdo, l’utlimo lavoro del 2011. Si potrebbe pensare che sitratti di due distinti gruppi! Credo che l’elettronica dia la possibilità di sperimentare, in particolare se, come me, si sia interessati al timbro, sicché è stato abbastanza naturale muovermi in quella direzione. Anche il mio approccio alla chitarra è cambiato completamente (credo che avrei grossi problemi a suonare oggi il vecchio materiale dei Garden Wall dal momento che non suono più in quel modo). La maggior parte delle volte voglio che la chitarra non suoni come una chitarra (molti suoni bizzarri su Tajs! sono fatti con la chitarra ma non potresti mai dirlo). Ottengo questa cosa sia con approcci non convenzionali sullo strumento (suonandolo con coltelli, pietre, ventilatori e altri oggetti) e con un uso esteso di pedali (in particolare non quelli tradizionali dei chitarristi…cerco pedali strani le cui risposte siano almeno in parte imprevedibili e reagisco ai suoni che ne escono in tempo reale…è qui percepibile una specie di influenza della cosidetta creative music della scena avant-jazz chicagoana…adoro Anthony Braxton ad esempio tanto da avergli dedicato una composizione sul secondo album di Genoma intitolato “Toni di ottoni”, un gioco di parole se capisci l’italiano). La mia opionione è che la musica progressiva non sia un genere ma un certo tipo di attitudine. Se si rimane immobili nelle proprie posizioni non si può dire di fare musica progressiva…un giorno le mie idee finiranno, e quello sarà il giorno in cui abbandonerò il fare musica.

Come definiresti il tuo stile musicale, con quali riferimenti, che genere di vicinanze?
Definire la musica è sempre piuttosto difficile. Officina F.lli Seravalle è veramente un calderone nel quale le influenze più diverse e tendenzialmente inconscie reagiscono assieme. C’è l’avant-jazz (alcune cose sono improvvisate), il rock progressivo, momenti dark-ambient ma anche la deep-house, la techno l’avanguardia elettronica. La cosa importante è che tutti questi “stili” (ho sicuramente dimenticato qualcosa) passa attraverso la “lente deformante delle nostre menti”, così ciò che è percepibile, il “fenomeno”, la musica che puoi realmente udire non è alcuno degli stili succitati. Mio fratello ha coniato l’espressione “psichedelia 3.0”, ho parlato prima di “musica officinalis”…per cui puoi usare una di queste due formule e tuttavia esse dicono tutte e niente. Prima di rispondere alla tua prossima domanda voglio citare un msucista che sia io che mio fratello amiamo e che è in apparenza agli antipodi di quello che facciamo ma, in realtà, è una grossa influenza: il sognor Phil Collins!

La musica dei fratelli Seravalle è più avanguardia o esplorazione musicale?
Immagino entrambe. Avanguardia è termine che esce da un contesto militare. Sicché sì, combattiamo una sorta di guerra contro quella che chiamo “Mcdonaldizzazione della musica”. I movimenti dell’avanguardia storica sono stati spesso coinvolti nella politica (si pensi al grande musicista veneziano Luigi Nono e alla sue battaglie politiche), nel nuovo disco ci sono alcuni riferimenti espliciti (il discorso di Bettino Craxi al Parlamento italiano o il monologo tratto da 1984 di George Orwell). Da questo punto di vista la mia posizione è prossima a quella del filosofo francese Michel Foucault. La sua critica della società moderna è tutt’ora così attuale nonostante egli sia morto nel 1984 (una coincidenza?). La sua idea di una microfisica del potere è una specie di faro nelle mie posizioni politiche (su un piano maggiormente “cosmologico” le mie convinzioni più profonde pagano un debito al magnifico Emil Cioran la cui filosofia è sempre in prima linea, anche in Tajs!). ma anche l’espressione “esplorazione musicale” che hai usato è in linea con le cose che facciamo. Esplorare ha realmente a che fare con l’aprire nuove vie, andare da qualche parte fuori per poi “rimpatriare” (di nuovo un termine preso da un filosofo francese, Jacques Derrida questa volta) e dare forma ha ciò che hai trovato là fuori.

Avete piazzato “Danzatori di nebbia” in prima posizione, è stato un fatto voluto? Perché è forse la traccia più anticonformista dell’album.
La tracklist è stata scelta da mio fratello (ho sempre avuto fastidi nel decidere le tracklist), Ritengo che alla fine si sia rivelata una buona scelta. Si tratta dell’unica composizione cantata (il cantante è il fantastico Claudio Milano che è anche l’autore del testo) e attacca al giusto modo con questa nota molto profonda del sintetizzatore and l’organo che si innalza fino alle regioni più alte del suo registro (in effetti il suono organistico è stato ottenuto con la chitarra, si parlava in precedenza del mio approccio allo strumento teso a farlo suonare “non come una chitarra”).

Le parti parlate sono state scelte per ragioni estetiche o hanno un senso preciso?
Tutte giocano un ruolo molto importante. Nel caso di “Vuoto politico” le parole di Bettino Craxi (al tempo uno degli uomini più potent della politica italiana, fu Primo Ministro e capo del partito socialista) sono notevolmente impressionanti dal momento che il suo j’accuse viene direttamente dalla stanza dei bottoni del potere politico italiano. Egli racconta di come la corruzione fosse (e lo è tuttora) al cuore del “sistema Italia”, fu costretto a fuggire in Tunisia per evitare il carcere ma rivelò di non essere l’unico colpevole, tutto il sistema politico italiano era colpito. L’azione della Magistratura fu sicuramente buona nelle intenzioni ma creò spazio per la pericolosa, scoraggiante e detestabile deriva verso una nuova forma di fascismo che purtroppo viviamo attualmente nel nostro paese. Il monologo incluso in “Distopia” è tratto dal capolavoro di George Orwell “1984”. Quando Orwell scrisse il suo romanzo distopico il suo obbiettivo era il sentiero dittatoriale che il comunismo aveva intrapreso; io e mio fratello siamo ben sicuri che le sue parole potrebbero facilmente essere applicate (e immagino che Orwell sarebbe d’accordo) alla terribile “dittatura del pensiero unico” che è il turbocapitalismo neoliberista. Si dice che viviamo nel mondo della “fine delle ideologie”, ma non è assolutamente così! Mai nella sua storia l’umanità è stata guidata da un’unica, pervasiva e schiavizzante ideologia come questa! “Bewusstsein als Verhängnis” (che significa “la coscienza come fatalità”, è il titolo di un libro di Alfred Seidel) è contraddistinto da una serie di frasi di Emil Cioran come “meglio essere un animale che un uomo, un insetto che un animale, una pianta che un insetto, e così via. La salvezza? Tutto ciò che assotiglia il regno della coscienza e ne compromette la supremazia” oppure “la coscienza è l’incubo della natura” o ancora (e questa è piuttosto decisiva) “la coscienza è molto più della spina, è il pugnale nella carne. Cioran è il pensatore definitivo per me, la sua visone del mondo è la mia! Ha cambiato la mia vita, mi ha in qualche modo detto “non sei solo”, come Guido Ceronetti (l’altro faro per me) ebbe modo di affermare “leggerlo è avvertire la presenza di una mano tesa, afferrare una corda gettata senza timidezza, avere alla propria portata una medicina non sospetta”.

“NYC subway late at night” è un pezzo più convenzionale, più orientato al free jazz. Ti sorprendi se ti dico che è quello che preferisco?
Questa composizione è di mio fratello Gianpietro, ha scritto la cosa di ritorno da un viaggio a New York. Rimase affascinato dai sassofonisti che suonavano a notte fonda nelle stazione della metropolitana vuote, quindi ha cercato di ricreare le sensazioni provate mentre si muoveva attraverso New York usando la metropolitana a tarda notte> L’assolo di sassofono contralto è suonato da Clarissa Durizzotto (davvero fantastica e sono certo che lavoreremo ancora assieme in futuro). Devo confessarti che non suono una singola nota in quella composizione, mio fratello mi chiese di aggiungere delle chitarre ma sentivo che la cosa suonava alla grande così com’era e dunque ho deciso di non suonarci. Un buon musicista è in grado di comprendere se un suo intervento possa portare la canzone a un livello superiore oppure no. Inutile suonare su “NYC subway late at night”. Era semplicemente perfetta!

Il fatto di lavorare in un contesto famigliare (Alessandro e Gianpietro sono fratelli) è un vantaggio o può anche creare tensioni?
Immagino sia un vantaggio ma, ovviemente, dipende dalla relazione che hai costruito con un parente nel passato. In effetti non ho mai avuto problemi particolari con mio fratello…ci incontriamo piuttosto spesso e la nostra relazione è basata sulla stima reciproca. So che fantastico musicista lui sia, il suo modo di costruire i grooves è semplicemente grandioso e. soprattutto, come me, è interessato a sviluppare idee originali. D’altra parte sento la sua srtima per me. Questo ci dà l’opportunità di fare musica in completa libertà. Ognuno aggiunge le sue idee, lavoro sulle composizioni sapendo che il suo lavoro sarà apprezzato e non c’è praticamente censura. Naturalmente discutiamo delle diverse soluzioni e delle differenti strade che possiamo intraprendere ma davvero in un’atmosfera molto serena. SEgliamo persino I quadri di mio padre per le copertine assieme. Quindi…lunga vita all’Officina!

Officina F.lli Seravalle è una band destinata ad esibirsi su un palco?
Questo è probabilmente il punto su cui discutiamo maggiormente. Non vogliamo esibirci nel classico modo “frontale”…sai, gente sul palco che suona strumenti e il pubblico di fronte a loro ad ascoltare. La nostra idea è cercare di mettere in piedi una specie di Gesamtkunstwerk (“opera d’arte totale”) come Richard Wagner chiamava un tentativo siffatto. Ci piacerebbe che la nostra musica fosse inserita in un contesto più ampio che includa danza (collaboro con una fantastica ballerina e coreografa nel succitato progetto Agrapha Dogmata), azione teatrale (magari con proiezioni sui corpi degli attori), visuals, perché no? persino profumi e così via…non vogliamo stare sul palco, preferiremmo essere tra il pubblico guardando e ascoltando l’azione globale (il termine “spettacolo” è in qualche modo contagiato da ciò che Guy Debord, di nuovo influenze da pensatori francesi, etichettava appunto come “la società dello spettacolo”…questa citazione è illuminante: «Lo spettacolo è il capitale arrivato a un grado tale di axccumulazione da diventare immagine. LO spettacolo non è un insieme di immagini, ma un rapporto sociale tra le persone, mediato dalle immagini»). Quando ero giovane volevo affermare me stesso, essere conosciuto, condurre una vita da “rockstar”. Adesso il concetto di “rockstar” è quanto odio di più, volgio essere lasciato in pace e lasciare che sia la mia musica a parlare….credo sia lo stesso per mio fratello. Immagino che la “musica d’avanguardia” (qualunque cosa questa espressione significhi) sia in qualche modo correlata alla “resistenza” al capitalismo neoliberista e ai suoi effetti sulle abnormi diseguaglianze che porta con sé (secondo studi recenti 26 persone (!!!) possiedono la ricchezza di 3,5 miliardi delle persone più povere della Terra!).

Quali sono i tuoi prossimi piani artistici?
Al momento Officina F.lli Seravalle è il mio progetto principale, quindi io e mio fratello lavoreremo sul terzo cd…abbiamo alcune idee su cui lavorare ma non c’è assolutamente fretta. Non abbiamo obblighi contrattuali (voglio esprimere il mio pieno apprezzamento per Lizard records e per il suo capo Loris Furlan…la nostra relazione è basata sull’amicizia, abitiamo a circa 100 chilometri di distanza e cerchiamo di incontrarci ogni volta che possiamo…in particolare davanti a qualcosa di buono da mangiare e da bere!) per cui possiamo prenderci il nostro tempo! Di recente ha dato il via a un progetto con Gianni Venturi, un magnifico performer di Bologna, chiamato Qohelet. Il nome del progetto è tratto dallo straordinario libro incluso nella Bibbia la cui citazione più celebre è «nihil sub sole novi», “niente di nuovo sotto il sole”. Alcuni considerano Cioran come “il nuovo Qohelet”, ed ecco perché sia io che Gianni amiamo quel libro così tanto! Cioran stesso disse che nel Qohelet c’è già tutto. Sono sempre aperto a colaborazioni stimolanti quindi, chissà…forse inizierò qualche altra cosa. Vorrei fare qualcosa con il grande poeta Nicola Vacca, ne abbiamo parlato, quindi vediamo cosa nasce…ovviamente un altro obiettivo  è completare il nono album dei Garden Wall, spero di riuscirci.


http://www.lizardrecords.it/officina-f-lli-seravalle-tajs/