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vendredi 9 août 2024

Presence : Them

 

Finalement à sa création en 1990, Presence c'était le métal prog avec chanteuse lyrique, avant l'heure. Depuis, le groupe a sorti une série de six disques de laquelle je retiens surtout Black Opera, un album notamment marqué par une suite de quatre morceaux proposés en hommage à Giuseppe Verdi ("Tacea la notte placida - Il Trovatore", "Cortigiani vil razza dannata" - Rigoletto", Pace. pace mio Dio - La Forza del Destino", "Un Di. Quando le veneri - La Traviata").
Huit ans après Masters and Following, Presence revient dans sa formule originale, un trio resserré autour de Sophya Baccini qui assure les vocaux, Enrico Iglio qui est aux claviers et aux percussions et Sergio Casamassima qui prend les parties de guitare et de basse.
Avec une durée totale de 71 minutes, deux morceaux de 11 minutes et une suite de plus de 23 minutes, les musiciens napolitains semblent avoir été touchés par une inspiration débordante pour leur septième effort studio. D'emblée "The undead" annonce la couleur. Elle sera sombre, très sombre, dark pour tout dire. L'orgue qui ouvre "Aftermath" ainsi que la suite du morceau, confirment également le positionnement stylistique sur un heavy prog gothique duquel émerge la voix unique de Sophya Baccini. Une voix capable de transcender n'importe quelle chanson. Avec ses arrangements de cordes superbes, l'instrumental orchestré "Dance macabre", une marche funèbre l'ambiance crépusculaire, porte bien son nom et sert d'interlude. Car la suite de l'album a de quoi surprendre par son énergie et sa puissance. "To each other" est une longue cavalcade hard incroyable, arrêtée dans son élan par deux longs ponts symphoniques qui sentent quand même pas mal le souffre, et un final lyrique à couper le souffle. Cela faisait longtemps que je n'avais pas senti le groupe capable de se lâcher comme çà. Mais le grand rendez-vous c'est évidemment "Them", ce morceau de 23 minutes 23, soit la plus longue pièce jamais proposée par le groupe. Cette fois le métal symphonique est bien de retour mais à la sauce Presence, c'est à dire dosé et utilisé quasiment en arrière-plan, uniquement quand cela s'avère nécessaire. Les parties vocales sont incroyablement complexes et travaillées. Les séquences opératiques apparaissent le plus naturellement du monde entre des déferlements de percussions, des passages plus heurtées, parfois même martiaux, et des envolées de prog symphonique. La conception du morceau est très inspirée de l'écriture en musique classique. Le résultat est évidemment exigeant en terme d'écoute, mais c'est du grand art, à des années lumières de certaines créations de métal symphonique scandinaves et teutonnes qui relèvent plus de la crème au beurre industrielle. "Drawbridge 1501" est un deuxième intermède qui poursuit quelque part dans la voie de "Them". Un atterrissage en douceur en quelque sorte. Avec "Stige", le groupe délivre une longue séquence instrumentale de prog métal absolument ahurissante. Les claviers sont somptueux, les chorus de guitares décollent les uns après les autres comme autant de fusées de feu d'artifice. Je n'avais pas souvenir d'avoir entendu Presence aussi convaincant dans ce registre très démonstratif, il faut le reconnaître. Le contraste est évidemment saisissant (mais voulu) avec la voix de Sophya qui entame seule cette dernière chanson qui a des scintillements métalliques du plus bel effet et des allures d'hymne de fin de concert.        

Vous l'avez sans doute compris à travers ces lignes, Them est sans aucun doute le meilleur album produit à ce jour par Presence qui a trouvé ici le juste équilibre entre ses différents styles de prédilections, parfois antinomiques au départ, l'inspiration en plus. 

La Tracklist :

  1. The undead
  2. Aftermath
  3. Dance macabre
  4. To each other
  5. Them
  6. Drawbridge 1501
  7. Stige
  8. If you dare

Label : Black Widow Records

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lundi 2 octobre 2023

Sophya Baccini : Animatesi

Vous avez aimé Sophya Baccini avec Aradia pour le magnifique Runnin' with the Wolves ? Oui bien sûr, alors je vous invite à une autre rencontre, cette fois intimiste, avec la chanteuse à l'occasion d'un album, Animatesi, qui est sorti en 2022. Et en même temps, je vous propose de mieux connaître Sophya Baccini.(*).

Avec Animatesi, Sophya revient à la source : ses premières années d'études en tant que pianiste et chanteuse, les bases de ce qui lui a permis de se construire artistiquement. "J’ai commencé le piano quand j’avais cinq ans. Mon père, qui avait été ténor dans sa jeunesse, m’a fait étudier parce qu’il s’était rendu compte que nous partagions la même passion. J’ai continué pendant une dizaine d’années, puis j’ai commencé à m’accompagner avec ma voix et je suis allée étudier le chant chez le même maître que mon père. Ce furent des années merveilleuses pour moi, chaque jour était une découverte. J’écoutais de tout, de l’opéra au rock en passant par les compositeurs italiens et étrangers. C’est là que j’ai décidé que la musique serait ma vie, et c’est certainement à partir de cette période que sont nées les bases de toute ma production, à la fois avec Presence et avec mes albums solo".

Sophya a bien sûr composé toute la musique alors que les paroles de plusieurs chansons ont été écrites par la poétesse Viviana Pernetti. Pour servir ses dix compositions, elle a choisi avec soin le piano et le studio d'enregistrement qui devaient lui permettre d'obtenir les sonorités et le rendu phonique qu'elle avait en tête. 

Elle s'est alors retrouvé seule face au clavier de son piano avec la sensation de vivre une nouvelle expérience qu'elle a vite transformée en un défi personnel motivant et même carrément enthousiasmant selon ses dires. Là, il est important de s’arrêter un moment pour comprendre ce que Sophya a voulu réaliser. je la cite "je reviens avec cet album à mon amour premier "piano et voix. C'est un disque sans filet, sans excuse et sans alibi. J'y ai mis toute mon âme". 

La couverture est une allégorie de ce qu'est la musique d'aujourd'hui vue par Sophya. Je la laisse une nouvelle fois exprimer ce qu'elle a voulu faire passer comme message : " Sur l’image, je suis allongée sur le piano, la tête renversée sur les touches tandis qu’un vampire en costume noir et blanc me suce le sang du cou. De l’autre côté, il y a une fille, qui ignore la tragédie qui se déroule sous ses yeux. Elle regarde fixement sur une tablette. C’est une image de ce que je pense que vit notre scène musicale actuelle. La musique se sacrifie en donnant même son sang, mais les nouvelles générations sont distraites par de fausses technologies - regardez l’usage immodéré de l’autotune et des bases électroniques - et elles n’ont aucun moyen de s’en rendre compte. C’est aussi pour cette raison que j’ai décidé de réaliser ce travail : un disque avec de vrais sons, avec un instrument réel, enregistré en direct, avec la seule aide de quelques réverbérations un peu plus sophistiquées où il faut".

Dans la récente recension au sujet de Runnin' with the Wolves je vous parlais d'un album somptueux dans lequel Sophya Baccini exprimait toute l'étendue de son talent. Avec Animatesi vous avez la grâce en plus ! Bis repetita placent.

(*) Les citations de Sophya sont extraites d'une interview donnée le 5 juillet 2023 à Giuseppe Felice Cassatella pour le compte du site Il Raglio del Mulo. 

La tracklist :

  1. C'era la luna
  2. Animatesi
  3. Non vale una guerra
  4. Angelica
  5. Jimmy
  6. Dylan and Joan
  7. Allodola
  8. Lamed
  9. Baruc
  10. Ponente

 Label :  Black Widow Records


dimanche 1 octobre 2023

Sophya Baccini's Aradia : Runnin' with the Wolves

Il y a un peu plus d'un an, rencontre à Gênes avec Sophya. Je lui dis que le temps est long depuis le dernier album d'Aradia, sorti en 2013 (Big Red Dragon) et que j'aimerai bien entendre sa voix sur de nouveaux morceaux. Sophya me dit que le nouvel album est en route et elle me donne gentiment un scoop avec son titre, Runnin' with the Wolves, qui ne manque pas de m'intriguer. Le 5 août 2023, nous y voilà enfin avec la présentation officielle de Runnin' with the Wolves au Porto Antico ProgFest.

L'occasion pour Sophya de présenter sa nouvelle équipe d'amazones, puisqu'à part la fidèle Marilena Striano aux claviers, déjà présente sur Big Red Dragon en 2009 et qui a assuré depuis toutes les prestations live d'Aradia, le reste de la formation a été entièrement renouvelée.

Évidemment question visuel, entre la pochette ambiance dark gothic et les photos des musiciennes, çà en jette. Mais les fans de prog que nous sommes ne s'arrêtent pas à ces considérations esthétiques. Le contenu musical constitue bien sûr l'intérêt premier de cet album.
Je vous rassure la direction artistique que prend ce disque, dès l'imposant et grandiose opener "Runnin' with the Wolves", est conforme à ce que l'on peut attendre d'une artiste du niveau de Sophya Baccini. On retrouve tout au long des sept pistes de Runnin' with the wolves ce qui fait la signature sonore de la Napolitaine. Je parle ici de compositions amples alliant le meilleur du classique mis au service de morceaux pop rock prog. Le style de Sophya Baccini's Aradia, immédiatement reconnaissable, est particulier car il représente bien sûr son univers personnel mais il est aussi unique pour une bonne et simple raison : la voix de Sophya elle-même. Sophya Baccini c'est un chant à la fois expressif et puissant, chaud et altier, juste jusque dans ces intonations. Ecoutez "Ordalia", sûrement le morceau le plus sombre de cet album, pour bien comprendre ce que représente cette voix.
Je vous laisse découvrir et savourer cet opus mais je peux vous dire que LA Sophya s'est ici surpassée. On touche régulièrement au sublime et pas seulement sur "Never" qui pourra vous évoquer Renaissance ou encore sur "Continua" qui est un véritable tour de force stylistique, une mini suite prog baroque de plus de neuf minutes comme je n'en ai pas entendue depuis très longtemps. Je pourrais aussi vous parler longtemps de "Gargantua" qui reprend la recette de "Continua", alliant inspiration classique et développements prog , mais en y ajoutant cette fois une très jolie mélodie aux accents slaves, avec aussi sur la deuxième partie du titre ce qu'il faut d'énergie rock pour en faire un autre must de cet album qui se termine avec une chanson presque intimiste, "Sleepin' with the Lioness", qui me fait penser à Kate Bush.  L'originalité, si originalité il y a, outre la présence récurrente d'un saxo, vient du morceau 'La Mia Soluzione' sur lequel Sophya adopte à plusieurs reprises un phrasé qui utilise une ponctuation rythmique très particulière (pour tout dire hachée).  

Runnin' with the Wolves est ce que j'appelle une offrande. Sophya Baccini nous fait un très beau cadeau avec cet album somptueux qui fait jeu égal avec Big Red Dragon et qui vient confirmer, si besoin était, le talent rare de Sophya Baccini dans un microcosme prog qui cède trop souvent et depuis trop longtemps à la facilité. Avec Runnin' with the Wolves on est clairement dans l'univers sélect de la haute couture.


Le groupe : Sophya Baccini (chant, piano), Marilena Striano (piano, synthés, chœurs), Francesca Masucci (violon), Sonia Scialanca (guitares, sax alto, chœurs), Anais Noir (basse, chœurs), Chiara Cotugno (batterie, chœurs)

 

La trackist :

1. Runnin' with the Wolves
2. La Mia Soluzione
3. Ordalia
4. Never
5. Continua
6. Gargantua
7. Sleepin' with the Lioness

Label :  Black Widow Records

 

dimanche 29 janvier 2023

Sophya Baccini's Aradia : Runnin' with the wolves

L'été dernier à Gênes, Sophya m'avait donné en avant première le titre de sa nouvelle chanson "Runnin' with the wolves". La voilà donc en version flexi disc, en attendant l'album qui devrait sortir cette année. Et comme toujours avec Sophya, çà promet du grandiose. Vous remarquerez, qu'une fois de plus Sophya s'est entourée d'un personnel féminin qui est pour l'occasion en grande partie renouvelé. Il reste Marilena Striano aux claviers et autrement Anaïs Noir, Chiara Cotugno, Sonia Scialanca et Francesca Masucci sont des nouvelles recrues. Nul doute que çà va assurer aussi de ce côté là ! 

Label et distribution : Black Widow Records