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jeudi 28 mai 2026

Delirium : Sesta strada lungo il tempo

Dois-je rappeler en préambule que ce groupe a vu le jour en 1970 à Gênes sur les cendres d'I Sagittari. Ettore Vigo est aujourd'hui l'unique survivant de la formation originale. On pourra toutefois ajouter que Martin Grice est également un membre historique, lui qui a rejoint le groupe en 1974 pour l'album Delirium III. Au cours de ces six décennies (et oui !) Delirium a connu de nombreuses péripéties avec des entrées et des sorties, parfois éphémères, de membres. Paradoxalement, jusque là seulement deux albums studios sont venus s'ajouter aux trois enregistrés entre 1970 et 1974. Nous avons d'abord eu Il nome del vento en 2009, alors que le groupe comptait encore son batteur d'origine Peppino di Santo, puis L'era della menzogna en 2015. Deux albums qui ont parfaitement fait honneur à la légende de la formation génoise, en restant fidèle au style caractéristique de Delirium. 
Reste maintenant à tester ce Sesta strada lungo il tempo dont le titre évoque joliment ce long chemin musical qui s'étale sur six décades. Et le moins que l'on puisse dire est que les musiciens affichent une belle ambition collective en s'attaquant d'emblée à une suite de 22 minutes, ce qui constitue de loin le morceau le plus long jamais enregistré par le groupe. Mais le résultat est à la hauteur du défi. Une belle suite, passionnante de bout en bout avec un final remarquablement enlevé porté par un Michele Cusato en état de grâce. Alessandro Corvaglia a produit là un travail de composition absolument remarquable. Je suis beaucoup moins convaincu par les deux chansons suivantes "Clochard" et "Il riposo del pirata" qui sonnent, à mon goût, un peu trop dans un style comédie musicale, même si "Il riposo del pirata" possède de très beaux passages instrumentaux. Je le reconnais avec d'autant plus de bonne volonté que j'ai toujours été un fervent supporter de Delirium. Et justement, la magie revient pour moi avec "Della strada il ritorno", un très grand instrumental jazzy qui permet à Martin Grice d'exprimer toute l'étendue de son talent de souffleur. Une fois encore Michele Cusato est impérial à la guitare électrique."Parole nel vento" est également une grande réussite. Un vrai morceau prog joué dans l'esprit de L'era della menzogna  mais avec quelque chose en plus : une force de conviction qui réjouit les oreilles et le cœur.      
Je ne sais pas si  Sesta strada lungo il tempo sera le dernier album de Delirium, mais il permet en tout cas d'entretenir vaillamment la légende d'un groupe sans lequel le rock progressif italien ne serait pas  tout à fait ce qu'il est encore aujourd'hui. Last but not least ? Qui sait !

Le groupe : Ettore Vigo (claviers, chœurs), Martin Grice (flûtes, saxo, chœurs), Fabio Chighini (basse et chœurs), Alessandro Corvaglia (chant lead, claviers, guitare acoustique, chœurs), Michele Cusato (guitares, chœurs), Enrico Tixi (batterie, percussions, chœurs).
 
Invités :
Andrea Bottesini: voix récitante “Schiavo della viltà”, “Il riposo del Pirata”
Giulia Ermirio: violon “Schiavo della viltà”, “Clochard”
Alice Vigo : voix “Clochard”, “Il riposo del Pirata”
Enrico Bianchi, Raffaella Izzo: chœurs “Parole nel vento”
 
La tracklist:
 
1. Schiavo della Viltà
2. Clochard
3. Il Riposo del Pirata
4. Della Strada il Ritorno
5. Parole nel Vento

Label : Black Widow Records
Enregistré par Jonathan Grice à Lo Studiolo,  Sant'Olcese
Sortie : 22 mai 2026



samedi 4 avril 2026

L'Ombra della Sera : Segreti nel nero (album)


L'Ombra della Sera est un groupe parallèle porté depuis bientôt quinze ans par Fabio Zuffanti et Agostino Macor. C'est aussi une entité dont l'activité reste relativement confidentielle avec jusque là un seul album enregistré et très peu de concerts programmés. 
La sortie de Segreti nel nero est donc un évènement, quatorze ans après son prédécesseur. Un évènement qui de plus a été soigneusement préparé avec la présentation de l'album intégralement joué en live, le jour de sa sortie (le 29 mars), à La Claque à Gênes. 
Pour être complet, le groupe nous avait donné un aperçu de ce nouvel album, il y a deux ans au Progfest du Porto Antico à Gênes avec un nouveau morceau. Sa publication était donc évidemment espérée et attendue par les connaisseurs. 
Segreti nel nero reprend  le même concept qu'en 2012 : proposer des versions réarrangées et développées de génériques de téléfilms italiens des années 70 qui avaient pour point commun de se situer dans un genre mélangeant le fantastique et l'intrigue avec le plus souvent une dimension ésotérique. Ces titres, aux airs souvent très connus, parlent donc aux plus anciens et, de manière générale, à tous ceux qui ont regardé ces séries à la télé italienne.  
L'album reprend cinq morceaux (2, 3, 6, 9, 10) déjà présents sur le premier album mais dans de nouvelles versions. Ont été ajoutés quatre nouveaux titres (1, 4, 5, 7) ainsi qu'une composition totalement originale, œuvre du groupe (8).
A l'écoute, ce disque se révèle encore plus abouti que le premier album grâce à des membres de l'Ombra della Sera réellement habités par leur sujet. La recette, des thèmes connus et souvent superbes sur lesquels sont greffés des développement totalement inventifs et parfois expérimentaux, fonctionne ainsi à plein régime.
L'ensemble de ces neuf génériques télé constitue un formidable panel représentatif des sons d'une époque qui privilégiait la beauté des mélodies et la qualité des arrangements.
Difficile de faire un choix parmi ces morceaux, tant les interprétations qui en sont faites par les musiciens sont toutes mémorables. Mais il est vrai que les relectures de "Albert e L'Uomo Nero", "Gamma", "A Come Andromeda",  "La Traccia Verde" et "A Blue Shadow " sont quand même de très haut niveau, avec à chaque fois un évident souci d'exploration vers des digressions sonores passionnantes. 
Mais il y a aussi cette composition 100% originale qui a fait un gros effet lorsque les membres de l'Ombra della Sera l'ont jouée lors du concert du 26 mars (je pense que le titre n'était pas finalisé ou pas complet quand il nous a été présenté en 2024). Très avant-gardiste dans sa forme, le morceau recrée parfaitement l'ambiance sombre, inquiétante et mystérieuse que l'on ressent dans les neuf reprises présentes sur l'album. Le risque était bien sûr de s'approcher d'un peu trop près de La Maschera di Cera, compte-tenu du fait que c'est exactement la même formation qui est à l’œuvre. Mais l'inspiration et la magie opèrent, et la suite se coule parfaitement dans l'ensemble. Mais il y a encore mieux, car avec ses huit parties et sa durée de dix neuf minutes, "Le Venti Giornate di Torino" n'est ni plus ni moins qu'une performance grandiose, un titre qui s'inscrit dans la grande tradition des morceaux à tiroirs de la sphère Zuffanti.
Vous l'avez compris, ce disque est un must absolu. Si vous connaissez déjà les thèmes évoqués, vous allez être ravis. Si vous les découvrez, vous avez toutes les chances d'être très agréablement surpris par la fraîcheur de ces mélodies et par la puissance des extrapolations imaginées par le groupe.     
 
Segreti nel nero : ou comment faire du très bon "neuf"avec du très beau "vieux" !  

Le groupe : Agostino Macor (claviers), Fabio Zuffanti (basse), Martin Grice (saxo, flûte), Andrea Orlando (batterie), Alessandro Corvaglia (claviers, chant).

La Tracklist :

1. Albert e L'Uomo Nero
2. Gamma
3. Ritratto di Donna Velata
4. Fantastic Fly (Racconti Fantastici)
5. A Come Andromeda
6. La Traccia Verde
7. La Ballata Di Carini (L'Amaro Caso della Baronessa di Carini)
8. Le Venti Giornate di Torino
  • I - introduzione
  • II - titoli di testa
  • III - insonia collettiva
  • IV - segreti nel nero
  • V - tema di Clotilde
  • VI - statue in movimento
  • VII - segreti nel nero (ripresa)
  • VIII - titoli di coda
9. Cento Campane (Il Segno del Comando)
10. A Blue Shadow (Ho Incontrato un'Ombra)


Sortie : 29 mars 2026

Label : Black Widow Records

 Formats CD et vinyle double LP

mercredi 1 avril 2026

ExpiatoriA & Il Segno del Comando : Voci Notturne

Deux groupes génois, ExpiatoriA et Il Segno del Comando, pour deux visions des voix nocturnes.
Explication : le thème de l'album s'inspire de la mini-série télé, en cinq épisodes, très réussie, diffusée en 1995, Voci notturne. Ecrite par Pupi Avati (La maison aux fenêtres qui rient), elle reprenait les codes des films d'horreur et des gialli des années 70 basé sur un concept mêlant l'occulte et le surnaturel : " Là où la raison s'arrête, commence un territoire qui ne nous appartient pas, un territoire où nous sommes des intrus : une terre aux règles qui nous échappent, où l'on parle une langue mystérieuse et où notre logique est vaine. Sur cette terre, nous ne pouvons que subir un mystère qui, loin de se dévoiler, devient de plus en plus impénétrable. Je ne saurais dire s'il s'agit d'une punition ou d'une récompense. Je ne peux rien dire, mais je sais que ce lieu où je me trouve ne doit être ni cherché ni trouvé, d'aucune manière". 
A partir de ce concept ésotérique qui demande quand même à visionner la série pour bien en saisir toutes les subtilités, ExpiatoriA et Il Segno del Comando livrent leur interprétation du sujet. 
La collaboration de ces groupes n'est finalement qu'une réunion logique de deux teams qui se côtoient régulièrement et depuis longtemps sur les scènes underground de la bonne ville de Gênes.
Tous ces musiciens se connaissent très bien et le sympathique guitariste Roberto Lucanato se partage d'ailleurs entre ces deux formations. 
Leur association pour ce projet commun est d'autant plus intéressante que leur styles musicaux, bien que cousins, restent différents, heavy doom pour ExpiatioriA, dark prog pour Il Segno del Comando.
Notons au passage que tout ce petit monde a pris son temps pour élaborer ce disque, les enregistrements s'étant déroulés sur une période de deux ans, entre 2023 et 2025.
Le résultat est un album globalement cohérent et grandement captivant, même si chacun reste cantonné à ce qu'il sait faire de mieux.
Sur les sept morceaux proposés, les trois premiers sont l’œuvre d'Expiatoria. De ce côté là, pas de surprise. Nous avons droit à du heavy doom avec quand même quelques échappées instrumentales tendant vers un dark prog heavy de bon aloi. Le point crispant reste les vocaux très typés d'AngeleX et sa voix de mort-vivant. Heureusement, les parties vocales restent limitées sur "Emily". Nous avons moins de chance pour "Sublicius". Il se rattrape sur "La canzone di Lady Valover ", une formidable litanie sombre illuminée par une longue section instrumentale absolument magnifique.
Les quatre titres suivants sont des compositions originales d'Il Segno del Comando. Là encore, nous sommes en terrain connu. "Le due vie" est parfaitement dans le moule des chansons dark et oppressantes auxquelles le groupe nous a maintenant habitué. "Il crittogramma" est un peu dans la même veine avec une lourdeur encore plus pesante. Avec "Litania per Emily e Giacomo", nous revenons à quelque chose de plus aéré. Mais ne nous y trompons pas, l'ambiance reste poignante. Enfin le morceau de bravoure est incontestablement l'instrumental "Egregoro" qu'il faut bien qualifier pour ce qu'il est : un sabbat endiablé ! Sans aucun doute, il s'agit d'un titre qui sort du lot et qui méritera d'être intégré, pourquoi pas, dans une setlist de concert du groupe.   
Sans mésestimé ExpiatoriA, avantage net donc pour moi à Il Segno del Comando.

Les musiciens :

ExpiatoriA : AngeleX (chant), Massimo Malachina (guitares), Roberto Lucanato (guitares), GB Malachina (basse), Enrico Meloni (batterie), Edoardo Napoli (claviers)

ll Segno del Comando :
Diego Banchero (basse), Riccardo Morello (chant), Davide Bruzzi (guitares et claviers), Roberto Lucanato (guitares), Beppi Menozzi (claviers), Paolo Serboli (batterie)

Arrangements: Il Segno del Comando
Orchestrations: Davide Bruzzi 

La tracklist : 

  1. Emily (ExpiatoriA)
  2. Sublicius (ExpiatoriA)
  3. La canzone di Lady Valover (ExpiatoriA)
  4. Le due vie (Il Segno del Comando)
  5. Il crittogramma (Il Segno del Comando)
  6. Litania per Emily e Giacomo (Il Segno del Comando)
  7. Egregoro (Il Segno del Comando)
     

Label : Black Widow Records

Sortie : mars 2026

Disponible en formats digital et physique

Formats physiques : CD, vinyle et vinyle édition limitée incluant le livre "Voci notturne - Il magico mondo di Pupi Avati" écrit par Andrea Scarabelli.

Lien bandcamp pour écoute :  https://expiatoria-official.bandcamp.com/album/voci-notturne

 


vendredi 21 novembre 2025

Exit : Dove va la tua strada ?

 

Vous avez l'habitude maintenant, le label Black Widow Records se fait une spécialité de sortir du néant des groupes de prog italien des années 70 qui n'ont pas eu l'honneur d'une publication discographique à l'époque mais qui ont conservé quelques témoignages sonores de leurs créations musicales.
Cette fois, c'est au tour d'un groupe de Trieste, Exit, de bénéficier du coup de baguette magique. Les morceaux proposés datent de 1973 et ont été enregistrés dans des conditions à l'évidence spartiates, mais les moyen techniques actuels permettent de réaliser un excellent travail de nettoyage et de remise en ordre, heureusement, pour un résultat probant en terme de qualité d'écoute.
Voilà qui permet de profiter de six titres qui tiennent autant du hard blues que du rock progressif, un peu à la manière d'Il Rovescio della Medaglia ou de I Teorimi avec parfois une pointe de New Trolls. En tout cas, en 1973, avec Exit, ça jouait vite et plutôt gras. 
On peut se demander à juste titre ce que ce groupe aurait donné pris en main par un bon producteur car les musiciens en avaient sous le pied et, à part le chant qui est un peu limite, il y avait du potentiel comme on peut le constater à l'écoute de "Ti risvegli" et de "Grandi regni", des compositions à tiroirs qui semblaient plus ambitieuses !
Voilà donc une nouvelle curiosité que l'on doit au label Black Widow.

Le groupe : Euro Cristiani (batterie), Tavčar (guitares), Paolo Bassi (basse), Ilario Sfecci (chant).

La tracklist :

  1. Dove va la tua strada ?
  2. Lassu dove vai
  3. La sfera
  4. Corri e fuggi
  5. Ti risvegli
  6. Grandi regni

Label : Black Widow Records

Sortie : 15 novembre 2025

Disponible en formats physiques CD et LP vinyle

samedi 15 novembre 2025

LeoNero : Monitor

Le pseudonyme de LeoNero ne vous dit sans doute rien, le nom de Gianni Leone, déjà un peu plus. Mais si je vous dis Balletto di Bronzo, alors là oui, vous y êtes ! C'est d'ailleurs bien à ce même Gianni Leone, leader éphémère d'il Balletto di Bronzo, que l'on doit l'album culte Ys. Considéré comme un des chefs d’œuvre du prog italien, il portait pourtant en lui les germes de la mort du groupe. Car Gianni Leone, artiste fantasque s'il en est, après deux petites années (1971/1973) passées au sein de cette formation, allait entamer, juste après, une longue carrière solo chaotique parfois difficile à suivre sur la durée, le napolitain ayant pas mal bougé, passant d'un pays à un autre, tout en cultivant l'art de la transformation aussi bien pour ce qui concerne son aspect physique que pour son nom. Après avoir enregistré son premier disque solo (Vero, 1977) dans l'ambiance no-wave de New-York, il part sur la côte ouest des Etats-Unis. Trois ans plus tard, son second album est le fruit de sessions d'enregistrements dans des studios californiens. Il en résulte Monitor, qui sort en 1980, un disque plutôt bizarre comprenant une première face de cinq titres avec The Optical Band, en fait le groupe de power punk Plugz rebaptisé pour l'occasion, et une deuxième face de six titres du seul LeoNero aux prises avec ses machines (claviers et boîtes à rythmes).
Témoin et acteur d'une d'une époque où les avancées technologiques appliquées aux nouveaux instruments faisaient souffler un grand vent de modernité sur le monde de le musique, Gianni Leone en épouse totalement les modes musicales et... part dans tous les sens : new wave, synth pop, disco, délires électroniques, beats technoïdes, tout y passe !
Comme le propos de Monitor n'est absolument pas prog, je ne vais pas m'étaler sur la partie analyse musicale. Mais je vous incite par contre à jeter une oreille attentive à cet album car au milieu de quelques bizarreries et autres moments bien barrés qui ont quand même plutôt mal vieillis ("Volpe Orbot", "No, no, no, no" par exemple"), le génie de Gianni Leone transparaît à de nombreuses reprises. L'homme fait tout sauf n'importe quoi. De manière générale la face A (pistes 1 à 6 pour le CD) est assez impressionnante, et même si l'on est le plus souvent loin du rock progressif d'Il Balletto di Bronzo, certains titres comme "Strada" ne nous étonnent pas tant que cela quand on connaît bien Gianni Leone et sa furiosa légendaire. Il y a également une reprise d'un morceau des Grass Roots, "Piangi con me", une chanson qui avait été interprétée en Italie, à la fin des années 60, par The Rokes (un groupe anglais qui a fait toute sa carrière en Italie). Savourez aussi la sucrerie acide "Il nuovo mondo", c'est assez addictif dans le genre ! Détendez-vous même avec "Abat-jour" et son rythme chaloupé de bossa-nova. Enfin écoutez la version dance de "Tell me why", replacez-vous dans le contexte de l'époque, et dites moi si cela n'aurait pas dû faire un bon petit tube !
A noter que la réédition Black Widow propose un titre en plus avec The Optical Band, "LeoNero Mesa Beat", qui n'était pas sur la face A du vinyle ainsi que quatre titres en bonus.
Côté formats, Black Widow Records fait bien les choses comme toujours. Vous avez donc le choix entre le CD avec un livret de 20 pages, le LP vinyle en édition standard ou le LP vinyle en édition limitée (100 copies) acompagné d'un 2ème disque avec quatre titres en plus, du CD et illustré d'une couverture différente signée Nik Guerra.  

Bien sûr, à quarante cinq années d'écart, Monitor peut être légitimement pris comme une curiosité mais si vous voulez mieux connaître cet artiste protéiforme qu'est Gianni Leone, alors cet album constitue une clé de compréhension indispensable.


La tracklist (édition CD) :

1
Strada
2
Segmento
3
Piangi con me
4
Optical Surf Beat
5
Anaconda
6
LeoNero messa Beat      
7
Volpe Robot
8
Il nuovo mondo
9
No, no, no, no
10
Tell me why
11
Abat-jour
12
Ne' ieri ne' domani
13
Tell me why (bonus- second version)
14
Il nuovo mondo (bonus- re-edit)
15
Stanchiamoci insieme (bonus)

16
Un'eccitazione nuova (bonus)




lundi 10 novembre 2025

Runaway Totem (Feat. AndromacA) Metamorph Tetraphirm (trad. IT)

Ecco quindi Runaway Totem ridotto alla sua espressione più semplice, ovvero Roberto Gottardi (alias Cahal de Betel) da solo. Infatti, da Multiversal Matter del 2019, Gottardi è l'unico capitano della sua astronave, il suo ultimo fedele rimasto, Raffaello Regoli, ha lasciato la nave per dedicarsi alla sua band Cormorano, riattivata nel 2023.
Ma state tranquilli, Gottardi ha sempre saputo circondarsi delle persone giuste, e ancora una volta l'equipaggio, riunito sotto il nome di AndromacA, è di altissimo livello per accompagnarlo in questa nuova avventura. Senza dubbio, uno dei più ambiziosi mai chiamati Runaway Totem, che, a ben vedere, simboleggia nella mente del suo creatore la fuga dal totem, ovvero il rifiuto di tutti gli idoli e di tutte le barriere. Il soprano Antonella Suella è un'artista dal background ricco e poliedrico, avendo studiato canto classico al Conservatorio Paganini di Genova. Si è poi rivolta a discipline più moderne: il progressive metal con la band Nova Malà Strana, e in seguito la musica sperimentale con Stefano Bertoli, il duo che da oltre vent'anni forma il gruppo AndromacA. Stefano Bertoli, dal canto suo, è un vero mago delle tastiere e soprattutto di ogni tipo di strumento elettronico (vocoder, sequencer, ecc.), il che lo ha portato a investire molto in progetti che possono essere paragonati alla ricerca musicale e alla sperimentazione sonora.
Sto correndo un po' troppo, ma Roberto Gottardi non avrebbe potuto fare scelte migliori di questi due musicisti per assisterlo e supportarlo in questo ambizioso progetto, che richiede una vera competenza tecnica. L'opera si presenta come un trittico composto da due CD e un DVD: un bel pacchetto! Ogni CD contiene una registrazione dal vivo di una fase del concept, e il DVD offre uno scorcio della performance audiovisiva che gli artisti hanno tenuto il 16 dicembre 2023, dal vivo all'Abbazia San Bernardino di Genova. Questa performance comprende tutte le tracce di Metamorph Tetraphirm.
Questo titolo insolito, Metamorph Tetraphirm, deriva da una frase latina che significa "La Metafora delle Quattro Firme". Le quattro firme in questione si riferiscono alle eliche del DNA. Queste quattro eliche, o otto filamenti di DNA, furono simbolicamente liberate durante la famosa performance dal vivo per aprire degli "Stargate" che conducono a universi con densità diverse dalla nostra. Si tratta, quindi, di un viaggio nel tempo e nello spazio.
Infine, vale la pena notare che questo progetto cosmico è dedicato alla memoria di Nik Turner. Questo dovrebbe dare all'ascoltatore un'idea di cosa aspettarsi. E in effetti, non c'è dubbio: l'opera concepita da Gottardi è animata dall'inizio alla fine da musica elettronica psichedelica e progressiva. Fin dai primi secondi, vi trasporta in spazi interstellari immensi e inesplorati. Roberto Gottardi, Stefano Bertoli e Antonella Suella sviluppano un materiale sonoro fortemente intriso di reminiscenze di trance tribali e incantesimi rituali, a volte giustapposte ad acid krautrock. Da questo fermento costante, emerge regolarmente anche una dimensione zeuhl, in particolare grazie alle performance vocali di Roberto e soprattutto di Antonella. Composto principalmente da una successione di stati d'animo e atmosfere (questa è la natura del genere, ovviamente), il disco presenta anche alcuni slanci davvero mozzafiato, come "Deutsch Nepal" o il lungo e orgasmico finale di "Tat l'albero cosmico", controbilanciati da alcuni momenti di profonda spiritualità ("Indian dream"). L'esperienza d'ascolto è innegabilmente piuttosto disorientante, ma in definitiva piuttosto accattivante, a tratti persino emozionante, come l'enorme vortice sonoro di 12 minuti che è "Ritual thanz" o la cataclismatica "Heliocentric energy". Tra l'altro, il cenno ai Pink Floyd in "On the run", che riproduce, con alcune varianti, la sequenza di otto note del sintetizzatore EMS AKS, è piuttosto ben fatto, in quanto perfettamente integrato nel tutto. Permette persino di stabilire un collegamento con il brano successivo, "Stratosfear", che opera su un loop in evoluzione leggermente diverso, pur rimanendo nello stesso spirito, questa volta con una chiara evocazione dell'omonimo brano dei Tangerine Dream. La sequenza "on the run" - "Stratosfear" è innegabilmente uno dei grandi successi creativi dell'album.
Se avete seguito la lunga saga dei Runaway Totem fin dai suoi esordi, ben oltre trent'anni fa, potete a ragione considerare questo album, nella sua forma (la registrazione di un'esibizione dal vivo unica) e nel suo contenuto (vedi sotto), come un traguardo e un culmine, che ovviamente dobbiamo alla sua mente, Roberto Gottardi. Per me Metamorph Tetraphirm è innegabilmente una pietra miliare nella vasta discografia della band.

Runaway Totem
Roberto Gottardi (Cahal de Betel) : guitares, synth guitar, synth Stellar, claviers, percussions, theremin, vocaux.

AndromacA
Antonella Suella : chant lead
Stefano Bertoli : Ableton Push 3, Waldorf Iridium, Synclavier Regen, taiko, gong, bols tibétains

+ Clara Luna : chorégraphie et danse.

 


Tracklist CD 1 (phase I) :
  1. In den garten Pharaos
  2. Future days
  3. Father cannot yell
  4. On the run
  5. Stratosfear
  6. Deutsch Nepal
     
 Tracklist CD 2 (phase II) :
  1. Ritual thanz
  2. Indian dream
  3. Heliocentric energy
  4. Mekanik ritual
  5. Tat l'albero cosmico

 

 

mercredi 5 novembre 2025

Runaway Totem (Feat. AndromacA) Metamorph Tetraphirm

 
Voilà donc l'entité Runaway Totem réduite à sa plus simple expression, en l’occurrence au seul Roberto Gottardi (aka Cahal de Betel). En effet, depuis Multiversal matter en 2019, Gottardi est le seul maître à bord de son vaisseau spatial, son dernier fidèle, Raffaello Regoli, ayant quitté le navire pour se consacrer à son groupe Cormorano réactivé en 2023.
Mais soyez rassurés, Gottardi a toujours su très bien s'entourer et une fois encore l'équipage, réuni sous le nom d'AndromacA, est de qualité pour l'accompagner dans cette nouvelle aventure. Sans aucune doute, une des plus ambitieuses portant le nom de Runaway Totem qui, je le rappelle, signifie dans l'esprit de son créateur la fuite du totem, c'est-à-dire le refus de toute idole et de toute barrière. 
La soprano Antonella Suella est une artiste au parcours riche et complet puisqu’elle a d'abord suivi un cursus de chant classique au conservatoire Paganini de Gênes. Elle s'est ensuite tournée vers des disciplines plus modernes : le prog métal avec le groupe Nova Malà Strana, puis l'expérimental avec Stefano Bertoli, le duo formant depuis plus de vingt ans le groupe AndromacA justement. Stefano Bertoli est pour sa part un véritable wizard des claviers et surtout des machines électroniques en tout genre (vocoder, séquenceur, etc...) l'amenant à énormément s'investir dans des projets que l'on peut apparenter à de la recherche musicale et à de l'expérimentation sonore. 
J'anticipe un peu, mais Roberto Gottardi ne pouvait pas faire meilleurs choix que ces deux musiciens pour l'assister et l'épauler dans cette création d'envergure demandant de réelles compétences techniques.      
L'objet se présente sous la forme d'un triptyque regroupant 2 CD et 1 DVD, rien que ça ! Chaque CD propose une phase du concept enregistrée live et le DVD permet d'assister à la performance audiovisuelle donnée par les artistes, le 16 décembre 2023, en direct à l'Abbazia San Bernardino de Gênes, ce spectacle constituant l'intégralité des morceaux de Metamorph Tetraphirm.
Ce titre bizarre, Metaphorm Tetraphirm, tire son nom d'une locution latine signifiant « La Métaphore des Quatre Signatures ». Les quatre signatures en question font référence aux hélices de l'ADN. Ces quatre hélices, soit huit brins d'ADN, étaient symboliquement libérées lors de la fameuse performance live pour ouvrir des « Portes des Étoiles » menant à des univers de densités différentes de celle de notre propre univers. Il s'agit donc ni plus ni moins que d'un voyage à travers le temps et l'espace
Enfin, il est bon d'indiquer que ce projet cosmique est dédié à la mémoire de Nik Turner. Voilà qui peut orienter l'auditeur sur ce qui l'attend. Et de fait, il n'y a pas à s'y tromper, l’œuvre imaginée par Gottardi est propulsée de bout en bout par une musique électronique psychédélique et progressive. Dès les premières secondes, elle vous transporte dans des espaces interstellaires planants encore inexplorés. Roberto Gottardi, Stefano Bertoli et Antonella Suella développent un matériau sonore fortement imprégné par des réminiscences de transes tribales et d'incantations rituelles parfois confrontées à un krautrock acide. De ce bouillonnement permanent, émerge également régulièrement une dimension zeuhl notamment due aux performances vocales de Roberto et surtout d'Antonella. Avant tout fait d'une succession d'ambiances et d'atmosphères (c'est le genre qui veut ça bien sûr), il en éclot quelques jaillissements réellement époustouflants comme c'est le cas pour "Deutsch Nepal" ou encore pour le long final orgasmique de "Tat l'albero cosmico", contrebalancés par quelques climats d'une grande profondeur spirituelle ("Indian dream"). L'expérience auditive est évidemment assez déstabilisante mais finalement assez prenante voire passionnante par moments à l'instar de l'énorme vortex sonore de 12 minutes qu'est "Ritual thanz"ou encore du cataclysmique "Heliocentric energy". Au passage, le clin d’œil à  Pink Floyd sur "On the run", reproduisant avec quelques variations le séquencement des huit notes du synthé EMS AKS, est assez bien vu car parfaitement intégré à l'ensemble. Il permet même de faire le lien avec le morceau suivant, "Stratosfear", qui fonctionne sur une boucle évolutive légèrement différente, tout en restant dans le même esprit, avec cette fois une évocation franche du morceau homonyme de Tangerine Dream. L'enchaînement "on the run" - "Stratosfear" est d'ailleurs incontestablement une des grandes réussites créatives de cet album.
Si vous avez suivi la longue épopée de Runaway Totem depuis ses débuts, il y a largement plus de trente ans maintenant, vous pouvez considérer à juste titre que cet album, dans sa forme (captation d'une performance in vivo unique) comme dans son contenu (voir infra), représente à la fois un accomplissement et un climax que l'on doit évidemment à son shaman Roberto Gottardi. Pour moi, Metamorph Tetraphirm fait incontestablement date dans la  longue discographie du groupe.

Musiciens intervenants :

Runaway Totem
Roberto Gottardi (Cahal de Betel) : guitares, synth guitar, synth Stellar, claviers, percussions, theremin, vocaux.

AndromacA
Antonella Suella : chant lead
Stefano Bertoli : Ableton Push 3, Waldorf Iridium, Synclavier Regen, taiko, gong, bols tibétains

+ Clara Luna : chorégraphie et danse. 
 

Tracklist CD 1 (phase I) :
  1. In den garten Pharaos
  2. Future days
  3. Father cannot yell
  4. On the run
  5. Stratosfear
  6. Deutsch Nepal
     
 Tracklist CD 2 (phase II) :
  1. Ritual thanz
  2. Indian dream
  3. Heliocentric energy
  4. Mekanik ritual
  5. Tat l'albero cosmico

jeudi 23 octobre 2025

Sigmund Freud : Risveglio

Régulièrement, le label Black Widow réussit à sortir du néant un vieux groupe de rock progressif italien sans aucun antécédent notable, le plus souvent inconnu même des fans les plus affutés.
Même si cela ne fait pas vraiment avancer la cause, on est bien d accord, il y a quand même un vrai plaisir à retrouver l'esprit et le savoir-faire de ces précurseurs.
Voilà qui va être une nouvelle fois le cas avec Sigmund Freud, un groupe né en 1972 dans le magnifique secteur des Castelli Romani, près de Rome. Entre 1972 et 1975, ses membres ont composé et enregistrés plusieurs morceaux pour deux labels connus (EMI ou RCA) mais au final aucun album n'a jamais vu le jour. Jusqu'en 1978, année de la dissolution du groupe, Sigmund Freud a malgré tout continué a fonctionner et a participer à de nombreux concerts et rassemblements rock qui se sont principalement déroulés dans la région du Latium et dans la capitale italienne (notamment à à Villa Pamphili).
Cinquante plus tard, sollicité par Black Widow, le fondateur du groupe, Claudio Ciuffa a remis sur pied une nouvelle formation avec de nouveaux musiciens. Puis en janvier 2025, ils sont entrés en studio pour enregistrer les morceaux composés il y a cinquante ans, avec la volonté de retrouver les sensations qui avaient motivé les anciens membres de Sigmund Freud au moment de la création du groupe.
De ce côté, le pari est assez réussi car il est évident que la musique sonne assez datée avec une profusion de tonalités vintage, le résultat d'un recours limité des effets sur les instruments (guitares électriques) et d'un apport conséquent des couleurs de claviers old school (Moog, Mellotron et orgue Hammond) ce qui donne un son assez organique à l'ensemble.
Côté compositions, le progueux nostalgique du vieux RPI sera comblé avec cinq morceaux de durées respectables (entre 8 et 12 minutes). Le premier titre, "Fiori di polvere bianca", navigue dans un registre pop prog pouvant rappeler Gleemen avec un pont central plus rock qui apporte du nerf à l'ensemble. Avec "Giochi d'ombre", le groupe s'approche cette fois plus d'un prog plus candide, avec quelques accents pastoraux, à la Errata Corrige, avec là aussi un passage final plus rock. A partir du troisième morceau, le niveau semble monter d'un cran. Pas que les deux premiers titres soient mauvais, bien au contraire, mais ils pâtissent tous les deux d'un léger déficit d'originalité. Ainsi "Palla di neve" démontre dès les premières mesures une qualité d'écriture beaucoup plus affirmée. La suite du morceau ne fait que confirmer cette bonne impression de départ avec une succession de très belles séquences tant dans les variations rythmiques que dans les modulations harmoniques. Et oui, la fin du morceau fait bien penser à Eneide ! "La quiete dopo la tempesta " est un long titre de 11 minutes avec cette fois une construction en rebondissements qui nous vaut quelques belles envolées et autant de moments jouissifs. "Epilogo" est certes une composition prog de facture classique mais avec une très belle musicalité et un long pont instrumental psyché très original. Avec ce dernier morceau très apaisant, l'album 2025 (*) se termine sur cette bonne note finale. De là à penser que ce  réveil de Sigmund Freud est une forme de catharsis prog.

(*) avertissement : le label Black Widow a tenu à ajouter un medley de 17 minutes intitulé "Freud 70' medley". Il s'agit du seul enregistrement ancien conservé par le groupe. C'est donc un véritable témoignage d'époque qu'il faut appréhender avec beaucoup de mansuétude compte-tenu des imperfections inhérentes à ce type d'archives sonores. 

Le groupe : Claudio Ciuffa (guitares, flûte, saxo soprano), Marco Cavaterra (basse), Claudio Carbonetti (piano, synthés, Moog, Mellotron, voix), Evandro Gabiati (batterie, percussions), Dino Pacini (guitares), Luca Allori (chant lead, guitare acoustique).

La tracklist :

  1. Fiori di polvere bianca
  2. Giochi d'ombre
  3. Palla di neve
  4. La quiete dopo la tempesta
  5. Epilogo
  6. Freud 70' medley (bonus track) 

Date de sortie : 28 septembre 2025

Label : Black Widow Records

mardi 7 octobre 2025

Bambi Fossati : il castello tira sassi

 

Les fans les plus fervents du rock progressif italien se rappellent obligatoirement du groupe Garybaldi et de ses deux albums, surtout Nuda (1972) auréolé de sa pochette culte signée Guido Crepax.
Derrière Garybaldi (et Gleemen), il y avait le guitariste Pier Niccolo Fossati aka Bambi Fossati trop tôt décédé en juin 2014, qui après la dissolution de son groupe en 1974 avait poursuivi sa carrière en solo ainsi qu'au sein d'une formation dont le nom rappelait son diminutif : Bambibanda. Étaient bien sûr venues s'ajouter des reformations ponctuelles de Garybaldi, la dernière en 2010, Bambi Fossati ayant ensuite dû faire face à la maladie qui allait l'amener à sa disparition. Bien que peu connu du grand public, son nom apparaissait de temps en temps quand on évoquait les légendes du vieux prog italien des 70.
Maintenant une petite histoire pour lancer cette chronique.     
Il y a environ deux ans, je suis sur la place Giacomo Matteotti à Gênes à discuter avec deux vendeurs de disques. L'un d'entre eux me raconte alors une histoire incroyable. En déménageant la cave de la maison de Fossati, quelqu'un de la famille a retrouvé des bandes enregistrées par le guitariste. La (double) question se pose évidemment de savoir si elles sont exploitables et si quelqu'un serait intéressé pour les publier. J'avoue ne plus avoir pensé à cette anecdote ensuite. Des histoires comme ça, on en entend régulièrement sans qu'il n'y ait jamais de suite.
Une année plus tard, en passant chez  Black Widow Records, je me retrouve avec ce CD entre les mains, Pino et Massimo me racontant à nouveau cette même histoire de bandes exhumées. Mais maintenant c'est du concret. Car une fois encore, la team de BWR a fait des miracles ou plutôt un miracle en réhabilitant ces enregistrements pas forcément très anciens puisque l'on peut les situer dans une période allant de 1994 à 2003.
Il castello tira sassi ne peut pas être considéré à proprement parlé comme un testament de Bambi Fossati, mais plutôt comme un témoignage de sa verve artistique. Il y a toujours quelque chose d'émouvant lorsque l'on écoute bien des années après des prises qui n'étaient pas forcément destinées à être publiées, un peu comme si l'on ouvrait pour la première fois un journal intime.         
Grâce au travail méticuleux de post-production réalisé par Alessandro Paolini, les 11 tracks proposées (l'intro est parlée) présentent une qualité d'écoute globalement satisfaisante. Mais elles ont surtout toutes pour point commun de présenter le guitariste gênois dans un registre différent de celui de Garybaldi, car même si les sonorités et les intonations sont proches évidemment, le Fossati que l'on entend sur cet album est beaucoup plus roots. C'est principalement vrai pour ce qui concerne les 4 brûlots blues rock "Reprimanda mores", "Qualcosa non va", "Trattoria Celeste" et "In una stanza" enregistrés durant la même session (probablement live) par le trio Fossati / Nuovibri / Olivieri. Un peu plus loin le bloc "Palazzo pazzo", "Mille città", "Schizzo metropolitano" datant probablement des années 90 est d'une veine plus pop-rock débridée, "Schizzo metropolitano" s'approchant d'ailleurs beaucoup du style du groupe napolitain Osanna. Quant à la très belle chanson "Madre di cose perdute", elle sonne comme du Gleemen, Maurizio Cassinelli et Gian Paolo Casu sont d'ailleurs présents sur l'enregistrement. Au passage, ce morceau est incontestablement la perle de cet album avec en prime les vocalises de Vania Altrinetti.
Les bonus tracks viennent encore ajouter un surcroît de bonnes surprises, surtout avec "Toledo" qui permet d'entendre un nouveau solo d'anthologie de Fossati. Car pour ceux qui ne le connaissaient peu ou pas, ils pourront se rendre compte que Bambi Fossati n'avait vraiment pas usurpé son sobriquet d'Hendrix du sud. Tout y était : une attaque de cordes brute et anguleuse, un son de guitare acide et des décollages psychédéliques amplifiés et renforcés par les effets (dis)tordus qu'il réussissait à faire sortir de ses pédales. Il avait aussi pour lui une voix pas toujours exceptionnelle mais caractérisée par des inflexions très typées et par une chaleur bluesy.
il castello tira sassi (qui peut être traduit par "le château en ruine") constitue un bel hommage posthume dédié à celui dont le nom a toujours été prononcé à Gênes avec beaucoup de respect.  
Gloria animae suae.
La tracklist : 
  1. Intro
  2. Reprimanda mores
  3. Qualcosa non va
  4. Trattoria Celeste
  5. In una stanza
  6. Mona
  7. Palazzo pazzo
  8. Mille città
  9. Schizzo metropolitano
  10. Madre di cose perdute
  11. Toledo (bonus track - studio live)
  12. 26 Febbraio 1700 (bonus track - live)

 Label : Black Widow Records

 

vendredi 19 septembre 2025

G.O.L.E.M. : Still Life (EP)

 

Le groupe G.O.L.E.M. a profité de son passage en opener au Festival 2 Days + 1 de Veruno, le 5 septembre 2025, pour présenter un EP, Still life,  faisant suite aux deux albums Gravitational Objects of Light, Energy and Mysticism de 2022 et Gathering Of the Legendary Elephant Monsters de 2024.
Nous avions eu un avant goût de ce nouveau travail avec la sortie en mai 2025 d'un 45 tours vinyle comprenant uniquement le morceau "Born erased". Cette fois l'EP propose la suite intégrale Still life en trois parties pour une durée totale de 14 mn 40.
Alors, vous allez me dire que le titre Still life vous rappelle quelque chose. Et pour cause, Van der Graaf Generator est bien une des sources d'inspirations du groupe à défaut d'être une influence musicale directe, quoique ! Nous allons en reparler justement.
Car cet EP marque une forme de rupture avec le passé musical du groupe. Si "Born erased" porte encore les stigmates d'un bon gros hard prog, avec "Sons of death" et "Still dreaming", les musiciens de G.O.L.E.M. semblent vouloir évoluer vers un son plus fluide, s'éloignant du heavy prog pour flirter avec un rock sombre et quasi atmosphérique, mâtiné de quelques parties abstraites, à la limite de l'expérimental, placées en arrière-plan. Bien que l'ambiance générale reste gothique, on décèle une volonté d'ouvrir l'horizon musical vers quelque chose de plus expressif, nettement proche d'un format chanson exaltant une poésie noire (tiens tiens !) dans la deuxième et surtout dans la troisième partie de la suite. 
Voilà une mutation stylistique plutôt inattendue mais toutefois bienvenue. Le groupe semble à l'aise dans ce registre différent qui, accessoirement, convient très bien au timbre vocal de Marco Vincini. 
Cette nouvelle voie explorée par G.O.L.E.M. demande maintenant une concrétisation sur un format album, mais en tout cas cet EP en forme de teaser ne peut que donner confiance pour la suite. 
L'EP a été pressé à 100 exemplaires, je ne saurais trop vous conseiller de vous précipiter sur l'objet car pas mal de copies sont déjà parties.

Le groupe : Paolo Apollo Negri (orgue et synthétiseurs), Marco Vincini (chant), Emil Quattrini (pianos électriques, mellotron), Marco Zammati (bassse), Francesco Lupi (batterie). 

La tracklist : 

1. Still life (Part 1) : Born erased

2. Still life (Part 2) : Sons of death

3. Still life (Part 3) : Still dreaming

Label : Black Widow Records

 

jeudi 14 novembre 2024

G.O.L.E.M. : Gathering Of the Legendary Elephant Monsters

G.O.L.E.M. serait donc un groupe mutant, un simple sigle à géométrie variable qui après avoir été l'acronyme de "Gravitational Objects of Lights, Energy and Mysticism" pour son premier album serait devenu aujourd'hui celui de "Gathering Of the Legendary Elephant Monsters ". Étonnant, isn't it !
En tout cas, avec ce deuxième album à mettre aux crédits de G.O.L.E.M.; il apparaît que Paolo Apollo Negri est bien décidé à vivre une nouvelle aventure avec ce groupe, plus de dix ans après la fin de Wicked Minds qui avait quand mêle laissé un paquet de bons souvenirs aux adorateurs du hard prog à l'ancienne. Mais voilà, l'histoire semble vouloir éternellement se renouveler, Apollo Negri a remis les fourneaux en chauffe et G.O.L.E.M. déboule avec cette deuxième coulée d'orgues vintage en état incandescents qui sont quand même le cœur du réacteur.
pour vous dire, ça embrase dès les premières secondes de "Gravitational Objects of Lights, Energy and Mysticism" qui sont une avalanche de notes en fusion dégringolant de vos enceintes, à croire que les musiciens de Uriah Heep viennent de débarquer dans votre salon. Ça se calme un peu ensuite, il est vrai avec le chant solennel de Marco Vinci sur fond d'accompagnement liturgique avant de repartir pour une longue cavalcade menée par les deux claviéristes. Les tableaux tour à tour  enlevés ou calmes se suivent, mais l'ambiance générale reste lourde et sombre.  
Avec quelques réserves sur le chant, trop forcé à mon goût (remarque mineure), je suis vraiment fan de la musique que produit cette formation, avec ses compositions vraiment léchées et bien sûr ses deux claviéristes qui rivalisent d'inventivité. Il y a ainsi sur cet album, un nombre impressionnant de séquences instrumentales absolument irrésistibles, sans parler d'un morceau comme "Life between the lines" qui est de la folie pure. Côté réappropriation de plans hard prog vintage, l'inspiration de Paolo et Emil semble inépuisable.
L'intérêt de cette musique réside dans un bon équilibre entre un son à l'ancienne, fourni par l'utilisation d'instruments d'époque, et une évidente envie d'apporter ses propres idées pour créer son propre univers artistique. Un morceau comme "Mechanical evolution" incarne parfaitement cette ... évolution. Visiblement les deux ans qui séparent les deux albums ont été mis à profit pour arriver à ce résultat, qui je le réaffirme, est fort réjouissant. Il ne reste plus qu'à attendre le troisième album. 

 
Le groupe : Paolo Apollo Negri (orgues et synthés), Marco Zammati (basse et Moog Taurus), Francesco Lupi (batterie), Emil Quattrini (piano, piano électrique, Mellotron, String Machine), Marco Vincini (chant)

La tracklist : 

01. Gravitational Objects of Lights, Energy and Mysticism
02. Mechanical evolution
03. The endless night of reason
04. Life between the lines
05. Tale of the oblivion dance
06. Keeper of the ocean's gate

Écoute possible sur bandcamp : Gathering Of The Legendary Elephant Monsters 

Label : Black Widow Records


mardi 1 octobre 2024

Il Segno del Comando : ... Al passato, al presente, al futuro...Live in studio

En 2017, alors même qu'Il Segno del Comando avait déjà trois albums à son actif, ses musiciens s'étaient retrouvés en studio pour enregistrer, en condition live, six des morceaux les plus emblématiques de la formation génoise.

Loin d'être une décision anodine, ces prises 'in vivo" étaient l'occasion de réunir la nouvelle formation enfin stabilisée autour de l'inamovible Diego Banchero, le gardien du temple, il segno del comando personnalisé ! Plusieurs fois remanié depuis sa création en 1995, le groupe avait accueilli en 2013 ses deux nouveaux guitaristes (Davide Bruzzi et Roberto Lucanato) ainsi que le batteur Fernando Cherchi pour l'album Il volto verde. Puis le nouveau chanteur Riccardo Morello était arrivé peu après.

De fait, ce Live in Studio avait tenu toutes ses promesses et réjoui tous les fans du groupe, qu'il s'agisse de constater l'extraordinaire cohésion dont faisaient preuve les musiciens du groupe, d'apprécier la voix puissante du nouveau chanteur ou encore de découvrir la complicité miraculeuse des deux guitaristes, Roberto Lucanato et Davide Bruzzi. 

Le CD avait été publié à l'époque en auto-production, ce qui fait que, bien sûr, il était épuisé depuis longtemps. Black Widow Records a donc eu la bonne idée de sortir une nouvelle édition de l'album en 2024. Non seulement, cet enregistrement n'a pas pris une ride mais il reste parfaitement d'actualité. Il confirme également qu'Il Segno del Comando avait très tôt fixé son style tenant dans une formule faite d'un alliage inoxydable entre un heavy rock gothique et un dark progressif mais avec un truc en plus. Et ce truc, c'est cette formidable capacité d'accélération dont est capable le groupe. "Golem" et "Il segno del comando" sont d'ailleurs deux exemples parfaits de la vélocité dont savent faire preuve les musiciens (les deux guitaristes en l’occurrence) pour s'extraire des marécages doomesques et emballer définitivement l'affaire. Pour ce qui concerne les morceaux sélectionnés pour ce Live in Studio, il apparaît une fois de plus que " La taverna dell'angelo" (incluant le solo de basse de Diego) et "Il segno del comando" (avec son ouverture démentielle à l'orgue liturgique) constituent bien les deux piliers inamovibles de la set-list du groupe en concert.    

Vous aurez bien sûr remarqué au passage l'artwork toujours aussi dantesque de Danilo Capua qui illustre toutes les pochettes des disques d'Il Segno del Comando et de Universal Totem Orchestra, autrement dit, deux poids lourds du prog italien .

Au passé, au présent et encore au futur Il Segno del Comando, demeure, dans sa formule actuelle, un des tous meilleurs groupes œuvrant du côté obscur du rock progressif italien.  


Le groupe : Diego Banchero (basse, chœurs), Riccardo Morello (chant, claviers), Davide Bruzzi (guitares, claviers, chœurs), Roberto Lucanato (guitares), Fernando Cherchi (batterie).   

 La tracklist :

1. Komplott Charousek
2. Golem
3. Usibepu
4. Retrospettiva di un amore
5. La taverna dell'angelo
6. Il segno del comando

Artwork : Danilo Capua

A écouter sur ce lien bandcamp Live in Studio

et à commander chez Black Widow Records


jeudi 29 août 2024

Black Pie : Angels


Pour finir l'été en beauté, voici que déboule Black Pie avec son premier album Angels. Commençons par les présentations. Black Pie est un nouveau groupe de prog italien mais ses membres ont quelques années d'expérience derrière eux. Le guitariste/claviériste Claudio Cinquegrana fait partie des UT New Trolls depuis 2012 ainsi que des Of New Trolls.  Silvano Bottari est le batteur du groupe Vanexa dans lequel officie aussi Andrea Ranfa. Enfin Stefano Genti qui vient en renfort aux claviers est également un musicien des UT New Trolls. Pour revenir à Black Pie, le groupe s'est formé en 2023 et s'est rodé en 2023 avec une série de concerts en Ligurie.
Passons à la musique maintenant. Angels est un album plaisir. Ça veut dire quoi ? Juste que c'est de la pop rock à l'ancienne bien foutue qui dévie régulièrement vers ce bon vieux hard des seventies qui n'a toujours pas trouvé d'équivalent à ce jour. 
Malgré quelques passages plus atmosphériques savamment distillés, malgré une propension à la mélodie efficace (celle qui fait mouche à chaque fois) et avec une tonalité générale en sons clairs (il y a assez peu de grosses saturations dans cet album), l'ensemble dégage pourtant une impression de puissance portée par une section basse/batterie au groove imparable capable de dérouler en mode rouleau compresseur ("Kaos night", "Bordeline") mais aussi largement amplifiée par la voix d'Elena Villa incroyablement vivante et évocatrice qui se suffit à elle-même ("Off the radar"), une voix capable de traverser les murs quand Elena se met en colère ("Your fault", "Lift it"), une voix qu'elle double d'ailleurs à l'occasion pour encore plus de relief ("Blanket tide"). Il est d'ailleurs indispensable de souligner que la grande découverte de cet album est bien la chanteuse Elena Villa qui assure également parfaitement à la basse.
Il est également facile de détecter des apports funky ("From the ashes") et jazzy ("People from the sky") régulièrement utilisés, plutôt pour corser les lignes rythmiques. 
Parfois le groupe s'autorise même, avec une réussite certaine, des moments un peu barrés, quasi  expérimentaux sur la fin de "Blanket tide" ou carrément psychédéliques pour la deuxième partie de "Welcome toxic" qui flotte dans un nuage gentiment halluciné
Même si quelques mesures impaires traînent par-ci par-là (cf. le passage sautillant de "Little lady bright"), vous l'avez déjà compris, ce n'est pas trop la peine de chercher du prog dans cet album qui n'en a d'ailleurs pas la prétention, et encore moins du RPI. Le chant en anglais conforte plutôt en l'occurrence une inclinaison nettement anglo-saxonne, que ce soit pour les styles abordés, beaucoup plus variés qu'il ne peut y paraître au premier abord, comme pour ce qui relève de la résonance générale. L'album se termine par un morceau particulier, "Follow", qui s'articule en deux parties bien distinctes, d'abord un court instrumental atmosphérique et éthéré, joué à la guitare acoustique, puis une étonnante partie chantée (la ghost track) qui correspond à celle qui était sur le flexi-disc promo. C'est une composition d'essence très différente du reste de l'album qui annonce quelque chose du prochain album. Déjà !
En attendant, dansez sur "From the ashes" et savourez cet album qui devrait vous mettre de bonne humeur jusqu'au retour des jours pluvieux.

Le groupe : Elena "Hellen" Villa (chant, basse, guitare, mandoline), Claudio "Clod" Cinquegrana (guitares, claviers, chœurs), Silvano "Syl" Bottari (batterie, percussions).

+ Stefano Genti (claviers, chœurs)

La tracklist :

  1. Off the radar
  2. Kaos night
  3. Little lady bright
  4. Borderline
  5. Your fault
  6. Welcome toxic
  7. People from the sky
  8. From the ashes
  9. Blanket tide
  10. Lift it
  11. Follow

Label : Black Widow Records 

Sortie : le 20 septembre 2024

 

 

mardi 13 août 2024

Melting Clock : Altrove


Juste avant leur concert prévu au Festival Crescendo le vendredi 16 août, il est temps de vous présenter Altrove, le deuxième album de Melting Clock qui, j'en profite pour le rappeler, succède à l'excellent double LP Destinazioni sorti en 2019. Ce qui me permet aussi de préciser que le groupe comprend toujours les six mêmes membres depuis maintenant de nombreuses années.

Dès les premières mesures de "Vernice", l'immersion dans le prog italien le plus pur est flagrant. La mélodie chatoyante vous saisit et ne vous lâche plus. L'accompagnement instrumental rappelle beaucoup ce qu'a fait récemment Caravaggio. En clair, çà fleure bon le bassin méditerranéen. "Altrove" est articulé en deux parties avec un premier mouvement présenté sur un ton romantique mettant en avant la merveilleuse voix d'Emanuela Vedana puis un second mouvement instrumental (Emanuela se contente cette fois de vocalises) construit comme une lente montée en puissance, le tempo s’accélérant progressivement, les musiciens appuyant de plus en plus sur leurs instruments. "Il mondo al suo risveglio" est une chanson lumineuse qui fait honneur à son titre car on ressent effectivement cette impression d'assister au réveil du monde ou plus simplement, au lever du soleil à l'aube. On ne s'étonnera pas que l'ambiance soit légèrement onirique tout juste traversée par quelques coups de boutoir métal délivrés par la guitare électrique. "Città spenta" est sûrement la chanson la plus expressive de l'album, celle aussi qui alterne le mieux les climats calmes avec ceux plus nerveux. Une réussite assurément. Pour la dernière partie de l'album, Melting Clock a décidé de frapper très fort. Dès l'entame de "Tramonte di Cenere", il est clair que la tonalité générale, jusque là contenue et presque sage, semble soudainement changer. "Tramonte di Cenere" est LE morceau prog du disque avec ses huit minutes de montagnes russes et de bonheur absolu. La piste finale, "Endurance", est également très progressive, plus axée toutefois sur un mode symphonique. Preuve de sa qualité et de l'intérêt de son contenu, les neuf minutes de ce morceau passent à toute vitesse.   

Altrove est un album plus ramassé et qui part moins dans différentes directions que son prédécesseur. Ce constat est sans doute lié au fait que le groupe semble avoir beaucoup misé sur sa chanteuse, optant majoritairement pour un format chansons, ce qui est loin  d'être synonyme de facilité dans le cas de Melting Clock, délaissant ainsi volontairement l'option des longues séquences instrumentales. Compte-tenu de la beauté de la voix d'Emanuela, personne ne s'en plaindra. Compte-tenu du haut niveau irréprochable et sans faille des sept compositions proposées par le groupe, ce choix prend tout son sens, pour notre plus grand bonheur. Avec cet album, Melting Clock confirme, avec une sérénité parfaite, sa place dans le paysage ensoleillé et rayonnant du rock progressif italien actuel. L'ailleurs est beau parfois aussi. 

Vous pourrez profiter de la prestation du groupe au Crescendo pour leur acheter ce CD (et l'ancien si vous ne l'avez pas par la même occasion) à leur stand merchandising. Vous ne serez pas déçu.

Le groupe : Sandro Amadei (claviers, chant), Stefano Amadei (guitares, bouzouki irlandais), Alessandro Bosca (basse), Simone Caffè (guitares), Francesco Fiorito (batterie), Emanuela Vedana (chant).

La tracklist  :

  1. Vernice
  2. Altrove parte I
  3. Altrove parte II
  4. Il Mondo al suo Risveglio
  5. Città spenta
  6. Tramonti di Cenere
  7. Endurance 

Label : Black Widow Records 

vendredi 9 août 2024

Presence : Them

 

Finalement à sa création en 1990, Presence c'était le métal prog avec chanteuse lyrique, avant l'heure. Depuis, le groupe a sorti une série de six disques de laquelle je retiens surtout Black Opera, un album notamment marqué par une suite de quatre morceaux proposés en hommage à Giuseppe Verdi ("Tacea la notte placida - Il Trovatore", "Cortigiani vil razza dannata" - Rigoletto", Pace. pace mio Dio - La Forza del Destino", "Un Di. Quando le veneri - La Traviata").
Huit ans après Masters and Following, Presence revient dans sa formule originale, un trio resserré autour de Sophya Baccini qui assure les vocaux, Enrico Iglio qui est aux claviers et aux percussions et Sergio Casamassima qui prend les parties de guitare et de basse.
Avec une durée totale de 71 minutes, deux morceaux de 11 minutes et une suite de plus de 23 minutes, les musiciens napolitains semblent avoir été touchés par une inspiration débordante pour leur septième effort studio. D'emblée "The undead" annonce la couleur. Elle sera sombre, très sombre, dark pour tout dire. L'orgue qui ouvre "Aftermath" ainsi que la suite du morceau, confirment également le positionnement stylistique sur un heavy prog gothique duquel émerge la voix unique de Sophya Baccini. Une voix capable de transcender n'importe quelle chanson. Avec ses arrangements de cordes superbes, l'instrumental orchestré "Dance macabre", une marche funèbre l'ambiance crépusculaire, porte bien son nom et sert d'interlude. Car la suite de l'album a de quoi surprendre par son énergie et sa puissance. "To each other" est une longue cavalcade hard incroyable, arrêtée dans son élan par deux longs ponts symphoniques qui sentent quand même pas mal le souffre, et un final lyrique à couper le souffle. Cela faisait longtemps que je n'avais pas senti le groupe capable de se lâcher comme çà. Mais le grand rendez-vous c'est évidemment "Them", ce morceau de 23 minutes 23, soit la plus longue pièce jamais proposée par le groupe. Cette fois le métal symphonique est bien de retour mais à la sauce Presence, c'est à dire dosé et utilisé quasiment en arrière-plan, uniquement quand cela s'avère nécessaire. Les parties vocales sont incroyablement complexes et travaillées. Les séquences opératiques apparaissent le plus naturellement du monde entre des déferlements de percussions, des passages plus heurtées, parfois même martiaux, et des envolées de prog symphonique. La conception du morceau est très inspirée de l'écriture en musique classique. Le résultat est évidemment exigeant en terme d'écoute, mais c'est du grand art, à des années lumières de certaines créations de métal symphonique scandinaves et teutonnes qui relèvent plus de la crème au beurre industrielle. "Drawbridge 1501" est un deuxième intermède qui poursuit quelque part dans la voie de "Them". Un atterrissage en douceur en quelque sorte. Avec "Stige", le groupe délivre une longue séquence instrumentale de prog métal absolument ahurissante. Les claviers sont somptueux, les chorus de guitares décollent les uns après les autres comme autant de fusées de feu d'artifice. Je n'avais pas souvenir d'avoir entendu Presence aussi convaincant dans ce registre très démonstratif, il faut le reconnaître. Le contraste est évidemment saisissant (mais voulu) avec la voix de Sophya qui entame seule cette dernière chanson qui a des scintillements métalliques du plus bel effet et des allures d'hymne de fin de concert.        

Vous l'avez sans doute compris à travers ces lignes, Them est sans aucun doute le meilleur album produit à ce jour par Presence qui a trouvé ici le juste équilibre entre ses différents styles de prédilections, parfois antinomiques au départ, l'inspiration en plus. 

La Tracklist :

  1. The undead
  2. Aftermath
  3. Dance macabre
  4. To each other
  5. Them
  6. Drawbridge 1501
  7. Stige
  8. If you dare

Label : Black Widow Records

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vendredi 17 mai 2024

Prog Fest 2024 - Porto Antico Genova

Amateurs du meilleur rock progressif italien mais aussi des musiques du cinéma italien des '70, le rendez-vous incontournable de l'année 2024, c'est à Gênes, les 3 et 4 août 2024, pour assister à une série de concerts tous plus attirants les uns que les autres avec La Maschera di Cera, La Grazia Obliqua, Universal Totem Orchestra (+ Sophya Baccini), L'Ombra della Sera, Il Segno del Comando ET Fabio Frizzi avec son programme unique "Frizzi 2 Fulci" ! Mais aussi Horror Bach, Gotho et Delirio and The Phantoms. Cela se passe comme d'habitude au Porto Antico et c'est organisé par Black Widow Records (Massimo Gasperini et Pino Pintabona).

 

mardi 30 janvier 2024

Runaway Totem : Creators


Voici la suite de Multiversal Matter sortie en 2020 et comme d'habitude avec Runaway Totem, le concept comme la musique sont assez barrés. L'album est scindé en deux parties : Creators et Red Star. Il est proposé en version CD ou LP (avec une édition limitée).
Creators a été intégralement composé et arrangé par Roberto “Cahal” Gottardi sauf le titre bonus CD, "L’Alchimista" composé par Richie Castellan.

1ère partie : Creator
Le premier morceau "Viators" fait allusion aux races extraterrestres qui entreprennent un voyage intergalactique pour arriver sur la planète Terre.
"Advent Deus" raconte l’arrivée de ces formes extraterrestres. Ces êtres qui ne sont pas fait de la matière terrestre mais qui vibrent à des fréquences plus élevées sont vues comme étant des Dieux.
"Bételgeuse" est tout simplement la musique extraterrestre portée par l’étoile de Bételgeuse.
"Lemuria" peut se définir comme à la fois un lieu et un temps que notre mémoire a perdu. Les populations de la Lémurie sont anciennes et technologiquement avancées. Cette musique rappelle ces jours anciens complètement oubliés.
2ème partie : Red Star
"The Gate of Orion" évoque la venue prochaine d’autres voyageurs extraterrestres qui partent d’Orion. En ouvrant des portes, ils entrent dans notre monde.
"Remémorer Bételgeuse" est le souvenir extraterrestre de la musique portée par l’étoile de Bételgeuse.
"The Spiral" raconte la volonté de la manipulation génétique des extraterrestres sur la population terrestre, pour créer un esclave. Mais une autre race extraterrestre, pro-vie, s’oppose aux visées des méchants  aliens et parvient à créer l’Homme Divin, réduisant ainsi à néant le plan néfaste.
"Universal Union" est l'histoire de l’Homme Nouveau représentant l’essence primordiale. Cet homme nouveau entre dans la dimension d’où il était parti.

Une fois encore, mais on n'est pas étonné avec Runaway Totem, il s'agit d'un album OVNI inclassable qui peut quand même être rattaché à une forme de krautrock avec des influences de Magma, Hawkwind, Gong et Van der Graaf Generator. 

Le Intergalactic Totem Arkestra est composé de : Roberto “Cahal” Gottardi,Simone Caruso, Andrea Facchini, Maurizio Poli, Sophya Baccini, Martin Grice, David Jackson, Nik Turner, Emanuela Vedana.

La tracklist :

Creators

1.Viators
2.Advent Deus
3.Betelgeuse
4.Lemuria

Red Star

1.The Gate of Orion
2.Remembering Betelgeuse
3.The Spiral
4.Universal Union 

Bonus track CD
L’alchimista

Label : Black Widow Records (https://blackwidow.it/)

samedi 18 novembre 2023

Mater a Clivis Imperat : Carmina Occulta

 
Alors que l'écoute répétée d'Atrox Locus, le premier album de Mater a Clivis Imperat est tout juste digérée, revoilà notre violoniste, incarnation moderne de Paganini, entouré de ses déesses libidineuses. Enzo Sciotti, le graphiste auteur de la première couverture est hélas décédé mais Emanuele Tagliatti a dignement pris le relais pour proposer une nouvelle illustration absolument et totalement machiste dont le caractère désormais transgressif la rend encore plus jouissive ! 
Alors que Atrox Locus avait été le fruit tardif d'une longue gestation commencée en 2008 à la création du groupe (vous avez le détail de l'histoire ici), Samael von Martin avait enchaîné très vite ensuite sur un deuxième album et très tôt des démos avaient été enregistrées dont j'avais pu écouter quelques extraits prometteurs. 
Avec Atrox Locus, Mater a Clivis Imperat  avait  dealé avec le nocher Charon pour franchir sans encombre le Styx et s'approcher de l'entrée des Enfers. Nous en étions resté là avec cette œuvre qui sentait déjà bien le souffre. Mais avec Carmina Occulta, Mater a Clivis Imperat nous entraîne aux tréfonds de l'Hadès. Attendez vous à rencontrer des ombres désespérées qui errent hagardes. Tout au long des dix neuf pistes de cet album, je n'entends que lamentations et litanies mises en scène de différentes manières et sous différents tons. Et c'est bien là que réside la puissance de cet album.  Car il ne suffit pas de faire dans le sulfureux lourdingue pour s'afficher satanique.
Dans Carmina Occulta, vous avez des variations d'ambiances quasi infinies. Pas un morceau ne ressemble à un autre. D'un côté, les gammes et les modes utilisées, de l'autre, les arrangements et surtout les bruitages sont à ce point présents et importants pour la cohérence de l’ensemble, qu'ils en prennent un caractère quasi diégétiques. On entend ainsi, en fait, simultanément deux sources audio consistant en une partition musicale sur laquelle est plaquée une bande d'effets sonores. Régulièrement ces deux canaux sont accompagnés d'une partie narrative. L'effet est saisissant de par sa cohérence et de par sa  force évocatrice, "Melicum Brevius (Fanfara funebre)" et surtout "Sabba" en sont sans aucun doute les meilleurs exemples. 
Loin de se complaire dans le lamento et le contemplatif, l'album a ses (nombreux) moments de fièvre hard et autant de montées en puissance soudaines font comprendre à l'auditeur qu'il est face à une créature animée qui peut se déchaîner à tout moment. Car si l'on peut considérer que le très rock "Sub insidiosam ruinam genero" et "Liturgica" sont pris chacun sur un tempo appuyé, il faut se rendre à l'évidence,  "Chori Tragici" et "Diaboli malleus" sont nettement plus mouvementés. Je ne parle même pas de "Tragica operetta" qui, une fois lancé, se révèle être un missile supersonique. Quel esprit dérangé a pu imaginer pareil délire ?
Pour réaliser ce travail démentiel, Samael von Martin a eu l'intelligence de s'entourer d'une équipe de collaborateurs solides et a notamment fait appel à Elisa Montaldo qui apporte tout son savoir-faire, immense, dans les illustrations sonores, en plus bien sûr de ses rôles d’interprète au chant, au piano et sur sa lutherie asiatique qu'elle peut exploiter ici dans une dimension inédite ("Edoardo II - S.D. recuperatio)". Ses contributions sont régulièrement décisives jusqu'à magnifier certaines pièces comme l'ensorcelant "Anima errantes" ou le démoniaque  "Sub insidiosam ruinam genero" dont l'ambiance surnaturelle ne manquera pas de vous obséder. Elle est également la compositrice et la seule exécutante de l'ambient "Peste 1347/ 2019".
On peut parler longtemps de ce disque en évoquant ses évidents penchants epic doom, dark prog et heavy rock, "Anima errantes" étant d'ailleurs au passage une belle synthèse de ces styles, mais la vérité n'est pas là. La vérité est que par le miracle de la création artistique et de l'inspiration mystique, cet album est à appréhender, et surtout à écouter, comme un opéra rock gothique, les interventions lyriques récurrentes de la soprano Elisa Di Marte venant encore renforcer ce ressenti, avec également, et pour corser l'affaire, un libretto en latin.
Seule la dernière piste peut sembler sensiblement décaler par rapport au reste de l'album. Mais il s'agit en fait d'un titre bonus, donc tout s'explique. "Movimento Dadaista Padovano" a été composé et enregistré pour la bande son d'un film I Veneratori di Morte. Bien que l'atmosphère soit incroyablement lourde et sombre, la tension retombe et permet une sortie en douceur, un peu comme quand vous quittez une salle obscure de cinéma après avoir vu un film particulièrement glauque et que la lumière extérieure vous soulage brusquement.  
Plus de cinquante ans après l'avènement de Jacula et d'Antonius Rex, Samael von Martin s'affirme comme le nouveau guide du dark prog ésotérique italien et se positionne ainsi en digne successeur d'un Antonio Bartoccetti.
Similis simite gaudet.

Les musiciens :

Isabella : voix narrative principale et chant
Samuel von Martin : voix, guitares, basse, flûte, luth, percussions et chaînes
Simon Ferètro : guitare, voix sur (7 et 12)
Flavio Porrati : chant (1, 11, 18)
Wally Ache : basse
Danial : basse (1)
Elisa Montaldo : invocations, chant (2, 7, 9, 10, 12, 14, 16, 17), koto électrique, hulusi, flûte bawu en bambou, piano (9)
Vittorio Sabelli : clarinette et clarinette basse
Alessio Saglia : orgue d'église, orgue Hammond, Moog, claviers et orchestrations
Aleister Ventrenero : batterie
Elisa Di Marte : soprano (4, 5, 8, 13)
Nequam : voix narrative masculine
The Nun : chœurs féminins
Natalija Brankoviç : claviers, piano (14), orgue (1),  violon (14, 17)
Domenico Lotito : solo de guitare (12) 

La tracklist :

1 - Ago e filo
2 - Sub insidiosam ruinam genero
3 - Liturgica (…Itaque sit)
4 - Carmina occulta
5 - Strigarum Dominus
6 - Edoardo II - (S.D. recuperatio)
7 - Chori tragici
8 - Codex Diabolicus
9 - Tragica operetta
10 - Peste 1347/ 2019
11 - Sabba
12 - Animi errantes
13 - Noctes ad nendum
14 - Nero segreto (Funestum Drama)
15 - Diaboli malleus
16 - Praesagia pontificia
17 - Melicum Brevius (Fanfara funebre)
18 - Funebris
19 - Movimento Dadaista Padovano (bonus)

Label : Black Widow Records