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mercredi 1 octobre 2025

IMAGINAERIUM : Siege

Cela fait très longtemps que je ne me suis pas intéressé à Clive Nolan, je l'avoue. Les albums d'Arena, de Shadowland ou encore de Strangers on a Train (avec la regrettée Tracy Hitchings) me semblent être relégués très loin dans mes souvenirs d'expériences musicales, pas toujours satisfaisantes, d'il y a trente et encore vingt ans. Je suis de plus de nature assez circonspect face à ces artistes qui multiplient les projets musicaux avec comme corollaire une production pléthorique d'albums (Neal Morse et même Roine Stolt en font aussi partie).
Il était donc temps de se rebrancher sur l'Anglais Clive Nolan. La présence de trois Italiens dans le projet Imaginaerium dont la tonique chanteuse Laura Piazzai m'en a donné l'occasion. Les autres représentants italiens étant Mirko Sangrigoli et Simone Milliava (également associé au projet Chamber of Creation d'Antonello Epifani pour ce dernier).
Côté musique, avec pour postulat que Clive Nolan est l'unique auteur-compositeur-arrangeur, et me rappelant de ses précédents projets associant des voix féminines, notamment Tracey Hitchings mais aussi Agnieszka Swita avec Caamora, je m'attendais à quelque chose tournant entre le rock opera et la comédie musicale. Au final, le résultat est à la fois plus complexe et plus diversifié que l'on pouvait l'imaginer. Je considère cet album comme un conte musical épique relevant de l'heroic-fantasy avec quand même pas mal de grands moments que ce soit "Cry Boudica", "The Final Redoubt", "When My Eyes Are Closed", "To The Victor Go The Spoils". Je mets à part le final "Blood Moon" qui se distingue par une ambiance vraiment prenante, voire énorme, dont l'impact est un peu affadi par une sortie en fade out. Sur l'ensemble de l'album, la forme adoptée, voulant coller au récit, entraîne automatiquement une hétérogénéité stylistique. On peut comprendre que certains thèmes (la rébellion, la guerre ou la désespérance après la défaite par exemple) soit traités avec des atmosphères musicales très différentes. Je reste par contre assez dubitatif au sujet de "Never Burn the Cakes" qui me semble hors sujet tant au niveau du style musical que de l'anecdote évoquée. De même, le chant de Clive Nolan sur "The Last Arrow" vient casser la superbe dynamique insufflée jusque là par Laura, dans une resucée de "La belle et la bête" ! 
Car il est évident que la voix généreuse et expressive de Laura tire les chansons vers le haut. Son style de chant, que l'on peut qualifier d'habité, convient parfaitement à ces compositions au demeurant excessivement mélodiques. Laura n'est pas du genre à s'investir à moitié, et cela se ressent dans ses performances vocales pour lesquelles elle met tout ce qu'elle a dans le ventre. On sent qu'elle s'identifie complètement à ses personnages. C'est particulièrement le cas pour la reine Boudica dont l'histoire inspire la première chanson de cet album. Avec l'héroïne Boudica (Boadicée), Nolan et Piazzai nous ramènent ainsi en Angleterre, dans le Norfolk, au Ier siècle après JC pour conter les malheurs de cette reine guerrière se révoltant contre les occupants romains, après avoir été fouettée en place publique (là, il y avait quelque chose de plus croustillant à faire, dommage !). Rien d'étonnant à tout cela, quand on sait que Clive Nolan est un grand passionné d'histoire (britannique de préférence) et qu'il adore tout ce qui touche à l'ésotérisme.  .
Côté artwork, il faut reconnaître que, comme pour The rise of Medici, de gros moyens ont été mis pour proposer un produit fini de grande qualité avec au final l'opprtunité de posséder un véritable objet d'art, consistant en un livre de plus de trente pages, comprenant illustrations, photos, textes, accompagnant le CD principal, un CD bonus et un DVD avec des vidéos bonus et un making off de la réalisation du projet.   
Si vous voulez offrir un chouette cadeau de Noël à un ami progueux, alors vous avez, avec ce très beau coffret Imaginaerium - Siege, de quoi lui faire vraiment plaisir (les liens pour commander sont en fin de page). 

Musiciens :

Clive Nolan : claviers, piano, chant lead vocals (8), chœurs (1,3,7,10)
Laura Piazzai : chant lead et chœurs
Mirko Sangrigoli : batterie, guitares (1,3,6,7)
Luis Nasser : basse
Simone Milliava : guitares (1,2,5,7,8,10)
Soheila Clifford, Caron Morgan,,Ethan Barnett, Ryan Morgan  : voix (1)


Tracklists : 
 
CD 1 :
1. Cry Boudica
2. The Final Redoubt
3. Footprints
4. All There Is to See
5. When My Eyes Are Closed
6. To The Victor Go The Spoils
7. Never Burn the Cakes
8. The Last Arrow
9. Deep
10. Blood Moon

CD bonus :
1. Dorian Gray (re-visit)
2. The Last Arrow (acoustic guitar and voice)
3. Cry Boudica (instrumental guitar version)
4. When My Eyes Are Closed (piano and voice)
5. All There Is to See (duet version)
6. The Final Redoubt (instrumental guitar version)
7. Deep (pure strings)
8. Dorian Gray (acoustic guitar mix)
9. Footprints (Viking walk)

DVD/Blu-Ray 

1. Official Video "The Final Redoubt" (4:35)
2. Video Documentary "The Making Of and More" (43:53)

Bandcamp Imaginaerium - Siege 

Site web Imaginaerium

 

 




 

 

jeudi 1 mai 2025

Gazzara : Criminal sounds

Le compositeur et claviériste romain Francesco Gazzara nous avait régalé en 2022 avec son album Progression, un hommage brillant au rock progressif anglais en général et à Genesis en particulier.
Il revient cette fois avec un nouveau projet qui ne peut que me ravir. En effet Criminal sounds est bien, comme son sous-titre l'indique un voyage musical dans les films de flics et les spy movies des années 60 et 70. Et il ne s'agit pas de n'importe quel périple puisque Francesco Gazzara nous offre des interprétations de grands thèmes signés de John Barry, Dave Grusin, Lalo Schifrin ou encore de l'incontournable Ennio Morricone. Mais l'intérêt principal de l'affaire réside dans le fait que Criminal Sounds n'est pas un simple album hommage au genre en question mais bien une interprétation originale. En effet, un groupe de jazz/rock/funk typique se substitue aux ensembles orchestraux habituellement sollicités pour exécuté ces partitions en général plutôt fouillées. La formation réunie autour de Francesco Gazzara (Hammond, Rhodes, Mellotron et synthétiseur ARP) comprend de solides gaillards : Mauro Mirti à la batterie, Massimo Sanna à la basse, Bruno Previtali et James Gazzara aux guitares électriques. Avec son armada de claviers, Francesco Gazzara se charge quant à lui de traduire et de transformer les partitions écrites pour orchestre en un habillage sonore vintage et psychédélique. Et c'est plutôt très réussi !
L'album comprend quinze titres, autant dire quinze  highlights !
On démarre dans le velours avec  "Hung up on my baby", la chanson d'Isaac Hayes tirée de la B.O. du film policier Three Tough Guys. Puis le gros funk de "Gotcha!" déboule pour nous rappeler nos après-midi d’adolescence avec Starsky & Hutch à la télé. On enchaîne facile avec le "Three days of the condor" signé Dave Grusin, qui défile en mode funky cop avec le visage de Robert Redford en subliminal. Ensuite, c'est la grosse séquence Bullitt avec trois titres à suivre. A mon avis, il n'en fallait pas moins pour rendre un hommage mérité à la bande-son culte composée par Lalo Schifrin.  Un petit détour par le thème charmeur et envoutant de Serpico que l'on doit à  Mikis Theodorakis et il est temps d'attaquer la série des 007 avec ce que l'on peut appeler quatre véritables hits. Ma préférence dans le rendu va à "On her Majesty's Secret Service" dont Gazzara fait une relecture brillante avec l'ajout d'une partie rythmique au groove absolument impitoyable. Puis c'est l'incontournable titre principal de Mission impossible avec cette partition maline imaginée par Lalo Schifrin, mêlant astucieusement rythmique en 5/4 et enchainement d'accords en mode mineur avec évidemment un thème imparable pour couronner le tout. Le grand bonheur arrive (pour moi) avec les thèmes de Città violenta et d'Enquête sur un citoyen au-delà de tout soupçon qui ne font que mettre une fois de plus en lumière le style d'écriture si particulier d'Ennio Morricone, surtout quand on écoute ces morceaux au milieu de ceux créés par d'autres grands compositeurs du genre musiques de film. Gazzara termine en beauté avec "Profondo Rosso" qui a également dû rappeler des bons souvenirs à Bruno Previtali, l'ex membre de Daemonia et de New Goblin.      
Disons le tout net, tous ces morceaux sont exécutés à la perfection.  Il est même intéressant de constater que les parties orchestrales ne manquent pas du tout. Bien au contraire, certaines compositions prennent même un relief inédit, interprétées dans une version moins chargée et donc souvent plus nerveuse, avec en prime un sens du groove toujours bien présent. 
En résumé, l'écoute de Criminal sounds ce n'est que du plaisir...un tantinet nostalgique il faut bien le reconnaître.     

  1. Hung up on my baby
  2. Gotcha! 
  3. Three days of the condor
  4. Bullitt - Main theme
  5. Bullitt - Room 26
  6. Bullitt - The aftermath of love
  7. Honest cop
  8. Goldfinger
  9. Thunderball
  10. Diamonds are forever
  11. On her Majesty's Secret Service
  12. Mission impossible
  13. Città violenta
  14. Indagine su un cittadino al di sopra ogni sospetto
Label : Irma Records

mardi 6 août 2024

La Promenade Violence : Every Yesterday

 

Dans le cadre de ma rubrique "C'est pas du prog mais çà fait du bien quand même !", je vais vous parler aujourd'hui d'un groupe qui s'est formé en 2023 en Hollande à Haarlem, dont le batteur est notre ami Phil Dolfini, également aux baguettes pour Julius Project. Le groupe peut d'ailleurs être considéré comme international avec un chanteur anglais (Justin Jackson), un bassiste/claviériste péruvien (Martijn Vonck) et un deuxième italien en la personne du guitariste Stefano Girardi. Ces jeunes gens, expatriés aux Pays-Bas, ont créé une formation au nom insolite : La Promenade Violence (ne cherchez pas une signification ésotérique ou horrifique, c'est juste que les membres du groupe trouvaient que çà sonnait bien). 


Après avoir sorti successivement quatre morceaux en singles, les quatre musiciens ont enregistré en avril 2024 un EP quatre titres qui vient d'être mis sur les plate-formes habituelles d'écoute en streaming. Comme je le précisais en préambule, nous sommes loin du prog, mais il n'empêche que çà sonne vraiment bien.
Pourquoi des garçons qui n'étaient pas nés à ce moment là font une musique qui est au moins en partie typée British New Ave, donc années quatre vingt ans ? Il faudra leur poser la question. Car si le groupe évoque une influence Joy Division, il se réfère aussi à des formations comme Editors et Interpol pour ce qui concerne un mouvement musical plus récent, l'indie rock. On pourra aussi penser à The Chameleons pour "We are" par exemple. 
Nous avons donc à dispositions sept morceaux à écouter puisque le titre "Lights" est repris sur le EP.

Concernant les singles ("Lights", "Never ending why", "We are", "Acrobat"), deux morceaux ressortent nettement.
Tout d'abord "We are" (mon coup de cœur) qui rocke bien et qui ferait presque penser à du Simple Minds sur la deuxième partie de la chanson.
Et puis "Acrobat" qui me semble être le morceau le plus sophistiqué avec une belle atmosphère sombre et des parties de guitare vraiment up.
La vérité est que ces quatre singles présentent des facettes musicalement assez différentes du groupe, le point d'union étant le chant de Justin Jackson dont la voix a la profondeur de celle d'un certain Dave Gahan ("Never ending why", "Acrobat").
 
En ce qui concerne le EP, Every Yesterday, bien qu'il y ait peu d'écart en terme de temps, on ressent une évolution avec la recherche d'un style plus personnel. A cet égard, un titre comme "Everything you were" prend ses distances avec les influences citées ci-dessus et est peut être le plus représentatif de la direction stylistique dans laquelle le groupe pourrait se diriger dans le futur. En tous les cas, à l'écoute de cet EP, c'est celui qui m'a le plus impressionné par sa puissance contenu. Il est également facile de noter un ton général plus posé avec une volonté de délivrer une dark pop marquée par des mélodies crépusculaires.

Enfin, vous allez également être surpris par la qualité du son, c'est vraiment très pro. Cela confirme le fait qu'il est clair que nous avons affaire à des supers musiciens qui connaissent leur affaire. J'espère qu'ils pourront passer à la vitesse supérieure avec un album complet, au format physique cette fois !

La tracklist du EP : 

  1. Lights
  2. The planes
  3. Everything you were
  4. Polaroid (outro)


Voici le site du groupe La Promenade Violence
Je vous mets aussi les liens des plate-formes (ce que je ne fais jamais - vous savez pourquoi - mais là je fais une exception pour La Promenade Violence).

Amazon - La Promenade Violence

Apple - La Promenade Violence  

Spotify - La Promenade Violence 

Open Spotify - La Promenade Violence

vendredi 12 juillet 2024

Ciro Perrino : L'isola


Bien que ce disque ne soit pas à proprement parler de la musique progressive, quoique son créateur Ciro Perrino est également le digne représentant du groupe antédiluvien de RPI Celeste, je vous propose de jeter une oreille sur cet album qui me tient à cœur. La raison principale est que la musique qu'il renferme est inspirée de l'île San Giulio sur le lac d'Orta. Et cet endroit est pour moi un de ceux que j'affectionne particulièrement dans cette belle région des lacs au nord de l'Italie. Il y a là une île incroyablement belle. Un petit paradis sur lequel trônent quelques splendides villas et palais surplombés par l'austère abbaye bénédictine Mater Ecclesiae.  
Ciro Perrino a lui aussi été touché par la beauté du lieu qui incite irrépressiblement au silence et à la méditation. Sa mise en musique se traduit par un enchaînement de compositions qui illustrent parfaitement le sentiment de sérénité qui peut être ressenti quand on contemple cette minuscule île. A cet égard les titres des morceaux sont essentiels pour la bonne compréhension de cette œuvre et représentent tout un programme à eux seuls.
Qualifier cette musique de new age serait un contresens total, il s'agit bel et bien d'une musique contemporaine, contemplative et impressionniste. Ce que l'on entend, au gré des vingt vignettes composées par Ciro Perrino, est admirable de délicatesse et évoque parfaitement l'atmosphère de cet endroit hors du temps notamment cette sensation de mystère qui flotte et qui surtout prend des aspects différents selon le temps qu'il fait sur le lac. Pour arriver à ce résultat, Ciro Perrino varie les formes utilisées d'inspiration (musique baroque, musique de chambre, musique symphonique, musique médiévale, vocalises éthérées et chants mélismatiques féminins) et n'hésite pas à ajouter des éléments folkloriques ainsi qu'une grande variété de percussions (un domaine qu'il maîtrise tout  particulièrement). Cette musique est un grand moment de félicité à écouter si possible en situation.  
Comme il n'a pas jugé opportun de mettre une photo de l'île en question sur la pochette du CD (ce qui aurait sans doute fait trop carte postale pour touristes), je le fais. Cela me permet de vous souhaiter à tous de passer un bel été avec, je l'espère pour vous, beaucoup de musique, de concerts et de festivals.
 
 

La tracklist:

1
Ascolta Il Silenzio2:55
2
Ascolta L'Acqua, Il Vento , I Tuoi Passi3:08
3
Nel Silenzio Accetti E Comprendi2:32
4
Nel Silenzio Accogli Tutto2:27
5
Il Silenzio E' Il Linguaggio Dell'Amore2:58
6
Il Silenzio E' La Pace Dell'Io2:10
7
Il Silenzio E' Musica E Armonia2:34
8
Il Silenzio E' Verità E Preghiera2:24
9
Nel Silenzio Incontri Il Maestro2:39
10
Nel Silenzio Respiri Dio3:12
11
Ogni Viaggio Comincia Da Vicino3:04
12
I Muri Sono Nella Mente3:02
13
Apri il Tuo essere2:15
14
Il Momento E' Ora, Qui, Adesso3:07
15
Abbandoma L'Io E Il Mio2:34
16
Accettati, Cresci, Matura2:40
17
Sii Semplice, Sii Te Stesso2:04
18
Il Saggio Sbaglia E Sorride2:14
19
Se Arrivi A Essere Ciò Che Sei, Sei Tutto2:37
20
Quando Sei Consapevole Il Viaggio E' Finito3:23

Musiciens :
Violons: Paolo Andreoli, Ilaria Bruzzone, Andrea Cardinale, Damiano Cottalasso, Sara Diano, Daniele Guerci, Chiara Noera, Roberto Piga, Alessandro Sacco, Susanna Traverso
Violoncelles: Marianna Carli, Federica Vallebona
Basse: Giovanni Chiaramonte
Flûte: Maura Bruzzone
Hautbois et cor anglais: Davide Fiorentini
Clarinettes et clarinette basse: Maura Gandolfo
Basson: Claudio Matteo Severi
Cor: Roberto Spanu
Trompette: Salvatore Lavena
Guitare acoustique: Mauro Bonelli
Percussions: Dado Sezzi
Chant: Valeria Bruzzone, Claudia Sanguineti
Piano: Marco Canepa 
 
CD sortie en 2001 sur le label : Inner Garden Records 

Je ne résiste pas au plaisir de mettre ici le commentaire de Ciro Perrino, avec toute mon admiration : "Cher Louis, tu m'as vraiment fait une merveilleuse surprise en me souvenant de mon projet solo qui date maintenant de plus de 20 ans. En fait, c'est en 1998, après un de mes concerts où je présentais mon album solo "De Rerum Natura" interprété avec un petit orchestre symphonique, que lors d'une visite sur l'île, je suis tombé amoureux de ces vingt pensées qui dessinaient le chemin autour des murs du monastère. Pour ceux qui souhaitent l'écouter, je signale ce lien : https://ciroperrino.bandcamp.com/.../ciro-perrino-lisola... Mais aussi cette version : https://ciroperrino. bandcamp.com/album/ciroperrino-lisola-small-ensemble-version que j'ai édité au bout de 5 ans mais pour un petit ensemble beaucoup plus rythmé et sans cordes. Et que j'ai présenté, dirigeant moi-même les ensembles musicaux, à l'occasion de différents concerts sur l'île et au bord du lac, aussi bien en version orchestrale qu'avec un petit ensemble. Une partie de ma famille d'origine, outre la France, vient de cette région si fascinante et regorgeant de lacs magnifiques. MERCI vraiment Louis ! C'est vraiment un beau cadeau !"

lundi 27 mai 2024

Trigemino : In Sound We Trust



Ah les braves petits gars, comme ils m'ont fait plaisir avec ce disque sorti de nulle part. Quel pied cette galette !
Il y a d'abord cette enveloppe accrocheuse avec ces couleurs et ces glyphes si caractéristiques, utilisés pour les lettres, qui dominent la photo sépia de cette sublime black allongée, évoquant évidemment furieusement Pam Grier, la même qui vous attend en intérieur de pochette, agenouillée cette fois. Tout y est. Nous sommes de retour dans le monde moite de la blaxploitation.
Il y a le titre de l'album ensuite, court. concis, qui va à l'essentiel : in sound we trust. Un credo, une profession de foi, une sentence à inscrire partout dans les école de musique.
Il y a, enfin et surtout, la musique ! Bien sûr, vous allez me dire " encore un groupe qui fait dans la simili musique de film seventies funky, çà commence à bien faire". C'est vrai qu'il commence à y avoir un paquet de combos sur le coup, plutôt des très bons d'ailleurs. Mais, là où les premiers de la classe de Calibro 35 font dans la perfection, la précision absolue et la reproduction plus vraie que l'original, les agités de Trigemino se différencient par un style plus spontané mais aussi plus rock avec des riffs de guitare acides et tranchants, plus psychédélique avec cette flute qui joue le rôle d'un variateur d’ambiance. Avec Trigemino, on retrouve une forme d'urgence, une envie de prendre la musique du côté fun, donc de ne pas trop se prendre au sérieux. Et çà marche. Je dirais même, çà groove !
Enregistré en conditions live au Coffee Studio à Rome, les trois membres du groupe se sont adjoints les services de cinq autres musiciens pratiquant des instruments différents. Ce qui fait que non seulement, nous avons affaire à des instrumentistes à la technique hyper solide mais en plus cela ouvre le champ à de multiples combinaisons instrumentales, ce dont ne se privent pas les artisans de cet album pour un résultat de neuf morceaux qui sont autant de petits bijoux bien clinquants.
Dans une ambiance générale dansante parfois à la limite du convulsif, les musiciens de Trigemino plongent avec délice et volupté dans l'univers musical groovy de la blaxploitation à la sauce italienne. Çà commence fort avec "Dirty Larry", le générique funky d'un poliziottesco bon teint. La basse pulse sans prendre le temps de respirer, les cuivres fusent de partout. La fin de la piste est juste orgasmique. C'est ensuite au tour de "Black belt Ricky funko" de réveiller ses ambiances psychédéliques faites de divagations acides menées par une guitare sous psychotrope et par un orgue Hammond qui s'insinue dans le moindre espace qui lui est laissé, pire que la mérule ! La flûte y fait une apparition remarquée dans un style hallucinations sonores lysergiques. "Sorrow and Justice" transporte immédiatement l'auditeur dans un monde à l'atmosphère exhalant une odeur suffocante de souffre. La fin du titre est une longue souffrance spasmodique illuminée par des éclaires de guitare à la Hendrix. La face A se termine à fond avec "Shiftgears" qui peut être appréhendée comme une synthèse de tout ce qui a été précédemment entendu avec à nouveau un final orgiaque.
Juste le temps de retourner le vinyle et c'est reparti avec "Ambush of summertime", un titre qui prend son temps pour groover à la Meters. On jurerait entendre les riffs vénéneux de Leo Nocentelli avant que la flûte, cette fois beaucoup plus incisive, vienne se challenger avec la guitare. Étonnant mais jouissif. La dernière partie est une longue cavalcade qui se termine subitement en no way. Avec "Bulglary times", on retrouve l'ambiance funky de "Dirty Larry" et le duel entre la guitare électrique et l'orgue Hammond est absolument époustouflant. Sachez qu'à ce petit jeu dangereux, il n'y a pas de perdant mais bien deux gagnants. "Hospital Shootout" permet à tout le monde de souffler. Le titre démarre sur un tempo plus calme et se présente comme une longue jam. On retrouve la flûte qui se place en contrepoint de la guitare, l'orgue prenant un rôle d'accompagnant. Mais une fois encore, le meilleur se trouve en bout de piste, l'orgue revenant sur le devant de la scène pour faire jeu égal avec la guitare électrique. "Three times of violence" nous replace dans cette ambiance unique des vieux films policiers italiens qui avaient la bonne habitude de permet comporter le mot violenta dans leur titre (relisez bien le titre du morceau ! OK ?). Bien sûr les cuivres sont aux premières loges et c'est vraiment bon. On termine avec le titre bonus, "B(r)ear(h)lessness", un rock acide psychédélique, survolé par la guitare de Francesco Resta qui s'amuse comme un petit fou avec sa Big Muff et sa pédale wah-wah pour ce qui ressemble beaucoup à une improvisation avec un section basse/batterie en roue libre.

Voilà, vous avez compris : avec Trigemino, nous partageons pour l'éternité le même oremus incantatoire. In sound we trust !

Le groupe : Alessandro Nanni (batterie), Francesco Resta (guitares), Riccardo Tulipani (basse)

+ Diego foschi (Moog, orgue Hammond), Lorenzo Gabriele (flûte), Mattia Del Forno (synthé), Nicola Bagnoli (orgue Hammond), Simone Bellagamba (bugle, trompette)


La tracklist :

Face A :
1) Dirty larry
2) Black belt Ricky funko
3) Sorrow and justice
4) Shifting gears

Face B:
1) Ambush of summertime
2) Bulglary times
3) Hospital shootout
4) Three times of violence
5) B(r)ear(h)lessness

Voici le lien bandcamp pour écouter tout çà en boucle car pour ce qui est de dégoter l'album au format physique, je vous souhaite bonne chance car avec seulement 300 copies CD et 300 copies vinyle mises sur le marché, il se peut qu'il vous faille un peu de patience avant de toucher le graal.

 

samedi 17 juin 2023

Chardeau : Ombres & Lumières

C'est l'histoire d'un gars en France qui fait de la super musique avec des supers musiciens internationaux (le gratin on pourrait même dire) et dont personne ne parle (à part Didier Gonzalez dans Highlands Magazine). Méconnaissance ? Sans doute. Snobisme ? Je ne crois pas. Manque de culture ? Je n'espère pas ! Mélange des genres ? Probablement qu'une partie de la réponse est là. Car Chardeau, c'est autant jazz fusion, que prog, que pop, que rock, que chanson, que...Chardeau ! Pas facile à mettre dans une case puisqu'en France, on a la maladie de tout mettre dans des boîtes étiquetées. Tu rentres pas dans la boîte, tu veux faire le malin et passer d'une boîte à une autre, t'es mort !

Alors pourquoi, moi, je vous parle de Chardeau, et de son dernier album Ombres & Lumières, dans ce blog dédié au rock progressif italien ? Et bien pour trois raisons : d'abord Jean-Jacques Chardeau est un mec super sympa, ensuite (je l'ai déjà écrit) il fait de la super musique, enfin il y a une connexion avec le prog italien dans son dernier disque (vous allez comprendre bientôt).

Ombres & Lumières est la suite des aventures de l’Opéra Inter-Galactique Magical Mystery Man (Aka Chardeau lui-même) qui a fait l'objet d'un spectacle aussi démesuré que déjanté, présenté le 23 novembre 2019 à Plœmeur en Bretagne (oui Monsieur !) sous l'égide bienveillante d'Alan Simon avec une palanquée d'intervenants triés sur le volet : John van Eps, Michael Sadler, Jerry Goodman, John Helliwell, Christian Decamps, Francis Decamps, Kohann, Roberto Tiranti et Alan Simon bien sûr. Un truc de folie. 

Avec Ombres & Lumières, Chardeau fait encore plus fort à mon avis, et là je parle bien musique. Pour avoir bien écouté tout ce qu'il compose, joue, produit, je pense sincèrement qu'Ombres et Lumières est le meilleur album qu'il ait fait. Et çà commence dès "Donibane Lohitzun" que je rêverais d'entendre interprété par Corvus Corax dans une version pagan mais je vous rassure celle là est top, aux petits oignons je dirais même (je pense ici au travail incroyable sur les chœurs). Si je vous dis que je me la suis réécouté une dizaine de fois avant d'attaquer la deuxième piste, tellement c'était bon à entendre avec toujours chez Chardeau cette capacité à décoller sur le final ! J'avais pourtant intérêt à avancer car ce qui m'attendait derrière était du même niveau :
Le sublime "Eire" qui porte si bien son nom. Il faudrait mettre ce morceau comme générique du Festival Interceltique de Lorient tellement il est emblématique d'un rock celtique actuel (et là je sais de quoi je parle, gast!).
"Iceland and Fire" qui plonge carrément dans une forme de Rock in Opposition avant d'éclore magnifiquement pour une séquence rythmée en cha cha cha.
Le délicat et  romantique "Scandinavia" survolé, une fois encore, par le violon de Jerry Goodman. J'aime ce type de morceau où quand tu entends la musique, tu vois en même temps des paysages défiler et des ciels changer brusquement d'aspect (il y a aussi du jazz rock fusion dans ce morceau).
"Sur le Dam" où l'on retrouve le Chardeau onirique et charmeur.
"Over the Channel" qui s’inscrit dans la grande tradition de la pop anglaise ambitieuse, classicisante, et  orchestrée avec des chœurs incroyables à tomber par terre. Presque plus vrai que les références originales. 
"Belux Concerto" et sa sublime partition pour violoncelle, entre musique classique et musique de film, d'une beauté à couper le souffle.
"Swing Heil" dans un style jazz rock groovy qu'affectionne particulièrement Chardeau, un morceau à faire se déhancher un zombi.
"Tyrol Canon Snow Dance" qui, après une intro aux arrangements violons proches d'Electric Light Orchestra, vient titiller Peter Gabriel sur son terrain et d'atterrir en beauté sur un final très Beatles/Georges Martin. C'est dire si le monde de Chardeau est riche musicalement mais aussi en surprises.  
"Cliché Suisse" qui, comme souvent avec Chardeau, est une belle composition affublée d'un faux-nez. Mais enlevez les clochettes et tout ce qui relève du folklore helvète et vous aurez le reste, c'est à dire un superbe morceau de smooth jazz.
"Lisbon is dying" qui hésite entre les Moody Blues, Procol Harum et même Barclay James Harvest mais qui dans tous les cas, a un charme fou. 
"Reconquista" assez difficile à décrire mais qui vous scotche de bout en bout pendant plus de six minutes trente quand même. C'est écrit, joué et arrangé comme une musique de film avec de multiples rebondissements, de nombreux changements de rythmes et de climats, et çà marche, car c'est intelligemment pensé. C'est peut être çà le prog façon Chardeau, allez savoir ! 
Quant à "Seborga", il s'agit de se poser un moment car la piste est longue (11 mn 30) et ensuite car nous avons un rendez vous important en deuxième partie de ce titre. Pour le côté guide touristique, Seborga est une petite commune, située dans l'arrière pays Ligure à égale distance de Bordighera et de San Remo, avec plein de petites ruelles encaissées typiques des villages de cette région. La première partie du morceau se déroule sur un mode très contemplatif avec quelques accélérations judicieusement placées qui évitent un effet langueur (j'ai pas écrit longueur). Tout cela amène doucement mais sûrement l'auditeur à une deuxième section qui permet d'entendre une voix connue des fans de prog italien puisqu'il s'agit de Francesco Ciapica (Il Tempio delle Clessidre). Un chanteur italien avec une vraie voix de basse comme l’imaginait Chardeau avant d’enregistrer le morceau définitif. Et là, je peux vous dire que Francesco met le paquet. D'abord sur un mode mezzo, il se lâche ensuite formidablement au fur et à mesure que la fin du morceau avance. Content et fier d'avoir modestement contribué à faire entrer le rock progressif italien dans l'univers de Chardeau. 
Enfin "Edossa Fakelaki". La fin du voyage qui passe par la Grèce, ses bouzoukis et surtout ce folklore musical qui m'a toujours parlé comme s'il était inscrit dans nos gênes d'indo-européens. Chardeau en fait une espèce de danse virevoltante, entraînante et envoutante qui semble ne jamais vouloir finir.
Voilà, j'espère que je vous ai convaincu. En tout cas moi, je mets ce CD sur le haut de la pile pour un bon moment.

La Tracklist :

1 Donibane Lohitzue
2 Eire
3 Iceland & Fire
4 Scandinavia
5 Sur Le Dam
6 Over The Channel
7 Belux Concerto
8 Swing Heil
9 Tyrol Canon Snow Dance
10 Cliché Suisse
11 Lisbonne is Dying
12 Reconquista
13 Seborga
14 Edossa Fakelaki


La sortie officielle est prévue le 7 juillet 2023 avec le distributeur Cherry Red. Mais, j'ai mieux. Voici le site de Jean-Jacques, vous en profiterez pour découvrir en même temps  son univers aussi inclassable que fantasque :
Chardeau
Maintenant, c'est à vous de jouer !
 
Les musiciens :
Dans cet album vous retrouvez des intervenants prestigieux et d'autres moins connus mais tous "utilisés" au mieux de leur capacité, dont je vous ai mis la liste exhaustive ) à suivre. De toute façon, Chardau ne prend que les meilleurs !

- Claviers : Francis Décamps - Ange (5, 10), Bob Ramsey (6), Jeff Holmes (6, 7, 11, & Big Band 8), Guy Allison (12)
- Violons acoustique et électrique : Jerry Goodman - Mahavishnu Orchestra (2, 4, 5, 8, 13)
- Guitare acoustique, guimbarde, violon, violoncelle et mandoline : John McFee  - Doobie Brothers (2, 3, 5, 13)
- Sax : John Helliwell - Supertramp (8, 11, 12)
- Flûtes : Stéphane Guillaume (2, 5, 12)
- Trompette : Tom Bergeron (4, 9, 10, 12)
- Txistu & Xirula : Christophe Kutx (1)
- Violoncelle : Alan Weinstein (3, 4, 7, 9…) & MMM Orchestra
- Guitares : Hank Linderman (1), Jimmy Haun - Circa (4), Dave Gregory - XTC (12), John Jorgenson - Hellecasters (5, 8, 10, 13), Chris Pinnick - Chicago (6, 11), Mauro Cicozzi (2)
- Basses : Mark Andes - Spirit (5, 6, 9, 11, 13), Jason Scheff (1, 2, 8), Fifi Chayeb (4, 11), Nicolas Chelly (3, 10), Karim Rachedi (14)
- Batteries : Danny Seraphine - Chicago (1, 8), Pat Mastelotto - King Crimson (9, 12), Doane Perry - Jethro Tull (4), Mark Walker - Oregon (2, 3, 6, 11, 14)
- Percussions : Xavier Dessandre-Navarre (2, 5, 11, 13)
- Groupe Moreas (14) : Dimitri Mastrogioglou (bouzouki), Apostolos Moraitis (guitare), Costas Dourountzis (arrangement & programmation), Antoine Karacostas (enregistrement)
- MMM Orchestra : Emlyn Van Eps (violons), Alan Weinstein (violoncelle), Bruce Krasin (flûtes, clarinette & hautbois), Orlando Pandolfi (cor anglais)
- Swing Heil Big Band : Bruce Krasin (sax & flute), Tim Atherton (trombone), Jeff Holmes (trompette et piano)
- Voix & chœurs : Chardeau (1, 5, 8, 13), Christian & Tristan Décamps - Ange (8), Francesco Ciapica - Il Tempio delle Clessidre (13), Eric Troyer (6), Hank Linderman (11), Jeddrah Leiterding (2, 6, 9, 13), Eric Geisen (8)
- Chœurs Ascese (1) : Inigo Vilas, Fernando Boto, Anais Darguy, Isabelle Castillon.


samedi 30 novembre 2019

Psychic Equalizer : The Sixth Extinction

Une fois n'est pas coutume, je vous propose la chronique d 'un album très récent qui ne sort pas du sérail habituel du prog italien mais qui mérite vraiment d'être mis en lumière. Je parle de The Sixth Extinction du groupe Psychic Equalizer

Psychic Equalizer est une formation à vocation internationale qui regroupe une chanteuse australienne (d’où le chant parfait en anglais), un guitariste colombien, un batteur danois et plusieurs musiciens espagnols dont le leader et créateur du groupe, le claviériste Hugo Selles, également producteur de l’album. Cet artiste, encore jeune, possède à l’évidence de solides bases classiques doublées d’un talent qui ne demande qu’à apparaître au grand jour. Mais plutôt que de faire étalage de sa science ou de jouer au petit virtuose, il se met humblement au service de la musique pour composer une oeuvre qui n’est pas loin du chef d’œuvre.
The Sixth Extinction est un concept album imaginé par Hugo Selles à partir du livre du même nom, écrit par Elisabeth Kolbert (prix Pulitzer en 2015). Mais là n’est pas le plus important. Car l’intérêt principal de cet album (court) d’à peine trois quart d’heure, réside avant tout dans son contenu musical.
The Sixth Extinction, voilà ce que devrait être la musique progressive en 2019 pour mériter de garder ce nom : un matériau sonore ambitieux, construit, élaboré qui va puiser son inspiration un peu partout sans idées pré-conçues et en s’abstenant surtout de reprendre des plans déjà mille fois entendus ; ces mêmes gimmicks et phrasés répétés à l’infini qui flattent l’oreille des progueux et permettent à de nombreux groupes actuels d’obtenir un peu d’audience et parfois même du succès sans prendre de risque. Cette espèce de nécrose mortifère du rock progressif actuel ne concerne pas Hugo Selles, le maître à penser de Psychic Equalizer dont la ligne conductrice artistique est aux antipodes de ce genre de posture.
A l’arrivée je ne sais pas si cet album est du rock, du classique symphonique ou de la world music, je n’ai pas envie de le savoir et encore moins de le définir comme cela. Ce que je sais c’est que The Sixth Extinction est un produit parfaitement fini amalgamant de multiples influences et sources d’inspiration qui, dans une sorte de régénérescence de cellules vieillissantes, forme une matière nouvelle et originale. C’est aussi pour cela que vous n’aurez pas le plaisir d’avoir droit aux habituelles comparaisons ou références à tel ou tel groupe ou artiste. Ce serait faire affront à une œuvre qui se suffit à elle-même.
Je vous rassure cet album n’a rien d’élitiste et encore moins d’abscons, son écoute se fait même de manière assez fluide. L’attention auditive se portera sur la qualité de composition, la voix pure d’India Hooi, les arrangements somptueux, les changements de décors au sein d’un même morceau, parfois surprenants mais toujours intelligemment amenés, et enfin les multiples détails qui donnent du relief et de l’épaisseur à cette musique élaborée mais pourtant toujours accessible.
Il y a fort à parier que ce disque n’apparaîtra pas dans les divers classements des meilleurs albums de prog pour 2019. Il sera en tête du mien en tout cas et largement devant en plus.
(merci à Pierre Dulieu de Dragon Jazz pour la découverte)

Les membres du groupe : Hugo Selles (piano, claviers, percussions, choeurs), India Hooi (chant et instruments à vent), Adriàn Ubiaga (claviers et chœurs), Carlos Barragan (guitares), Morten Skott (batterie, percussions).

Le bandcamp du groupe :

La tracklist avec les liens YT pour une écoute directe :
1. Lonely Soul
2. The Sixth Extinction
3. Red List
4. Fly and Feel
5. Wilderness (I - VIII)
6. Wilderness (IX - XIII)
7. Prelude Opus 32 n°10 
https://www.youtube.com/watch?v=Gmo2VyMqHpo



























mercredi 22 août 2018

Aretha était la plus grande

Dans cette vidéo de 1970, tirée d’une émission de télé américaine, Aretha Franklin chante en direct bien sûr et non en play back “I say a little prayer”, ce magnifique titre composé en 1966 par Burt Bacharach pour Dionne Warwick. Quand l’intro du morceau démarre, Aretha arrive par la gauche de l’écran, magnifique, la tête coiffée d’un bonnet blanc tressé qui met en valeur son visage encore poupin (Aretha a alors 28 ans). Elle semble sereine et détendue. Pourtant çà commence mal. Trop loin du micro, Aretha rate le début du titre. Les premières paroles sont quasiment inaudibles. Elle s’en rend évidemment compte. Pourtant, elle ne laisse rien paraître et assure comme prévu la gestuelle répétée pour la mise en scène de la chanson : d’abord un salut large de la main droite puis la prise à deux mains jointes du micro comme une forme de prière en relation bien sûr avec le titre de la chanson. Puis soudainement, à la 26ème seconde, elle lève rapidement les yeux, elle cherche la caméra. C’est fugace mais il suffit de voir son regard pour comprendre qu’il va se passer quelque chose de grand. Car Aretha a décidé de mettre le paquet. Réaction de star. Aretha ne va plus rien lâcher. Elle en rajoute même comme cette vocalise inattendue à 1 mn 30. Aretha continue à accroître progressivement la densité de son interprétation jusqu’à la poussée orgasmique qui arrive à partir de 2 mn 30. Aretha est à cet instant la vraie, la seule reine de la soul. Observez les expressions de son visage, l’intensité de son regard quasi hypnotique. Aretha domine son sujet. Elle sait qu'elle a gagné. Il existe beaucoup de vidéos d’Aretha  Franklin interprétant ce morceau en public, certaines d’ailleurs de la même année,  mais aucune de ses prestations n’a ni cette puissance ni ce caractère décisif qui font de cette captation un moment d'exception.
Voilà c'était mon hommage à Aretha Franklin dont la voix m'a fait si longtemps rêver et décoller. Merci Lady Soul.