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lundi 25 septembre 2023

Blue Dawn : Reflections from an Unseen World


Aujourd'hui je vous emmène du côté occulte du rock progressif génois car il y a dans cette ville une véritable scène dark vivante et surtout de grande qualité. Depuis longtemps, les Death SS, Malombra, Helden Rune, Alchem, IANVA, Egida Aurea, Il Segno del Comando, Il Ballo delle Castagne et plus récemment La Janara répandent leurs notes plombées sur la capitale ligurienne. Avec Blue Dawn, on est également en plein dans le sujet. Avec trois albums au compteur depuis sa création en 2009, le groupe fait complètement partie de ce mouvement local undergound. Il compte même en son sein un membre d'Il Segno del Comando en la personne du guitariste surdoué, Davide Bruzzi.
L'écoute de ce quatrième album, Reflections from an Unseen World, permet d'acter une légère inflexion dans le style du groupe. Bien sûr, globalement on navigue toujours sur une route maritime marquée par les tempêtes et les coups de tabac, avec à bâbord un métal gothique de grande classe ("Hostage of Grudge") et à tribord un heavy metal de première génération avec un morceau comme " Damage Done" dont le chant n'est pas sans rappeler celui de Lemmy Kilminster. 
Bien sûr aussi, le groupe ne peut pas s'empêcher de payer son tribut au géniteur suprême, j'ai nommé Black Sabbath. La reprise d'un morceau comme "Who are you ?" tiré de Sabbath Bloody Sabbath a de fait pour principal intérêt de démontrer que le groupe maîtrise son sujet, ce que l'on avait déjà compris avec "Damage Done" ou encore avec l'étonnant "Praise of Folly" qui alterne avec adresse phases doomesques et envolées épiques sur lesquelles la voix de Monica Santo fait merveille. 
Si vous pensez également à Blue Oyster Cult en écoutant "From Hell", rien de surprenant. On est effectivement dans le même registre avec des atmosphères très proches. Au passage, non seulement le morceau est très réussi mais le solo de guitare qui démarre en tapping est de toute beauté. Puisqu’on en est aux parties instrumentales, et si vous appréciez ce genre d'exercice, vous avez rendez-vous avec l'énorme "Blue Monster in my Heart" qui porte bien son nom. Accrochez vous parce que çà décolle à la verticale au moment où on ne s'y attend pas.
Mais je reviens à mon histoire d’infléchissement dans le ton car il y a sur la deuxième partie de l'album, quelques surprises à commencer par le hanté "Shades" qui permet d'entendre Mercy (Malombra) au chant et Fulvio Pereda au Mellotron pour un morceau beaucoup plus axé sur le mélodique avec toutefois un emballage qui reste marqué par une ambiance gothique pesante. Je pense aussi à "Sea of Glass" qui tient plus du métal épique avec le côté emphatique qui va bien. Le morceau est clairement tiré vers le haut par les parties de guitares. Il se termine par une étonnante coda d'une grande beauté mélancolique.
Enfin "Colorfoul", après une intro cataclysmique se la joue ambiance langoureuse avec le saxo de Roberto Nunzio Trabona qui flirte avec la voix devenue enjôleuse de Monica Santo mais les gros riffs de guitare bien gras reviennent régulièrement faire quelques apparitions avec à chaque fois une accélération soudaine du rythme. Il faut savoir apprécier ce genre d'exercice mais je dois reconnaître que le final furieux est de la folie pure.
Côté design, la pochette à la Jacula, que l'on doit à Alessandra Toni, est magnifique, avec une profondeur mystique réellement captivante et fascinante avec toujours la même question : qui sont ces personnages mystérieux encapuchonnés, sans visage, déambulant dans un décor de Pandémonium ? D'ailleurs si vous achetez le CD, vous aurez même droit à une reproduction cartonnée de la couverture. 
En tout cas, si vous êtes fan de ces ambiances dark mais que vous n'avez pas envie de vous taper un déferlement bourrin non stop, cet album renferme un heavy rock gothique agrémenté de nombreuses subtilités qui devrait vous plaire. Comme quoi, même en passant du côté obscur de la force, il peut encore y avoir de l'espoir !

Le groupe : Enrico Lanciaprima (basse, chant), Andrea Martino (guitares), Monica Santo (chant), Davide Bruzzi (guitares et claviers), Andrea Di Martino (batterie)

Invités : Renato "Mercy" Carpaneto (chant), Fulvio 'Dr Fungus" Pereda (Mellotron, tablas)

La tracklist :

  1. Hostage of Grudge
  2. Praise of Folly
  3. Damage Done
  4. From Hell
  5. A Blue Monster in my Heart
  6. Who are you ?
  7. Shades
  8. Sea of Glass
  9. Colorful
     

Label : Nadir

Distribution : Black Widow Records

Le bandcamp de Blue Dawn

dimanche 19 mars 2023

Malombra : T.R.E.S.


Malombra c'est bien sûr la perle noire du cinéma italien tournée durant la seconde guerre mondiale, un mélodrame psychanalytique, gothique avant le gothique, avec une touche de surnaturel projetant vers le fantastique. Mais Malombra, pour ce qui nous concerne, c'est un groupe italien qui fait partie intégrante du paysage du dark et doom prog génois. La formation qui existe depuis maintenant trente ans a pour leader et chanteur, l’énigmatique Mercy (Renato Carpaneto pour les amis) qui officie aussi  dans l'insaisissable formation IANVA. Mercy a aussi fait partie d'Il Segno del Comando jusqu'en 2002, groupe qu'il a co-fondé avec Diego Banchero. Le même Diego a tenu un temps la basse dans le Malombra nouvelle formule de 2001 (album The Dissolution Age). Vous suivez toujours ? C'est pas fini ! Si vous consultez la discographie de Malombra, vous constaterez qu'il y a un trou de quinze années entre les deux premiers albums (Malombra en 1994, Our Lady Of The Bones en 1996) et The Dissolution Age en 2001. 
L'histoire (car il y a toujours des histoires avec moi, vous le savez bien), c'est que le groupe d'origine a splitté peu après la sortie de Our Lady Of The Bones alors même qu'un troisième album était déjà en chantier. Les compos étaient écrites et la pré production avait été réalisé. Sur l'impulsion de Black Widow, Mercy et Matteo Ricci, deux des cinq membres du groupe d'origine, sont retournés en studio l'année dernière, pour finir le travail et quel travail ! Imaginez que ces deux musiciens se gavent depuis toujours au heavy gothique des pères fondateurs italiens, Jacula, Antonius Rex et Devil Doll (et pas que, car Hawkwind est également une réelle source d'inspiration). Vous pouvez déjà deviner ce que çà donne au niveau musical. Ces nochers des enfers ne sont jamais aussi à l'aise que dans le dark blow et le hard scrofuleux. Et il faut reconnaître que pour cette renaissance inattendue, ils se surpassent.
L'écoute de cet album c'est un peu comme se faire les montagnes russes à la foire du Trône assis dans une nacelle à laquelle on s'accroche comme on peut. "Baccanalia" tangue dans tous les sens avant de se décomposer lentement. "Astarta Syriaca" vous entraîne dans un gouffre doom qui sent le souffre à plein nez avec des chapelets de tritons en arrière plan sonore. Pendant ce temps, "Fantasmagoia 1914" vous écrase de toute sa pesanteur malgré un pont central qui prend un peu de hauteur grâce à sa mélodie ascendante lumineuse à connotation médiévale (Ré/Sol/La/Ré/Do/Si). Bien sûr "Allucinazione ipnagogica" frise la folie psychédélique avec une tonalité particulière protée une progression d'accords en 7ème augmentée sus4. Mais le grand rendez-vous, ce sont les dix sept minutes et quelques du monstrueux "Cerchio Gaia 666" entre rock orgiaque, représenté par des riffs de guitare délirants, et messe noire illustrée par les appogiatures maladives d'un orgue démoniaque. "Cerchio Gaia 666" est un hard gothique poussé à son paroxysme qui n'accorde aucun répit à l'auditeur, car même la partie centrale en apparence plus calme (9'55 à 12'23) n'est en fait qu'un marais sonore glauque déprimant à l’extrême avec un Mercy dont le récitatif se révèle plus menaçant que murmurant. La rémission (je n'ose même pas écrire l'espoir) semble venir de l'éponyme "Malombra", longue complainte désabusée sur laquelle la voix de Mercy prend des accents à la Fabrizio De Andre. On entend même un piano, pour le moins frivole au regard de l'ambiance générale, qui courre pendant quelques secondes sur son erre. Mais non, décidément cette élégie termine mal et finit en un monstrueux tourbillon pagan. Heureusement, il y a "La sola immanenza". Ah que cet instrumental de trois minutes porte bien son nom (d'ailleurs, sur cet album, tous les titres des morceaux sont parfaitement choisis). Mercy y est un récitant solennel aux paroles salvatrices, un prêcheur qui augure de la lumière après l'apocalypse. 
Au delà du fait de se rappeler au bon souvenir de l'école italienne du dark prog, qui a fait depuis beaucoup d'émules (à commencer par La Janara, Una Stagione all'inferno et bien sûr Mater a Clivis Imperat), avec  T.R.E.S. les membres survivants de Malombra nous délivrent un testament posthume qu'il aurait été franchement dommage de ne jamais connaître. C'est chose faite aujourd'hui !
 
Une fois encore Black Widow a mis le paquet car outre la version CD,  vous avez le choix entre le double LP vinyle avec un livret de 32 pages ou un coffret édition spéciale avec le double LP vinyle coloré marbre, un livret de 36 pages et plein de trucs en plus (stickers, lien mp3 pour écouter 4 titres live de 1995) 

Le groupe : Mercy (chant, Fairlight), Matteo Ricci (guitares, basse, Mellotron, Vocoder), Fabio Cuomo (batterie, claviers), Giulio Gaietto (batterie, Odissey sur "Allucinazione ipnagogica")
 
La tracklist : 
  1. Astarta Syriaca
  2. Baccanalia
  3. Malombra
  4. Allucinazione ipnagogica
  5. Cerchio Gaia 666
  6. Fantasmagoia 1914
  7. La sola immanenza