Affichage des articles dont le libellé est Le Coin des vinyles. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le Coin des vinyles. Afficher tous les articles

mercredi 14 septembre 2022

Ezra Winston : Tertium non datur

Trente trois années séparent ce Tertium non datur de Myth of the Chrysavides publié en 1988 alors même que le groupe Ezra Winston avait déjà dix ans d'existence. Un deuxième album était sorti en 1990, le mythique Ancient Afternoons, peu après le groupe se séparait et ensuite, plus de nouvelle ! Officiellement en tout cas, car en fait les membres d'Ezra Winston ont continué à se retrouver épisodiquement jusqu'à refaire des concerts au début des années deux mille dont nous avons un témoignage sur cet album avec le titre "Dial-Hectic", un enregistrement live de 2004. Lors de ces rencontres, le groupe a enregistré à chaque fois quelques nouveaux morceaux mais il n'y a jamais eu de nouvel album. Il a donc fallu l'obstination et la persévérance de Guido Bellachioma, le pape italien du RPI, pour réussir à compiler ces titres sur un LP vinyle et le publier ensuite dans le cadre de son label prog de qualité Progressivamente. Ceci explique le nombre d'exemplaires limité du disque, mais çà ne justifie quand même pas que cet album soit passé sous les radars prog. A noter également qu'il était prévu une sortie CD en 2021 avec des morceaux en plus. Mais pour l'instant, Sœur Anne ne voit toujours rien venir !. Un scoop pour les lecteurs de ce blog : le groupe m'a confirmé que la version CD augmentée de nouveaux titres est bien en  cours de réalisation ! Côté chroniques, çà ne se bouscule pas non plus. Nous allons donc remédier à cette injustice illico presto !

Premier constat : tous les membres du groupe apparaissent sur l’album, ce qui est quand même un sacré exploit, même si Daniele Lacono n'assure qu'un titre à la batterie ("Mars Attacks"), les autres morceaux bénéficiant de la présence efficace d'Ugo Vantini, déjà rencontré avec le projet Divae et qui a aussi joué il y a quelques années avec Gianni Leone pour une des nombreuses reformations éphémères d'Il Balleto di Bronzo. 

Deuxième constat : nous avons droit à un très beau packaging avec un recto et un verso de couverture réalisés par la dessinatrice Lorenza Pigliamosche Ricci qui avait déjà fait celle de Dedicato a Frazz Live pour Semiramis. Et toujours avec, le livret Prog Rock Italiano de 8 pages (là c'est le n° 99) avec l'histoire du groupe, une interview et plein de photos inédites, du collector pour vrai fan de prog italien quoi !  La magnifique illustration en noir et blanc dessinée au fusain, en intérieur de pochette, est signé Giuliano Piccininno.

Ensuite, une question fondamentale, quasi existentielle, se pose : ce disque est-il à la hauteur de la légende que le groupe a réussi à instaurer en trois ans et deux albums, il y a déjà .... trois décennies ?

Réponse : je vous connais, vous attendez un oui libérateur ou un non crucificateur. Un peu de patience !

Pour commencer, disons que le côté pastoral à la early Genesis a en partie disparu au profit d'un prog plus trempé et plus affirmé mais qui reste quand même bien ancré dans ce qui se faisait à la fin des années 80/début des années 90 au point d'avoir l'impression d'avoir affaire à des musiciens qui utilisent toujours les mêmes synthés qu'à leurs débuts. Côté batterie, à l'évidence Ugo Vantini n'est pas là pour rigoler, sa frappe sèche et lourde apporte à la fois du muscle et du nerf à l'ensemble sans toutefois jamais dénaturer la musique d'Ezra Winston qui reste très raffinée même dans ses moments les plus rock ("Dial-Hectic" qui pourrait facilement être rapproché de Marillion période Fish ou du IQ des années 80). "Call up" vous fera immanquablement pensé à Jethro Tull, et c'est ma foi un bel hommage au groupe de Blackpool même si çà tape pas mal dans "Thick as a brick". "The rain comes" renoue avec le côté le plus sombre d'Ezra Winston, évoquant un autre vieux groupe italien des années 90, Men of Lake, avant d'évoluer dans sa deuxième partie vers une progression qui tient beaucoup de "I know what I like" de ...Genesis encore (et c'est pas fini). Dieu que cette longue séquence instrumentale fait du bien à entendre. Ce morceau est incontestablement la première belle surprise de cette galette. "Mars Attacks" est un titre crunchy qui fait penser au début au Yes période Trevor Rabin avec, ensuite très rapidement, en arrière plan, un étonnant relent de UK, alors que pour la partie centrale, le groupe ne peut s’empêcher de citer à nouveau Genesis dans le texte avec une longue évocation protéiforme de "The fountain of Salmacis". Voilà en tout cas un style de musique détonnant  de la part d'Ezra Winston. Pas désagréable mais surprenant quand même. Quant à "Odd one out", dernier titre en date enregistré en 2015, il est la preuve éclatante que le groupe a bien évolué au cours des années. C'est une fois encore très accrocheur avec un riff de guitare très crâneur et un chant très expressif, quasiment théâtral et pour tout dire très déluré. Ce qui s'apparente à l'évidence à une mini suite épique, avance sur un tempo marqué assez lourd qu'on aurait quand même voulu plus varié. La respiration arrive (enfin) sur la dernière partie ("Journey's end") avec un chant en canon qui renforce encore la couleur médiévale de cette fin de morceau. 

Alors la réponse ? Bien évidemment, au cours de ces trente dernières années, ces musiciens ont évolué artistiquement et humainement parlant. L'idée n'est pas de faire de comparaisons. Je pense notamment au monument "Ancient of an unknown town" sur Ancient Afternoons. Comment voulez vous rivaliser avec çà ! Disons que la magie des deux vieux albums a disparu au profit d'un genre de musique plus affirmé mais qui ne renie pas ses fondamentaux. Tenant compte du fait que ce disque est quand même une construction artificielle, le risque était plutôt qu'il manque une ligne directrice claire. Finalement, çà n'est pas le cas ou tout au moins, il n'existe pas de décalage stylistique flagrant entre les morceaux. 

Tertium non datur signifie en latin "le troisième n'est pas donné", ce que l'on pourrait traduire de manière "vulgaire" par ce troisième album n'était pas gagné. Ce qui est vrai, autant pour ce qui concerne le fait de réentendre enfin Ezra Winston mais aussi pour le seul exploit d'avoir réussi à réaliser ce LP (encore merci à Guido Bellachioma). Certes la magie des deux premiers albums n'est plus la même mais il reste le plaisir de retrouver un groupe solide qui propose cinq morceaux sans faille avec une multitude de très beaux moments. Voilà qui devrait largement suffire au bonheur des nostalgiques d'Ezra Winston. In praeteritum numquam moritur !

Le groupe : Fabio Palmieri (guitares), Mauro Di Donato (claviers, guitares, chant), Paolo Lucini (synthés, flute, basse, chant), Fabrizio Santoro (basse), Daniele Lacono (batterie) 

+ Simone Maiolo (basse), Andrea D'aprano (basson), Ugo Vantini (batterie), Stefano Pontani (guitares),

La tracklist du vinyle :

A1. Dial-Hectic (2004 - live version)
A2. Call up (2010)
A3. The rain comes (2000)

B1. Mars Attacks (1998)
- part 1 : Resistance is futile
- part 2 : The mothership
- part 3 : All good things
B2. Odd one out (2015)
- part 1 : Random thuoghts
- part 2 : Weird nightmares
- part 3 : Journey's end

dimanche 6 février 2022

Aquael : Anthology

 

En 1979,  le groupe Aquael voit le jour à Turin. Comme le clame haut et fort son leader, Maurizio Galia, il s'agit d'une des toutes dernières manifestations du prog italien des années soixante dix. Dans la configuration Aquael le groupe n'enregistre rien de probant et disparaît au profit quelques années plus tard de Maury e i Pronomi, une formation sœur toujours drivée par un Maurizio Galia aussi têtu que persévérant. Trois albums sont publiés de manière très confidentielle en autoproduction (quelques centaines de copies seulement sont vendues à chaque fois) : Ziqqurat nel canavese en 1997, Tanganica il passato ed il futuro en 2000 et (Ec)citazioni Neoclassische en 2004. Le dernier album, publié sorti par Mellow Records étant sans doute le plus abouti avec, pour l'occasion, un concept ainsi résumé : " A fantastic journey through the archetypes of our classical past with irony, amusement and a little bit of sadness". A la vérité, il s'agit toujours du groupe Aquael puisqu'on retrouve les mêmes noms de musiciens au générique. Mais la formation qui ne tenait que par le bon vouloir de Maurizio Galia va ensuite vite s'évaporer.

Dix ans plus tard et après avoir connu pas mal de soucis, Maurizio Galia décide de réaliser une compilation de titres piochés dans les trois albums de Maury e i Pronomi mais en reprenant le nom d'Aquael. L'album, intitulé Anthology, sort d'abord au format numérique avant qu'enfin en 2022, une édition vinyle soit pressée. Deux morceaux sortis uniquement en EP  en 2012 ("Murat Begins" et "Yokohama via Satellite") ont également été ajoutés. Ce qui permet d'avoir un condensé sympa et précieux de la carrière du groupe. 
Anthology propose ainsi dix morceaux qui résument assez bien le style d'Aquael/Maury e i Pronomi fait d'un mélange équilibré entre diverses influences du prog italien. On retrouve ainsi des relents de
Biglietto Per L'inferno, de Banco del Mutuo Soccorso, d'Il Balletto Di Bronzo et même de Murple ("Lei e Venezia"). Ajoutez à cela un zeste d'Ennio Morricone ("Le porte dell'averno") et vous aurez une idée assez précise de ce que donne cette compilation qui permet également découter une version alternative plus musclée de "Apollo, Minerva e l'etrusco". A titre personnel, je regrette juste l'absence de l'excellent "Oceano" qui rappelait assez Eloy et Omega. Mais il n'est pas question de bouder son plaisir car cette compilation contient de toute façon la quintessence de ce qu'a produit la formation turinoise, "Ziqqurat", "Fiato immortale" et "Lei e Veneziano" en étant clairement les fleurons. 

En main, l'objet est beau et coomme toujours, le graphisme très soigné est signé Maurizio Galia, normal c'est son métier. 

Les musiciens : Maurizio Galia (claviers, chant), Nicola Guerriero (guitares), Enrico Testera (basse), Sergio Cagliero (claviers), Marco Giacone Griva (guitare), Sylvia Delfino (chant), Carlo Bellotti (batterie), Sergio Ponti (batterie), Bruno Giordana (saxophone), Dino Pelissero (flûte)

La tracklist Anthology

1. Ziqqurat
2. Apollo, Minerva e l'etrusco
3. Fiato immortale
4. Le porte dell'averno
5. Yokohama via satellite
6. Murat Begins
7. Altri tempi
8. Lei e Venezia (*)
9. Part-time
10. Il cielo diviso (*)

(*) uniquement en téléchargement 

La tracklist Anthology - édition vinyle

Face A :
1. Ziqqurat
2. Altri tempi
3. Part-time

Face B :
1. Murat Begins
2. Yokohama via satellite
3. Meddley "Apollo", "Minerva e l'etrusco", "fiato immortale, "le porte dell'averno" ("Apollo" est une version alternative)


Vous pouvez écouter chaque morceau en cliquant sur son lien.

L'album peut être commandé chez Toast records

 

 

 

vendredi 1 octobre 2021

Antiche Pescherie nel Borgo : Si no sabir...tazir !


Avec son autre groupe, Consorzio Acqua Potabile, Maurizio Venegoni nous a toujours habitué à chaque sortie de disques à des éditions limitées sortant à chaque fois de l'orinaire. Mais là, pour le premier album de sa nouvelle formation, Antiche Pescherie nel Borgo, il s'est surpassé. Car cette fois l'édition limitée est non seulement insolite mais carrément luxueuse et pour tout dire précieuse. Dans la catégorie des sorties vinyles récentes, c'est sans doute le plus bel objet proposé aux collectionneurs depuis bien longtemps. Jugez plutôt : la pochette est en fait un poisson (une daurade royale) plus vrai que nature dans lequel sont insérés le vinyle et un livret de 80 pages présentant le groupe, ses membres et racontant l'histoire du concept (celle des boutiques des pêcheurs dans le vieux Venise d'il y a plusieurs centaines d'années), le tout avec des photos et des illustrations polychromes, représentant aussi une vraie compilation de documents historiques. Pour ajouter à la rareté, l’édition vinyle est limitée à 199 exemplaires, numérotés bien sûr. Le souci du détail a même été porté jusqu'à prévoir un support pour que le poisson puisse être posé à la verticale sur sa tranche. Le livret de la version CD est un peu différent mais réalisé sur le même modèle et aussi beau.  Enfin si vous voulez tout savoir, le titre de l'album Si no sabir...tazir ! évoque, le sabir, la langue parlée à l'époque ancienne (du XVIème au XVIIIème environ) par les marins, les pêcheurs et les dockers de Venise, qui était en fait un parler vénitien enrichis de mots génois, arabes, portugais, grecs, turcs et même scandinaves. Le sabir (savoir en arabe) était donc une forme d’espéranto avant l'heure. "Si no sabir tazir !" signifie littéralement : "si vous ne parlez pas le sabir, taisez-vous !".     

Ce projet a mis plusieurs années pour mûrir et aboutir. Pour être précis, il date de 2016 et de la première collaboration effective de CAP avec Alvaro Fella, le chanteur de Jumbo, qui avait donné l'album Coraggio e Mistero. Maurizio et Alvaro ont ensuite eu envie de continuer l'aventure ensemble. Les deux années suivantes ont permis de mettre sur pied le nouveau groupe, de travailler sur le concept et d'élaborer les premiers morceaux. Le 1er juin 2018, nous étions quelques uns à assister à la première performance en public d'Antiche Pescherie nel Borgo (APnB) à la FIM de Milan, ce que Maurizio Venegoni a appelé "la naissance sur les fonts baptismaux".  Ce soir là, j'ai même fait le roadie (il faut savoir donner de sa personne !).

Le groupe que Maurizio Venegoni a réuni autour de lui est constitué d'une belle brochette de musiciens irréprochables. On ne présente plus bien sûr le lion de Milan Alvaro Fella et son compère de Jumbo, Dario Guidotti, maître es instruments à vent. Enrico Venegoni, déjà présent sur la dernière période de CAP, est désormais le clavier alter ego de Maurizio et il y a à l'évidence une grande complicité entre eux deux qui dépasse la dimension familiale. Augusto Gentili est un bassiste hors norme (mais aussi un spécialiste - et pratiquant - des instruments de musique bretons comme la bombarde !). Le batteur Massimiliano Varotto est d'une efficacité redoutable. Enfin je regrette déjà le départ de Paolino Doria tant il s'était imposé à la guitare électrique avec son style explosif (bienvenu au passage à Luca Musso, son remplaçant).

Avant d'attaquer la partie purement musicale, il est également indispensable de savoir que Maurizio Venegoni a eu l'idée de reprendre des morceaux existants de groupes prog du monde entier (parfois peu connus). Il s'en est servi comme bases pour les retravailler, les arranger et les développer afin d'en proposer à chaque fois une version totalement nouvelle adaptée et compatible avec la ligne musicale directrice choisie pour l'album. Bien sur les artistes concernés ont été informés en amont et ont tous donné leur accord pour une utilisation libre de leur morceau. L'opener "Corte Sconta (detta Arcana" est la reprise du titre d'Eloy "Illuminations" extrait de Colours (1980). La version de APnB permet de rentrer immédiatement dans le vif du sujet et d'embarquer l'auditeur dans un univers excessivement énergique et expressif. "Tocheti pocheti" est une adaptation du morceau d'inspiration médiévale "En superbô" du groupe français Minimum Vital (album Capitaines, 2008). APnB en fait un pur joyau d'une grande délicatesse et les interventions de Dario Guidotti au sax alto y sont évidemment pour beaucoup. Le lien est d'ailleurs tout trouvé avec "Sorisu nel vedru (por l'homo feliz)" qui est en fait un étonnant croisement réussi entre la célébration celtique des premières neiges  du Breton Ronan Le Bars ("An erc'h kentan") et l'instrumental "Service with a Smile" des Américains de Happy The Man. Alvaro Fella est juste énorme sur ce titre dont la puissance contenue n'en est que plus efficace. "Il mio nome è Lemuel" est une composition co-écrite par Enrico et Maurizio Venegoni. Elle était prévue au départ pour faire partie d'un des projets des Samuraï of Prog de Marco Bernard. Cela ne s'est pas fait. Dommage pour les S.O.P., tant mieux pour nous car il s'agit d'un réel épique à rebondissement, remarquablement attachant et doté d'un final à couper le souffle. "4tro" a été composée par Maurizio Venegoni en pensant à David Crosby. Ne cherchez pas autre chose qu'une inspiration du moment. Alvaro n'est pas David Crosby. En tout cas, c'est un beau moment cool marqué par un court chorus de Paolino Doria et un  solo de saxo de Dario Guidotti qui tient l’auditeur un long moment en haleine. "Biancomagno" est à l'origine un morceau du groupe argentin El Reloj ("Harto Y confundido" sur l’album El Reloj, 1976). On retrouve bien le côté rugueux presque sauvage de l'original. Alvaro n'a pas beaucoup à forcer sa nature sur ce titre qui flirte avec le hard prog et dont la longue section centrale instrumentale n'en finit pas de nous ravir. C'est tout pour le vinyle. Le CD comprend deux titres en plus. "Bhairavi - Profumi d'Oriente" est signé par Augusto Gentili, le bassiste d'APnB et évoque effectivement des parfums d'Orient très typés. Ce titre me rappelle ce qu'a fait Le Orme sur La Via della Seta. "Tomba masso poeta E..." est à l'origine une vieille chanson du groupe irlandais Mellow Candle, l'élégante "Boulders on my grave" tirée de l'album Swaddling Songs (1972). Une fois encore APnB se l'approprie et la fait sienne. 

"Faire du neuf avec du vieux"  pourrait être la devise de cet album. C'est d'ailleurs devenu aujourd'hui un phénomène de société dans tout ce qui touche à la mode et à la décoration. Mêler le vintage et le moderne est très tendance Alors pourquoi pas dans le rock progressif ! Mais il ne suffit pas de vouloir appliquer une recette, encore faut-il faire preuve de savoir-faire. Ici l'exercice de reprises de compositions d'autres groupes est réussie car il s'agit avant tout d'une appropriation totale sans la moindre concession à l'original. A partir de l'instant où APnB rentre dans un de ces morceaux, le groupe joue sa propre participation en totale liberté, en se lâchant complètement. La trame de départ n'est en fait plus qu'un prétexte, une clé en quelque sorte pour avancer vers une création entièrement nouvelle. Pour certains de ces groupes, d'autres titres ont d'ailleurs à un moment été envisagés. A l'arrivée, nous avons, non pas un album de reprises, mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, un ensemble homogène de pièces originales s'emboitant parfaitement les unes dans les autres avec une unité de ton et une signature nettement identifiable, celle de groupe APnB, qui, il faut bien le reconnaître est très proche de celle du Consorzio Acqua Potabile de Coraggio e Mistero. Ce type d'exercice, assez fréquent dans le jazz, est une nouveauté dans le prog où l'on se contente le plus souvent  soit de faire une cover à l'identique, soit d'insérer quelques citations exogènes dans un titre. 

Ce disque est à l'image de son principal démiurge : généreux, expansif et débordant d'énergie positive. Il y a de l'album de l'année dans l'air ! C'est moi qui vous le dit.

Les musiciens : Paolino Doria (guitares), Alvaro Fella (chant), Augusto Gentili (basse, contrebasse 6 cordes), Dario Guidotti (flûte, saxophone, chant), Massimiliano Varotto (batterie), Enrico Venegoni (claviers : piano, Mellotron M4000D, mini Moog, orgue Zarenbourg Waldorf, synté Phatty), Maurizio Venegoni (claviers : orgue Hammond XK3C, mini Moog, synthé Crumar DS2),


La tracklist :

  1. Corte Sconta (detta Arcana)
  2. Tocheti - Pocheti
  3. Soriso nel vedru (por l'homo feliz)
  4. Il mio nome è Lemuel
  5. 4tro
  6. Biancomagno (O parole di pesce)
  7. Bhairavi -Profumi d'Oriente (CD bonus track)
  8. Tomba masso poeta E... (CD bonus track)


dimanche 21 février 2021

Le coin des vinyles : ma vérité

J’avoue écouter indifféremment des CD et des vinyles, voire même des cassettes. Opposer un support à un autre me paraît totalement inutile. Quand vous savez comment, d’un côté, le son peut être travaillé, modifié, transformé à l’envie. Quand vous constatez, de l’autre côté, que la manière dont chacun perçoit le son dépend de tellement de facteurs dont certains sont totalement empiriques et sujets à interprétation. Il apparaît alors que les débats vinyles versus CD sont vains (surtout à l'ère du tout numérique dématérialisé) et peuvent durer indéfiniment en encombrant les pages des réseaux sociaux sans satisfaire personne.  

Pour ma part, quand je mets un vinyle sur la platine, il s’agit d’un  disque original pressé durant les années soixante et soixante dix (ce qui tombe bien car cela correspond à la période à laquelle les styles de musiques que j’écoute ont été produits), jamais de réédition, rarement de vinyle récent (sauf quand mes amis musiciens sortent une édition spéciale vinyle que je me fais alors une joie de posséder). L’inconvénient des vieux vinyles réside principalement dans le fait qu’il faut être prêt à affronter les inévitables crépitements et craquements, plus ou moins répétés et plus ou moins supportables selon l’état de l’exemplaire possédé. Mais au moins, je suis dans une logique qui est la suivante : si je choisis d’écouter un vinyle, c’est pour le son particulier qui sort de la lecture du sillon. Pour cela, et pour que tout soit en cohérence et que çà ait vraiment un sens, il faut que les données lues soient  à 100% analogiques. Qu’est ce que cela veut dire ? Pour moi, c’est très simple, cela signifie que toute la chaîne doit être analogique du début à la fin, en passant par toutes les étapes : enregistrement analogique, mixage analogique, mastering analogique et support analogique  (le vinyle donc). Il n’y a aucune position extrémiste là-dedans, juste le fait que je ne vois pas bien l’intérêt d’écouter ces rééditions vinyles récentes qui ne sont ni plus ni moins qu’une somme de données numériques transférées et gravées ensuite sur vinyle ; une hérésie pour ne pas dire une imposture, quand les informations n’ont pas été retraitées pour donner un rendu son plus moderne ou plus présentable, ou les deux, c‘est  selon ! Combien vous pariez que c’est justement le cas quasiment à chaque fois. Même les rééditions affichant une remastérisation à partir des bandes originales analogiques subissent un traitement numérique. Il ne peut en être autrement. Ceux qui imaginent entendre, avec une réédition actuelle, le son à l'identique du vinyle de l'époque peuvent y croire, mais la réalité est imparable. Ce qu'ils écoutent est peut-être bon au niveau son mais ce n'est pas celui de la source originelle. Au moins, ils ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas.

Car j’ajouterais aussi un élément supplémentaire, essentiel pour moi, que l’on oublie un peu trop dans l’affaire : les vinyles originaux ont été conçus par les ingénieurs du son de l’époque qui avaient un vrai savoir-faire en matière d’enregistrement et de mastering analogique. Je ne pense pas que ce soit le cas aujourd’hui, et même si cela l’était, la norme en matière de son a radicalement évoluée et un ingénieur du son actuel modélisera le master final en se basant automatiquement sur ces références modernes, les seules qu’il sait reproduire, non plus sur des tables de mixages constellées de potards qu’on maniait du bout des doigts mais bien sur des logiciels impersonnels.  Pas sûr que ce soit ce type de sonorités que je souhaite entendre quand j’écoute un vinyle. Bien sûr, il y a une multitude de vinyles qui sont sortis à leur époque avec un son pourri, mais bizarrement quand  vous tombiez sur ce genre de coucou (çà m’est arrivé bien sûr), vous n’aviez pas l’impression de vous êtes fait avoir. En général, vous étiez plus désolé pour le groupe ou l’artiste, en vous disant que ce drôle de son, étouffé ou à l’inverse clinquant, ne lui rendait pas justice. Alors qu’aujourd’hui, acheter trente euros une réédition pour entendre un son qui semble (qui est !) complètement trafiqué, là vous sentez bien l’arnaque. Au passage, je n’en peux plus de voir tous ces hipsters se la jouer « moi je ne crois que dans le vinyle », « moi je reconnais le son du vinyle », « moi, je crée un label pour faire des vinyles que je vais vendre très chers ». Réponse : "toi le hispter, tu restes chez toi à sniffer ton rail et tu laisses les hommes, les vrais, écouter leurs vinyles en chiquant leur bière". Je m’étais promis de ne pas lâcher de vapeur. Désolé c’est parti tout seul.

En résumé, si vous voulez écoutez des vieux albums  en vinyle, procurez vous une version d’origine, pas une réédition. Vous aurez le « vrai » son que vous cherchiez et en plus vous aurez le plaisir de l’objet sans le code barre au dos. Avec un peu de chance, vous aurez même le sticker RTL au verso et l'étiquette prix du Prisunic à 59 francs au verso.       

Si vous souhaitez en savoir plus sur les mystères du son vinyle mais aussi sur le business actuel du vinyle, je ne peux que vous conseiller de vous référer à l’étude que j’ai réalisée sur ce sujet et qui se trouve en préambule de mon livre Plongée au cœur du Rock Progressif Italien sorti en 2018 chez Camion Blanc.

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout. A bientôt

Louis

dimanche 7 février 2021

Le coin des vinyles : non est ars quae ad effectum casus venit (Deus Ex Machina)

Deus Ex Machina : non est ars quae ad effectum casus venit

33 tours LP, 1997

Label : Kaliphonia KRC017

Je ne vous parle pas souvent de Deus Ex Machina ce qui est un tort. Car ce groupe, né à l'aube des années quatre vingt dix d'un siècle déjà bien révolu, a su se distinguer très tôt en proposant une forme de prog très personnelle tentant avec succès de relier Area d'un côté et Banco del Mutuo Soccorso de l'autre, le tout étant joué par des musiciens à la technicité exceptionnelle et porté par un chanteur au pathos étonnant, rappelant Demetrio Stratos, et s'exprimant de plus, le plus souvent, en latin. Une mixture assez improbable qui fonctionne sur une base de fusion rock jazz débordant régulièrement vers des envolées canterburiennes, quand il ne s'agit pas de digressions relevant du Rock in Opposition. Vous imaginez bien qu'avec un tel matériau sonore, la musique de ces italiens demande à être apprivoisée. De fait, Deus Ex Machina, surtout en live, c'est une expérience à vivre avec un Alberto Piras qui à l'instar de Demetrio Stratos avec Area, est capable transcender les partitions et de les tirer vers le haut avec cette voix à la fois puissance et passionnée. Mais je peux vous affirmer que tout se tient parfaitement et que les compositions, pour délirantes qu'elles puissent paraître au premier abord, sont en fait écrites au cordeau sans rien de superflu. Un vrai tour de force !

En résumé, Deus Ex Machina, ce sont des musiciens qui vont jusqu'au bout de leurs idées sans compromission. C'est aussi un un groupe qui me rappelle le Area de Arcbeit Macht Frei autant pour la musique généreuse et foisonnante produite que pour l'état d'esprit débordant au service d'une créativité à 360°.

Le vinyle présenté ici est réellement ce que l'on appelle un bel objet. Le contenu sonore est constitué de prestations live du groupe captées lors de plusieurs concerts à Bologne entre 1994 et 1995. Soit huit titres tirés des deux albums Deus Ex Machina (1992) et De Republica (1995). On aurait pu avoir peur d'avoir affaire à un bootleg, ce qui n'est absolument pas le cas. Le label Kaliphonia avait bien fait le travail. La qualité de la prise de son est excellente et le rendu est très propre. Mais l’intérêt principal de cet album réside dans sa forme. En effet, il n'existe qu'en version vinyle (ce qui était quand même une gageure à une époque où le CD régnait en maître) édité à 500 exemplaires numérotés. Toujours pour le contenant, la présentation en gatefold comprend un beau livret intérieur de six pages avec de nombreuses photos et des notes assez complètes sur l'histoire du groupe. Il s'agit donc, vous l'avez compris, d'un objet unique à posséder si possible.

Au passage, je me rends compte que cet album a déjà presque vingt cinq ans !

La tracklist :

Face A : 

1. Hostis
2. Res Publica II
3. G.C.
4. Lo stato delle cose

Face B :

1. Ignis
2. Dittatura della mediocrità
3. De oraculis novis III
4. Prima lux

Les musiciens : Gariporre (basse), trotta claudio il pedicure (batterie), Crodino Maurino (guitare), Buonetto Bravagente (violon), Dr. Fecal Reminbarca de Riccia (primario) de Feccia (claviers), Alberto Piras (chant). 

Bien sûr les noms sont ici en partie fantaisistes, faisant penser à une bande de jeunes carabins en plein délire.

dimanche 16 août 2020

Le coin des vinyles : spécial 45 tours

C'est l'été, on ressort les 45 tours comme quand on avait 15 ans ! Voilà ma sélection du jour :
Premiata Forneria Marconi : "La Carrozza di hans" / "Impressioni di settembre" (Numero Uno)
Delirium : "Jesahel" / "King's Road" (Fonit)
Goblin : "Profondo Rosso"/ "Death dies" (Cinevox)
Que des originaux bien sûr !
Bonne fin d'été à tous et on se retrouve bientôt sur ce blog pour tout ce qui concerne le Rock Progressif Italien : des news, des scoops, des interviews et....de la musique !

mardi 4 août 2020

Le coin des vinyles : Crac! (Area)


Area : Crac!
33 tours, LP
Label : Cramps 940.512 CRS LP 5103 (1975)

Même si je place le séminal Arbeit Macht Frei bien au dessus de tout ce qu’à fait Area ensuite, je dois reconnaître que Crac! reste un album fascinant. La prise de pouvoir de Capiozzo et Fariselli vers une irrémédiable orientation jazzy voire free jazz est ici momentanément contrebalancée par Demetrio Stratos, de plus en plus esseulé dans le groupe (*), qui arrive pourtant à nouveau à marquer de son empreinte vocale cet album. Caution Radiation Area (1974) avait complètement dérapé dans des élucubrations sonores et des délires expérimentaux qui finissaient par n’avoir ni queue ni tête. Certes il y avait « Cometa Rossa » mais même ce morceau avait un drôle d’arrière goût rappelant un peu trop « Luglio Agosto Settembre (Nero) » pour être franchement  honnête.

Comme je l’évoquais en préambule, sur Crac! Demetrio Stratos réussit à faire à nouveau passer sa propre vision de ce que peuvent (doivent ?) être des explorations musicales qui ont du sens. Alors oui « L’elefante Bianco » reprend une nouvelle fois la thématique de la « Cometa  Rossa » et donc de « Luglio Agosto Settembre (Nero) »  mais en se hissant cette fois au niveau de l’original.  Oui « La Mela Di Odessa » est un drôle de morceau à la croisée des chemins entre le jazz rock et le funk mais çà swingue drôlement et il s'en dégage un vent de folie absolument irrésistible. Demetrio joue le jeu dans ce registre pourtant assez inusité pour lui, et se transforme en prêcheur déjanté dans la deuxième partie du morceau. Mais surtout, avant d’écouter « Gioia E Rivoluzione », morceau sans doute le plus « normal » qu’ait jamais enregistré Area, entre chanson d'auteur et ballade country, il y a les deux pièces maîtresses de l’album, « Megalopoli » et « Nervi Scoperti »  qui sont de fait deux formidables fusées traçantes de jazz fusion qui suivent chacune une trajectoire ascendante durant laquelle les musiciens s’amusent à aller tester les limites de l’équilibre structurel de chaque morceau. Pour moi, Crac!  s’arrête au milieu d’ « Implosion », la fin de ce morceau et le suivant (« Area 5 ») renouant avec le côté le plus stérile d’Area.  Heureusement, on parle là d’à peine plus de 5 minutes sur une durée totale de  37 minutes 50, il reste donc une grosse demi-heure d’écoute d’une musique qui réussit à être à la fois captivante et accessible avec des musiciens qui donnent le meilleur d’eux-mêmes quand ils restent concentrés sur leur sujet en évitant de trop s’en écarter. Avec Crac! Area affirme une nouvelle fois ce qui fait sa particularité et sa spécificité : un langage musical unique d’essence méditerranéenne capable d’amalgamer des idiomes aussi différents que le jazz, le rock, la fusion, le prog et l’expérimental, la présence incontournable de Demetrio Stratos en plus. Il va sans dire que l’anti-conformisme viscéral d’Area, encouragé et entretenu par le manager Gianni Sassi, place ce groupe à des années lumières d’un rock progressif italien qui ne s’est jamais distingué par un côté aventureux.
Une fois encore l’artwork de la pochette décoiffe et attire l’œil. C’est fait pour bien sûr et c’est évidemment Gianni Sassi qui a supervisé le design.

(*) pour tout connaître de la véritable histoire d’Area, et notamment de sa genèse, voir le chapitre qui lui est consacré dans le livre Patrick Djivas - Via Lumière.

Face A :
1. L'elefante Bianco
2. La Mela Di Odessa
3. Megalopoli (7:53) 

Face B :
1. Nervi Scoperti 

2. Gioia E Rivoluzione 
3. Implosion 
4. Area 5 


Le groupe : Demetrio Stratos, Giampaolo Tofani, Patrizio Fariselli, Ares Tavolazzi, Giulio Capiozzo








dimanche 22 décembre 2019

Le coin des vinyles : Il Teatro Delle Ombre (Consorzio Acqua Potabile)

Consorzio Acqua Potabile : Il Teatro Delle Ombre (Quarant'anni controluce)
LP 33 (association 70 Do not Forget Them), SIAE DNFT05 (2014)

En parallèle de la rédaction de l'histoire de son groupe, Maurizio Venegoni a eu envie de se faire plaisir et de faire presser un disque vinyle à l'ancienne. Ce 33 tours devait être au départ le pendant du livre. Comme souvent avec les italiens le projet a pris des proportions imprévues. Le livre est devenu en fait un un superbe coffret avec effectivement la saga de Consorzio Acqua Potabile racontée en 180 pages (avec photos et documents couleurs en illustrations) par maître Venengoni, accompagné de 4 CD gorgés à ras la gueule de musique (remasters, live, inédits). Puis le 33 tours est venu compléter le tout, reprenant le nom du coffret comme titre: Il Teatro Delle Ombre (Quarant'anni controluce). Le LP fait en fait office de compilation avec une chanson tirée de Nei Gorghi del Tempo ("Vivendo un giorno ...solo di niente" chanté par Maurizio Mercandino), trois morceaux extraits de Robin delle Stelle ("Robin delle Stelle", "Soli sull'Olimpo" parte I et parte II), ainsi qu'un inédit , "Adagio Magrebino", dont les fans japonais avaient eu jusque là l'exclusivité de l'écoute sur un CD sorti à 200 exemplaires en 2008 sur le marché nippon uniquement : Da Odissea A Katayama Gorobei (Per Asilah El Hedei). Au passage ce CD vaut aujourd’hui une fortune.  
Le disque vinyle fait effectivement plaisir à voir et à posséder.  Il Teatro Delle Ombre (Quarant'anni controluce) est un bel objet qui a été lui-même décliné en deux versions (vinyle de couloir noir et vinyle de couleur orange). 




Face A :  
Vivendo un giorno ...solo di niente
Robin delel Stelle
Soli sull'Olimpo (Parte I)

Face B : 
Soli sull'Olimpo (Parte II)
Adagio Magrebino (previously unrealised track)


dimanche 10 novembre 2019

Le coin des vinyles : in concerto (Le Orme)


Le Orme : in concerto
Philips 6323028 A (1974)
 
En 1974, les Vénitiens de Le Orme se sentent pousser des ailes. Le passage de la pop légère et psychédélique de la fin des années soixante à un prog plus consistant s’est plutôt bien passé. Le groupe peut revendiquer trois albums solides et reconnus (Collage, Uomo di Pezza, Felona e Sorona), une popularité qui s’affirme de mois en mois et un contrat avec une major (Philips).  Il est donc temps de frapper un grand coup. Aucun groupe italien de rock progressif n’a pour l’instant sorti d’album live. Le Orme va le faire coiffant ainsi au poteau Premiata Forneria Marconi de quelques mois (Cook sortira six mois après in concerto). Aucun groupe  italien de prog n‘a encore osé défier les anglais sur leur terrain en enregistrant en concert une longue impro inédite en studio, à l’instar de ce que faisait régulièrement à l’époque King Crimson ou Emerson, Lake and Palmer. Le Orme va s’y risquer avec le très long « Truck of fire » (22 mn 15) grattant une fois encore au passage Premiata Forneria Marconi qui fera de même sur Cook avec « Alta loma nine till five ».    


A l’arrivée, on a donc ce live enregistré les 16 et 17 janvier 1974 à Rome. La face A comprend effectivement la longue performance expérimentale précitée, découpée en deux parties. La première ressemble beaucoup à du Emerson, Lake and Palmer justement, durant laquelle Tony Pagliuca prend le leadership et se met en avant aux claviers (piano puis Moog, orgue et synthé) avant d’être rejoint par  Michi dei Rossi dont les très longues interventions percussives restent peu convaincantes dans l’ensemble, son utilisation du Drum Controller étant particulièrement laborieuse. La deuxième partie de « Truck of fire » est chantée et permet à Aldo Tagliapietra de reprendre une place plus centrale. De par son côté sombre et torturé, ce mouvement final fait fortement penser à King Crimson tout en évoquant quelques accents de Felona e Sorona.
La face B est consacrée à un florilège de titres tirés principalement de Collage. On s’étonnera que le magnifique Uoma di pezza ne soit pas représenté et qu’un seul morceau soit extrait du  récent Felona e Sorona (« Ritorno al nulla »). Il faut dire que l’on a droit à un deuxième moment totalement original avec « preludio a era inverno », une très longue introduction réussie à « Era inverno » signée Tiny Pagliuca (orgue).
Ce live n’est sans doute pas l’album avec lequel il faut entrer en contact avec Le Orme car trop peu représentatif du style réel du groupe. Il est toutefois intéressant pour les fans et constitue un  témoignage précieux de ce que les italiens étaient capables de produire sur scène à l’époque dans un style plus aventureux que ce que l’on imagine. On passera sur un rendu auditif très brut qui ne rend pas hommage à la musique des italiens avec un son sans aucune finesse.   


dimanche 22 septembre 2019

Le coin des vinyles : The Arid land (Venetian Power)


Venetian Power : The Arid Land  (LP, CBS S 64796, 1971)

Ce disque est dans tous les cas une rareté car figurez-vous qu’à ma connaissance il n’existe qu’en vinyle, soit dans son édition d’origine de 1971 publiée par CBS soit dans sa version rééditée en 2014 par BTF. De ce fait, évidemment, l’édition originale (celle que je possède) atteint une cote respectable qui va de 250 à 500 euros selon l’état de la pochette et de la galette.
Bien que référencé dans le prog italien, cet album serait plutôt du « prog related » comme on dit aujourd’hui. Nous avons là en fait la musique d’une comédie musicale (The Arid Land) qui avait été écrite par Claudio Ambrosini et qui était interprétée par une troupe de théâtre de la Vénétie. Voilà qui explique beaucoup de choses : le nombre de chanteurs présents sur l’album (sept !), les paroles alternativement en anglais et en italien, le nom même du simili groupe Venetian Power (il n’y a en fait jamais réellement eu une formation pop/rock de ce nom et la troupe. Venetian Power n’a fait en tout et pour tout qu’une seule apparition médiatique à la télé dont je vous mets le lien YT en fin de post, je suis bon prince), et surtout la musique que l’on entend. Car, il faut bien le reconnaître, il ne s’agit pas d’un énième trésor caché mais d’une honnête production musicale bien de l’époque. La matière de la face A me semble supérieure à celle de la face B. Rien de transcendant mais les chansons sont belles et même prenantes (« quando dio invento il mondo »). Par moments on a l’impression d’être plongé dans un univers musical proche de celui de Godspell et Hair, sentiment prégnant encore renforcé lorsque le chant est en anglais (« april », « arid land », « I’m burning »). Personnellement, je préfère, et de loin, les parties chantées en italien comme sur « cosi il mondo finisce ».
Quelques musiciens plus ou moins connus ont joué The Arid Land.
Claes Cornelius, un guitariste danois qui faisait le session-man en Italie à l’époque, également membre du groupe The Blues Right Off. Il sort un très bon solo sur « Il sacrificio dell’acqua ».
Nello Marini, le claviériste du groupe Le Stelle di Mario Schifano (album Dedicato a …, 1967).
Sergio de Nardi, également claviériste. Il est le père d’Andrea de Nardi (Former Life) qui accompagne Aldo Tagliapietra dans sa carrière solo. Sergio de Nardi fait d’ailleurs une apparition sur l’album L’angelo Rinchiuso (titre « Magnificat ») d’Aldo Tagliapietra.

Venetian Power à la RAI : https://www.youtube.com/watch?v=tGO63eRlKL0










dimanche 25 août 2019

Le coin des vinyles : New Trolls (New Trolls)



New Trolls : New Trolls
Arabella Eurodisc 913 010 WEA Filipacchi (1976)

Encore un LP des New Trolls pour le vinyle du mois ! Vous allez dire que pour quelqu’un qui prétend ne pas être très emballé par ce groupe, trois vinyles présentés dans cette rubrique, çà fait beaucoup. Exact . Mais j’ai également toujours dit que j’avais adoré le New Trolls Atomic System, émanation éphémère des New Trolls après le split de fin 1972.
Et bien figurez-vous qu’à l’intérieur de cette pochette anodine, pour ne pas dire quelconque, se trouve la version pressée pour la France de leur seul album éponyme qui a également connu deux autres variantes : une version pour le marché allemand en 1974 appelée Night On The Bare Mountain ( LP PAN ‎- 88 278 IT) ainsi qu’une nouvelle édition en 1976 pour l’Italie, Una Notte Sul Monte Calvo (LP Magma ‎- mal 05) avec à chaque fois un titre bonus en l’occurrence « Night On The Bare Mountain », morceau sorti à l’origine en 45 tours seulement.
La version pour le marché français comprend elle six titres dont « Night On The Bare Mountain » et pas de chance une chanson de l’album original en fait les frais (exit « Butterfly »). Mais pas question de faire la fine bouche car finalement avec « Night On The Bare Mountain », on gagnerait presque au change, tant l’adaptation de la composition de Modest Moussorgski (« Une nuit sur le Mont Chauve » ) par les Italiens est une réussite.
A noter que les titres sont nommés en anglais (et même en français pour « Une nuit sur le Mont Chauve ») mais le chant est bien en italien. Donc pas de version hasardeuse chantée en anglais comme les diverses tentatives peu convaincantes de le Orme ou Banco par exemple. 
 
Inutile de préciser que cette version inattendue de l’album New Trolls Atomic System est une rareté en soi sans pour cela atteindre des sommets en terme de prix. Disons que c’est une curiosité, ce sera plus proche de la réalité.
Pour une analyse plus détaillée de l’album je vous donne rendez-vous à la page 404 de mon premier livre sur le prog italien : Le petit monde du Rock Progressif Italien (http://www.camionblanc.com/detail-livre-le-petit-monde-du-rock-progressif-italien-une-discographie-amoureuse-556.php)

dimanche 14 juillet 2019

Le coin des vinyles : UT (New Trolls)


New Trolls : UT (LP, Cetra, LPX20, 1972) (LP, Seven Seas, GXF 2050, 1980)

Chose promise, chose due ! Voilà UT, un autre album des New Trolls qui mérite d'être sorti du lot. Comme par hasard, il suit à quelques mois près Searching for a Land.  Et comme par hasard, il marque la fin (provisoire) du groupe. En fait, non, ce n'est pas un hasard. Cet album, encore plus que  Searching for a Land met en avant la dichotomie qui existe au sein de la formation génoise entre deux visions artistiques qui s'opposent de plus en plus, le temps passant. Celle d'abord de Vittorio De Scalzi, tenant d'une ligne traditionnelle avec l'idée de continuer à mélanger tout ce qui a fait le succès des New Trolls en ratissant large (la pop, le rock symphonique et le jazz rock). Celle de Nico Di Palo ensuite qui entend poursuivre lui dans la voie du hard rock bon teint, celui justement qui a permis de faire Searching for a Land puis UT. Cette divergence de vue aboutira à la scission des New Trolls en deux nouveaux groupes. D'un côté les NT. Atomic System avec Vittorio De Scalzi et de l'autre Ibis avec Nico Di Palo, Maurizio Salvi et Gianni Belleno (précision utile : leur premier album Canti d'innoncenza, canti d'esperenza... ne portera pas le nom d'Ibis mais celui plus intime de "Nico, Gianni, Franck et Maurizio"). Ajoutons que les deux formations dissidentes feront du bon boulot, bien meilleur en tout cas que la future production des New Trolls de nouveaux réunis à partir de 1975.
En attendant ce UT est un sacrément bon disque. Certains pensent que c'est de loin le meilleur des New Trolls. J'en suis ! Avec en plus un très bon point : le chant est à nouveau en italien (Searching for a Land et le single "Black hand" étaient chantés en anglais pour un résultat peu convaincant).
La face A démarre par deux instrumentaux de haute volée dont "Studio" une adaptation d'une pièce du XIXème siècle écrite par l'anglais Johann Baptist Cramer. Nico Di Palo prend ensuite le relais pour deux morceaux merveilleux dont il est clairement l'inspirateur ("I Cavalieri Del Lago dell'Ontario" et "Storia Di Una Foglia"). Il est d'ailleurs à noter que sur cette 1ère face, Vittorio De Scalzi se fait très discret et n'apparaît sur aucun crédit. Le dernier morceau ("Nato Adesso") est plus une longue jam axée sur un solo de guitare psychédélique mais présente une partie chantée qui fait toute la différence avec les très beaux arpeggios romantiques joués au piano par Maurizio Salvi. 
La face B démarre en trombe avec un riff piqué à Tommy Iommi. De fait le morceau (de presque dix minutes) ressemble beaucoup à ce que l'on entend sur les premiers Black Sabbath (chant et rythmique compris). Ce n'est pas ce qui il y a de plus original mais force est de souligner que le groupe excelle dans ce genre (constat déjà fait pour Searching for a Land) surtout quand il ajoute une partie centrale de son cru typiquement italienne pour le coup. Bien qu'il n'ait pas composé le morceau, Vittorio De Scalzi a dû enfin respirer avec la belle ballade "Paolo e Francesca" qui permettait de retrouver un New Trolls plus classique. Et que dire de la chanson finale ("  Chi Mi Puo' Capire) sur laquelle Nico Di Palo se surpasse dans un style pop romantique de grande classe.
UT est incontestablement une grande réussite pour les New Trolls et une victoire pour Nico Di Palo. Mais c'est une victoire à la Pyrrhus puisque la formation se sera désagrégée pendant l'enregistrement de l'album. La bataille pour continuer en gardant le nom du groupe sera rude et cette fois c'est Vittorio De Scalzi qui prendra l'avantage en gagnant de haute lutte le droit d'accoler le fameux "New Trolls" à son Atomic System.




dimanche 23 juin 2019

Le coin des vinyles : Searching for a Land (New Trolls)




New Trolls : Searching for a Land (LP x 2, Fonit Cetra, DPU 70, 1972)

Ceux qui me font l’honneur de me suivre connaissent mon sentiment partagé concernant les New Trolls. Certes ils ont incontestablement marqué de leur nom la belle époque du prog italien pourtant je reste dubitatif quant à l’homogénéité de leur production discographique, mes doutes allant jusqu’à me poser quelques questions sur la sincérité de leur démarche artistique. Les New Trolls ont eu du mal à se fixer sur un style. Il y a d’abord eu la pop légère (normal on était encore en fin des sixties), puis le rock baroque symphonique (Concerto Grosso bien sûr), ensuite le hard prog. Après l’intermède Ibis/N.T. Atomic System, les New Trolls se sont essayés au jazz rock (Tempi dispari) avant de se vautrer dans la disco pop à la Bee Gees sans compter les retours épisodiques au rock orchestral pompeux avec plusieurs suites au Concerto Grosso (la n° 2 et The Seven seasons). Pourtant les musiciens étaient techniquement bons et les compositions tenaient en général la route, il n’y a rien à dire de ce côté là. Je déplore juste que les New Trolls n’aient pas plus affirmé leur propre identité musicale au détriment trop souvent d’un manque d’originalité. Ils en avaient les moyens.
Plutôt que la série des Concerto Grosso qui me semble largement surestimés au moins pour les n° 2 et 3, je vais vous présenter dans la rubrique « Le coin des vinyles », deux de leurs œuvres sorties la même année (1972), soit celle qui correspond à leur période hard prog. Elles permettent de mieux se rendre compte de quoi ils étaient capables dans le sens où ils se lâchent un peu plus.  
Ce mois-ci,  ce sera le double LP Searching for a Land qui est agencé comme le Ummaguma des Pink Floyd : un 1er disque constitué de morceaux studio, le 2ème étant une soi-disant captation en concert avec quatre titres présentés totalement originaux. En fait, le groupe a bien enregistré live ces quatre morceaux mais sans public. Les applaudissements et acclamations que l’on entend ont été rajoutés artificiellement au mixage final.
Le LP studio est particulièrement intéressant avec des titres sur lesquels le groupe se permet un peu plus de libertés comme  « A land to live a land to die » et « Edith ».qui sont vraiment de très belles pièces bien foutues allant chercher l’inspiration du côté de la scène de Canterbury en général et de Robert Wyatt en particulier pour « A land to live a land to die » et de  Blind Faith et Led Zep pour « Edith ».
Évidemment, à côté, la partie live est plus roots et moins raffinée avec des musiciens qui plongent avec délectation dans un hard prog mélangeant allégrement Focus, Jethro Tull, Colosseum, Deep Purple et Led Zep. Pourtant, j’ai la nette sensation que c’est là que les membres de New Trolls s’éclataient le plus, qu’ils étaient les plus naturels et qu’ils s’amusaient vraiment (« Muddy Madalein »/« Lying here »).   
On en reparle la prochaine fois avec UT qui viendra confirmer ce ressenti.

dimanche 28 avril 2019

Le coin des vinyles : Finisterre (Finisterre)





Finisterre : Finisterre (LP x 2, Mellow Records,  MMLP 104/10, 1995)

Les membres de Finisterre ont décidé de se reformer et pour marquer les 25 ans de la sortie de leur premier album, ils ont eu la bonne idée d'en enregister une nouvelle version qui sera prête pour le mois de mai de cette année 2019. 
Avis aux amateurs qui seront présents à un des concerts qu'ils vont assurer au mois de mai (Terra Incognita, Prog & Frogs et Prog Sud). 
C'est donc l'occasion pour moi de présenter dans la rubrique "Le coin des vinyles" un des 84 exemplaires pressés à l'époque par Mellow pour l'édition vinyle. Il s'agit évidemment d'un article très rare dont je suis très fier de posséder une copie en parfait état. Je ne reviendrai pas en détail sur les muliples beautés de cet album qui marquait à l'époque le renouveau d'un prog italien qui n'allait pas tarder à prouver qu'il n'avait rien perdu de sa vitalité. J'ajoute juste que l'édition vinyle présentait deux titres en plus : 
- "Harlequin" : une reprise de la PFM tout à fait honorable et pour tout dire émouvante.
- " Refugees" : la chanson de Peter Hammill (Van der Graaf Generator) proposée dans une interprétation sublime avec Francesca Biagini au chant et Stefano Cabrera au violoncelle

Pistes des 2 LP :
A1 - Aqua
A2 - Asia
A3 - Macinaaqua Macinaluna
B1 - ...Dal Caos...
B2 - EIN
C1 - Isis
C2 - Cantoantico
D1 - Phaedra
D2 - Harlequin
D3 - Refugees



samedi 2 février 2019

Le coin des vinyles : Banco (Banco del Mutuo Soccorso)






 
Banco del Mutuo Soccorso : Banco (LP, Manticore, MA6-505S1, edit. USA, 1975)


Banco del Mutuo Soccorso encore ! Mais cette fois il s‘agit du LP publié en 1975 à vocation internationale. A l’instar de Premiata Forneria Marconi ou de Le Orme, Banco tente le coup de la version en anglais. Arrivant juste après les trois albums majeurs du groupe (Banco del Mutuo Soccorso, Darwin, Io sono nato libero), il devrait donc présenter les titres principaux chantés en anglais. Bizarrement, ce n’est pas tout à fait le cas. Je m’explique.
D’abord il y a ce nouveau morceau (« L’albero del pane ») chanté en italien. Allez comprendre !
Ensuite, une bonne partie de la Face A est instrumentale comme si le groupe évitait au maximum l’obstacle (le chant en anglais).
Ensuite, le deuxième album (Darwin) est carrément ignoré. Sachant que c’est sans aucun doute la masterpiece du groupe, voilà qui ne manque pas d’étonner. Enfin, tant qu’à faire de choisir un long titre, « l’evoluzione » ou «   La Conquista Della Posizione Eretta » auraient sûrement été encore plus représentatifs du niveau d’excellence des romains que « Metamoforsi ».
Donc, le résultat n’est pas déshonorant pour la musique de Banco del Mutuo Soccorso mais aurait pu (du) être encore meilleur.
Comme toujours avec Banco, la pochette extérieure et intérieure se veut originale avec deux mises en scène amusantes de Francesco di Giacomo.
Voici la track list avec entre parenthèses la correspondance avec les titres d’origine.

Face A :
Chorale (Traccia theme)
L’albero del pano (inédit)
Metamorphisis (Metamorfosi)

Face B :
Oustide (R.I.P.)
Leave me alone (Non mi rompete)
Nothing’s the same (Dopo niente)
Traccia II (Traccia II)