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jeudi 14 mars 2024

Acqua Fragile : Moving Fragments

Quand je parlais l'autre jour (dans l'article concernant le nouvel album de Semiramis) de résurrections récentes de vieux groupes avec des revenants moisis, je faisais allusion, entre autres, à Acqua Fragile et à ce Moving Fragments qui n'apporte rien au schmilblick et qui dessert le nom du groupe plus qu'autre chose. Tout n'est pas mauvais bien sûr ("Black drone", avec David Jackson aux vents, sauve l'honneur) mais il y a beaucoup trop de défauts dans cet album pour le justifier. Je ne détaille pas par pudeur mais disons quand même qu'il y a quelques initiatives que je qualifierais de malheureuses du côté chant. A New Chant sorti en 2017 me semblait plis digne d'intérêt. Et pourtant, j'ai de l'affection pour Bernardo Lanzetti, vous le savez !     

Le groupe : Bernardo Lanzetti (chant, guitare), Stefano Pantaleoni (claviers), Claudio Tuma (guitares), Rossella Volta (chant), Franz Dondi (basse), Piero Canavera (batterie, percussions, voix).

Musiciens invités : Stef Burns (guitare sur 2), Brian Belloni (guitare sur 4), Davide Piombino (guitare 7 cordes sur 5), David Jackson (saxophone et flute sur 6), Gigi Cavalli Cocchi (batterie sur 1 et 6), Sergio Ponti (batterie sur 4 et 9).

La tracklist :

1. Her Shadlows Torture
2. White Horse on Dope
3. Moving Fragments
4. Malo Bravo
5. IA - Intelligenza Artificiale
6. Black Drone
7. DD Danz
8. Il Suono della Voce
9. Limerence Ethereal

vendredi 9 février 2024

Moongarden : Christmas Night 2066

Si vous aimez Genesis, Steve Hackett pour les influences datées, Unitopia et UPF (1), pour ce qui est des références plus récentes, alors cet album vous plaira. Tout cela n'est pas très original. Il y a beaucoup de samplers et une production trop chargée à mon goût mais il y aussi beaucoup de beaux moments et un petit côté métal pour la touche modernité, çà compense !
'1) Oui, je vous le confirme la pochette est bien réalisée par le désormais incontournable Ed Unistky.

Le groupe : Simone Baldini Tosi (chant, violon), David Cremoni (guitares), Dimitri Sardini (guitares),  Cristiano Roversi (claviers, piano, Mellotron), Mirko Tagliasacchi (basses, pédale Taurus), - Mattia Scolfaro (batterie, percussion)

La tracklist :

1. After All
2. The Armageddon Parade
3. God's Will
4. The Power, the Might
5. Remember My Voice
6. Rain of Fire
7. The Forest of Glass
8. Sick Tranquillity in a Desert of Rubble
9. Just You and Me
10. Building a New World
11. After All It's Christmas



jeudi 14 décembre 2023

Ma sélection des meilleurs albums de RPI en 2023 / La mia selezione dei migliori album RPI nel 2023


MMXXIII Quelle belle année pour le rock progressif italien ! Elle est aussi inattendue que magnifique. Car 2023 restera incontestablement une grande cuvée avec des révélations (Tritop, Le Vele di Oniride), des confirmations éclatantes (Andrea Orlando, Homunculus Res, I Viaggi di Madeleine, Mater a Clivis Imperat, Sfaratthons), des valeurs sûres en pleine forme (Antilabé, Il Bacio della Medusa, Sophya Baccini'Aradia, Luca Scherani, Il Cerchio d'Oro, LogoS) et même le retour d'anciens noms mythiques (Franco Mussida, Le Orme).
Cette année 2023 a été prolifique aussi par la quantité, quasiment pas une semaine sans recevoir une nouveauté RPI. J'ai essayé de vous en présenter un maximum en n'écartant que ce qui avait réellement peu ou pas d'intérêt ou qui n'était pas prog ou prog friendly. Alors, à année exceptionnelle, sélection exceptionnelle. Au lieu des 9 voire 12 choix habituels, ce ne sont pas moins de 16 albums (un record donc !) que je vous propose de découvrir (ou de redécouvrir pour les plus assidus d'entre-vous). Une fois de plus, il n'y a pas de classement car c'est tout simplement impossible. Mais comme c'est la coutume ici, un album obtient la distinction suprême, et pour 2023 c'est incontestablement Il Segno del Comando avec Il Domenicano Bianco qui se hisse tout en haut du Mont Olympe. Mais je peux vous affirmer que les albums respectifs d'Andrea Orlando, Mater a Clivis Imperat et Le Vele di Oniride méritaient presque autant cette première place. C'est vous dire la qualité de ce millésime 2023. 
Voici maintenant la liste détaillée de cette sélection. En cliquant sur le nom de chaque album vous accéderez directement à la chronique. 

MMXXIII Che bellissimo anno per il progressive rock italiano! È tanto inaspettato quanto magnifico. Perché 2023 resterà incontestabilmente grande con rivelazioni (Tritop, Le Vele di Oniride), conferme eclatanti (Andrea Orlando, Homunculus Res, I Viaggi di Madeleine, Mater a Clivis Imperat, Sfaratthons), valori sicuri in piena forma (Antilabé, Il Bacio della Medusa, Sophya Baccini'Aradia, Luca Scherani, Il Cerchio d'Oro, logos) e anche il ritorno di antichi nomi mitici (Franco Mussida, Le Orme).
Quest'anno 2023 è stato prolifico anche dalla quantità, quasi non una settimana senza ricevere una novità RPI. Ho provato a presentarvene un massimo scartando solo ciò che aveva realmente poco o nessun interesse o che non era prog o prog friendly. Quindi, anno eccezionale, selezione eccezionale. Invece delle 9 o 12 scelte abituali, vi propongo di scoprire (o riscoprire per i più assidui di voi) non meno di 16 album (un record!). Ancora una volta, non c'è classifica perché è semplicemente impossibile. Ma come è consuetudine qui, un album ottiene la distinzione suprema, e per il 2023 è incontestabilmente Il Segno del Comando con Il Domenicano Bianco che sale in cima al Monte Olimpo. Ma posso dirvi che i rispettivi album di Andrea Orlando, Mater a Clivis Imperat e Le Vele di Oniride meritavano quasi lo stesso primo posto. Questo vi dice la qualità di questo anno 2023.
Ecco ora l'elenco dettagliato di questa selezione. Cliccando sul nome di ogni album accederete direttamente alla cronaca.

Il Segno del Comando : Il Domenicano Bianco
 
Andrea Orlando : La Scienza delle Stagioni
Mater a Clivis Imperat : Carmina Occulta
Le Vele di Oniride : La Quadratura del Cerchio
 
Il Cerchio d'oro : Pangea e le tre lune
Sfaratthons : Odi e Amo
Luca Scherani : Everything's changing
Il Bacio della Medusa : Imilla
LogoS : Bokeh
I Viaggi di Madeleine : Tra Luce e Ombra
Antilabé : Animi Motus
Sophya Baccini' Aradia : Runnin' with the Wolves
 


mercredi 6 décembre 2023

Syndone : DirtyThirty

"Asseyez-vous, installez-vous. C’est l’histoire d’un voyage artistique, d’une parabole de 30 ans.
Écoutez. Immergez-vous. Éliminez toutes les distractions. Laissez la musique vous parler, comme avant. DirtyThirty est l’aboutissement d’une lutte de classes, de l’idéal utopique de ceux qui s’accrochent obstinément à un modèle du monde qui englobe encore la pensée, l’émerveillement et le courage de l’art. Syndone est une vision, un voyage de neuf albums, le désir de laisser une trace dans le monde. Syndone est un métamorphe, un groupe qui a changé de peau et de musiciens sans jamais changer son âme : nager à contre-courant, défier la mode et le déclin (pas seulement musical) d’une époque où vous ne pouvez réussir que si elle plaît aux pouvoirs qui sont en place.
Pourtant, il fut un temps où les albums étaient capables de nous transporter, à commencer par l’artwork des pochettes, de briser les règles, de franchir les frontières, avec tout un ensemble d’atmosphères, de sons et de constructions stylistiques réfléchies, raffinées. C’était le temps du rock progressif; à l’époque, on l’appelait simplement « pop », parce qu’il était populaire. Aujourd’hui, il reste très peu de choses qui sont progressives : il n’y a pas de frisson de découverte, nous ne sommes plus ouverts à l’émerveillement et à l’étonnement. nous ne dévions pas de l’idée d’un être humain de plus en plus standardisé et remplaçable.
Nik Comoglio, le cœur et l’âme musicale de cette histoire, n’a jamais cédé à cette réalité. Épaulé par les talents vocaux et conceptuels de Riccardo Ruggeri, le claviériste et compositeur basé à Turin a vraiment réussi à imposer sa marque de fabrique. Syndone, avec son rock érudit, impeccable, aussi violent et énergique que mélancolique et orchestral, est un défi, un contrepoint, un doigt du milieu levé à la stratégie sournoise de la narcose collective sagement tombée d’en haut dans le Kali Yuga de la civilisation occidentale. C'est une  antidote.
DirtyThirty
est son couronnement, le (peut-être) dernier chapitre. Savourez-le comme un bon vin, à petites gorgées, et n’oubliez pas de rester humain."

Ma foi cette déclaration sent un peu le sapin comme on dit chez nous. En attendant la première piste, "DirtyThirty", se révèle une entrée en matière sublime avec un Riccardo Ruggeri, dont la voix si prenante, est ici carrément émouvante de lyrisme contenu. Le très direct "Fight club" étonne un peu par son côté glam/hard. Le contraste est évidemment saisissant avec la pièce romantique "The Angel" traversée il est vrai par un grain de folie, "Il fiele e il limite", sur lequel raisonne pour la première fois le vibraphone de Marta Caldera. Plongée ensuite dans le jazz funky de "Valdrada's Screen" : réussir à groover d'aussi belle manière avec un accordéon en arrière plan est quand même une exploit à souligner, sans même parler de l'orgue d'église qui s'invite pour un improbable intermède. "I spit on my virtue" reprend les affaires là où "Fight club" les avait laissées avec un résultat assez proche. Toujours dans un esprit très rock, "I only ask for a super glue" me paraît un cran au-dessus avec des chorus d'orgue Hammond et une ligne de chant assez convenus mais hyper efficaces. "Mary Ann" accroche l'auditeur par son style comédie musicale à l'américaine mais là on est clairement dans le haut de gamme et surtout la digression centrale est un pur délice, la présence de l'orchestre symphonique s'intégrant parfaitement à l'ensemble. La ballade "René" interprétée à la guitare acoustique, s'écoule gentiment avant de basculer sur une séquence incroyablement dense et lourde sur laquelle Riccardo Ruggeri émet une série de vocalises habitées qui évoquent par moments Demetrio Stratos. Retour au rock  avec "God’s will". Le tempo quasi primaire impulse un rythme martial à ce titre qui résonne comme un exutoire. Les claviers sonnent assez datés (années quatre vingt pour être précis) mais çà passe car c'est dans l'esprit du morceau. Le jazzy "Thousand times I cried" dégage un charme incroyable. Les variations jouées par les deux claviéristes, accompagnés de Marta au vibraphone, sont autant de petites perles qu'il est bon de retrouver à plusieurs reprises tout au long du morceau. "So long evrybody" est une pièce que l'on peut qualifier, sans l'ombre d'une hésitation, de classique. Ce que l'on prendra pour un prélude, exécutée d'abord largo puis en adagio, se déploie gracieusement, amplement, portée d'abord par un piano puis par l'ensemble orchestrale mené de main de maître par Francesco Zago. "Evelyn" constitue une suite logique avec à nouveau une lutherie en partie classique (comprenant aussi une clarinette) mise au service cette fois d'une chanson qui pourrait s'apparenter à une complainte s'il n'y avait ce final sautillant venant soudainement changer l'ambiance du morceau et constituant une fin plutôt joyeuse. 

Pour fêter ses trente années d'existence les Turinois s'offrent un album sur lequel ils font, eux-mêmes, des relectures de leurs propres titres (je vous ai mis en dessous les précisions concernant les titres et albums d'origine). Le résultat est assez imparable : Syndone fait du Syndone, toujours aussi bien avec toujours ce style distinctif apparenté au rock baroque qui est à prendre ici dans le meilleur sens du terme. Au-delà de la qualité de l'écriture et du niveau des musiciens, la musique proposée par Syndone est toujours d'une grande richesse dans l'agglomération de de différents styles. Compte-tenu de l'étonnante présentation de cet album par le groupe (que vous avez pu lire en tête d'article), reste maintenant à savoir si nous avons affaire à un chant du cygne ou bien à une simple pause. A titre personnel, j'espère évidemment que Nick Comoglio et son groupe nous proposera encore d'autres beaux albums à l’avenir. Dans tous les cas, Syndone aura fêté dignement ses 30 années d'existence 🎂 !

 

 

Syndone, line up :
Nik Comoglio : compositions, orchestrations, orgue Hammond, Juno, Moog, Mellotron, claviers
Riccardo Ruggeri : compositions, chant
Marta Caldara : vibraphone, marimba, claviers
Gigi Rivetti : piano, orgue Hammond, Moog, accordéon
Simone Rubinato : basse, basse fretless, basse baritone, guitare 
Ciro Iavarone, batterie, percussions
Invités :
Tony de Gruttola : guitare électrique guitare acoustique (sur “DirtyThirty”)
Andrea Carbone : guitare électrique (sur “Mary Ann”)
Pino Russo : guitare classique (sur “René”)
Gianluca Cagnani : organ pipe (sur “Valdrada’s screen”)
Kaori Tsutsui : clarinette en Bb (sur “Evelyn”)
Rebecca Onyeji : chœurs
Charlie Poma : chœurs
String Trio (sur “I spit on my virtue”) avec Valerio Iaccio (violon), Roberto D’Auria (violon), Michelangiolo Mafucci (violoncelle)
Orchestre Symphonique de Budapest dirigé par Francesco Zago
 
La tracklist :
1. DirtyThirty
2. Fight Club
3. The Angel incluant “Il fiele e il limite” de l'album La bella è la bestia (2012)
4. Valdrada’s Screen  restyling du titre “Spleen” de l’album Spleen (1992)
5. I spit on my virtue
6. I only ask for a super glue incluant le titre “Eros & Thanatos” de l'album Odysséas ('2014)
7. Mary Ann  restyling du titre “Marianne” de l'album Spleen '1992)
8. René restyling du titre “Magritte” de l'album Melapesante (2010)
9. God’s will restyling du titre “Inca” de album Inca (1993)
10. Thousand times I cried restyling du titre “Proverbi” de l'album Inca (1993)
11. Evelyn Japanese version version traduite du titre “Evelyn” de l'album Mysoginia (2018)
12. So long everybody – the time has come and I must leave you restyling du titre “Penelope” (version pour orchestre) de l'album Odysséas (2014)

 

 

 

samedi 25 novembre 2023

PFM : The Event - Live in Lugano 2022

Circonspect j'étais. Comment voulez-vous que j'aborde un disque live de Premiata Forneria Marconi enregistré avec une équipe pour le moins originale. En effet, si les fans de la PFM ont intégré, et accepté, depuis longtemps la présence de Luca Zabbini pourtant toujours crédité en tant qu'invité. Comment faut-il comprendre l'apparition inattendue de Matteo Mancuso, qui est, pour l'occasion, le remplaçant du remplaçant de Franco Mussida. La proposition est d'autant plus surprenante que la PFM n'a jamais sorti d'album live avec ses collaborateurs actuels et que la dernière production live date de 2014. Elle consistait en une reproduction fidèle des cinq premiers albums du groupe lors d'une série de concerts donnés au Japon (coffret Il Suono del Tempo - Aerostella - 2015) . Déconcertant, isnt-it ?
Après avoir obtenu quelques précisions, je comprends qu Marco Sfogli n'était pas disponible pour cette date de concert le 27 août 2022 au Estival Jazz Festival de Lugano. Je comprends aussi que le management du groupe a décidé de lancer sous son label Aerostella, une série de sorties discographiques des prestations live du groupe, comme cela se fait beaucoup maintenant. Ce Live Event à Lugano en est donc le premier volet. L'évènement a justement été choisi en raison de la présence du jeune Matteo Mancuso, étoile montante parmi les guitaristes orientés jazz en Italie. Au passage, il a donc fallu que Mancuso apprenne en un temps record les parties de guitares, parfois complexes, des différents morceaux joués ce soir là. 
Voilà qui éclairci pas mal les choses. Nous pouvons donc passer à la musique avec l'édition double LP vinyle pour l'occasion. 
 
 
En regardant attentivement la set-list, on se rend compte que le groupe respecte un équilibre intéressant entre les morceaux des différentes époques. Le nouvel album Ho Sogno Pecore Elettrica est ainsi présent avec trois titres dont les deux gros instrumentaux "Mondi  Paralleli" et "Transumanza Jam". L'incontournable "Quartiere 8 " est de la partie. Il a la lourde charge de représenter la période années quatre vingt avec son fameux cri de guerre "Vaï Dzivas" et surtout avec une belle performance de Mancuso à la guitare électrique. Le plus récent et magistral instrumental "Cyber Alpha," tiré de Stati di Immaginazione, permet, là aussi, à Mancuso de se mettre en avant et de montrer toute l'étendue de son talent et de son feeling car sur un morceau comme çà, çà ne pardonne, soit tu passes, soit tu casses !
Il faut souligner que l'intérêt de cette prestation réside aussi dans le fait que, compte-tenu de la configuration particulière du groupe, une place plus importante que d'habitude est laissée à des développements qui prennent principalement la forme de dialogues entre les instrumentistes. Et il faut reconnaître qu'avec des techniciens du calibre de Luca Zabbini et de Matteo Mancuso, le niveau est élevé. De manière plus générale, on remarque que les musiciens prennent plaisir à ne pas juste reproduire les versions studios des morceaux et proposent des relectures partielles de certains titres y compris pour ce qui concerne les grands classiques du groupe, comme "La Carrozza Di Hans" (qui s'y prête assez bien, c'est vrai), "Photos of Ghost" (avec un vrai festival instrumental qui concerne le piano et le violon) et "Impressioni Di Settembre" joué d'abord de manière fidèle voire un rien solennelle avant d'être repris en fin de concert, après "Celebration", sur un mode grand final tout à fait seyant. On se dit même que "Mr 9 till 5" aurait pu être l'occasion de renouer avec une longue jam dans l'esprit de ce que faisait le groupe dans les années soixante dix, mais on se contentera de ce que l'on entend, qui est déjà très satisfaisant. On note enfin que la séquence "musique classique", qui dure six minutes, fait toujours son petit effet en offrant au public un enchaînement somptueux des pièces "La danza dei cavalieri", "Il potere dell'amore" et "Gli amanti di Verona" tirés du Roméo et Juliette de Prokoviev, alors que l'on trouve, un peu plus loin dans la set-list, la "Violin Jam" de Lucio Fabbri lancée par la basse de Djivas, qui précède l'ouverture débridée du Guillaume Tell de Rossini toujours aussi efficace.
A l'évidence, l'idée de capter et de présenter ce concert unique était excellente. La performance est autant emballante qu'irréprochable. Et il paraît juste d'insister sur la prestation de Matteo Mancuso qui donne l'impression d'être totalement dans son élément avec le matériel de la PFM. Pour rappel, Mancuso a eu une journée pour apprendre ses parties et être prêt. Alors, certes la voix de Franz faiblit un peu par moments. Mais comment reprocher cela à un musicien de soixante-dix-sept ans, qui continue encore et toujours de se démener comme un beau diable sur scène entre sa batterie et son micro pendant pratiquement deux heures. Le rendu sonore est très bon et très propre avec une source audio prise au soundboard qui aurait méritée un mixage studio postérieur plus osé pour en améliorer la dynamique (il y a également un enregistrement micro d'ambiance pour capter les réactions du public). Si l'on ajoute à cela la couverture pour le moins minimaliste, cet album peut être considéré comme une sorte de bootleg amélioré ou haut de gamme si vous préférez.
The Event - Live in Lugano me paraît donc une offre de choix pour les nombreux fans de la PFM qui continuent à assister par centaines aux  concerts que le groupe assure toujours en Italie., un groupe qui, après plus de cinquante ans à arpenter les scènes du monde entier, est encore capable de proposer chaque soir, un concert différent. Respect.

Info de dernière minute : The Event - Live in Lugano a été distingué par le magazine italien Panorama qui le classe dans les vingt meilleurs albums de 2023 aux côté des productions de Baustelle, Calibro 35, Ligabue, Lucio Corsi (très bon ce jeune homme au passage) et des inévitables Maneskin.

Les musiciens : Franz Di Cioccio (chant, batterie), Patrick Djivas (basse), Lucio Fabbri (violon, claviers, chœurs), , Alessandro Scaglione (piano,moog, chœurs), Eugenio Mori (batterie).
Invités : Luca Zabbini (orgue Hammond, chant, chœurs), Matteo Mancuso (guitare acoustique, guitare électrique)


La tracklist :

LP 1, face A
1. Mondi paralleli (3:04)
2. Il respiro del tempo (6:23)
3. Transumanza jam (3:22)
4. Impressioni di settembre (6:31)

LP1, face B
1. Il banchetto (5:32)
2. La carrozza di Hans (7:00)
3. Photos of ghost (6:44)

LP2, face A
1. Quartiere 8 (6:24)
2. Cyber alpha (5:24)
3. Harlequin (8:21)

LP2, face B
1. La danza dei cavalieri / Il potere dell'amore / Gli amanti di Verona (6:05)
2. Mr 9 till 5 (5:12)

LP2, face B
1. Violin jam (2:54)
2. Ouverture William Tell (1:45)
3. Celebration (3:36)
4. Impressioni di settembre (reprise) (1:22)

mercredi 22 novembre 2023

LogoS : Bokeh

 

Avant LogoS, il y avait ...LogoS ! Je m'explique. Nous avons découvert ce groupe de Vérone lors de la sortie en 2014 de leur disque L'enigma della vita alors même que la formation, créée en 1996, avait enregistré deux précédents albums, LogoS en 1999 et Asrava en 2001, qui n'avaient pas réellement bénéficié d'un support physique digne de ce nom (juste un format CDr). Ces deux efforts avaient donc pris, avec le temps, un caractère anecdotique mais c'était sans compter avec la détermination des membres actuels du groupe qui ont trouvé que, moyennant une restauration digne de ce nom, un meilleur sort devait être réservé à ces témoins audio de leurs débuts prometteurs.
Bien sûr le nouveau mixage et le remastering étaient nécessaires pour améliorer notablement la qualité sonore mais l'impression générale est que le niveau technique était déjà très bon dans le groupe à l'époque. A l'écoute, une nette distinction apparait entre les deux albums. Avec les six morceaux de LogoS, on entend les références explicites aux formations mères du prog italien, notamment Le Orme avec les très belles chansons "Arc en Ciel" (1 et 2) et "Sentiero nel prato porta"alors que "Il grande fiume" a le bon goût de mélanger les influences de Banco del Mutuo Soccorso et de le Orme. Au sujet de ce long morceau de dix huit minutes, on entend beaucoup de bonnes idées proposées dans une présentation simple presque dépouillée. Le groupe ferait sûrement mieux aujourd'hui, mais c'est déjà une belle réussite, très séduisante et encourageante pour la suite. On mettra à part "In una nuova Terra ?" qui démontre des dispositions pour un style de musique plus recherchée et plus impétueuse amenant à une succession de climax très...prog. Sûrement le morceau le plus remarquable de ce premier album.
A peine deux ans d'écart séparent Asrava de LogoS et pourtant on entend tout de suite la différence. Certes le côté symphonique du prologue, interprété dans une veine très Wakeman, pourra être mis sur le compte d'un exercice de style habituel pour ce genre d'entrée en matière. Mais dès la piste suivante, "Ezra pound", il est clair que l'on affaire à un groupe qui a ouvert largement le champ de ses influences à commencer par celle, assez étonnante, du King Crimson des années Belew (uniquement pour ce titre) avec la partie de guitare caractéristique en cross picking syncopé que l'on retrouve en début et en fin de piste, ainsi que celle, plus surprenante encore des Talking Heads pour ce qui concerne l'étonnant passage sur lequel la basse semble s'émanciper totalement dans un périlleux exercice à la pédale wah-wah. Tout cela reste malgré tout plutôt diffus et bien assimilé. Ce qui émerge par contre nettement est le travail réalisé sur les rythmiques avec notamment des parties de batterie beaucoup plus élaborées à l'instar du très rock "99" ou de l'efficace "Asrava" qui lorgne vers le jazz fusion. Le côté chanson n'est pas complètement oublié mais l'influence de Le Orme est désormais derrière le groupe ("La leggerezza dellà liberta", "Epilogo"). Bardé de samplers efficaces, orné d'une mélodie imparable et fonctionnant sur des parties rythmiques moins complexes que ce que l'on peut entendre dans le reste de l'album, "Terra incognita" me semble être le morceau le plus proche, au niveau stylistique, de ce que le groupe produira lors de sa véritable entrée (réussie) dans l'arène prog avec L'enigma della vita en 2014. C'est aussi, à mon avis, de loin, le titre le plus réussi d'Asrava qui se termine par un épilogue romantique beau à pleurer
Les membres du groupe LogoS savaient ce qu'ils faisaient quand ils ont décidé de donner une chance à leurs deux premiers témoignages audio au point de les regrouper pour les hisser au rang d'un album officiel. Ils avaient à l'évidence confiance dans les treize pièces composées et enregistrées il y a plus de vingt ans. Le résultat démontre qu'ils ne se sont pas trompés. Où comment faire du neuf avec du (bon) vieux ! 

Les musiciens : Luca Zerman (claviers, chant), Fabio Gaspari (basse, guitares, flûte, chant), Massimo Maoli (guitares), Alessandro Perbellini (batterie, chant)

La tracklist :

CD 1 : Logos 

  1. Il grande fiume
  2. Arc en ciel
  3. Sentiero nel prato porta 
  4. Un giorno 
  5. In una nuova Terra ?
  6. Arc en ciel 2

CD 2 : Asrava

  1. Prologo
  2. Ezra pound
  3. '99 
  4. La leggerezza dellà liberta 
  5. Asrava 
  6. Terra incognita 
  7. Epilogo  

Le lien bandcamp du groupe LogoS

samedi 18 novembre 2023

Mater a Clivis Imperat : Carmina Occulta

 
Alors que l'écoute répétée d'Atrox Locus, le premier album de Mater a Clivis Imperat est tout juste digérée, revoilà notre violoniste, incarnation moderne de Paganini, entouré de ses déesses libidineuses. Enzo Sciotti, le graphiste auteur de la première couverture est hélas décédé mais Emanuele Tagliatti a dignement pris le relais pour proposer une nouvelle illustration absolument et totalement machiste dont le caractère désormais transgressif la rend encore plus jouissive ! 
Alors que Atrox Locus avait été le fruit tardif d'une longue gestation commencée en 2008 à la création du groupe (vous avez le détail de l'histoire ici), Samael von Martin avait enchaîné très vite ensuite sur un deuxième album et très tôt des démos avaient été enregistrées dont j'avais pu écouter quelques extraits prometteurs. 
Avec Atrox Locus, Mater a Clivis Imperat  avait  dealé avec le nocher Charon pour franchir sans encombre le Styx et s'approcher de l'entrée des Enfers. Nous en étions resté là avec cette œuvre qui sentait déjà bien le souffre. Mais avec Carmina Occulta, Mater a Clivis Imperat nous entraîne aux tréfonds de l'Hadès. Attendez vous à rencontrer des ombres désespérées qui errent hagardes. Tout au long des dix neuf pistes de cet album, je n'entends que lamentations et litanies mises en scène de différentes manières et sous différents tons. Et c'est bien là que réside la puissance de cet album.  Car il ne suffit pas de faire dans le sulfureux lourdingue pour s'afficher satanique.
Dans Carmina Occulta, vous avez des variations d'ambiances quasi infinies. Pas un morceau ne ressemble à un autre. D'un côté, les gammes et les modes utilisées, de l'autre, les arrangements et surtout les bruitages sont à ce point présents et importants pour la cohérence de l’ensemble, qu'ils en prennent un caractère quasi diégétiques. On entend ainsi, en fait, simultanément deux sources audio consistant en une partition musicale sur laquelle est plaquée une bande d'effets sonores. Régulièrement ces deux canaux sont accompagnés d'une partie narrative. L'effet est saisissant de par sa cohérence et de par sa  force évocatrice, "Melicum Brevius (Fanfara funebre)" et surtout "Sabba" en sont sans aucun doute les meilleurs exemples. 
Loin de se complaire dans le lamento et le contemplatif, l'album a ses (nombreux) moments de fièvre hard et autant de montées en puissance soudaines font comprendre à l'auditeur qu'il est face à une créature animée qui peut se déchaîner à tout moment. Car si l'on peut considérer que le très rock "Sub insidiosam ruinam genero" et "Liturgica" sont pris chacun sur un tempo appuyé, il faut se rendre à l'évidence,  "Chori Tragici" et "Diaboli malleus" sont nettement plus mouvementés. Je ne parle même pas de "Tragica operetta" qui, une fois lancé, se révèle être un missile supersonique. Quel esprit dérangé a pu imaginer pareil délire ?
Pour réaliser ce travail démentiel, Samael von Martin a eu l'intelligence de s'entourer d'une équipe de collaborateurs solides et a notamment fait appel à Elisa Montaldo qui apporte tout son savoir-faire, immense, dans les illustrations sonores, en plus bien sûr de ses rôles d’interprète au chant, au piano et sur sa lutherie asiatique qu'elle peut exploiter ici dans une dimension inédite ("Edoardo II - S.D. recuperatio)". Ses contributions sont régulièrement décisives jusqu'à magnifier certaines pièces comme l'ensorcelant "Anima errantes" ou le démoniaque  "Sub insidiosam ruinam genero" dont l'ambiance surnaturelle ne manquera pas de vous obséder. Elle est également la compositrice et la seule exécutante de l'ambient "Peste 1347/ 2019".
On peut parler longtemps de ce disque en évoquant ses évidents penchants epic doom, dark prog et heavy rock, "Anima errantes" étant d'ailleurs au passage une belle synthèse de ces styles, mais la vérité n'est pas là. La vérité est que par le miracle de la création artistique et de l'inspiration mystique, cet album est à appréhender, et surtout à écouter, comme un opéra rock gothique, les interventions lyriques récurrentes de la soprano Elisa Di Marte venant encore renforcer ce ressenti, avec également, et pour corser l'affaire, un libretto en latin.
Seule la dernière piste peut sembler sensiblement décaler par rapport au reste de l'album. Mais il s'agit en fait d'un titre bonus, donc tout s'explique. "Movimento Dadaista Padovano" a été composé et enregistré pour la bande son d'un film I Veneratori di Morte. Bien que l'atmosphère soit incroyablement lourde et sombre, la tension retombe et permet une sortie en douceur, un peu comme quand vous quittez une salle obscure de cinéma après avoir vu un film particulièrement glauque et que la lumière extérieure vous soulage brusquement.  
Plus de cinquante ans après l'avènement de Jacula et d'Antonius Rex, Samael von Martin s'affirme comme le nouveau guide du dark prog ésotérique italien et se positionne ainsi en digne successeur d'un Antonio Bartoccetti.
Similis simite gaudet.

Les musiciens :

Isabella : voix narrative principale et chant
Samuel von Martin : voix, guitares, basse, flûte, luth, percussions et chaînes
Simon Ferètro : guitare, voix sur (7 et 12)
Flavio Porrati : chant (1, 11, 18)
Wally Ache : basse
Danial : basse (1)
Elisa Montaldo : invocations, chant (2, 7, 9, 10, 12, 14, 16, 17), koto électrique, hulusi, flûte bawu en bambou, piano (9)
Vittorio Sabelli : clarinette et clarinette basse
Alessio Saglia : orgue d'église, orgue Hammond, Moog, claviers et orchestrations
Aleister Ventrenero : batterie
Elisa Di Marte : soprano (4, 5, 8, 13)
Nequam : voix narrative masculine
The Nun : chœurs féminins
Natalija Brankoviç : claviers, piano (14), orgue (1),  violon (14, 17)
Domenico Lotito : solo de guitare (12) 

La tracklist :

1 - Ago e filo
2 - Sub insidiosam ruinam genero
3 - Liturgica (…Itaque sit)
4 - Carmina occulta
5 - Strigarum Dominus
6 - Edoardo II - (S.D. recuperatio)
7 - Chori tragici
8 - Codex Diabolicus
9 - Tragica operetta
10 - Peste 1347/ 2019
11 - Sabba
12 - Animi errantes
13 - Noctes ad nendum
14 - Nero segreto (Funestum Drama)
15 - Diaboli malleus
16 - Praesagia pontificia
17 - Melicum Brevius (Fanfara funebre)
18 - Funebris
19 - Movimento Dadaista Padovano (bonus)

Label : Black Widow Records

jeudi 16 novembre 2023

1973 L'Anno Cruciale della Musica raccontato in 73 dischi leggendari


Un livre unique sort le 24 novembre en Italie. 1973, l’année sainte du rock est célébrée à travers 73 présentations très détaillées d’albums incontournables pop, rock, jazz et bien sûr prog ! J’ai l’honneur et surtout le plaisir de faire parti des contributeurs.

Un libro unico. Il 1973, l'anno sacro del rock, viene celebrato attraverso 73 presentazioni estremamente dettagliate di album essenziali di pop, rock, jazz e prog, naturalmente! Sono onorato e felice di essere uno dei collaboratori.

dimanche 12 novembre 2023

Divae Projet : Stratosferico & Others Stories


L'histoire de Divae Project, commencée en 1995 avec l'album devenu depuis mythique Determinazione, se poursuit sous l'impulsion de Guido Bellachioma accompagné désormais du musicien confirmé, Davide Pistoni, les deux se partageant la direction artistique du projet.  La résurrection du nom s'était faite plus de vingt ans après et vous aviez pu bénéficier de ce scoop dans ce blog dès 2017 (article ici) . En 2021, une première réalisation voyait le jour avec la sortie du LP vinyle Stratosferico chroniqué ici. Puis, plus récemment, ont été publiés Prog Will Never Die en juin 2023 (chronique ici) ainsi que le 45 tours "After The War" en hommage à John Wetton. Guido m'avait prévenu, il y avait des morceaux encore à venir. Et voilà, nous y sommes ! Trente minutes de musique en plus, soit six morceaux qui viennent s'ajouter à ceux de l'album initial Stratosferico pour former le CD Stratosferico & Other Stories. 

Voyons donc ce que donne ces six morceaux supplémentaires.
"E la guerra" est un long récitatif assuré par Guido Bellachioma himself avec un fonds sonore à la fois triste, nostalgique et cafardeux. Il faut comprendre que les paroles de Guido évoquent un sujet sérieux hélas, encore et toujours d'actualité : la guerre. On est pris par la voix de Guido qui plus que simplement déclamer ses mots, vit son texte.
"Lampo" est une courte séquence rock et catchy, très typée début des années 80, qui pulse sur une base de prog symphonique simplifiée, exprimée avec ce côté direct et accrocheur que l'on trouvait dans les productions discographiques du Yes de cette période périlleuse pour le rock progressif.
"After the war" est cette chanson sortie récemment en 45 tours, qui était à l'origine sur l’album Astra (1985) du groupe Asia. Elle était la dernière piste de ce troisième album un peu dévalué, à tort ou à raison, d'Asia. Là n'est pas la question de cette chronique. En tout cas "After the war" ressortait nettement comme étant le morceau le plus ambitieux et le plus épique du LP. Cette reprise, bien sûr dédiée à John Wetton, n'est pas une simple copie. Divae Projet a eu la volonté d'en faire une version plus musclée et plus puissante en gommant le côté trop lisse de l'originale, en grande partie liée au formatage d'une production stéréotypée AOR/FM. Question chant, c'est Luca Velletri qui s'y colle apportant une tonalité comédie musicale qu'on pourra apprécier différemment selon ses propres références en la matière.
"La follia che diventa realtà" est basé sur une composition de Gianni Leone (Balletto di Bronzo), déjà enregistrée sous le nom de "Sinfonia" pour un autre projet du label Progressivamente, en l’occurrence pour l'Anthologie 1973 - 2003. Le morceau a été complètement refondu pour le Divae Project. La première partie est chantée, à nouveau par Luca Velleti. Elle semble couler de source avec une forte teneur  mélodique mise volontairement très en avant. Après un solo de guitare qui sert de pont, la seconde partie, complètement instrumentale, démarre. Et nous avons clairement là une signature sonore (autant rythmique qu'harmonique)  typique de Gianni Leone avec d'abord un sax, que l'on sent sur la réserve prêt à exploser, qui prend le lead, le temps d'être rejoint par d'autres intervenants : un violon dont les accents vaguement inquiétants vous rappelleront le jeu de Graham Smith avec Van der Graaf, un piano surexcité (là on se doute d'où vient cette manière de marteler les touches), qui entraîne le sax dans une danse endiablée, et des chœurs latins, s'exprimant en phonèmes, qui terminent définitivement de sataniser la séquence.
Présenter "E la guerra" en version orchestrale est une très bonne idée car la musique dépouillée des paroles, se révèle sous un autre jour, beaucoup moins sombre, beaucoup plus solennelle cette fois, en partie aussi en raison de certains changements dans les arrangements.
"A gift for Keith Emerson " est présenté en quatre mouvements instrumentaux qui racontent la vie hors norme de Keith Emerson, avec d'abord la période des débuts ("The beginning"), celle durant laquelle il démarre avec The Nice, puis l'époque de tous les succès et de tous les superlatifs avec le premier super groupe de l'histoire du rock progressif, Emerson Lake & Palmer ("From The Beginning To The Top"). C'est aussi à ce moment précis (nous sommes en 1970) qu'Emerson réussit l'exploit d'imposer les claviers dans le rock contemporain, et a fortiori dans le prog rock, en leur donnant un rôle égal à celui des guitares électriques. Mais la suite de sa carrière s'assombrit avec la découverte très tôt (en 1990) d'une maladie qui limite fortement l'usage de son bras droit. Emerson s'accroche alors pendant plusieurs années et tente de compenser ce handicap mais les symptômes s'aggravent inexorablement  jusqu’à l'immobilité totale du bras et des doigts. Il sombre alors dans une lourde dépression  (" From The Top To The Hell"). Le dernier mouvement ("Goodbye life") décrit une fin de vie tragique. En même temps qu'il repense à ses débuts, il sent, il sait, que qu'il n'a plus aucun avenir en tant que musicien et qu'il va  donc devoir en finir car sa musique est plus importante que sa vie elle-même. Après la dernière note, on entend le couvercle du piano qui se referme, le symbole d'un linceul qui vient recouvrir définitivement  les touches magiques noires et blanches de son instrument de prédilection. Bien évidemment, les 8 minutes 37 de cette suite sonnent à la manière de Keith Emerson et il faut reconnaître que le travail fourni par Davide Pistoni est remarquable. Il offre ainsi un hommage aussi respectueux que réussi à l'illustre claviériste anglais.
L'album Stratosferico est donc désormais complet avec ces six morceaux supplémentaires et vous pouvez le trouver et l'acheter en version CD ici même !

Voici la liste de musiciens impliqués dans ce projet :
 
Demetrio Stratos (voix sur 1), Davide Pistoni (piano, claviers, synthés, effets, orchestration), Giulio Capiozzo (batterie sur 2), Gianni Nocenzi (piano sur 3), Lino Vairetti (chant et harmonica sur 4 et 5), Gazebo (chants sur 6), Luca Velletri (chant sur 9 et 10), Francesco Isola (batterie sur 4 à 6, 8 à 10 et 12), Fabio Cerrone (guitare sur 4 à 6, 8 à 10, 12) - Lorenzo Trincia (basse sur 9 et 10), Fabio Trentini (basse sur 4, 5, 6), Carlo Maria Micheli (saxophone sur 4 et 10), Paolo Lucini (flûte sur 4 et 5), Enzo Vita (guitare sur 4), Alessandro Costanzo (chant sur 5), Dahl Ah Lee (violon sur 10), Elio Volpini (basse sur 5), Pericle Sponzilli (guitare acoustique sur 4 et 5), Guido Bellachioma (voix sur 7).
 
 
La tracklist du CD Stratosferico & Others Stories :
  1. Stratosferico.
  2. L'Urlo
  3. Rawon 
  4. Introduzione
  5. L'Uomo
  6. L'Amore vincerà di Nuovo
  7. E la guerra
  8. Lampo
  9. After the war
  10. La follia che diventa realtà
  11. E la guerra (version orchestrale)
  12. A gift for Keith Emerson


jeudi 9 novembre 2023

Aether

Les groupes italiens apparentés au rock progressif qui œuvrent dans un créneau post rock ambient ne sont pas légion. si l'on ajoute à cela des influences revendiquées allant de King Crimson et David Torn pour le flan prog à Terje Rypdal, le Kilimanjaro Darkjazz Ensemble (ce qui a de quoi intriguer)  et l'école scandinave ECM (ce qui a de quoi rassurer) pour le flan jazz, alors il apparaît indubitablement que le dénommé Aether est un groupe extra-terrestre composé de quatre musiciens carrément doués (on va en reparler tout de suite).

Pour leur premier album, les Milanais confirment donc leurs orientations musicales affichées mais se comportent surtout comme des vieux routiers. Difficile de croire qu'il s'agit vraiment d'une première œuvre tant les onze pistes instrumentales sont parfaitement construites et surtout très bien exécutées. Même si je suis un peu en dehors de ma zone de confort avec cet album, la récurrence de passages jazzy, n'empêchent pas, bien au contraire, une écoute agréable et attentive pour le fan de prog que je suis (comprenez que je suis moins appètent au jazz). Si je suis naturellement attiré par les moments les plus prog rock de cet album, à l’instar du très réussi "Crimson Fondant" ou encore du crimsonien "Thin air", je suis tout aussi subjugué par les délicates vignettes audio smoothy et planantes que sont "Grey Halo" et "The Bubble I'm Floating", ainsi que par des séquences ambient qui dégagent toutes un sentiment de spleen voire même de malaise, encore renforcé par des incrustations de bruits et de sons exogènes à la manière des illustrations sonores utilisées pour le cinéma d'horreur ("Echo Chamber", "A Yellow Tear in a Blue-Dyed Sky ", "The Shores of Bolinas"). Je mets un peu à part "A Gasp of Wind" qui a la force de ces morceaux dont l’apparente fluidité cache une profondeur de composition aussi discrète que délicate.
Je souligne également que ces musiciens sont vraiment capables de faire décoller un morceau qu'il s'agisse de "Radiance" sur lequel l'orgue Fender Rhodes et la guitare électrique, en son clair, embarquent l'auditeur pour une lente mais inexorable montée en tension accompagnées par un jeu de cymbales subtil, de "Moving away" avec cette fois la guitare électrique en son légèrement saturé, ou de "Pressure" en y imprimant une folie aussi faussement chaotique que réjouissante.
Quoiqu’il en soit, je le redis, tout cela sonne très professionnel avec une musique très bien maîtrisée qui me plaît aussi car elle présente beaucoup de caractéristiques pouvant l'assimiler à une bande son de film. Le mieux est, à mon avis, que vous vous rendiez compte par vous-même de l'excellente qualité de cet album. Voici donc le lien bandcamp du groupe AETHER.

La tracklist :

1. Echo Chamber [02:33]
2. Radiance [04:09]
3. Thin Air [04:15]
4. Grey Halo [02:38]
5. Pressure [04:29]
6. A Gasp of Wind [05:06]
7. A Yellow Tear in a Blue-Dyed Sky [02:58]
8. Moving Away [04:36]
9. The Shores of Bolinas [02:58]
10. Crimson Fondant [05:02]
11. This Bubble I'm Floating In [04:33]

Les musiciens : Andrea Ferrari (guitares, claviers), Andrea Grumelli (basse, Chapman Stick), Andrea Serino (Fender Rhodes, claviers), Matteo Ravelli (batterie)

mercredi 1 novembre 2023

Andrea Orlando : La Scienza delle Stagioni

En 2017, Andrea Orlando nous avait gratifié avec dalla vita autentica d'un premier disque aussi inattendu que remarquable, le musicien génois étant jusque là essentiellement connu pour ses performances de batteur dans divers groupes dont nous allons reparler dans cette chronique. Après une telle réussite, il ne pouvait pas faire moins que remettre le couvert. Cinq ans ont passé, cinq années pendant lesquelles Andrea a travaillé comme un damné sur son album, quasiment jour et nuit. Seul maître d’œuvre de sa création, il aura lui aussi payé le prix de la folie de se lancer dans une telle aventure pour un musicien qui n'a d'autre choix que de devenir un artisan indépendant, obligé de se gérer en totale auto-production, le marché de la musique (y compris progressive) étant devenu une impitoyable machine désincarnée, déshumanisée, acceptant en outre les nouvelles règles malhonnêtes imposées par les plateformes d'écoute (s'il vous plaît boycottez les spotify et consorts).

Je reviens à ce deuxième album d'Andrea Orlando. Est-il nécessaire de rappeler qu'Andrea est un batteur incontournable de la scène génoise qui joue avec des groupes du calibre de Finisterre, La Maschera di Cera ou encore La Coscienza di Zeno.Il est d'ailleurs ici accompagné par une pléiade de musiciens dont beaucoup viennent de Gênes. Il a également fait des choix artistiques tranchées en optant par exemple pour un chant exclusivement féminin incarné par la magnifique Meghe Moschino (Quanah Parker), preuve que le garçon sait exactement ce qu'il veut et où il va.
Avec La Scienza delle Stagioni Andrea évoque ces différentes saisons qui constituent les différents âges de la vie. La photo de couverture présente cette jeune femme, que l'on a du mal à situer dans une époque contemporaine ou ancienne, l'effet noir et blanc rajoutant encore à cette incertitude. Mais, ce qui est sûr c'est que cette fille nous regarde alors qu'elle tient un vieux livre ouvert qu'elle lisait juste avant de lever les yeux vers l'objectif. Nous participons ainsi à cette allégorie du temps qui nous échappe. Cette pochette réalisée et la photo intérieure du livret ainsi que les premières notes égrenées dès "Ancora Luce" nous font imaginer que l'album va être placé sous le signe d'un romantisme extrême. La suite des évènements va rapidement confirmer cette orientation stylistique mais il y a romantisme et romantisme. Celui qu'exprime Andrea est incroyablement dense et vivant, je dois même écrire vibrant pour être au plus près de la réalité. Comment comprendre et apprécier autrement "Il Sogno di Anastasia, pt 1" dont l'introduction enjouée, rythmée en 7/8, laisse place à un univers apaisé dans lequel flotte la voix mélancolique de Meghe Moschino.
Alors bien sûr, à l'écoute de ces morceaux, et ce dès "Ancore Luce", il m'est arrivé à plusieurs reprises de penser à La Coscienza di Zeno et à Il Tempio delle Clessidre mais il n'y a pourtant aucune confusion possible car Andrea a sa propre manière de développer ses thèmes avec toujours beaucoup de délicatesse et avec une manière de prendre son temps qui n'appartient qu'à lui. Les parties instrumentales s'étirent ainsi sans précipitation, apportant même une forme de plénitude auditive. Que la vie semble belle à l'écoute de "Tracce" ! Puisque je vous parle de parties instrumentales, il y a justement deux instrumentaux dans cet album, deux morceaux qui tiennent sacrément bien la route à commencer par "City 40" dont la superbe montée en puissance se révèle d'autant plus irrésistible que cette cavalcade symphonique se poursuit pendant plusieurs minutes à la manière de ...La Maschera di Cera ! On jurerait d'ailleurs que Fabio Zuffanti est à la basse ce qui n'est pas le cas puisque c'est l'efficace Pietro Martinelli qui assure aussi sur ce morceau, le même Pietro Martinelli qui officiait sur Autumnsymphony d'Höstsonaten ! Plus surprenant encore est  "Il Sogno di Anastasia, pt 2" dont l'entame classique est loin de laisser entrevoir la suite qui va rapidement se muer en un prog symphonique de haut vol avec des changements de rythmes et de couleurs condensés sur à peine sept minutes. Je vous promet que ce titre a une classe folle.
Je reprends les mots de romantisme et de symphonisme, j'y ajoute celui de nostalgie et vous avez ainsi tous les ingrédients puissants qui qualifient la très belle "Stagione Lontana". Les cordes modélisées du Mellotron y déploient une ambiance feutrée entre ombre et lumière, le piano de Boris Valle indique la direction mélodique, Meghe Moschino pose sa voix envoutante d'humanité et l'on reconnaît le toucher unique et délicat de Laura Marsano à la guitare électrique. Laura fait partie de ses guitaristes dont toutes les notes jouées dans un chorus sont autant de syllabes d'un phasé qui sonne comme incroyablement humain. Elle est ici à son zenith en la matière.Il flotte en outre sur ce titre un parfum indéfinissable de "The court of the Crimson King" sans doute à cause de la manière d'utiliser le Mellotron mais aussi du fait de la lointaine parenté d'une partie de la ligne mélodique jouée par Laura Marsano lors de ses différentes interventions à la guitare lead. Mais cela cela suffit à créer le mirage.
L'album termine par "La Strada di Ritorno"qui prend la forme d'une suite construite sur un même thème interprété sur plusieurs modes et habillé avec différents arrangements. Nous avons ainsi une première et une troisième parties qui sont présentées sur un mode adagio alors que la deuxième est portée par un beat rock soutenu. Quant à son final il est aussi majestueux que somptueux avec cette magnifique pavane entre la guitare électrique de Laura Marsano et le cor anglais. 

Écrire, pour finir cette chronique, qu'Andrea Orlando confirme avec ce deuxième album l'excellence constatée avec dalla vita autentica est un euphémisme. La vérité est qu'Andrea s'affirme comme un compositeur et créateur à part entière de l'école du prog génois. Ce n'est pas un mince compliment quand on connaît la richesse et la vitalité du rock progressif provenant de la grande cité ligurienne, Genova la Superbe ! En tout cas, ce disque m'a donné beaucoup de bonheur. Je vous en souhaite autant.

Les Musiciens : Andrea Orlando (batterie, glockenspiel, orgue, piano électrique, synthés, Mellotron, Harpsichord), Meghe Moschino (chant sur 1 à 3, 5, 7), Stefano Marelli (guitares électrique et acoustique sur 1 à 4, 6, 7), Laura Marsano (guitare sur 2, 4, 5, 7), Matteo Nahum (guitare électrique sur 3), Pierenzo Alessandria (guitare électrique sur 6), Pietro Martinelli (basse et contrebasse sauf 5), Fabio Zuffanti (basse sur 5), Luca Scherani (piano sur 1, 3, 4, 7), Agostino Macor (Moog sur 1, 4, 7), Boris Valle (piano sur 5), Valeria Trofa (cor anglais sur 2, 7), Marco Mascia (violon sur 4, 7), Kim Schiffo (violoncelle sur 7), Christian Budeanu (violon alto sur 7), Carlo Oneto (cor français sur 7)


La tracklist :

  1. Ancora Luce
  2. Tracce
  3. Il Sogno di Anastasia (parte prima)
  4. City 40
  5. Stagione Lontana
  6. Il Sogno di Anastasia (parte seconda)
  7. La Strada del Ritorno
     

Le bandcamp d'Andrea (vous avez juste à cliquer sur le lien surligné)


mardi 31 octobre 2023

Mater a Clivis Imperat : Carmina Occulta (annonce/annuncio)


FR : ce 31 octobre 2023, en ce jour de Samhain (quelle coïncidence !), le deuxième album de Mater à Clivis Imperat - Carmina Occulta est enfin disponible dans les formats suivants : CD, LP et box Limited LP.
Pour toute information ou commande, écrivez à blackwidow@blackwidow.it .
"Samael von Martin est capable de donner forme musicale à ses « cauchemars » et de créer un univers artistique unique et envoûtant. Je suis heureuse d’en faire partie et d’avoir apporté ma contribution. Depuis l’époque de mon projet Le Temple des Sabliers, j’ai toujours essayé d’exprimer et d’interpréter l’obscurité. Dans l’obscurité se trouve souvent la lumière de la beauté" (Elisa Montaldo).

IT : Oggi 31 ottobre 2023, in questo giorno di Samhain (che coincidenza!), è disponibile il secondo lavoro dei Mater a Clivis Imperat - carmina Occulta nei seguenti formati : cd , lp e box Limited lp . Per informazioni o ordini scrivete a blackwidow@blackwidow.it .
"Samael von Martin è capace di dare forma musicale ai propri « incubi » e creare un universo artistico unico e ammaliante. Sono contenta di farne parte e aver dato il mio apporto. Fin dai tempi del mio progetto Il Tempio delle Clessidre ho sempre cercato di esprimere e interpretare l’oscurità. Nell’oscurità si trova spesso la luce della bellezza" (Elisa Montaldo).

lundi 23 octobre 2023

Le Orme ...and friends !


Bien, évacuons tout de suite l'histoire du coffret 3 CD. Le 2ème CD appelé "friends" (qui correspond au 2ème vinyle) présente une partie de titres (5) composés par Tony Pagliuca et une autre avec des versions plus ou moins anciennes de chansons (5) sur lesquelles on trouve des membres qui ont joué dans Le Orme (Tony Pagliuca, Tolo Marton, Francesco Sartori, Jimmy Spilateri) avec des exécutants variés. Bon à la rigueur pourquoi pas, il y a plusieurs titres sympas comme "Partire", "La mia Musica" (une chute de la via della seta ?), "The waiting" et surtout "Al mito orme", mais franchement l'intérêt de certains morceaux  dans un coffret estampillé Le Orme me paraît limité ("Prologo", "Valzette") voire hors sujet ("L'indeciso", "Adamo dove sei", "Fly fly my friends", "If I could go back"). Le 3ème CD (pas d'équivalent en vinyle cette fois) contient des titres de formations "amies". A part le fait que pour une bonne partie, ce sont des musiciens que j'apprécie, je ne vois carrément pas le rapport puisqu'il ne s'agit pas de chansons de Le Orme interprétées par ces groupes mais bien de morceaux apportés par eux et déjà connus de surcroît. Ah si, il y a un rapport ! Ce sont tous des groupes de l'écurie Ma.Ra.Cash. J'espère que vous suivez toujours car moi je m'y perds un peu. Nous en arrivons donc au CD 1 (ou au 1er vinyle) qui s'intitule Il Leone e la Bandiera. De là à en conclure qu'il s'agit de l'album principal, il n'y a pas de doute ! De là à supputer que le coffret 3 CD ou sa version double vinyle édition limitée ne sont que les deux facettes d'une opération marketing destinée à vendre le produit plus cher (28 euros pour le coffret 3 CD, 60 euros pour le double vinyle), il n' y a qu'un pas. A vous de juger. Moi je vais me concentrer sur l'histoire du drapeau de Venise qui arbore fièrement le Lion de la place Saint Marc symbole de la puissance et du rayonnement de la république vénitienne. 

L'écoute d'Il Leone e la Bandiera. démarre par une ouverture qui rassure sur la direction prise. C'est bien le son Le Orme que l'on entend et je dois avouer que cette introduction est plutôt dynamique. "Acqua di luna" permet de faire connaissance avec Luca Sparagna, le nouveau frontman du groupe. Sa voix est effectivement très proche de celle d'Aldo avec par contre moins de puissance. Mais la ressemblance reste troublante. Le morceau est beau et n'a clairement rien à envier aux chansons pop écrites par Aldo. "Ferro e fuoco" démarre sur un intrigant chorus d'orgue Hammond, la section rythmique entre rapidement en action et le groupe déroule ensuite jusqu'au chant de Luca qui passe en mode rocker. Étonnant mais très réussi. Les arabesques jouées au synthé par Michele Bon sont du pur Le Orme. Le Orme dans un exercice de hard swinguant, c'est pour le moins réjouissant. "Lucciole di Vetro" est une très belle chanson enlevée, sûrement une des perles de cet album qui peut sans honte rejoindre les grandes compositions romantiques d'Aldo. "L'alba della Partenza" est un croisement réussi entre le style Le Orme et celui d'E.L.P.. Il semble que Michele Bon se soit vraiment fait plaisir sur ce morceau. Imperceptiblement, au fil des pistes,  la voix de Luca Sparagna affirme sa personnalité ce qu'il confirme d'ailleurs également sur "Rosa dei Venti" avec sa ligne mélodique sublime reprise en fin de morceau par un chœur mixte le transformant en hymne. L'album se termine par l'énorme instrumental "Caigo" construit en forme de happening, titre dans lequel on distingue facilement la patte de Michele Bon qui rappelle ce qu'il avait apporté au groupe pour les albums Elementi et L'infinito. J'en profite pour décerner une mention spéciale à Luca Sparagna qui assure comme un chef et pas seulement sur cet album car pour l'avoir entendu en concert il fait vraiment le job avec classe. Et Dieu sait que remplacer dignement Aldo Tagliapietra à la fois à la guitare, à la basse et surtout au chant n'est pas un rôle facile. Luca Sparagna, lui, se hisse au niveau de son illustre prédécesseur sans problème !

Ce nouvel album de Le Orme est en fait excellent. Le meilleur pour moi depuis le départ d'Aldo en 2008, çà ne fait aucun doute car si La Via della seta (2011) était également très bon, il ne présentait pas le même niveau d’homogénéité que ce Il Leone e la Bandiera qui, en outre, n'a pas de moments faibles. Je ressens même une forme de régénération avec le sang neuf apporté par Luca Sparagna qui est, désolé de me répéter, la très belle surprise de ce disque. L'homme du match en quelque sorte ! Cet album se suffisait donc à lui-même. Alors quel besoin y avait-il de rajouter ces autres titres, franchement ?   

CD 1 : Il Leone e la Bandiera

1. Ouverture
2. Acqua di Luna
3. Ferro e Fuoco
4. Lucciole di Vetro
5. L'alba della Partenza
6. Rosa dei Venti
7. Caigo

CD 2 : Friends

(feat. Tony Pagliuca)
1. L'Indeciso
2. Partire
3. Adamo Dove Sei
4. Prologo
5. Fly Fly My Friends

(feat. Tolo Marton, Jimmy Spilateri, Francesco Sartori)
6. The Waiting
7. If I Could Go Back
8. Valzette
9. La mia Musica
10. Al Mito Orme

CD 3 : Ma.Ra.Cash team

1. Il Mio Capitano (The Trip)
2. Prog Garden Medley (Osanna)
3. The Mask (Mangala Vallis)
4. 21.12.12 (Mangala Vallis)
5. Tango Zoppo (Divae Project)
6. La Città Sotile (Divae Project + Gianni Nocenzi)
7. Just You and Me (Moongarden)
8. Lava Bollente
9. E Nata Una Stella (Sezione Frenante)
10. Sleeping Sand, Silent Cloud (Monkey Diet)
11. Salto nel Buio (Le folli arie)
12. Sirima (Tal Neunder)


jeudi 19 octobre 2023

Marco Leodori : Anima Naif (album + interview FR)


Mais qui est ce Marco Leodori qui nous propose cet album sorti de nulle part avec une aussi belle pochette et ses treize morceaux magnifiques faits d'un mélange de rock FM 24 carats et de prog classieux (je pense ici tout particulièrement aux trois instrumentaux et aux deux chansons interprétées en italien) ?
Le plus simple était  de poser quelques questions à Marco. Vous en saurez ainsi plus sur lui et sur sa musique en deuxième partie de cet article. 
En attendant, je peux déjà vous affirmer que vous pouvez écouter ce disque les yeux fermés (lien YT ici). Il a été fait avec le cœur, cela se sent, ou plutôt s'entend. Accessoirement, cet album est vraiment très bien foutu avec une succession de morceaux mélodiques, parfaitement arrangés, qui font mouche à chaque fois. Il me rappelle un peu, dans son ton d'ensemble (notamment pour les références aux années 80), celui du récent Planetarium de The Waking Sleeper Band que j'ai commenté il y a quelques jours dans ce même blog. En tout cas, avec Anima Naif on sent une grande expérience de musicien et un vrai savoir-faire. Étonnant pour quelqu'un qui a soixante deux ans et dont c'est le premier album. Je sais ! Mais heureusement qu'il arrive encore ce genre de petit miracle parce que c'est ce qui donne un sens à notre quête musicale à tous. 
 

La tracklist : 

  1. Empty blue skies
  2. A winter day dream
  3. Lonesome man
  4. Legends
  5. Guardando le stelle
  6. Look at your heart
  7. Come un gabbiano
  8. Unity
  9. La sorgente
  10. In the king's name
  11. Only one day
  12. Genesi
  13. Dream is over
 
Voici la liste des musiciens qui interviennent sur cet album. Vous pourrez constater que le monsieur a quelques relations dans le milieu du prog italien !
 
Alessandro Carmassi (Swappers Eleven, Neverland) : chant (1, 8, 13)
Alessandro Corvaglia (Quasar, La Maschera di Cera, Delirium) : chant (2, 3, 13)
Andrea Amici (Leviathan) : claviers (5)
Carlo Matteucci (Dancing Knights, Playing the History) : basse (1, 3, 4, 5, 7, 8 à 12)
Claudio Braccio : saxophone (1, 6, 7, 11)
Dario Hakim (Il Giardino Onirico) : ingénieur du son
Emanuele Brignola (6 Suoi Ex, Tiro Mancino, Max Gazzè, Daniele Silvestri) : basse (2,6)
Emanuele Telli (Il Giardino Onirico) : piano, claviers (1, 2, 5, 11)
Federica Leodori (Esordiente) : chant (6, 7, 9, 11)
Filippo Marcheggiani (Banco del Mutuo Soccorso) : guitares (2)
Giovanni Quilici (Naif) : piano, claviers (3 à 7, 10, 12, 13)
Guglielmo Mariotti (Taproban, La Bocca della verità, Fufluns) : basse (13)
Maria Teresa De Donatis : flûte (3, 4, 9, 10 à 12)
Marco Leodori (Naif, Alta Quota, Secret World) : piano, clavier
Massimo Moscatelli (Il Giardino Onirico) : batterie
Mauro Montobbio (Narrow Pass) :guitares, claviers (1 à 6, 8, 11 à 13)
Paolo Carnelli (Ellesmere) : claviers (2)
Roberta Petteruti (Aristocratica) : chant (5)
Stefano Avigliana (Il Giardino Onirico) : guitare (10)
Stefano Vicarelli (La Batteria) : claviers (2, 9)
 

 *** Interview avec Marco Leodori ***
 

Bonjour Marco, on parle de toi et de ton parcours artistique ?

Je suis né à Rome le 28 février 1961. Mon amour pour la musique remonte à mon enfance. À 15 ans, je commence à jouer de la guitare et je prend ensuite des leçons avec  le Maestro Riccardo Martinini. En 1979, je fonde avec Vittorio Lubatti, le groupe Naif et je commence à composer des morceaux intéressants. En 1983, je rejoins Alta Quota, un groupe avec lequel je me produis pour la première fois en public en présentant mes compositions. L’expérience dure deux ans. Entre-temps, je reprends du service avec Naif, qui devient un véritable groupe. S’ensuivent des années de concerts avec aussi la composition de nouvelles chansons en duo avec le pianiste Giovanni Quilici. Dans la seconde moitié des années 80, j'étudie la Théorie Musicale avec le Maître Franco Riva. Les Naifs restent ensemble jusqu’à l’été 1990. Après quoi il y aura une longue pause. En 1994, je rejoins le groupe Secret World, l’un des premiers cover band de Peter Gabriel au monde. Après deux ans, la formation s’arrête et se reforme à la fin de 1999 pour quelques concerts. Je continue ensuite à écrire des morceaux mais sans activité live. Fin 2000, début 2001, des démos sont enregistrées par une nouvelle incarnation de Naif. Mais le résultat n'est pas à la hauteur des espérances, les morceaux envoyés au Japon n'aboutissent pas. Pour revoir Naif en activité, il faudra attendre 2013, quand le groupe, réuni avec de nouveaux membres, jouera en tant que backing band d’Aldo Tagliapietra, jouant deux morceaux avec lui. Après cela, le long chemin pour Anima Naif commencera.

En quel format sort ton album ?

L’album est en numérique, bientôt en CD et peut-être en vinyle, mais ce n’est pas encore sûr. J’aimerais beaucoup, de toute façon.

Pourquoi avoir fait cet album Marco ?

Parce que je ne voulais pas que ma musique reste dans un tiroir. Il y avait un fort désir de la partager et de raconter mon histoire d’artiste.

Je suis l'élaboration de cet album depuis plusieurs années. Je croyais même que tu avais lâché l'affaire. Ça a été long !

Tout a été fait pendant mon temps libre, celui de Dario Hakim, l’ingénieur du son, et des musiciens impliqués. Entre les deux, il y a eu une longue pause pour cause de maladie (j’ai été très malade) et à cause de la pandémie. En tout, je crois que j’ai travaillé sur Anima Naif pendant 9 ans. Mais le projet et plusieurs morceaux remontent au début des années 80.

Tu as composé toute la musique ?

Toute la musique est de moi, ainsi que les textes des versions originales des chansons, puis nous avons traduit deux chansons et les textes anglais ont été écrits par Alessandro Carmassi qui les a également chantés.

Justement, pourquoi le chant en anglais sauf sur deux chansons ?

Parce que l’anglais est une langue plus contractée et plus facile à utiliser en musique. Ensuite, parce que, plus ou moins, tout le monde le comprend.

Il y a plusieurs chanteurs sur cet album ?

Oui, parce que je voulais le chanteur adapté pour chaque chanson. Le projet est réalisé par un soliste. Il n’y a pas de groupe. Je formerai un groupe s'il y a des demandes pour des concerts.On verra alors pour le chanteur.

J'ai le plaisir de constater que l'on retrouve notre ami commun Alessandro Corvaglia chante sur ton album. Quel plaisir de le retrouver ici !

Avec Alessandro, nous sommes frères en musique et au-delà. Nous nous sommes rencontrés il y a de nombreuses années, via Facebook, car nous avions des centre d'intérêts musicaux en commun. Cest le premier chanteur auquel j’ai pensé quand j’ai décidé de poursuivre le projet.

 Que signifie pour toi le titre de l’album ?

C ’est un hommage à mon groupe qui s’appelait Naif, mais c’est aussi que mon âme est vraiment naïve, naïve, colorée et très poétique.

Quelles sont les (groupes et les musiciens qui ont influencé la musique de ton album ?

Il y en a beaucoup. Je dirais la plupart des groupes que j’ai suivis depuis ma jeunesse. Si tu veux vraiment un nom parmi tous ces groupes, c'est Genesis, mais il y en a beaucoup d'autres, même Toto qui a été un peu prog.

Est-ce que c'est volontaire de ta part que les trois instruments (très beaux !) soient les pièces les plus longues ? Est-ce le côté prog de l'album pour contre-balancer les morceaux chantés qui sont les plus accessibles ?

Quand il s’agit de musique instrumentale, je ne me limite pas et mon imagination se déchaîne. De manière libre parce que la musique instrumentale n’a pas les contraintes d’une chanson. Je tiens beaucoup à ces trois morceaux. Surtout à "Genesi" qui, je crois, a été mon sommet créatif (NDT : je confirme !).

J’adore "Guardando le stelle" et "La Sorgente" qui sont les chansons en italien! avec la flûte. Çà marche toujours pour moi quand c’est bien écrit, ce qui est le cas Sinon, il y a de vrais "hits" potentiels sur ton album, comme "Unity" ou "Look at your heart" évidemment.

Oui, "Look at your heart" a un bon rythme et une mélodie accrocheuse. C'est un tube potentiel. Mais nous jouons à part, dans un championnat où il n'y a ni hits ni succès (rires)

Tu vas toujours à des concerts ?

J’en ai vu une infinité. Maintenant, j’ai ralenti à cause du Covid et parce que, comme je te l’ai dit j'ai eu de sérieux problèmes de santé. Les concerts à l’étranger ou dans des endroits très éloignés avec des heures et des heures d’attente, ne sont plus pour moi. Je ne m’éloigne plus tellement de la maison et je préfère les situations plus calmes, avec des places même chères mais numérotées, et avec une bonne visibilité. Je me suis embourgeoisé et j''ai vieilli (rires).

Alors Marco, tu nous fais un autre album bientôt ?

Peut-être que oui (rires). Je le confirmerai plus tard.

Tu nous dit un dernier mot Marco ?

Oui, si tu veux, plutôt une phrase pour toi et pour tes followers : "It is said that God himself is a musical note, the sound of which pervades the entire universe".







dimanche 15 octobre 2023

Monkey Diet : Ant Death Spiral

 

 Quand Daniele Piccinini, bassiste de son état, a quitté l'excellent groupe de jazz rock fusion Accordo Dei Contrari, il a souhaité aller vers quelque chose de plus ouvert musicalement. Pour cela il a été rejoint par le guitariste de PropheXy, Gabriele Martelli qui était dans la même démarche artistique. Le temps de récupérer Roberto Bernardi, le batteur éclair d'Altare Thotemico et l'équipe était au complet pour se lancer dans l'aventure Monkey Diet. Trois ans après sa formation, en 2017, le trio sortait son premier album (Inner Gobi) plutôt bien foutu, beaucoup moins marqué jazz rock qu'Accordo Dei Contrari, avec en prime une couverture très réussie, présentant une scène mêlant fantastique et horreur. 
 
Avec Ant Death Spiral, les musiciens de Bologne restent dans le même registre avec à nouveau, un certaine distance prise avec le jazz rock.  Et c'est tant mieux car ils proposent à nouveau une musique inventive qui se rattache beaucoup au post rock avec des ramifications abordant  plusieurs styles qui vont du rock psychédélique, au space rock musclé de "Ant Death Spiral", en passant par le heavy rock à la Jimi Hendrix avec la présence remarquée sur "Sleepin sand, silent cloud" d'Eric Gales, auteur d'une performance faramineuse dont il a le secret et qui apporte une teinte blues rock marquée dans cet album, la fin du morceau étant illuminée par les vocalises de Donella Del Monaco (Opus Avantra). On remarque aussi à plusieurs reprises des références explicites, que ce soit à King Crimson pour "Hungry Horace" ou à Ozric Tentacles pour "Marsquake" (Silas Wynne ne joue pas pour rien sur ce morceau !). La Ozric connexion semble d'ailleurs être une influence importante car la piste cachée qui vous attend après "Special Order 937" est spacey et floating ambient en diable !
Le groupe fait preuve d'une capacité à aller sur des développements aussi imprévisibles que convaincants, ce qui fait que d'un morceau à l'autre, l'auditeur se trouve embarquer à chaque fois dans une, voire plusieurs directions. Aucun risque de s'ennuyer donc, car pas une piste de ce disque ne ressemble à une autre. Pour un album de musique instrumentale, il faut également reconnaître que l'on évite quasi systématiquement les exercices de virtuosité stériles au profit de chorus bien construits, ce qui est le cas même sur "Raptus' qui reste le titre le plus démonstratif de ce disque et qui, accessoirement, permet à Gabriele Martelli de se distinguer par ses prouesses rythmiques.
J'ai mis à part "Special order 937" car pour moi cette piste est vraiment la pièce maîtresse de l'album, la plus originale et sans aucun doute la plus aboutie en ce qui concerne une fusion homogène et réussie entre le post rock et le rock progressif.

En résumé, il s'agit d'un disque solide, réalisé par des techniciens de très haut niveau, qui s'adresse à un public beaucoup plus large qu'il ne peut y paraître de prime abord. Vous l'avez compris, il s'agit d'un must de plus à ajouter à la déjà longue liste de tous les excellents albums sortis en RPI en 2023.

Musiciens invités sur l'album: Eric Gales (lead guitare, 3); Donella Del Monaco (voix, 3), Silas Neptune (synth.,4), Nicola Schelfi (vibraphone, 2), Riccardo Lolli (claviers, 6).

La tracklist :

  1. Hungry Horace
  2. Ant Death Spiral
  3. Sleeping sand, silent cloud
  4. Marsquake
  5. Raptus
  6. Special Order 937

 

Bandcamp du groupe : Monkey Diet

Label :  Black Widow Records