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samedi 4 avril 2026

Alessandro Corvaglia : Out of the Gate (trad. IT)

C'è davvero bisogno di presentare Alessandro Corvaglia, una delle voci essenziali del prog italiano contemporaneo? Cantante di La Maschera di Cera, Höstsonaten e Delirium, Alessandro ha partecipato anche a numerosi progetti, come Narrow Pass, qualche tempo fa, e Il Giardino Onirico più recentemente.
Nel corso degli anni (2006-2020), Alessandro si è preso il tempo di accumulare il proprio materiale musicale. Out of the Gate non è quindi un caso, ma il frutto di una lunga gestazione. Il risultato, di grande successo, lo dimostra ampiamente.
Alessandro ha creato un album raffinato che riflette il suo stile personale. Tutte le sue influenze sono chiaramente presenti, a partire dai Marillion di Fish, ma anche i lavori solisti di Fish ("Promised Land", "White Ghosts"). Alessandro è stato il cantante dei Mr. Punch per anni per un motivo! Ma in questo album avremo anche l'opportunità di incontrare l'ombra dei Genesis ("The Night of the Eyes") o, più inaspettatamente, quella degli Unitopia ("Preaching on Line"). Nulla di veramente sorprendente per chi conosce l'artista. Tuttavia, la presenza di Gordon Giltrap in due brani, tra cui l'inedito "12 Towers" dedicato ad Alessandro, è molto più inaspettata ma assolutamente affascinante, e si amalgama perfettamente con il tutto. Siamo, ovviamente, piuttosto lontani dal prog italiano classico; solo "Where Have I Been?" potrebbe facilmente essere confuso con esso, con le sue voci italiane. Non è questo il caso, il che non impedisce a questo brano sobrio, punteggiato dall'etereo flauto di Raffaela Izzo, di essere comunque magnifico.
L'elemento davvero interessante di questo album, e ciò che fa veramente la differenza, è il notevole spazio dedicato alle sezioni strumentali. Questo dimostra che Out of the Gate è effettivamente l'opera di un musicista completo che ha padroneggiato la sua arte, e non solo di un cantante che asseconda i propri desideri musicali. Gli strumentali ("The Night of the Eyes", "And the Lady Came In") sono certamente presenti per illustrarlo, ma la seconda parte dell'epico finale di quasi dodici minuti ("Out of the Gate") non lascia dubbi sulla visione genuinamente progressista di Alessandro per la sua musica.
La lunga lista di musicisti che hanno accompagnato Alessandro in questo progetto a lungo termine dimostra anche quanto sia stimato all'interno della comunità RPI. Come potrebbe essere altrimenti? Alessandro è un artista così caloroso, sensibile e coinvolgente. In questo senso, "Vision", presentata in un formato molto essenziale e sobrio, illuminata dalla voce eterea di Raffaella Izzo a supporto di quella di Alessandro, è forse il brano che meglio cattura l'essenza di Alessandro. Questo brano è di Peter Hammill ed è tratto dall'album *Fool's Mate*.

*Out of the Gate* non è un album solo per gli appassionati di prog italiano. È un disco universalmente apprezzato e, al contrario, ha tutto per piacere a un vasto pubblico. Se siete veri amanti del prog, troverete sicuramente qualcosa di vostro gradimento, quindi non perdetelo!
 

I musicisti presenti in questo album: Alessandro Corvaglia, Martin Grice (sax, 1), Andrea Orlando, Mark Cunningham, Marcella Arganese, Daniele Sollo, Stefano Avigliana, Emanuele Telli, Dariush Hakim, Ettore Mazzarini, Massimo Moscatelli, Filippo Bagnoli, Maurizio Fiaschi, Mauro Sabbione, Matteo Nahum, Raffaella Izzo (voce, flauti), Cesareo, Gordon Giltrap.

Tracklist :
1. Promised land
2. The night of the eyes
3. Preaching on line
4. ... and the Lady came in
5. White ghosts
6. Vision
7. A deed within a dream
8. Where have I been?
9. 12 towers
10. Out of the Gate 
  
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mercredi 14 septembre 2022

Ezra Winston : Tertium non datur

Trente trois années séparent ce Tertium non datur de Myth of the Chrysavides publié en 1988 alors même que le groupe Ezra Winston avait déjà dix ans d'existence. Un deuxième album était sorti en 1990, le mythique Ancient Afternoons, peu après le groupe se séparait et ensuite, plus de nouvelle ! Officiellement en tout cas, car en fait les membres d'Ezra Winston ont continué à se retrouver épisodiquement jusqu'à refaire des concerts au début des années deux mille dont nous avons un témoignage sur cet album avec le titre "Dial-Hectic", un enregistrement live de 2004. Lors de ces rencontres, le groupe a enregistré à chaque fois quelques nouveaux morceaux mais il n'y a jamais eu de nouvel album. Il a donc fallu l'obstination et la persévérance de Guido Bellachioma, le pape italien du RPI, pour réussir à compiler ces titres sur un LP vinyle et le publier ensuite dans le cadre de son label prog de qualité Progressivamente. Ceci explique le nombre d'exemplaires limité du disque, mais çà ne justifie quand même pas que cet album soit passé sous les radars prog. A noter également qu'il était prévu une sortie CD en 2021 avec des morceaux en plus. Mais pour l'instant, Sœur Anne ne voit toujours rien venir !. Un scoop pour les lecteurs de ce blog : le groupe m'a confirmé que la version CD augmentée de nouveaux titres est bien en  cours de réalisation ! Côté chroniques, çà ne se bouscule pas non plus. Nous allons donc remédier à cette injustice illico presto !

Premier constat : tous les membres du groupe apparaissent sur l’album, ce qui est quand même un sacré exploit, même si Daniele Lacono n'assure qu'un titre à la batterie ("Mars Attacks"), les autres morceaux bénéficiant de la présence efficace d'Ugo Vantini, déjà rencontré avec le projet Divae et qui a aussi joué il y a quelques années avec Gianni Leone pour une des nombreuses reformations éphémères d'Il Balleto di Bronzo. 

Deuxième constat : nous avons droit à un très beau packaging avec un recto et un verso de couverture réalisés par la dessinatrice Lorenza Pigliamosche Ricci qui avait déjà fait celle de Dedicato a Frazz Live pour Semiramis. Et toujours avec, le livret Prog Rock Italiano de 8 pages (là c'est le n° 99) avec l'histoire du groupe, une interview et plein de photos inédites, du collector pour vrai fan de prog italien quoi !  La magnifique illustration en noir et blanc dessinée au fusain, en intérieur de pochette, est signé Giuliano Piccininno.

Ensuite, une question fondamentale, quasi existentielle, se pose : ce disque est-il à la hauteur de la légende que le groupe a réussi à instaurer en trois ans et deux albums, il y a déjà .... trois décennies ?

Réponse : je vous connais, vous attendez un oui libérateur ou un non crucificateur. Un peu de patience !

Pour commencer, disons que le côté pastoral à la early Genesis a en partie disparu au profit d'un prog plus trempé et plus affirmé mais qui reste quand même bien ancré dans ce qui se faisait à la fin des années 80/début des années 90 au point d'avoir l'impression d'avoir affaire à des musiciens qui utilisent toujours les mêmes synthés qu'à leurs débuts. Côté batterie, à l'évidence Ugo Vantini n'est pas là pour rigoler, sa frappe sèche et lourde apporte à la fois du muscle et du nerf à l'ensemble sans toutefois jamais dénaturer la musique d'Ezra Winston qui reste très raffinée même dans ses moments les plus rock ("Dial-Hectic" qui pourrait facilement être rapproché de Marillion période Fish ou du IQ des années 80). "Call up" vous fera immanquablement pensé à Jethro Tull, et c'est ma foi un bel hommage au groupe de Blackpool même si çà tape pas mal dans "Thick as a brick". "The rain comes" renoue avec le côté le plus sombre d'Ezra Winston, évoquant un autre vieux groupe italien des années 90, Men of Lake, avant d'évoluer dans sa deuxième partie vers une progression qui tient beaucoup de "I know what I like" de ...Genesis encore (et c'est pas fini). Dieu que cette longue séquence instrumentale fait du bien à entendre. Ce morceau est incontestablement la première belle surprise de cette galette. "Mars Attacks" est un titre crunchy qui fait penser au début au Yes période Trevor Rabin avec, ensuite très rapidement, en arrière plan, un étonnant relent de UK, alors que pour la partie centrale, le groupe ne peut s’empêcher de citer à nouveau Genesis dans le texte avec une longue évocation protéiforme de "The fountain of Salmacis". Voilà en tout cas un style de musique détonnant  de la part d'Ezra Winston. Pas désagréable mais surprenant quand même. Quant à "Odd one out", dernier titre en date enregistré en 2015, il est la preuve éclatante que le groupe a bien évolué au cours des années. C'est une fois encore très accrocheur avec un riff de guitare très crâneur et un chant très expressif, quasiment théâtral et pour tout dire très déluré. Ce qui s'apparente à l'évidence à une mini suite épique, avance sur un tempo marqué assez lourd qu'on aurait quand même voulu plus varié. La respiration arrive (enfin) sur la dernière partie ("Journey's end") avec un chant en canon qui renforce encore la couleur médiévale de cette fin de morceau. 

Alors la réponse ? Bien évidemment, au cours de ces trente dernières années, ces musiciens ont évolué artistiquement et humainement parlant. L'idée n'est pas de faire de comparaisons. Je pense notamment au monument "Ancient of an unknown town" sur Ancient Afternoons. Comment voulez vous rivaliser avec çà ! Disons que la magie des deux vieux albums a disparu au profit d'un genre de musique plus affirmé mais qui ne renie pas ses fondamentaux. Tenant compte du fait que ce disque est quand même une construction artificielle, le risque était plutôt qu'il manque une ligne directrice claire. Finalement, çà n'est pas le cas ou tout au moins, il n'existe pas de décalage stylistique flagrant entre les morceaux. 

Tertium non datur signifie en latin "le troisième n'est pas donné", ce que l'on pourrait traduire de manière "vulgaire" par ce troisième album n'était pas gagné. Ce qui est vrai, autant pour ce qui concerne le fait de réentendre enfin Ezra Winston mais aussi pour le seul exploit d'avoir réussi à réaliser ce LP (encore merci à Guido Bellachioma). Certes la magie des deux premiers albums n'est plus la même mais il reste le plaisir de retrouver un groupe solide qui propose cinq morceaux sans faille avec une multitude de très beaux moments. Voilà qui devrait largement suffire au bonheur des nostalgiques d'Ezra Winston. In praeteritum numquam moritur !

Le groupe : Fabio Palmieri (guitares), Mauro Di Donato (claviers, guitares, chant), Paolo Lucini (synthés, flute, basse, chant), Fabrizio Santoro (basse), Daniele Lacono (batterie) 

+ Simone Maiolo (basse), Andrea D'aprano (basson), Ugo Vantini (batterie), Stefano Pontani (guitares),

La tracklist du vinyle :

A1. Dial-Hectic (2004 - live version)
A2. Call up (2010)
A3. The rain comes (2000)

B1. Mars Attacks (1998)
- part 1 : Resistance is futile
- part 2 : The mothership
- part 3 : All good things
B2. Odd one out (2015)
- part 1 : Random thuoghts
- part 2 : Weird nightmares
- part 3 : Journey's end

samedi 2 avril 2022

Nodo Gordiano : H.E.X.

Totalisant déjà vingt huit années d'existence au compteur, Nodo Gordiano n'est pas la formation de prog italien la plus facile d'accès. Il est vrai que si le groupe produit toujours une musique de qualité, elle n'en a pas moins un côté parfois hermétique et nécessite toujours une grande concentration de la part de l'auditeur. Le fait que Nodo Gordiano ait connu de multiples changement de personnel autour de l'inamovible Andrea De Luca a également influé sur son style, chacun des six albums du groupe ayant une couleur particulière, mais avec toujours un haut degré d'exigence dans le rendu.

De fait, chaque plongée dans l'univers musical de Nodo Gordiano me fait toujours le même effet qu'une écoute d'un album de Van der Graaf Generator, pas forcément pour la proximité musicale avec la formation anglaise, qui existe bel et bien, on en reparlera un peu plus loin, mais tout simplement car j'ai l'impression à chaque fois de rentrer dans un monde totalement à part, de faire un transfert dans une autre dimension en quelque sorte. Une fois arrivé sur place, les trois italiens ne perdent pas de temps à vous accueillir et vous embarquent directement dans leurs voyages sonores. C'est d'autant plus évident avec H.E.X. que l'album ne comporte que deux longs titres d'exactement vingt six minutes chacun. Bien que le langage des trois italiens soit très personnel, difficile, dès le premier morceau "Heng", de ne pas se référer alternativement à Van der Graaf Generator, Tangerine Dream King Crimson (dans son côté le plus martial) et à Pïnk Floyd période "Shine on your crazy diamond". Franchement, rien là dedans de gênant ou de dévalorisant. Ils ont suffisamment d'expérience et de savoir-faire (Davide Guidoni est également membre de Daal) pour proposer une relecture à la fois solide et passionnante de moments choisis de leurs éminents devanciers en apportant leur propre contribution créatrice. A cet égard, "Kou" est sans aucun doute la pièce la plus originale mais aussi expérimentale avec ses percussions tribales et ses couleurs modales, et cette fois c'est bien Van der Graaf Generator qui ressort en arrière-plan. Il est d'ailleurs évident que Filippo Brilli avec sa panoplie de saxophones (tenor, bariton, alto et soprano) joue le même rôle que de David Jackson dans VDGG avec toutefois un jeu aux antipodes de celui du sympathique anglais. Très différente du reste, la dernière partie atmosphérique, et pour tout dire cosmique, du morceau ressemble beaucoup à un long trip hallucinogène qui peut également évoquer certaines ambiances de Porcupine Tree sur Metanoia. C'est à mon avis, la séquence la plus passionnante et la plus réussie de cet album surtout grâce à son bouquet final en apothéose. Évidemment, on ne rigole pas beaucoup à l'écoute de cet album qui développe des atmosphères prenantes et parfois même oppressantes mais les deux longues pistes présentent suffisamment de variations et de rebondissements pour que l'on soit totalement happé par ce que l'on entend, un peu comme si l'on était hors du temps.

Vous aurez bien sûr noté la similitude avec la pochette de A grounding in numbers de Van der Graaf Generator (décidément on parle beaucoup de ce groupe dans cette revue) avec la même couleur de fond pour la couverture et la présentation d'un authentique hexagramme cette fois (heng) en lieu et place du pentagramme stylisé ornant A grounding in numbers. Les deux titres de l'album reprennent d'ailleurs chacun le nom d'un hexagramme, le numéro 32 pour "Heng", le numéro 44 pour "Kou".

J'aime les musiciens qui prennent des risques et qui sortent des sentiers battus d'un prog trop souvent convenu. J'ai aussi le plus grand respect pour les groupes qui produisent une musique non conventionnel en se souciant peu de plaire ou non au plus grand nombre. J'aime enfin ces longues plages musicales qui ont la capacité de vous surprendre toutes les cinq minutes tout en gardant une fluidité dans le déroulé. Nodo Gordiano réunit toutes ces qualités sur cet album qui peut être considéré comme l'accomplissement de sa longue carrière, accomplissement ne signifiant nullement que H.E.X. doit être le point final de sa discographie, bien au contraire!

Les musiciens : Davide Guidoni (claviers, percussions, samplers), Andrea De Luca (claviers, samplers, basse, guitares), Filippo Brilli (saxophones)

La tracklist :
1. Heng
2. Kou 

Label : Lizard records

samedi 15 janvier 2022

Ambigram

 

Ambigram est une nouvelle formation italienne entre super groupe (enfin tout est relatif bien sûr !) et collectif dont le premier album a vue le jour en fin d'année dernière. Francesco Rapaccioli au chant, Beppe Lombardo aux guitares, Max Marchini à la basse et Gigi Cavalli Cocchi (Mangala Vallis) à la batterie forment le noyau dur de ce groupe autour duquel viennent graviter quelques musiciens qui comptent comme Paolo Tofani (le guitariste d'Area), la chanteuse Paola Folli et le duo Max Repetti (claviers) Annie Barbazza (chœurs), ces deux derniers artistes s'étant illustrés dans diverses performances couvrant aussi bien le répertoire de Greg Lake que celui de King Crimson (cf. l'album Moonchild sorti en 2018). 

Vous savez, un ambigramme c'est une figure graphique (un  dessin, un mot) qui prend une signification différente selon l'angle sous lequel on le regarde. La musique d'Ambigram, c'est un peu çà. Quand on regarde la liste des musiciens impliqués, çà semble évidemment très italien. Quand on écoute la musique, çà devient beaucoup moins évident. Car ces huit chansons semblent plutôt calibrées pour faire mouche dans un style néo prog très british (d'ailleurs le chant est en anglais). 

L’album commence très bien avec l'excellent "A mediterranean tale" enjolivé de beaux passages atmosphériques et d'une tonalité d'ensemble pas si éloignée que cela de La Coscienza di Zeno (ce sera la seule référence au prog italien). On est encore emballé en entendant la courte intro musclée de "Cerberus reise" qui ouvre pour un titre très tendu et très rock. "Pig tree" est dans la continuité de "Cerberus tree" avec un riff de guitare encore plus appuyé et une rythmique qui déménage vraiment tout sur son passage. Le morceau est pas mal tordu et il faut apprécier les poussées martiales de Rapaccioli mais avec ce rythme d'enfer imprimé par la section basse/batterie et l'orgue en folie de Max Repetti, çà passe tout seul. çà passe d'autant mieux que la deuxième partie du titre, plus calme, est vraiment de haute tenue."Salling home" est très différent de ce que l'on a entendu jusque là. La rythmique à la Police et les chœurs assurés par Paola Folli donnent un côté très pop années 80 à ce morceau qui s'étire gentiment en longueur et qui s’alanguit au point de donner l'impression d'écouter du Sade. "Immaginary daughter" est plutôt une belle chanson avec à nouveau des chœurs sympas et  un long chorus de guitare électrique de Lombardo tout à fait dans le ton de l'ensemble. A propos de guitare électrique c'est le mythique Paolo Tofani qui s'y colle sur "L'absinthe", un morceau qui sert surtout de rampe de lancement pour une longue partie centrale assimilable à une forme de jazz rock libéré et smoothy. Le côté nerveux est amené par la performance vocale d'un Francesco Rapaccioli à nouveau très habité dont la voix surfe sur des lignes de chant particulièrement casse-gueules. Arrive alors ce qui est réellement la vraie perle de cet album : "Patchwork", un morceau qui possède une vraie grâce avec sa ligne mélodique toute en nuances et ses interventions de hautbois (il y en a deux) ma foi fort réussies. Paolo Tofani intervient à nouveau mais cette fois de manière plus discrète en se fondant parfaitement dans l'ensemble. L'album termine par "Pearls before swine", un relativement court morceau bien rock, bien pêchu avec un pont central particulièrement inventif. 

Bien que très éloigné des canons du RPI, cet album est plutôt bien vu avec une évidente orientation très pop rock british qui n'exclut pas quelques courts moments plus personnels rappelant, en moins emphatique et avec une ambition nettement plus mesurée, ce qu'Aufklärung avec produit il y a vingt sept ans avec De' la tempesta... Vu le pedigree des musiciens, on aurait été surpris d'être déçu. Ce n'est pas le cas bien heureusement.  J'ajoute enfin, et çà ne gâche rien, que l'artwork est très réussi.

La tracklist :

  1. A mediterranean tale
  2. Cerberus reise
  3. Pig tree
  4. Salling home
  5. Immaginary daughter
  6. L'absinthe
  7. Patchwork
  8. Pearls before swine
  9. Cerberus reise (radio edit)

samedi 4 décembre 2021

Osanna : Il Diedro del Mediterraneo

Ce nouvel album d'Osanna arrive en même temps que le film Osannaples (Réal. Deborah Farina) et le livre sur Lino Vairetti (L'Uomo, sulle note di un veliero par Franco Vassia), deux , tous deux présentés au forum du Veruno cette année.

Après une courte intro énigmatique au didgeridoo, Lino Vairetti entre en scène pour déclamer "Il Diedro del Mediterraneo" l'instrument principal d’accompagnement étant ici la harpe de Vincenzo Zitello ce qui donne une couleur inusitée à cette ode à la Méditerranée." Ti Ritroverò" reste sur la tonalité très laid back de ce début d'album. Mais avec Osanna, les ballades réservent toujours quelques surprises, et celle là ne déroge pas à la règle, avec un pont central très festif avant de s'échapper doucement vers une digression jazz rock remarquablement fluide. Avec "L'Uomo del Prog", c'est cette fois le violon qui entre en scène. La lente montée en intensité de ce titre est un véritable tour de force. Lino semble d'ailleurs s'effacer pour laisser le plus de place possible aux différentes parties instrumentales qui se succèdent à toute vitesse, un vrai régal ! Je veux bien entendre ce morceau sur scène. "Tu" est un hommage direct à Danilo Rustici, le guitariste historique du groupe disparu au début de cette année. Lino chante avec son cœur. Vous me direz, c'est toujours le cas mais là l'émotion est palpable et l'intervention de David Jackson au saxo vous mets au bord des larmes. Quelle belle chanson, quel solo final de guitare électrique. "Signori della Terra" est une simple complainte mais quand c'est Lino qui s'y colle, seulement accompagné de Pako Capobianco à la guitare électrique, cela prend vraiment du relief et il est vraiment difficile de se détacher du chant de Lino. Il y a ensuite "Tempo" qui vous propose un retour dans le temps pour atterrir à Woodstock. On s'y croirait presque. Inutile de préciser que Pako se surpasse une fois encore. Ce garçon est vraiment un guitariste hors pair d'une efficacité incroyable.  Nous voilà arrivé au grand moment de l'album. Le poème d'Antonio De Curtis récité par Francesco Paolantoni ouvre pour ce magnifique chant de tradition napolitaine "Zuoccole e Tammorre " qui virevolte et danse sur une tarentelle rock dont seul Osanna a le secret. La voix féminine que vous entendez n’appartient pas à n’importe qui. Fiorenza Calogero réalise un travail remarquable depuis de nombreuses sur la recherche et la mise en valeur des chants traditionnels du sud de l'Italie, et tout particulièrement de la région napolitaine. "Mare nostrum" arrive à point nommé pour secouer l'album. Il s'agit d'un rock très typé Osanna. Lino Vairetti ressort son harmonica, sa voix filtrée reprend en partie les paroles de "Il Diedro del Mediterraneo". Je vous recommande tout particulièrement le pont instrumental avec un solo de malade de Pako et un chorus de saxo de Saverio Giugliano qui se fond parfaitement dans l'ensemble.  "Caracalla '71" évoque évidemment le festival rock prog du même nom qui s''était déroulé à Rome en 1971.Voilà un titre qui devrait vous permette de bien finir l'album car son accès est immédiat et le riff principal s'impose de lui-même. Voilà qui rappelle aussi qu'il y a cinquante ans exactement sortait L'uomo, le premier album d'Osanna.

Sans atteindre à mon avis la magnificence de Palepolitana, Il Diedro del Mediterraneo dévoile une facette plus nostalgique d'Osanna mais fait honneur au groupe. Plutôt rock, folk ou pop, moi de toute façon, je suis fan absolu d'Osanna. En bref, Osanna sera toujours Osanna !

Le groupe : Lino Vairetti (chant, guitare acoustique, claviers), Irvin Vairetti (synthés, programmation, chant), Pako Capobianco (guitares), Enzo Cascella (basse), Gennaro Barba (batterie et percussion), Sasà Priore (claviers).

La tracklist  (vous pouvez écouter chaque titre en client sur son lien) :

1. Spirit
2. Il Diedro del Mediterraneo
3. Ti Ritroverò
4. L'Uomo del Prog
5. Tu
6. Signori della Terra
7. Tempo
8. Zuoccole, Tammorre e Femmene
9. Zuoccole e Tammorre
10. Mare Nostrum
11. Caracalla '71

le lien bandcamp du groupe Osanna


 

 

dimanche 28 novembre 2021

Il Testamento degli Arcadi

Voici le premier album de ce collectif créé en 2019, s'inspirant de la série télé de science-fiction du même nom. Le projet a vu le jour grâce une fois encore à Loris Furlan (Lizard Records) qui a mis en relation Pierpaolo Lamanna, l'auteur du concept, avec quelques artistes liés à Lizard Records, à commencer par Alessandro Seravalle (Garden Wall, Officina F.lli Seravalle etc...), le principal artisan de la partie musicale. Mais aussi Milo Furlan (Scarled), Gianluca Tassi (Black Jester, Moonlight Circus, Faveravola) et Mirko Baruzzo (Spirosfera, Anam) qui complétent le groupe. Sont également venus se joindre au projet : Mariano Bulligan au violoncelle, Simone d’Eusanio au violon et Lorenzo Giovagnoli (Odessa) qui joue des claviers et réalise les orchestrations. 

je laisse comme d'habitude la partie conceptuelle, ce n'est en général pas mon propos, et je passe à la partie musicale. De ce côté là, le résultat est varié pour ne pas dire hétérogène. Les dix morceaux sont un drôle de mélange entre rock industriel, prog sombre adouci par le violon miaulant de Simone d'Eusanio, psychédélisme barré et krautrock au souffle cosmique marqué par l'attirail d'instruments exotiques utilisé par Mirko Baruzzo. On retrouve bien là la patte fantasque et parfois dérangée d'Alessandro Seravalle. Lorenzo Giovagnoli est heureusement là pour donner un semblant de normalité au tout grâce à ses arrangements apparaissant en début et en fin d'album. Pour faire court, il vous faut imaginer une synthèse d'Iron Butterfly, d'Embryo, d'Amon Duul, de Goblin, de Van der Graaf Generator et du King Crimson période années deux mille. Pas facile hein ! Le tout donnant ce que Loris Furlan qualifie d'ethno-space-kraut. "Bergman" me semble un bon départ pour se faire malgré tout une idée générale de ce qui vous attend. A vous d'avoir la curiosité d'aller écouter le reste. Je pense que vous ne serez pas déçus.

Il Testamenti degli Arcadi : Alessandro Seravalle (guiatres, Mellotron, piano, synthés), Mirko Baruzzo (guiatre électrique, violon esrai, sarad, santur, tablas), Milo furlan (batterie, percussions), Gianluca Tassi (basse), Pierpaolo Lamanna (concept, paroles, direction artistique)

Avvec : Mariano Bulligan (violoncelle), Simone D'Eusanio (violon), Lorenzeo Giovagnoli (claviers et orchestrations).

La tracklist CD : 

  1. Un altro tempo, un altro luogo
  2. Mare imbrium I
  3. La missione dei Dariani
  4. Exodus I - il dominio del drago
  5. Bergman
  6. Exodus II - Il guardiano di Piri
  7. Phantasma (a) Fotosintesi Umana b) Forza Vitale c) Fine dell’Immortalità)
  8. Gli occhi di Tritone
  9. Mare imbrium II
  10. Exadus III - Terrarcadia

 La tracklist LP :

  1.  Un altro tempo, un altro luogo

  2. La missione dei Dariani
  3. Phantasma (a) Fotosintesi Umana b) Forza Vitale c) Fine dell’Immortalità)
  4. Bergman
  5. Sole nero
  6. Gli occhi di Tritone
  7. Mare imbrium
  8. Terrarcadia 

Vous pouvez écouter les titres surlignés.

Lable : Lizard Records

 

samedi 20 novembre 2021

Accordo dei Contrari : UR -

Voici le cinquième album, en déjà presque quinze ans, d'un groupe qui n'a jamais déçu. Car le nom d'Accordo dei Contrari est autant gage de qualité technique que de perfection esthétique. Même si la seule incursion en France des italiens date déjà de 2014, je crois me souvenir que ceux qui étaient présents cette année là au festival Crescendo ont été impressionnés par l'excellence de ce groupe qui est, à mon avis, encore meilleur aujourd'hui et supérieur dans sa formation actuelle. Je vous rassure tout de suite, UR - ne risque  pas de déroger à la règle.

Quand les musiciens de Bologne affirment qu'ils veulent juste faire une musique originale, ambitieuse et belle à la fois, ils sont parfaitement en phase avec leur objectif et en même temps en dessous de la vérité. De fait, la musique délivrée par Accordo dei Contrari est toujours aussi puissante mais également, il faut bien le dire, toujours aussi sophistiquée et exigeante. Le rapprochement avec un jazz rock fusion à la Mahavishnu Orchestra  semble tout à fait approprié voire carrément justifié si l'on met en parallèle  le morceau "Cosi respirano gli incendi del tempo "avec "Birds of Fire". Très loin, du côté italien, il y a également des accointances avec Area, en particulier celui de Arbeit Macht Frei, et plus récemment avec Deus Ex Machina, ce qui est plutôt un beau compliment. Mais pour moi, le groupe dépasse largement (heureusement) ce cadre trop restrictif pour se positionner sur une ligne artistique qui pourrait se trouver quelque part à mi chemin entre le meilleur Canterbury et l'Art Rock. "Tergeste" et "Secolo breve" en sont de remarquables exemples. Quand on sait que toutes les compositions sont exclusivement signées par le claviériste Giovanni Parmeggiani, il y a là de quoi tirer un grand coup de chapeau à ce musicien qui est, depuis le début, le véritable maître à penser de cette formation, accompagné du fidèle Marco Marzo aux guitares.  

Ce qui est sûr, c'est  que cet album est sans doute le meilleur à ce jour du groupe et comme je vous ai affirmé que les quatre autres albums étaient excellents, je dois m’expliquer : UR - fait la différence avec ses prédécesseurs d'une part, car il est porté par une inspiration  maximale constante, et d'autre part, car il ne souffre d 'aucune baisse de régime pendant ses cinquante trois minutes, ce qui relève quasiment de l'exploit compte-tenu de la densité du matériau sonore que fourni le groupe. Un must en quelque sorte !

Le groupe : Giovanni Parmeggiani (claviers) , Marco Marzo Maracas (guitares), Stefano Radaelli (sax alto), Cristian Franchi (batterie)

La trackist :
1. Tergeste
2 Cosi respirano gli incendi del tempo
3. Più limpida e chiara di ogni impressione vissuta (Part III)
4. UR -
5. Secolo breve
6. Contrari ad ogni accordo 
 

L'album est sorti le 19 novembre chez Cuneiform.











Le lien bandcamp du groupe : Accordo dei contrari


















dimanche 14 novembre 2021

Habelard2 : Copriferro Semantico

 

Sergio Caleca (Habelard2) continue son bonhomme de chemin. Pour son neuvième album, il s'est entouré d'un vrai groupe, ce qui n'est pas si fréquent avec ce musicien qui a plutôt l'habitude de tout faire lui-même. Nous parlons donc cette fois d'Habelard2 & Friends. Qui sont ces musiciens d'ailleurs ? Paolo Callioni, au chant, est le compère de Sergio Caleca dans le groupe Ad Maiora qui, au passage, n'a plus rien produit depuis 2016. Le guitariste, Ettore Salati, a un CV long comme le bras et est bien connu des progueux pour avoir été avec The Watch au début de ce groupe et aussi pour être régulièrement associé aux albums de Daal. Gabriele Manzini a fait aussi appel à lui pour son projet parallèle Archangel. Fabio Sereni enfin est le batteur de la bande. Copriferro Semantico est un album un peu différent au caractère hétéroclite. La raison en est simple : il s'agit d'une collection de morceaux composés sur une période de quarante ans dont cinq dont la toute première mouture date de 1979. Sergio Caleco a depuis retravaillé ces compositions, parfois en s'y reprenant à plusieurs reprises, pour aboutir à cet excellent résultat. Car, je le redis, je suis toujours surpris par la qualité constante  de la musique produite par ce musicien, à commencer par le magnifique dyptique "Muscle Inertia Part I & II" qui a quelque chose de Goblin sur les premières mesures avant de prendre un envol floydien. L'intérêt de cet album tient aussi dans le fait qu'à côté des instrumentaux drivés par Sergio aux claviers (sauf "Bifolky" qui est une combinaison de guitares et de bouzouki), il y a quelques belles chansons comme "How can I explain it?" et "Nothing more". "Lulluba" est à mettre à part car il s'agit vraiment d'une pièce étonnamment construite, que l'on qualifiera de prog pour simplifier et pour faire plaisir à tout le monde, en fait une longue tirade qui mute en mini suite symphonique qui me rappelle un certain Rick Wakeman. Quant à "There's no solution", c'est le morceau résolument rock de l'album et même s'il est très teinté années quatre vingt, il fait son petit effet. Pour en revenir aux instrumentaux, si nous avons déjà évoqué "Muscle Inertia" "Bifolky" et "Lulluba", il faut aussi parler d'une autre pièce remarquable, "Acquaragia". Il s'agit d'une composition d'une richesse assez incroyable qui mérite plusieurs écoutes pour réellement se l'approprier entièrement. La première partie écrite sur le même type de gammes que celles utilisées par Gentle Giant ne fait qu'augurer d'une suite passionnante, ce qui est effectivement le cas, Sergio ayant l'intelligence d'ouvrir ensuite complètement le morceau. Le titre éponyme clôt l'album en une longue séquence planante de ME, proche de Tangerine Dream, bien agréable avec ces belles sonorités mélangées d'Elka Rhapsody, de synthé Davoli et de Syntorchestra Farfisa.
Cette musique mériterait évidemment plus de moyens et une meilleure production mais en l'état il s'agit déjà d'un très bon album qu permet à Sergio Caleca de garder la main et à l’auditeur de passer un bon moment, en attendant le retour de Ad Maiora ! (je suis têtu, je sais !)
 

La tracklist :
 
1. Muscle Inertia, part1
2. How can I explain it ? 
3. Bifloky
4. Acquaragia
5. Muscle Inertia, part 2
6. Nothing more 
7. Lulluba
8. There's no solution
9. Carosello
10. Crank
11. Copriferro Semantico

Contacts :
habelard2.altervista.org
habelard2.bandcamp.com


lundi 8 novembre 2021

Rovescio della Medaglia : La Bibbia (50th Anniversary)

Après le projet des 50 ans de Caronte porté à bout de bras par Pino Sinnone le batteur de The Trip, voici l'album des 50 ans de La Bibbia, le premier 33 tours d'Il Rovescio della Medaglia sorti en...1971 ! Si The Trip l'a fait, il n'y a pas de raison qu'Il Rovescio della Medaglia ne fasse pas pareil. Il se trouve  que les deux groupes se sont produits au Veruno cette année. Pour The Trip, pas de problème, Pino Sinnone a fait le show malgré ses soixante dix neuf ans. Pour Il Rovescio della Medaglia, le groupe était en place et le concert était grandiose mais j’avoue avoir été assez inquiet pour. Enzo Vita qui semblait absent, n'intervenant que très peu à la guitare électrique et laissant l'essentiel des parties de guitare, solo compris, au jeune Davide Pepi, au demeurant excellent. Revenons au groupe actuel. En vingt ans, Enzo Vita nous a sorti du chapeau au moins trois formations différentes portant le nom d'Il Rovescio della Medaglia (il avait même recruté Ranestrane en backing band il y a quelques années). il est donc légitime de se demander ce que vaut cette nouvelle mouture. Il y a d'ailleurs eu encore des mouvements de personnel dans le groupe depuis la sortie, pourtant récente (novembre 2020), du live Contaminazione 2.0. Au passage, Enzo Vita n'avait pas attendu le jubilé (et oui, un jubilé c'est cinquante ans, vous aurez au moins appris quelque chose à la lecture de cette chronique) de Contaminazione sorti en 1973, pour le reprendre intégralement en concert et en proposer une version enregistrée en public.

A l'écoute de l'album, il faut reconnaître que, un peu comme Pino Sinnone avec The Trip 2021, Enzo Vita a trouvé globalement la bonne formule. Seul le chant me semble un peu en retrait par rapport à celui de Pino Ballarini mais il faut être lucide, difficile de se hisser au niveau de Ballarini même cinquante ans après. Pour le reste ces musiciens connaissent leur affaire et impriment une belle modernité à l'ensemble de ces reprises tout en gardant le côté symphonique, sans doute même encore mieux mis en valeur. Mieux, la musique d'Il Rovescio della Medaglia retrouve la puissance et la hargne qui faisaient sa renommée à la grande époque. Les morceaux sont tous des brûlots compacts, de véritables missiles de heavy rock qui prouvent qu'Il Rovescio della Medaglia était largement en avance sur la nouvelle vague du heavy metal, la démesure baroque et la classe en plus ! 

Donc je ne vais pas faire le fine bouche. Cet album est une bonne surprise et les nouvelles interprétations des six titres de La Bibbia rendent hommage à leurs lointains prédécesseurs.

 

Le groupe : Enzo Vita (guitares), Andrea Castelli (basse), Nicola Costanti (claviers, chant), Davide Pepi (guitares), Marco Pisaneschi (batterie)


Le label : Jolly Roger Records

 

La trackist :

 1. Nothingness (Il Nulla)

  2. La Creazione

  3. L'Ammonimento

  4. Sodoma XY

  5. Il Giudizio

  6. The great flood (Il Diluvio)

  7. The creation (CD Bonus track - English Lyrics)

  8. The warning (CD Bonus track - English Lyrics)

  9. Judgment day (CD Bonus track - English Lyrics)                                        

lundi 18 octobre 2021

Alessandro Corvaglia : Out Of The Gate

Est-il encore nécessaire de présenter Alessandro Corvaglia, une des voix incontournables du prog italien contemporain ? Chanteur pour La Maschera di Cera, Höstsonaten et Delirium, Alessandro a également participé à de nombreux projets, Narrow Pass, il y a déjà longtemps, ou Il Giardino Onirico plus récemment. 
Pendant toutes ces années (2006/2020), Alessandro a pris son temps pour accumuler son propre matériel musical. Out of the Gate ne doit donc rien au hasard et est le fruit d'une longue gestation. Le résultat très réussi le démontre amplement.
Alessandro a réalisé un album abouti qui lui ressemble. Toutes ses influences sont bien présentes, à commencer par celle du Marillion de Fish  mais également celle de Fish en solo ("Promised land", "White ghosts"). Alessandro n'a pas été pour rien le chanteur de Mr Punch pendant des années ! Mais on aura aussi l'occasion de croiser l'ombre de Genesis ("The night of the eyes") ou plus imprévue celle d'Unitopia ("Preaching on line") sur cet album. Rien de vraiment étonnant pour qui connaît le bonhomme. Par contre la présence de Gordon Giltrap au travers de deux morceaux, dont l'inédit "12 towers" offert à Alessandro, est beaucoup plus inattendue mais tout à fait charmante, et se fond parfaitement dans l'ensemble. Nous sommes bien sûr assez loin du prog italien classique, seul "Where have I been?" pourrait y être facilement assimilé avec un chant en italien. Ce n'est pas le cas, ce qui n'empêche pas ce morceau, tout en retenu, traversé par la flûte aérienne de Raffaela Izzo, d'être lui aussi magnifique.
L'élément vraiment intéressant de cet album, et qui fait vraiment la différence, est la large place laissée aux parties instrumentales qui fait que Out of the Gate est bien l’œuvre d'un musicien complet qui maîtrise son sujet et non seulement d'un chanteur qui veut se faire plaisir. Les instrumentaux ("The night of the eyes", "And the Lady came in") sont bien évidemment là pour le démontrer mais la deuxième partie de l'épique final de presque douze minutes ("Out of the Gate") ne laisse aucun doute sur la vision réellement progressive d'Alessandro pour sa musique.  
La longue liste de musiciens qui ont accompagné Alessandro dans son projet au long cours démontre également à quel niveau il est apprécié dans le milieu du RPI. Comment pourrait-il en être autrement d'ailleurs ! Alessandro est un artiste à la fois tellement chaleureux, sensible et attachant. A cet égard, "Vision", présenté dans un format très dépouillé et sobre, illuminé par la voix céleste de Raffaella Izzo en appui de celle d'Alessandro, est peut-être la chanson qui colle le mieux au personnage d'Alessandro. Il s'agit pourtant d 'un morceau de Peter Hammill tiré de l'album Fool's mate.
Out of the Gate n'est pas réservé aux seuls fans du prog italien. C'est un album œcuménique par essence qui a, au contraire, tout pour plaire au plus grand nombre. Du moment que vous êtes un vrai amoureux du prog, vous pouvez sans problème y trouvez votre bonheur, alors ne vous en privez pas! 

Les musiciens présents sur cet album : Alessandro Corvaglia, Martin Grice (saxo sur "Promised Land"), Andrea Orlando, Mark Cunningham, Marcella Arganese, Daniele Sollo, Stefano Avigliana, Emanuele Telli, Dariush Hakim, Ettore Mazzarini, Massimo Moscatelli, Filippo Bagnoli, Maurizio Fiaschi, Mauro Sabbione, Matteo Nahum, Raffaella Izzo (chant, flûtes), Cesareo, Gordon Giltrap.

La tracklist :
1. Promised land
2. The night of the eyes
3. Preaching on line
4. ... and the Lady came in
5. White ghosts
6. Vision
7. A deed within a dream
8. Where have I been?
9. 12 towers
10. Out of the Gate 
  

dimanche 10 octobre 2021

Premiata Forneria Marconi : hosognatopecorelettriche (recensione in italiano)

Per la seconda volta consecutiva, la grande etichetta prog tedesca Inside Out distribuisce il nuovo album della Premiata Forneria Marconi. La gestione di Iaia de Capitani è sicuramente ancora efficiente come sempre. Si chiama hosognatopecorelettriche, I Dreamed of Electric Sheep nella sua versione inglese, e ovviamente si riferisce a Blade Runner, ma non ci occuperemo nemmeno di questo.Sono disponibili due edizioni, una in italiano e l'altra in inglese. Per quest'ultimo, è ancora Marva Marrow che si è occupata della traduzione e dell'adattamento dei testi. Ancora una volta l'album viene proposto in CD ma anche in vinile, proprio come ai vecchi tempi. Comprende dieci brani di cui tre formidabili strumentali. "Mondi Paralleli" apre l'album in una modalità sinfonica e un trattamento orchestrale che fanno credere all'ascoltatore in un ritorno alla PFM in Classico di Da Mozart - A Celebration nel 2013. Questo brano è un killer con Marco Sfogli che fa un vero festival sulla chitarra elettrica. La coppia "Transumanza" / "Transumanza jam" lo chiude magistralmente, "Transumanza jam" essendo una lunga cavalcata.mescolando allegramente hard rock, jazz rock e funk, con un tono allegro il più gioioso possibile. Tra questi due estremi, siamo molto su un formato di canzone ma il gruppo mostra una certa vitalità che permette di avere momenti molto belli con voli regolari che sono certamente brevi ma sempre graditi. Nel genere, "Umani Alieni" è sicuramente il titolo di maggior successo. Tuttavia, ci vuole un po' di pazienza perché la canzone inizia davvero dopo averne suonata la prima metà. Possiamo ovviamente rimanere scettici sul lato sciropposo di "Ombre amiche" o sull'interesse di un titolo come "AtmoSpace" al limite dell'irrilevante. Nel genere preferisco di gran lunga il ritmato e orecchiabile "Mr Non Lo So" che non spezza tre zampe d'anatra ma che è un piacere da ascoltare con un ponte centrale che decolla davvero e un ritornello di violino millimetrico pronunciato dall'indispensabile Lucio Fabbri. Infine c'è il caso "Il Respiro del Tempo" che ascoltiamo chiedendoci se questo tipo di inno vagamente incantatorio, che mescola sapientemente folk celtico e folk mediterraneo su uno sfondo di ritmi programmati, non esca effettivamente da un album di Premiata Forneria Marconi. Non che la traccia sia intrinsecamente sgradevole, ancora una volta, solo che potrebbe essere stata registrata da qualsiasi smart band.

Disco molto diverso da Emotional Tattoos , hosognatopecorelettrichecomprende più sequenze suonate e più passaggi lasciando spazio agli strumenti, principalmente le tastiere con sonorità spesso vintage ma anche la chitarra con gli accenti hard/metal di Marco Sfogli. In breve, è ancora più prog del suo predecessore. E' anche l'occasione per incontrare alcuni musicisti di grande talento, con in primis Flavio Premoli, l'ex compagno che tanto manca alla Premiata Forneria Marconi, presente nell'ultimo pezzo, “Transumanza Jam”. Gli altri ospiti sono Ian Anderson (Jethro Tull), Steve Hackett (Genesis) e Luca Zabbini, il talentuoso leader dei Barock Project, fan incondizionato di Flavio Premoli appunto, che è infatti molto presente alle tastiere in questo album (ma non ha detto niente).

Ovviamente lontano anni luce dalla PFM di Storia di un minuto , dell'Isola di Niente e ancora da Stati di Immaginazione , hosognatopecorelettriche è comunque un album interessante che è stato pensato e prodotto con l'idea di iscriversi in toni contemporanei ("La Grande Corsa", "Pecore Elettriche") ma anche con la preoccupazione di non cedere alla tentazione di rifare quanto già fatto in passato dalla PFM. Almeno su questo punto, il contratto è rispettato. Per il resto, sta a tutti risolverlo.
 
 
Il gruppo : Franz Di Cioccio, Patrick Djivas, Marco Sfogli,Luccio Fabbri, Alessandro Scaglione, Alberto Bravin 
Ospiti : Ian Anderson, Steve Hackett, Flavio Premoli, Luca Zabbini
 

Tracklist :

1. Mondo Paralleli
2. Umani Alieni
3. Ombre Amiche
4. La Grande Corsa
5. AtmoSpace
6. Pecore Elettriche
7. Mr. Non Lo So
8. Il Respiro Del Tempo 
9. Transumanza 
10. Transumanza Jam

Premiata Forneria Marconi : hosognatopecorelettriche (revue)

 
 
Pour la deuxième fois consécutive, c’est le gros label prog allemand Inside Out qui assure la distribution du nouvel album de Premiata Forneria Marconi. Le management de Iaia de Capitani est décidément toujours aussi efficace. Il s'intitule hosognatopecorelettriche, I Dreamed of Electric Sheep dans sa version anglaise, et fait bien sûr référence à Blade Runner, mais on va pas en faire des caisses non plus là dessus. Deux éditions sont proposées, une en italien et l’autre en anglais.  Pour cette dernière, c’est à nouveau Marva Marrow qui s’est chargée de la traduction et de l’adaptation des paroles. Une fois encore, l’album est proposé en CD mais aussi en vinyle, comme au bon vieux temps. Il comprend dix morceaux dont trois formidables instrumentaux. « Mondi Paralleli » ouvre l’album sur un mode symphonique et un traitement orchestral qui font croire à l'auditeur à un retour au PFM in Classic de Da Mozart - A Celebration en 2013. Ce morceau est une tuerie  avec Marco Sfogli qui fait un vrai festival à la guitare électrique. La paire «Transumanza» / «Transumanza jam» le referme magistralement, «Transumanza jam» étant une longue cavalcade mélangeant allègrement hard rock, jazz rock et funk, avec un ton enjoué réjouissant au possible.  Entre ces deux extrémités, nous sommes  beaucoup sur un format chansons mais le groupe fait preuve d'une certaine vitalité qui permet de passer de très bons moments avec régulièrement des envolées certes courtes mais toujours bienvenues. Dans le genre, "Umani Alieni" est sûrement le titre le plus réussi. Il demande toutefois un peu de patience car le morceau démarre vraiment après en avoir passé la première moitié. On pourra bien sûr rester dubitatif sur le côté sirupeux de "Ombre amiche" ou sur l'intérêt d'un titre comme "AtmoSpace" à la limite du hors sujet. Dans le genre, je préfère de loin le rythmé et entraînant "Mr Non Lo So" qui ne casse pas trois pattes à un canard mais qui fait plaisir à entendre avec un pont central qui décolle vraiment et un chorus de violon millimétré délivré par l’indispensable Lucio Fabbri. Enfin il y a le cas "Il Respiro del Tempo" que l'on écoute en se demandant si cet espèce d'hymne vaguement incantatoire, mélangeant habilement folk celtique et folk méditerranéen sur fond de beats programmés, sort bien d'un album de Premiata Forneria Marconi. Pas que le titre soit désagréable en soi, une fois encore, juste qu'il pourrait avoir été enregistré par n’importe quel groupe un tant soit peu malin.
Disque très différent de Emotional Tattoos, hosognatopecorelettriche comprend plus de séquences jouées et plus de passages laissant de l’espace aux instruments, principalement les claviers aux sonorités souvent vintage mais aussi la guitare aux accents hard/métal de Marco Sfogli. En un mot, il est quand même plus prog que son prédécesseur. Il est aussi l’occasion de retrouver quelques musiciens de grand talent, avec en premier lieu Flavio Premoli, l’ancien compagnon qui manque tant à Premiata Forneria Marconi, présent sur le dernier morceau, « Transumanza Jam ». Les autres invités sont Ian Anderson (Jethro Tull), Steve Hackett (Genesis) et Luca Zabbini, le leader surdoué de Barock Project, fan inconditionnel de Flavio Premoli justement, qui est en fait très présent aux claviers sur cet album (mais je ne vous ai rien dit).   
Évidemment à des années lumières du PFM de Storia di un minuto, de l'Isola di Niente et encore de Stati di Immaginazionehosognatopecorelettriche n'en est pas moins un album intéressant qui a été pensé et réalisé avec l’idée de s’inscrire dans des tonalités contemporaines ("La Grande Corsa", "Pecore Elettriche") mais aussi avec le souci de ne surtout pas céder à la tentation de refaire ce que la PFM a déjà fait dans le passé. Au moins sur ce point, le contrat est rempli. Pour le reste, à chacun de faire le tri.


Le groupe : Franz Di Cioccio (chant, batterie), Patrick Djivas (basse, claviers), Marco Sfogli (guitares, chœurs), Lucio Fabbri (violon, chœurs), Alessandro Scaglione (claviers, piano, chœurs) , Alberto Bravin (claviers, guitare, acoustique, chœurs).
Invités : Ian Anderson (flûte), Steve Hackett (guitare électrique), Flavio Premoli (Minimoog), Luca Zabbini (orgue Hammond, piano, Minimoog)
 

La Tracklist :

1. Mondo Paralleli
2. Umani Alieni
3. Ombre Amiche
4. La Grande Corsa
5. AtmoSpace
6. Pecore Elettriche
7. Mr. Non Lo So
8. Il Respiro Del Tempo 
9. Transumanza 
10. Transumanza Jam


 


dimanche 3 octobre 2021

Stefano "Lupo" Galifi : Dei Ricordi, un museo

FR : Dei ricordi, un museo est donc le premier album solo d'un jeune homme de plus de soixante dix ans qui est un véritable mythe dans le prog italien. Car Stefano "Lupo" Galifi (puisqu'il s'agit de lui) a été le chanteur du groupe légendaire Museo Rosenbach qui a sorti en 1973 Zarathustra. Cet album fait consensus et est considéré comme un des dix meilleurs albums du rock progressif italien. Près de trente après, Stefano est revenu sur scène et en studio avec un autre groupe essentiel du prog italien,Il Tempio delle Clessidre avant de reformer Museo Rosenbach pour d'abord réenregistrer Zarathustra live en studio (2012) avant d’enregistrer un nouvel album, Barbarica en 2013. Depuis, nous avions l'habitude de voir Stefano se produire en invité avec d'autres artistes et groupes mais on le rencontrait aussi régulièrement devant une scène, surtout du côté de la région ligure lors de concerts prog. Mais l'homme avait depuis longtemps dans un coin de sa tête d'exprimer en musique ses idées et de remettre en lumière quelques vieux souvenirs.  En juillet 2020, Stefano a finalement franchi le pas. Il a contacté des musiciens et compositeurs que nous connaissons bien, qui forment une vraie troupe de guerriers du prog autour de lui et l'album a été mis en chantier. Les paroles ont été prises en charge par Gabriele Guidi Colombi (La Coscienza di Zeno, Not a Good Sign) qui tient aussi la basse. Luca Scherani (La Coscienza di Zeno, Höstsonaten) s'est occupé de toute la musique (compositions, mélodies, arrangements). Il assure bien sûr toutes les parties de claviers et joue aussi de la flûte. Marcella Arganese (Ubi Maior, Mr. Punch, Archangel) est aux guitares mais elle a aussi co-composé avec Lupo le titre "Dei ricordi, un museo". La formation est complétée par Folco Fedele à la batterie (que l'on a connu avec Panther & C.) ainsi que par Alessio Calandriello (La Coscienza di Zeno, Not a Good Sign) et Irene Spina sont aux chœurs. Vous aurez compris qu'il s'agit presque d'une réunion de famille du prog ligurien ! (j'ai écrit presque car il y un ou plutôt une intruse. Cherchez bien, c'est votre énigme du jour - LOL).

Pour les vieux grincheux (il y en a un paquet dans le prog), qu'ils se rassurent, la présence de ces musiciens est la garantie d'avoir affaire à un album de prog rock contemporain. Ce qui est bien le cas je vous le confirme avec en outre une véritable osmose qui s'est faite entre la musique créée pour l'occasion par Luca Scherani et la voix toujours aussi puissante et caractéristique de Stefano "Lupo" Galifi. Il y a quelques voix qui me retournent dans le prog italien à chaque fois que je les entend et celle de Lupo en en bonne place dans ce panthéon personnel. Vous imaginez donc mon bonheur sans limite aujourd’hui.

Avec cet album, une longue séquence se termine pour Stefano et comme il le dit lui-même "avant de clôturer un chapitre de sa vie et d'en commencer un autre, il faut ouvrir et ranger nos tiroirs intimes, un peu comme si l'on mettait de l'ordre dans son musée personnel ", Dei Ricordi, un museo !   

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IT (testo promo AMS) :  Dei ricordi, un museo è il primo vero album solista di Stefano "Lupo" Galifi, voce dei leggendari Museo Rosenbach, autori nel 1973 di Zarathustra, tra i massimi capolavori del Rock Progressivo Italiano. Tornato a calcare numerosi palchi e studi di registrazione negli ultimi anni come cantante de Il Tempio delle Clessidre e dei riformatisi Museo Rosenbach, nonché ospite e collaboratore di numerosi artisti della scena prog tricolore, Stefano ha finalmente trovato occasione di riordinare desideri, riflessioni e ricordi e di esprimere ancora una volta tramite la musica i propri pensieri. Un ciclo si chiude, e prima di aprirne un altro è necessario riorganizzare ed aprire i cassetti del proprio essere per riporre le proprie risposte, come in un 'museo esistenziale' che chiunque possiede.

Per la realizzazione di questo obiettivo Lupo si è avvalso della collaborazione di affermati musicisti e compositori che molti appassionati del genere sapranno riconoscere, a partire da Luca Scherani (La Coscienza di Zeno, Höstsonaten) il quale ha accolto l'invito con entusiasmo, immaginando le melodie e le musiche adatte alla potenza espressiva della voce di Stefano. I testi sono stati affidati a Gabriele Guidi Colombi (La Coscienza di Zeno, Not a Good Sign), parole ermetiche che interpretano il desiderio di riordinare quanto accumulato nel magma esistenziale di una vita. Completano la formazione Marcella Arganese (Ubi Maior, Mr. Punch), co-autrice della title-track che ripercorre il passato musicale di Lupo, e Folco Fedele, batterista professionista conosciuto in più ambiti oltre alla sua collaborazione con l’ensemble genovese dei Panther & C.

Dei ricordi, un museo è un album di moderno prog-rock in cui, grazie all'impronta stilistica dei musicisti coinvolti e alla voce, ancora oggi incredilbimente cristallina ed intensa, di Stefano Galifi, riecheggiano le sonorità dell'età dell’oro di quel progressive italiano di cui lo stesso Lupo è da sempre figura fondamentale.

Les musiciens : Stefano Lupo Galifi (chant et chœurs), Luca Scherani (piano, claviers, flûte, programmations), Marcella Arganese (guitares électriques et acoustiques), Gabriele Guidi Colombi (basse), Folco Fedele (batterie)


La tracklist:
1.Cuore ("dei ricordi, un museo" parte 1)
2.La morale cede
3.La stanza e l'angolo
4.Dei ricordi, un museo parte 2
5.Le due linee gemelle
6.Sterile
7.L'amante ("dei ricordi, un museo" parte 3)

 Le teaser sur YT (vous avec juste à cliquer sur la ligne soulignée pour écouter)

A ce sujet Marcella Arganese est la créatrice du teaser et de tout le graphisme de l'album.

Le lien pour acheter le CD  à partir du 8 octobre 2021 : BTF.IT AMS Records

 

vendredi 1 octobre 2021

Antiche Pescherie nel Borgo : Si no sabir...tazir !


Avec son autre groupe, Consorzio Acqua Potabile, Maurizio Venegoni nous a toujours habitué à chaque sortie de disques à des éditions limitées sortant à chaque fois de l'orinaire. Mais là, pour le premier album de sa nouvelle formation, Antiche Pescherie nel Borgo, il s'est surpassé. Car cette fois l'édition limitée est non seulement insolite mais carrément luxueuse et pour tout dire précieuse. Dans la catégorie des sorties vinyles récentes, c'est sans doute le plus bel objet proposé aux collectionneurs depuis bien longtemps. Jugez plutôt : la pochette est en fait un poisson (une daurade royale) plus vrai que nature dans lequel sont insérés le vinyle et un livret de 80 pages présentant le groupe, ses membres et racontant l'histoire du concept (celle des boutiques des pêcheurs dans le vieux Venise d'il y a plusieurs centaines d'années), le tout avec des photos et des illustrations polychromes, représentant aussi une vraie compilation de documents historiques. Pour ajouter à la rareté, l’édition vinyle est limitée à 199 exemplaires, numérotés bien sûr. Le souci du détail a même été porté jusqu'à prévoir un support pour que le poisson puisse être posé à la verticale sur sa tranche. Le livret de la version CD est un peu différent mais réalisé sur le même modèle et aussi beau.  Enfin si vous voulez tout savoir, le titre de l'album Si no sabir...tazir ! évoque, le sabir, la langue parlée à l'époque ancienne (du XVIème au XVIIIème environ) par les marins, les pêcheurs et les dockers de Venise, qui était en fait un parler vénitien enrichis de mots génois, arabes, portugais, grecs, turcs et même scandinaves. Le sabir (savoir en arabe) était donc une forme d’espéranto avant l'heure. "Si no sabir tazir !" signifie littéralement : "si vous ne parlez pas le sabir, taisez-vous !".     

Ce projet a mis plusieurs années pour mûrir et aboutir. Pour être précis, il date de 2016 et de la première collaboration effective de CAP avec Alvaro Fella, le chanteur de Jumbo, qui avait donné l'album Coraggio e Mistero. Maurizio et Alvaro ont ensuite eu envie de continuer l'aventure ensemble. Les deux années suivantes ont permis de mettre sur pied le nouveau groupe, de travailler sur le concept et d'élaborer les premiers morceaux. Le 1er juin 2018, nous étions quelques uns à assister à la première performance en public d'Antiche Pescherie nel Borgo (APnB) à la FIM de Milan, ce que Maurizio Venegoni a appelé "la naissance sur les fonts baptismaux".  Ce soir là, j'ai même fait le roadie (il faut savoir donner de sa personne !).

Le groupe que Maurizio Venegoni a réuni autour de lui est constitué d'une belle brochette de musiciens irréprochables. On ne présente plus bien sûr le lion de Milan Alvaro Fella et son compère de Jumbo, Dario Guidotti, maître es instruments à vent. Enrico Venegoni, déjà présent sur la dernière période de CAP, est désormais le clavier alter ego de Maurizio et il y a à l'évidence une grande complicité entre eux deux qui dépasse la dimension familiale. Augusto Gentili est un bassiste hors norme (mais aussi un spécialiste - et pratiquant - des instruments de musique bretons comme la bombarde !). Le batteur Massimiliano Varotto est d'une efficacité redoutable. Enfin je regrette déjà le départ de Paolino Doria tant il s'était imposé à la guitare électrique avec son style explosif (bienvenu au passage à Luca Musso, son remplaçant).

Avant d'attaquer la partie purement musicale, il est également indispensable de savoir que Maurizio Venegoni a eu l'idée de reprendre des morceaux existants de groupes prog du monde entier (parfois peu connus). Il s'en est servi comme bases pour les retravailler, les arranger et les développer afin d'en proposer à chaque fois une version totalement nouvelle adaptée et compatible avec la ligne musicale directrice choisie pour l'album. Bien sur les artistes concernés ont été informés en amont et ont tous donné leur accord pour une utilisation libre de leur morceau. L'opener "Corte Sconta (detta Arcana" est la reprise du titre d'Eloy "Illuminations" extrait de Colours (1980). La version de APnB permet de rentrer immédiatement dans le vif du sujet et d'embarquer l'auditeur dans un univers excessivement énergique et expressif. "Tocheti pocheti" est une adaptation du morceau d'inspiration médiévale "En superbô" du groupe français Minimum Vital (album Capitaines, 2008). APnB en fait un pur joyau d'une grande délicatesse et les interventions de Dario Guidotti au sax alto y sont évidemment pour beaucoup. Le lien est d'ailleurs tout trouvé avec "Sorisu nel vedru (por l'homo feliz)" qui est en fait un étonnant croisement réussi entre la célébration celtique des premières neiges  du Breton Ronan Le Bars ("An erc'h kentan") et l'instrumental "Service with a Smile" des Américains de Happy The Man. Alvaro Fella est juste énorme sur ce titre dont la puissance contenue n'en est que plus efficace. "Il mio nome è Lemuel" est une composition co-écrite par Enrico et Maurizio Venegoni. Elle était prévue au départ pour faire partie d'un des projets des Samuraï of Prog de Marco Bernard. Cela ne s'est pas fait. Dommage pour les S.O.P., tant mieux pour nous car il s'agit d'un réel épique à rebondissement, remarquablement attachant et doté d'un final à couper le souffle. "4tro" a été composée par Maurizio Venegoni en pensant à David Crosby. Ne cherchez pas autre chose qu'une inspiration du moment. Alvaro n'est pas David Crosby. En tout cas, c'est un beau moment cool marqué par un court chorus de Paolino Doria et un  solo de saxo de Dario Guidotti qui tient l’auditeur un long moment en haleine. "Biancomagno" est à l'origine un morceau du groupe argentin El Reloj ("Harto Y confundido" sur l’album El Reloj, 1976). On retrouve bien le côté rugueux presque sauvage de l'original. Alvaro n'a pas beaucoup à forcer sa nature sur ce titre qui flirte avec le hard prog et dont la longue section centrale instrumentale n'en finit pas de nous ravir. C'est tout pour le vinyle. Le CD comprend deux titres en plus. "Bhairavi - Profumi d'Oriente" est signé par Augusto Gentili, le bassiste d'APnB et évoque effectivement des parfums d'Orient très typés. Ce titre me rappelle ce qu'a fait Le Orme sur La Via della Seta. "Tomba masso poeta E..." est à l'origine une vieille chanson du groupe irlandais Mellow Candle, l'élégante "Boulders on my grave" tirée de l'album Swaddling Songs (1972). Une fois encore APnB se l'approprie et la fait sienne. 

"Faire du neuf avec du vieux"  pourrait être la devise de cet album. C'est d'ailleurs devenu aujourd'hui un phénomène de société dans tout ce qui touche à la mode et à la décoration. Mêler le vintage et le moderne est très tendance Alors pourquoi pas dans le rock progressif ! Mais il ne suffit pas de vouloir appliquer une recette, encore faut-il faire preuve de savoir-faire. Ici l'exercice de reprises de compositions d'autres groupes est réussie car il s'agit avant tout d'une appropriation totale sans la moindre concession à l'original. A partir de l'instant où APnB rentre dans un de ces morceaux, le groupe joue sa propre participation en totale liberté, en se lâchant complètement. La trame de départ n'est en fait plus qu'un prétexte, une clé en quelque sorte pour avancer vers une création entièrement nouvelle. Pour certains de ces groupes, d'autres titres ont d'ailleurs à un moment été envisagés. A l'arrivée, nous avons, non pas un album de reprises, mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, un ensemble homogène de pièces originales s'emboitant parfaitement les unes dans les autres avec une unité de ton et une signature nettement identifiable, celle de groupe APnB, qui, il faut bien le reconnaître est très proche de celle du Consorzio Acqua Potabile de Coraggio e Mistero. Ce type d'exercice, assez fréquent dans le jazz, est une nouveauté dans le prog où l'on se contente le plus souvent  soit de faire une cover à l'identique, soit d'insérer quelques citations exogènes dans un titre. 

Ce disque est à l'image de son principal démiurge : généreux, expansif et débordant d'énergie positive. Il y a de l'album de l'année dans l'air ! C'est moi qui vous le dit.

Les musiciens : Paolino Doria (guitares), Alvaro Fella (chant), Augusto Gentili (basse, contrebasse 6 cordes), Dario Guidotti (flûte, saxophone, chant), Massimiliano Varotto (batterie), Enrico Venegoni (claviers : piano, Mellotron M4000D, mini Moog, orgue Zarenbourg Waldorf, synté Phatty), Maurizio Venegoni (claviers : orgue Hammond XK3C, mini Moog, synthé Crumar DS2),


La tracklist :

  1. Corte Sconta (detta Arcana)
  2. Tocheti - Pocheti
  3. Soriso nel vedru (por l'homo feliz)
  4. Il mio nome è Lemuel
  5. 4tro
  6. Biancomagno (O parole di pesce)
  7. Bhairavi -Profumi d'Oriente (CD bonus track)
  8. Tomba masso poeta E... (CD bonus track)