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samedi 15 novembre 2025

LeoNero : Monitor

Le pseudonyme de LeoNero ne vous dit sans doute rien, le nom de Gianni Leone, déjà un peu plus. Mais si je vous dis Balletto di Bronzo, alors là oui, vous y êtes ! C'est d'ailleurs bien à ce même Gianni Leone, leader éphémère d'il Balletto di Bronzo, que l'on doit l'album culte Ys. Considéré comme un des chefs d’œuvre du prog italien, il portait pourtant en lui les germes de la mort du groupe. Car Gianni Leone, artiste fantasque s'il en est, après deux petites années (1971/1973) passées au sein de cette formation, allait entamer, juste après, une longue carrière solo chaotique parfois difficile à suivre sur la durée, le napolitain ayant pas mal bougé, passant d'un pays à un autre, tout en cultivant l'art de la transformation aussi bien pour ce qui concerne son aspect physique que pour son nom. Après avoir enregistré son premier disque solo (Vero, 1977) dans l'ambiance no-wave de New-York, il part sur la côte ouest des Etats-Unis. Trois ans plus tard, son second album est le fruit de sessions d'enregistrements dans des studios californiens. Il en résulte Monitor, qui sort en 1980, un disque plutôt bizarre comprenant une première face de cinq titres avec The Optical Band, en fait le groupe de power punk Plugz rebaptisé pour l'occasion, et une deuxième face de six titres du seul LeoNero aux prises avec ses machines (claviers et boîtes à rythmes).
Témoin et acteur d'une d'une époque où les avancées technologiques appliquées aux nouveaux instruments faisaient souffler un grand vent de modernité sur le monde de le musique, Gianni Leone en épouse totalement les modes musicales et... part dans tous les sens : new wave, synth pop, disco, délires électroniques, beats technoïdes, tout y passe !
Comme le propos de Monitor n'est absolument pas prog, je ne vais pas m'étaler sur la partie analyse musicale. Mais je vous incite par contre à jeter une oreille attentive à cet album car au milieu de quelques bizarreries et autres moments bien barrés qui ont quand même plutôt mal vieillis ("Volpe Orbot", "No, no, no, no" par exemple"), le génie de Gianni Leone transparaît à de nombreuses reprises. L'homme fait tout sauf n'importe quoi. De manière générale la face A (pistes 1 à 6 pour le CD) est assez impressionnante, et même si l'on est le plus souvent loin du rock progressif d'Il Balletto di Bronzo, certains titres comme "Strada" ne nous étonnent pas tant que cela quand on connaît bien Gianni Leone et sa furiosa légendaire. Il y a également une reprise d'un morceau des Grass Roots, "Piangi con me", une chanson qui avait été interprétée en Italie, à la fin des années 60, par The Rokes (un groupe anglais qui a fait toute sa carrière en Italie). Savourez aussi la sucrerie acide "Il nuovo mondo", c'est assez addictif dans le genre ! Détendez-vous même avec "Abat-jour" et son rythme chaloupé de bossa-nova. Enfin écoutez la version dance de "Tell me why", replacez-vous dans le contexte de l'époque, et dites moi si cela n'aurait pas dû faire un bon petit tube !
A noter que la réédition Black Widow propose un titre en plus avec The Optical Band, "LeoNero Mesa Beat", qui n'était pas sur la face A du vinyle ainsi que quatre titres en bonus.
Côté formats, Black Widow Records fait bien les choses comme toujours. Vous avez donc le choix entre le CD avec un livret de 20 pages, le LP vinyle en édition standard ou le LP vinyle en édition limitée (100 copies) acompagné d'un 2ème disque avec quatre titres en plus, du CD et illustré d'une couverture différente signée Nik Guerra.  

Bien sûr, à quarante cinq années d'écart, Monitor peut être légitimement pris comme une curiosité mais si vous voulez mieux connaître cet artiste protéiforme qu'est Gianni Leone, alors cet album constitue une clé de compréhension indispensable.


La tracklist (édition CD) :

1
Strada
2
Segmento
3
Piangi con me
4
Optical Surf Beat
5
Anaconda
6
LeoNero messa Beat      
7
Volpe Robot
8
Il nuovo mondo
9
No, no, no, no
10
Tell me why
11
Abat-jour
12
Ne' ieri ne' domani
13
Tell me why (bonus- second version)
14
Il nuovo mondo (bonus- re-edit)
15
Stanchiamoci insieme (bonus)

16
Un'eccitazione nuova (bonus)




jeudi 20 avril 2023

Balleto di Bronzo : Lemures

Je vous l'avais annoncé il y a quelques mois : la sortie d'un nouvel album de Balleto di Bronzo, dont la seule évocation du nom fait frémir dans le petit monde du rock progressif italien. Donc, en ce mois d’avril 2023, nous y sommes. Lemures sort chez Black Widow. Bien sûr, avec Gianni Leone, il fallait s'attendre à de l'exubérant. Et c'est bien le cas à la seule vue de la pochette mettant en scène un personnage improbable qui fait penser à un figurant de carnaval vénitien surgissant d'un film du cinéma bis. L'accoutrement de Gianni Leone est en fait un patchwork de vêtements et tissus personnels voire familiaux avec lesquels il s'est composé ce déguisement (Gianni adore se déguiser !). Et comme toujours avec Gianni Leone, le grotesque côtoie le mystique. C'est ainsi que l'album s'appelle Lemures, évoquant ainsi ces spectres bien particuliers qu'étaient les lemures, en fait des revenants à l'esprit plutôt malsain, dans l'antiquité romaine.
Au niveau création artistique, je ne vois pas bien comment on changerait Gianni aujourd’hui. C'est donc musicalement toujours aussi sombre, souvent hanté, parfois même heurté. Gianni Leone se plaît dans des atmosphères sonores torturées desquelles émergent des moments plus mélodiques qui constituent de très belles, mais rares, parenthèses marquées par une sensibilité exacerbée ("certezze fragile", "il vento poi"). Difficile également d'échapper à quelques sonorités technoïdes et autres ambiances new wave, réminiscences de l'autre face trouble de Gianni Leone, aka Leo Nero, heureusement limitées et concentrées sur le morceau "oceani sconosciuti". Gianni Leone fait partie de ces artistes qui expulsent leurs passions et leurs traumas avec une telle force et une telle conviction que l'auditeur se retrouve pris malgré lui dans un vrai maelström émotionnel ("L'ombra degli dei" et encore "il vento poi"). Au niveau rythmique, on balance entre frappes pesantes et patterns saccadés, l'opener "incubo succobo" en étant un parfait exemple, du genre instrumental sabbatique qui vous met mal à l'aise rien qu'à l'écouter. En clair, on retrouve toutes les particularités tant harmoniques que rythmiques qui font la marque de fabrique de Gianni Leone. 

Mais il y a aussi toujours, chez cet artiste hors norme et fantasque, cette étonnante capacité à donner vie à des œuvres musicales qui, au delà d'un côté parfois délirant ("napoli sotterranea"), acquièrent toutes une personnalité qui dépasse à chaque fois largement le simple statut de chanson. On pourra parfois trouver des similitudes de style avec ELP (encore que !) et pourtant, jamais je n'ai ressenti un morceau de l'illustre trio anglais, même le plus puissant, avec cette impression d'être face à une créature vivante ("l'ombra degli dei"). Car, de fait, je vois plutôt les créations de Gianni Leone comme des êtres qui prennent vie dans le temps imparti que leur donne leur démiurge romain. Comment affronter et ressentir autrement un monument comme "Labyrinthus" ? Vous pouvez trouver, à juste titre, cette chronique délirante, mais je vous promets qu'elle est à la hauteur de ce qu'a produit Gianni Leone avec son Balleto di Bronzo du XXIème siècle. 

Ce qui est sûr, c'est que cinquante ans après sa sortie, les nostalgiques de Ys ne seront pas déçus par son lointain descendant. Sans même parler de "deliquio viola", qui est sans doute l'acmé de cet album, des titres comme "lemofago" et "l'ombra degli dei",  peuvent carrément constituer des dignes prolongements des célèbres incontri ! D'une manière aussi improbable que passionnante, Gianni Leone ajoute donc un chapitre majeur, à l'histoire épisodique d'un groupe mythique du rock progressif italien.

Les musiciens jouant avec Gianni Leone sont Riccardo Spilli (batterie) et Ivano Salvatori (basse) qui l'accompagnent déjà depuis un moment sur scène.

La trackist :

  1. incubo succubo
  2. oceani sconosciuti
  3. lemofago
  4. napoli sotterranea
  5. l'ombra degli dei
  6. labyrinthus
  7. certezze fragili
  8. deliquio viola
  9. il vento poi


    Label : Black Widow Record