mercredi 13 mai 2026

Celeste : Prince of one day

Tout amateur de rock progressif italien qui se respecte honore l'album de Celeste, sorti en 1976, comme un joyau du genre. Souvent appelé par son titre principal "Principe di un giorno", ce disque avait marqué la fin d'une époque pour le prog italien, se distinguant par sa délicatesse et par ses atmosphères oniriques. La formation s'est ensuite disloquée mais Ciro a continué une grande carrière de producteur de disques (Mellow Records) mais aussi de musicien, réactivant même le nom de Celeste, il y a une dizaine d'années, ce qui s'est traduit par toute une série d'albums de très belle facture. Si vous suivez ce blog, vous avez d'ailleurs eu l'opportunité d'en lire les chroniques : Il risveglio del principe (+ interview), Il principe del regno perduto Echi di un futuro passato, Anima animus.   
Vous savez que je ne suis pas fan des commémorations et autres oraisons des vieux albums, mais pour cette fois je fais une exception, car un petit (et rapide) retour en arrière s'impose. En 1972, Ciro Perrino et Leonard Lagorio laissent le groupe séminal Il Sistema pour former Celeste avec également Giorgio Battaglia et Mariano Schiavolini. La composition du premier album démarre en 1973 pour un enregistrement en 1974 et finalement une sortie en 1976. Entre-temps le train du prog italien est déjà passé.
Où l'histoire devient intéressante, c'est que la conception même de l'album avait été pensée avec des textes en anglais. Cette partie avait été confiée à la chanteuse britannique Nikki Berenice Barton qui traduisit les paroles de Ciro en anglais. Il existe d'ailleurs un enregistrement live qui permet d'entendre le groupe joué les morceaux du futur album avec Nikki Barton interprétant ses parties vocales en anglais. Mais le retour en Angleterre de la chanteuse obligea finalement le groupe à enregistrer l'album avec les paroles en italien, obligeant les quatre membres du groupe à se coller à tour de rôle au micro.  
Le temps a passé, tout le monde a gardé en mémoire ce très bel album, régulièrement cité dans les disques de RPI à posséder, mais une certaine frustration a pourtant continué à hanter Ciro pendant toutes ces années. Tout en développant de nouveaux projets musicaux pour Celeste, l'idée de sortir l'album Principe di un giorno dans la version prévue est peu à peu devenue une évidence pour lui, pour ne pas dire une obsession ! Sans la maladie qui a frappé Nikki Barton il y a quelques années, l'hypothèse d'un album réenregistré avec la chanteuse anglaise a même failli se concrétiser. Pour Ciro, l'enjeu est donc devenu ensuite de trouver une chanteuse ayant le timbre de voix adéquat à ce qu'il avait en tête. D'essais infructueux en tentatives peu convaincantes, Ciro a fini par trouver la perle rare, grâce à son ingénieur du son, Marco Canepa qui connaissait bien une jeune chanteuse australienne avec laquelle il avait déjà travaillé (notamment pour Alan Simon). Disons-le sans aucune hésitation, l'ingénieur du son italien a vraiment eu le nez fin. Siobhán Owen a enregistré ses parties vocales comme dans un rêve répondant ainsi parfaitement aux aspirations de Ciro Perrino.
Évidemment, préalablement à l'écoute de l'album 2026, il a été utile de réécouter celui de 1976. Et il faut bien dire que le résultat est bluffant. Chaque instrument est distinctement audible, chaque note, même la plus discrète, se fait entendre. La musique sonne plus claire et plus brillante. Elle semble enfin se libérer de sa gangue. Quand on sait que les bandes originales ont été définitivement perdues, il est clair que Marco Canepa a réalisé un travail miraculeux de restauration du son et de mastérisation de l'ancien album.
Voilà qui change beaucoup les choses. Car Celeste développe une musique avant tout soft basée sur les claviers, le piano bien sûr le plus souvent associé au mellotron. L’ambiance générale est très pastorale, à l’instar du bucolique "Far white halo". Les atmosphères délicates, se rapprochent parfois d’Errata Corrige. Les percussions sont minimalistes mais toujours judicieuses.
Ce qui distingue également Celeste, c'est cette capacité à développer des parties instrumentales sur quasiment chaque morceau, comme sur le très réussi « Ancient fables » ou encore sur "The great island" qui termine par un solo de Leonardo Lagorio à l'Arp Odyssey. "Games in the night" (Giochi nella notte) marque toujours autant
par son élégance que par son originalité, évoquant un Maxophone entièrement acoustique.
Mais le plus de cet album relooké est bien sûr la voix "céleste" (facile je sais) de Siobhán Owen qui vient très avantageusement remplacer les parties chantées de l'époque. Les paroles en anglais et les intonations de Siobhán  font que cet album prend soudainement des accents celtiques. Cette dimension supplémentaire donne encore plus de charme à cette musique qui possédait déjà un fort pouvoir évocateur, flirtant avec le féérique et le surnaturel. A cet égard " Far white halo" passe dans la catégorie "sublime".
Voilà en tout cas une très belle manière de fêter le cinquantième anniversaire de cet album. Ciro Perrino doit être largement remercié pour sa persévérance à faire vivre l'esprit de Celeste, non pas comme une antique relique du passé, mais bien comme une entité contemporaine se régénérant à chaque fois à travers un nouveau projet artistique (ce sera encore le cas très bientôt). Labente tempore, futurum cogita !    
    
 
Le groupe : Ciro Perrino (percussions, xylophone, flûte, recorder, mellotron, chœurs),  Leonard Lagorio (piano, claviers, flûte, saxophone, mellotron, chœurs), Giorgio Battaglia (basse, xylophone, chœurs), Mariano Schiavolini (guitares, violon, chœurs).
Invitée 2026 : Siobhán  Owen (chant)

La tracklist :

1. Prince of one day (Principe di un giorno)
2. Ancient fables (Favole antiche)
3. Eftus (Eftus)
4. Games in the night (Giochi nella notte)
5. The great island (La grande isola)
6. Far white halo (La danza del fato)
7. The merchant (L'imbroglio)

Label : Inner garden Records 

Lion bandcamp : Celeste "Prince of one day"



jeudi 7 mai 2026

Alessandro Seravalle : Quaderni


Que le véhicule utilisé soit Garden Wall, Officina F.lli Seravalle ou encore Qohelet, l'artiste derrière est toujours le même, Alessandro Seravalle.
Pour ce dernier projet audio en date, Alessandro maîtrise tous les compartiments de la création. La musique est composée par lui. Les instruments sont joués par lui et les textes ont été écrits par lui !
La genèse de ce travail date de 2022. Alessandro a contribué à une émission de la RAI, La voce di
Calliope , en fournissant des poèmes qui ont été lus par la comédienne Marzia Postogna.
En réécoutant le podcast de l'émission, Alessandro a eu l'idée d'aller plus loin et de transformer cette performance en un projet musical avec à nouveau la participation de Marzia Postogna pour les parties récitées.
Le résultat est comme toujours avec Alessandro Seravalle, surprenant et intrigant.
Nous pouvons classer les morceaux en trois catégories.
Il y a d'abord ceux qui sont à la fois expérimentaux, noisy et étranges, comme "Bambino", Saggezza vegetale.
Ensuite, il y a ceux qui sont atonaux et déstructurés, proches de la musique concrète, comme "Ancora zwischen Dasein ", "Pachea a Sarvignan " "Skepsis".
Enfin, il y a ceux qui ressemblent à des flux sonores cosmiques, si tant est que l'on ait une idée d'à quoi ressemblent les sons de l'espace. Dans cette dernière catégorie on trouve "Arbui ta fumata" et "Io ?".
Dans tous les cas, comprenez bien que l'univers d'Alessandro n'est pas le votre sauf à ce que vous veniez d'un monde hostile où les bruits sont automatiquement sinistres et angoissants, et les sons froids et implacablement pénétrants.
Pour ne pas sortir de cette écoute irrémédiablement déprimé et neurasthénique, je vous conseille de vous concentrer sur "Io ?" duquel se dégage un semblant d'humanité sans doute grâce aux sonorités finalement presque rassurantes de la guitare baryton, du piano et de l'orgue. Ce morceau est d'ailleurs passionnant de bout en bout.

Imperturbablement, Alessandro Seravalle continue son incroyable parcours artistique avec une exigence au delà de la normale, en mettant un point d'honneur a toujours rester en dehors des sentiers battus sans vraiment se préoccuper de savoir si ses travaux rencontrent l'adhésion collective. Je crois même qu'il s'agit plus en fait d'une démarche personnelle et d'une exploration intérieure qui concerne d'abord Alessandro lui-même.
C'est donc encore une fois un travail  totalement atypique, unique et fascinant.

Alessandro Seravalle : électronique, guitares, pédaliers d'effets, piano, piano électrique, Mellotron
Gian Pietro Seravalle : rythmes sur "Arbui ta fumata"
Marzia Postogna : voix récitante

La tracklist :

  1. Bambino
  2. Ancora zwischen Dasein 
  3.  Pachea a Sarvignan 
  4.  Saggezza vegetale
  5.  Arbui ta fumata (Bassa Friulana)
  6. Skepsis
  7. Io ?

Label : Lizard Records

vendredi 1 mai 2026

Gianmaria Zanier : Diario di bordo



Il y a quelques mois, Gianmaria Zanier nous a fait une surprise en sortant son propre album. Nous avons ainsi découvert une autre facette du personnage sympathique qu'il est en toute circonstance et de l'homme de média portant haut les couleurs du rock progressif, que ce soit avec son émission sur Radio Vertigo One ou encore avec sa page Prog & Dintorni.
Les notes du booklet sont très explicites sur son projet musical. On comprend ainsi qu'il a lentement muri et alimenté ce journal de bord, comme il l'appelle, sur une durée de vingt cinq ans. Il y a eu incontestablement une montée en puissance au cours des dernières années, résultant en grande partie de ses collaborations avec les groupes Phoenix Again et Osanna avec lesquels il a d'ailleurs enregistré des performances live présentées sur ce disque.
Même si la liste des musiciens jouant sur cet album est assez étoffée (avec au passage quelques noms prestigieux), il est facile de remarquer que Gianmaria s'est réellement impliqué dans cet album puisqu'il est l'unique compositeur de la musique mais aussi qu'il en est le principal interprète multi-instrumentiste. Il ne s'agit donc pas d'une lubie musicale d'un amateur qui a voulu se faire plaisir mais bien du travail artistique sérieux d'un musicien confirmé qui est passé de l'autre côté de la barrière.

L'album est bien rempli avec pas moins de vingt deux morceaux composés par notre ami. La première partie du CD est constituée de titres au format chanson dont on retiendra avant tout "Energia nuova da bruciare" que Gianmaria nous avait proposé en avant-première. La version live enregistrée avec le groupe Osanna est évidemment plus aguicheuse. Mais la version instrumentale me paraît encore supérieure ! De manière générale, il s'agit plutôt de chansons entraînantes avec du rythme. On se régalera aussi avec les très rock "Nel bene e nel male" et surtout "Amare... Soffrire... Gioire." jouée live avec Phoenix Again.
Le très bel interlude, proche d'une illustration musicale pour le cinéma italien des années cinquante, sert de césure avant d'entamer la deuxième partie de l'album, qui est plus orientée rock progressif. Les morceaux sont variés, instrumentaux et prioritairement basés sur des structures jouées à la guitare électrique ou acoustique. Mais il y a aussi des compositions pensées pour les claviers comme "Tentativo di fuga" ou "Virus". 
Même si ma préférence va au triptyque "Outsider"  ainsi qu'à "Uscita di sicurezza - Catarsi (Parte 2)" et à "Virus", il fut aussi apprécier des superbes pièces comme " Il prezzo da pagare", "A.P.S.", " In continuo movimento" ainsi que la deuxième partie de "Stile libero".
De manière générale, tous ces morceaux dégagent une grande sensibilité et beaucoup de délicatesse. Nous sommes bien au delà du travail réalisé par un simple amateur. Gianmaria a un style qu'il sait parfaitement mettre en forme pour un résultat tout à fait convcaincant.
En tout cas, avec ce CD, Gianmaria démontre tout le bon sens de l'adage "On est jamais mieux servi que par soi-même".

Les musiciens : 

Gianmaria Zanier: voix, guitare acoustique, guitare classique, guitare 12 cordes, piano, piano électrique Fender Rhodes et Wurlitzer, synthétiseurs, orgue, clavinet, basse (20).

Gigi Venegoni: guitare acoustique, guitare électrique.
Piero Mortara: piano électrique et synthé (2), accordéon (8)
Sergio Lorandi: basse électrique (2), guitare électrique (15, 17)
Silvano Silva: batterie (2)
Phoenix Again band (6)
Osanna band (7)

Fabio Del Torchio: basse électrique
Egidio Perduca: guitare électrique guitare acoustique, basse, claviers pour les pistes 1, 4 et 5, guitare électrique pour les pistes 9, 12, 19 e 20
Alfredo Ponissi: saxophone et flûte (8)
Stefano Pastor: violon (8)
Fabrizio Ugas: guitare classique (8)
Stefano Nozzoli: Piano (8), piano électrique Wurlitzer (9), piano et orgue (13, 14), orgue et synthé (22)
Noemi Mazzoni: violon (13, 14)

La tracklist :

01. Il punto della situazione
02. Energia nuova da bruciare
03. Amare... Soffrire... Gioire...
04. Nel bene e nel male
05. Rinascendo ora per ora
06. Amare... Soffrire... Gioire... (feat. Phoenix Again)
07. Energia nuova da bruciare (feat. Osanna)
08. Interludio
09. Il prezzo da pagare
10. A.P.S.
11. Tutto sommato, va bene così...
12. In continuo movimento
13. Stile libero (parte 1)
14. Stile libero (parte 2)
15. Outsider (Prologo)
16. Tentativo di fuga
17. Outsider (Epilogo)
18. Ombre cinesi
19. Catarsi (Parte 1)
20. Uscita di sicurezza - Catarsi (Parte 2)
21. Virus
22. Energia nuova da bruciare (ripresa strumentale)

Sortie : 2025
Label: G.T. Music