Dois-je rappeler en préambule que ce groupe a vu le jour en 1970 à Gênes sur les cendres d'I Sagittari. Ettore Vigo est aujourd'hui l'unique survivant de la formation originale. On pourra toutefois ajouter que Martin Grice est également un membre historique, lui qui a rejoint le groupe en 1974 pour l'album Delirium III. Au cours de ces six décennies (et oui !) Delirium a connu de nombreuses péripéties avec des entrées et des sorties, parfois éphémères, de membres. Paradoxalement, jusque là seulement deux albums studios sont venus s'ajouter aux trois enregistrés entre 1970 et 1974. Nous avons d'abord eu Il nome del vento en 2009, alors que le groupe comptait encore son batteur d'origine Peppino di Santo, puis L'era della menzogna en 2015. Deux albums qui ont parfaitement fait honneur à la légende de la formation génoise, en restant fidèle au style caractéristique de Delirium.
Reste maintenant à tester ce Sesta strada lungo il tempo dont le titre évoque joliment ce long chemin musical qui s'étale sur six décades. Et le moins que l'on puisse dire est que les musiciens affichent une belle ambition collective en s'attaquant d'emblée à une suite de 22 minutes, ce qui constitue de loin le morceau le plus long jamais enregistré par le groupe. Mais le résultat est à la hauteur du défi. Une belle suite, passionnante de bout en bout avec un final remarquablement enlevé porté par un Michele Cusato en état de grâce. Alessandro Corvaglia a produit là un travail de composition absolument remarquable. Je suis beaucoup moins convaincu par les deux chansons suivantes "Clochard" et "Il riposo del pirata" qui sonnent, à mon goût, un peu trop dans un style comédie musicale, même si "Il riposo del pirata" possède de très beaux passages instrumentaux. Je le reconnais avec d'autant plus de bonne volonté que j'ai toujours été un fervent supporter de Delirium. Et justement, la magie revient pour moi avec "Della strada il ritorno", un très grand instrumental jazzy qui permet à Martin Grice d'exprimer toute l'étendue de son talent de souffleur. Une fois encore Michele Cusato est impérial à la guitare électrique."Parole nel vento" est également une grande réussite. Un vrai morceau prog joué dans l'esprit de L'era della menzogna mais avec quelque chose en plus : une force de conviction qui réjouit les oreilles et le cœur.
Je ne sais pas si Sesta strada lungo il tempo sera le dernier album de Delirium, mais il permet en tout cas d'entretenir vaillamment la légende d'un groupe sans lequel le rock progressif italien ne serait pas tout à fait ce qu'il est encore aujourd'hui. Last but not least ? Qui sait !
Le groupe : Ettore Vigo (claviers, chœurs), Martin Grice (flûtes, saxo, chœurs), Fabio Chighini (basse et chœurs), Alessandro Corvaglia (chant lead, claviers, guitare acoustique, chœurs), Michele Cusato (guitares, chœurs), Enrico Tixi (batterie, percussions, chœurs).
Invités :
Andrea Bottesini: voix récitante “Schiavo della viltà”, “Il riposo del Pirata”
Giulia Ermirio: violon “Schiavo della viltà”, “Clochard”
Alice Vigo : voix “Clochard”, “Il riposo del Pirata”
Enrico Bianchi, Raffaella Izzo: chœurs “Parole nel vento”
La tracklist:
1. Schiavo della Viltà
2. Clochard
3. Il Riposo del Pirata
4. Della Strada il Ritorno
5. Parole nel Vento
Label : Black Widow Records
Enregistré par Jonathan Grice à Lo Studiolo, Sant'Olcese
Sortie : 22 mai 2026

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