Aether, voilà un groupe qui dès son premier album en 2023 (voir chronique ici) avait démontré une maîtrise absolument remarquable tant en ce qui concernait la qualité des compositions que dans l'exécution même des morceaux avec des références assumées allant du rock progressif dans l'esprit de King Crimson au jazz contemporain avec des influences très pointues comprenant aussi bien l'école scandinave ECM que le Kilimanjaro Darkjazz Ensemble.
Si "Oort cloud" rappelle effectivement (de loin) le King Crimson période Red (après bien sûr l'intro atmosphérique jouée à la flûte), le reste de l'album est très original et innovant, avec quelques rendez-vous savoureux qu'il ne faut absolument pas rater. A commencer par l'étonnant "Cinq teintes, quatre cadres" dont le titre (en français s'il vous plaît !) semble parfaitement approprié tant les couleurs sonores varient au gré des visions des musiciens avec une succession d'univers tour à tour planants, psychédéliques, jazz et ethniques. Mais aussi avec "Panta rei" qui mélange habilement une musique d'obédience classique (le piano) et un shuffle jazz (les percussions, le jeu des métriques) pour amener le morceau à une lente montée en intensité avec l’apparition d'une guitare électrique qui s'exprime en roue libre avec un long et impitoyable chorus free. Enfin, il y a "Swerve" qui correspond à l'idée que se font les membres du groupe d'un jazz rock progressif avec une fois encore une expression très personnelle du sujet. C'est foisonnant, brillant, et parfois aussi inattendu, mais toujours passionnant. A cet égard, le changement de braquet qui intervient au milieu du morceau à de quoi laisser pantois avec, pour terminer, une décélération tout aussi intense.
Les deux autres morceaux présents viennent compléter un album qui est à l'évidence conçu sans aucune volonté d'uniformité. L'idée serait plutôt au contraire d'éviter de rentrer dans un genre bien défini mais aussi de contourner toute velléité de structuration formelle. Il existe d'ailleurs un paradoxe à ce niveau d'analyse car on pourrait penser que ces musiciens vont se perdre en route, hors c'est tout l'inverse qui se passe. Quelque soit la direction qu'ils prennent, ils vont toujours à l'essentiel.
"Vogon" doit sans aucun doute est apprécié à part du fait de la présence de la voix de Claudio Milano sur ce titre. Nous avons là un morceau qui subit une forme de mutation temporaire du fait de l'intervention vocale de Milano puis la musique reprend le dessus emmenée par une guitare électrique qui semble vouloir absolument faire la différence.
"La mélancolie du petit Prince" (deuxième titre en français donc !) s'écoute comme une parenthèse sonore qui dure et s'étire en longueur. Le piano est l'élément central autour duquel viennent se greffer une multitude de sonorités et de bruits électroniques, des éléments parasites qui devraient logiquement casser l'harmonie alors qu'en fait ils la magnifient. Étonnant exercice de style !
Avec ce troisième album les quatre musiciens milanais se placent comme un groupe à part complètement hors des normes et du "déjà entendu".
III est en fait un condensé de musique exigeante mais parfaitement accessible, pour un public averti. Une création sonore qui brouille les pistes tout en explorant les ressources du jazz (qui reste quand même le matériau de base), la puissance du rock progressif et les potentialités expérimentales de la musique contemporaine.
Le groupe : Andrea Grumelli (basse), Andrea Ferrari (guitares, synthés), Andrea Serino (claviers et piano Fender Rhodes), Teo Ravelli (batterie, effets électroniques)
Invités : Rosarita Crisafi (flûte), Claudio Milano (voix sur 2)
La tracklist :
1. Oort cloud
2. Vogon
3. Cinq teintes, quatre cadres
4. La mélancolie du petit Prince
5. Panta Rei
6. Swerve
Autres informations
Formats CD et Digital
Label: Luminol Records
Date de sortie : 22 mai 2026
Lien bandcamp du groupe : Aether
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