vendredi 12 mars 2021

Paola Tagliaferro sings Greg Lake

La genèse de cet album est une histoire d'amitié et de respect entre artistes. Paola Tagliaferro a rencontré Greg Lake et sa femme, Regina, sur le tard en 2012. Des liens forts se sont créés entre le couple et Paola, liens qui ont perduré avec Regina après le triste décès de Greg Lake à la fin de l'année 2016. En 2017, Paola a décidé de créer un spectacle musical en hommage à Greg Lake appelé "Art in Progress Event in Memory of Greg Lake". Pour porter ce projet, elle a demandé à des musiciens de grande qualité de l'accompagner. La formation ainsi constituée a pris le nom de La Compagnia dell'Es. On retrouve dans ce groupe, entre autres, le guitariste et ingénieur du son Pier Gonella (également membre de Vanexa, Mastercastle et Necrodeath), le duo Enten Hitti, spécialisé dans l'utilisation des instruments anciens, qui a son propre parcours discographique (et qui a même eu l'honneur d'une courte chronique sur ce blog !), ainsi que le harpiste Vincenzo Zitello considéré comme une référence en la matière et ayant largement collaboré au début des années quatre vingt avec notre barde breton Alan Stivell. Paola Tagliaferro est, quant à elle, une artiste complète qui a œuvré dans la danse, la peinture et la musique y compris la musique expérimentale. Elle compte de nombreuses collaborations musicales (dernièrement avec Max Marchini, Bernardo Lanzetti mais aussi avec Peter Sinfield, l'ancien parolier de King Crimson) et compte quatre albums récents à son actif : Linee dell’Anima  en 2007, Chrysalis en  2009, Milioni di Lune en  2012 et Fabulae en 2018. Outre le fait d'être une très belle femme (j'ai quand même le droit de le dire !), elle a donc un parcours musical plus que respectable. Tout cela pour mieux vous faire connaître ces musiciens mais aussi pour vous faire comprendre que nous n'avons pas affaire à des amateurs. Après plusieurs performances de Paola et de La Compagnia dell'Es honorant Greg Lake à travers le "Art in Progress Event Tour in Memory of Greg Lake", Regina Lake a demandé à Paola d'enregistrer un album regroupant une partie des chansons interprétées sur scène. Évidemment la voix de Paola, au demeurant fort belle et puissante quand il le faut (cf. "Epitaph"), ne peut pas rivaliser avec celle profonde et enveloppante de Greg Lake. C'est donc sur un autre terrain qu'il faut aller pour jauger cet album. Ce n'est pas pour rien que Regina Lake a tenu à apporter ses conseils sur l'esprit dans lequel chaque morceau pouvait être joué en respectant les intentions de Greg. Car c'est là que se trouve tout l'intérêt de ces reprises. Leur exécution révèle une forme de pureté et de dépouillement qui s'apparentent à un recueil de "Greg Lake'songs naked". L'autre tour de force de cet album est de donner une unité de ton à ces dix (onze) chansons reliées entre elles par ce qui s’apparente à une forme d'évidence, se traduisant  par une homogénéité d'écoute plaisante. La preuve ? Tous les "hightlights" de Greg Lake sont réunis ici et pourtant aucun ne sort plus du lot qu'un autre. Après, tout est question de sensibilité et à ce petit jeu, j'avoue avoir un faible pour "Lucky man" tout simplement pour la justesse de l’interprétation de Paola et pour l'accompagnement tout en finesse du groupe qui donne un vrai plus à cette chanson touchante, pour "Promenade 2" sur laquelle Paola accroche sa voix à un fil invisible dans un joli numéro d'équilibriste, pour "Moonchild" car cette version exacerbe encore, si cela était possible, la délicatesse infinie de ce titre, et enfin pour "Epitaph/Battlefield" de laquelle il se dégage une tristesse et une nostalgie qui siéent à merveille à cette fin d'album, La Compagnia dell'Es se surpassant ici pour recréer un arrangement qui porte et mette en valeur l'emphatique (à l'origine) "Epitaph". J'avoue que j'avais une certaine appréhension quant à l'accent de Paola et surtout à la manière qu'elle aurait d'interpréter ces chansons en respectant les attaques, le phrasé et les nuances de Greg. Mais là encore, peut être grâce au concours de Regina, tout est parfait et en place. Les derniers sceptiques se demandant ce que donne le prog dans tout çà, iront écouter "Take a Pebble" et la performance centrale d'Andrea Zanzottera au piano puis feront un saut jusqu’aux pistes 9 et 10 ("Moonchild" et "Epitaph"), ce qui devrait définitivement les rassurer.   

Cet album vient confirmer, s'il était besoin, le talent de Greg Lake comme songwriter. Talent qui n'a jamais été reconnu à sa juste valeur, son passage chez King Crimson ayant été trop court pour lui permettre d'imposer dans le temps ses qualités de mélodiste, et son association dans ELP ayant régulièrement tourné à l'avantage des exploits soniques d'Emerson au détriment de ses chansons qui passaient trop souvent pour de simples intermèdes. Quant à sa carrière solo, il faut reconnaître que Greg est quand même passé à côté, ce qui ne lui a pas permis de faire briller ses chansons contrairement à un John Wetton beaucoup plus opportuniste. Le but de cet album est donc atteint : rendre hommage à Greg Lake en mettant en valeur l'essence de ses compositions. L'exercice n'était pas facile, et pas gagné d'avance, car quand on s’attaque à des monuments comme "Still you turn me on", "Lucky man", "Take a pebble" "Moonchild" ou "Epitaph", il faut quand même assurer et ne pas se contenter de faire dans l'approximatif. Bien sûr, vous l'aurez compris, Paola et La Compagnia dell'Es sont au rendez-vous. Qu'ils en soient remerciés au nom de tous ceux qui ont aimé un jour entendre Greg Lake interpréter une de ces belles et inoubliables chansons. C'est la vie ! 

 La tracklist :

  1. From The Beginning  
  2. Still You Turn Me 
  3. Lucky Man
  4. C’est La Vie
  5. Promenade 2
  6. The Sage 
  7. Take A Pebble
  8. Believe In Father Christmas 
  9. Moonchild 
  10. Epitaph/Battlefield  

Les musiciens (La Compagnia dell'Es) : Paola Tagliaferro (chant), Pier Gonella (guitares), Giulia Ermirio (violon), Andrea Zanzottera (piano), Pierangelo Pandiscia & Gino Ape aka Enten Hitti (hautbois, xylophone, luth, bells), U.T.Gandhi (percussions), Vincenzo Zitello (harpe)

Voici les liens pour :

aller sur le site de Paola Tagliaferro, c'est ici

commander le CD, ici

 


Aucun commentaire:

Publier un commentaire

si vous n arrivez pas à poster votre commentaire, contactez-moi directement. En tout cas merci à vous pour l intérêt que vous portez à ce blog.