dimanche 18 juillet 2021

Elisa Montaldo : Fistful of planets part II

Enfin ! Fistful of Planets part II voit enfin le jour. Après la longue période d'incertitude pendant laquelle Elisa a longuement hésité avant de se lancer à nouveau dans un projet solo, il y a eu ensuite l'inévitable parcours du combattant qui attend tout artiste qui choisi l'auto-production. Elisa a encore accru la difficulté en ayant l'ambition - on peut même parler de vision - de proposer autre chose qu'un simple album avec ce coffret proposant une expérience multi-sensorielle (comprendre la mise en action de quatre de nos cinq sens). Il fallait oser. Elle l'a fait ! Le résultat est enfin là, unique, magnifique. Le livret , les dessins, le parfum.

Le coffret en main, le CD dans votre lecteur, vous pouvez écouter, voir, toucher, sentir. Elisa vous fait ainsi entrer dans son univers privé. Avec pour commencer cette immersion dans l'expérience poly-sensorielle voulue par Elisa. Pour cela ,elle a embarqué dans son projet deux autres artistes qui apportent chacune (ce sont des femmes) leur savoir-faire. L'italienne qui se faut appeler la Strega del Castello a créé, en collaboration avec Elisa, un parfum spécialement conçu pour l'occasion. La suisse Delphine Claret-Borgio aka Delfilm a pour sa part accompagnée Elisa pour toute la partie graphique comprenant dessins, images, photos et artwork.Trois femmes impliquées dans un même projet pour un objectif unique : que la musique imaginée par Elisa s'inscrive dans un ensemble plus large et aussi plus intense afin de pouvoir vivre une révélation des sens sans avoir à quitter son fauteuil dans son salon.

Pour son deuxième bouquet de planètes, Elisa nous propose neuf nouveaux objets célestes qui correspondent à neuf nouvelles expériences personnelles d'Elisa. Volontairement plus profond que Fistful of Planets part I, ce nouveau voyage spatial nous emmène encore plus loin vers de nouvelles destinations jusque là inconnues : l’exosphère et les trous noirs.  

Voilà maintenant votre carnet de voyage avec toutes les informations utiles et toutes les clés qui vont vous permettre de faire ce beau périple interstellaire.

1- "Valse des Sirènes - chanson (second meteor of chaos)" : l'histoire de cette chanson mérite quelques lignes. Il y a quelques années, Elisa a rencontré un vieux monsieur, le Français Attala Alexandre qui, après l'avoir entendu jouer et chanter, lui a remis une partition d'une valse qu'il avait composée en lui disant qu'elle lui faisait penser à Elisa et qu'elle serait mieux entre ses mains. C'est cette même valse ("Histoire de la petite sirène Ikéa") à laquelle Elisa a donné vie avec l'aide de Matteo Nahum pour les arrangements très spéciaux donnant au tout une patine sonore évoquant un vieux gramophone. La sensation d'entendre ici une chanson venant du fond des âges est à la fois inentendue et saisissante. Elle représente bien l'idée d'une hypothétique réminiscence d'un lointain passé ancestral qui surgirait soudainement sous la ferme d'une météorite. C'est bien Elisa que l'on entend chanter, en français, les paroles du libretto.

2- "Floating/Wasting life (the grey planet)" : premier arrêt sur une planète de couleur grise. Nous devons réfléchir à ne pas perdre notre vie et de gaspiller des moments précieux. Nous devons mettre à profit le temps qui nous ait accordé pour trouver un sens à notre existence et faire les bons choix. Elisa joue du piano, chante en anglais. Paolo Tixi (Il Tempio delle Clessidre)  et Matthias Olsson (Anglagard, White Willow, Necromonkey, Molesome) s'occupent de la batterie pour le premier et des percussions pour le deuxième. Hampus Nordgren Hemlin (Molesome, Pixie Ninja) prend en charge tous les autres instruments (guitares, cloches tubulaires, vibraphone, Mellotron, basse).

3- "Earth's call (exosphere) : Matthias Olsson et  Hampus Nordgren Hemlin sont à nouveau présents, pour cet instrumental, aux côtés d'Elisa mais des renforts de poids arrivent avec les Samuraï of Prog¨ (Steve Unruh à la flûte, Rafael Pacha à la guitare classique, Nina Uzelac au violoncelle et José Manuel Medina pour la section cordes). L’exosphère d'Elisa ressemble beaucoup à un ciel nuageux et lourd qui se dégage progressivement pour laisser place à une toile bleue illuminée par un soleil radieux. L'impression d'une immersion dans un univers inconnu, donc inquiétant, dans lequel on ne sait pas, dans un premier temps, vers où se diriger et qui se révèle peu à peu être un espace rassurant et réconfortant.   

4- "We are magic (the fuchsia planet)" : la planète fuchsia  porte un message d'espoir. "Quand vous ne savez pas où vous allez, quand vous n'arrivez pas à voir votre chemin, arrêtez-vous un instant et essayez de sentir le souffle du vent. Si vous êtes inquiet pour vos choix, si vous ne trouvez pas la paix dans votre esprit, détendez-vous et buvez un verre de vin, Il y a un moyen secret d’arrêter le temps : suivez votre instinct et vous vous sentirez bien, respirez la liberté du présent et ne vous retournez pas, laissez vous juste voler... Nous sommes magiques!". La chanson délicate et mélancolique se déroule sur un mode très doux sans aucune aspérité. Elisa chante en anglais, joue du piano, des claviers et de l'auto-harpe. Matthias Olsson et  Hampus Nordgren Hemlin se répartissent le reste des instruments utilisés pour cette chanson. 

5- "Haïku (the orange planet)" : la planète orange a des reflets apaisants d’extrême orient. C'est l'astre du recueil et de la méditation. La musique en grande partie acoustique (Elisa au piano, Ignazio Serventi à la guitare classique, David Keller au violoncelle) sert de décor sonore pour une séquence parlée, assurée d'abord en japonais par Yuko Tomiyama, puis en français par Maïté Castrillo.   

6- "Feeling/Nothing/Into the Black Hole (The Black Hole)" : commençons par les paroles d'Elisa en anglais pour bien comprendre ce qui nous attend : "Tout à coup, la lumière s'éteint et la gravité m'entraîne vers le plafond de ma chambre. Où suis-je en train de flotter ? Ce n'est pas mon monde habituel ! J'ai quitté la Terre en me dirigeant vers l'inconnu parce qu'il n'y a pas d'espoir ici. L'obscurité du silence nous recouvrira tous et nous nous souviendrons, quand nous serons trop loin, des fantômes des cieux anciens qui nous indiqueront comment regarder dans les trous noirs de nos âmes perdues". Ce voyage imaginaire d'Elisa s’apparente à l'expérience ultime que nous vivrons tous un jour (le dernier voyage). Elle prend ici la forme de cette irrésistible attraction vers un trou noir et sa signification allégorique est parfaitement mise en musique dans un déroulé aussi hypnotique qu’implacable. Sont présents avec Elisa sur ce morceau : Mattias Olsson (multi instruments et effets), Steve Unruh (flûte, violon électrique), Stefano Guazzo (saxophone) Tiger Olsson (voix).

7- "Wesak (satellite)" : la petite pause procurée par l'arrêt sur le satellite Wesak est la bienvenue et permet à l'auditeur de reprendre ses esprits. Elisa est ici seule au piano pour évoquer cette fête bouddhiste célébrant la renaissance physique et spirituelle mais ayant aussi pour signification d'apporter le bonheur à chacun.

8- "Washing the clouds (the white planet)" : chanson écrite en 2017 par Elisa qui se sentait alors un peu perdue dans un univers nouveau pour elle. La vision surréaliste qu'elle a eu à l'époque, l'a amené à faire un parallèle entre les nuages noirs sales représentant des personnes négatives et toxiques et les nuages blancs immaculés qui étaient une représentation de belles âmes nettoyées de toutes impuretés. Visiblement Elisa a eu beaucoup de mal à arriver à la version satisfaisante qu'elle avait en tête même si une première mouture était sortie en 2020 sur l'album Beyond the Wardrobe des Samuraï of Prog, mais avec des arrangements complètement gérés par eux. Cette fois Elisa a dû batailler pour aboutir au résultat satisfaisant qu'elle souhaitait mais quel résultat ! Elle est accompagnée de Paolo Tixi à la batterie, Diego Banchero (Il Segno del Comando) à la basse, Ignazio Serventi aux guitares et des fidèles Mattias Olsson et Hampus Nordgren Hemlin pour les autres claviers, pads, Gizmotron et Mellotron.


9- "Valse des Sirènes - grande finale (satellite)": Attala Alexandre imaginait-il que sa valse prendrait un jour cette forme symphonique avec cette séquence finale ésotérique faite de paroles récitées en italien et en anglais par Elisa ? Sans doute pas. Elisa en fait une ode à l'espoir et à la positivité. Elle est au piano pendant que José Manuel Medina gère, avec bonheur, tous les arrangements orchestraux de cette valse en deux temps, c'est bien là le cas de le dire.  

Loin de s'attacher à un style (de se cantonner dans le prog par exemple) ou de vouloir imiter ses idoles, Elton John, Kate Bush, Devil Doll, la personnalité artistique d'Elisa prend une nouvelle dimension avec ce Fistful Of Planets part II. Elle assume, avec cet album, sa propre identité artistique complexe, faite d'un mélange diffus d'élans romantiques pudiques ("Wesak"), de pulsions mystiques ("Haiku" et la 1ère partie de "Earth's Call"), de réminiscences d'un lointain héritage musical traditionnel ("Feelin" ou encore la 2ème partie de "Earth's Call"), de merveilleuses évocations oniriques ("We are magic", "Nothing", "The Black Hole", "Floating -Wasting Life") mais aussi parfois d'étranges digressions à la limite de la divagation incantatoire qui surgissent là où on ne les attend pas ("into the black hole" et le coda du "grand final"), venant ainsi affirmer que derrière le paysage le plus conventionnel, il y a toujours en arrière plan un monde ésotérique caché. En ce sens, tout dans cet album est essentiel, indispensable et complémentaire. Et puis il y "Washing the clouds", à la fois synthèse de toutes les facettes esthétiques d'Elisa précédemment évoquées et matérialisation de la perfection la plus pure, l'offrande harmonieuse d'une artiste généreuse et sincère.

Là où Fistful of Planets part I partait dans plusieurs directions, parfois avec justesse, parfois.avec une simple envie de plaire, là où le récent Dévoiler dévoilait (c'est fait exprès cher lecteur) une artiste accomplie ouverte sur plusieurs horizons musicaux, Fistful of Planets part II est un album très personnel, intime. Quelques paroles tirées de "Washing the clouds" en disent long à ce sujet :  

I’ve told you many many times
please don’t try more to recognize
the face that hides behind the song
this time won’t last so long

As every morning when the sun will rise
to warm your sleepy eyes,
I will be there to find the meaning of
the silence , the prayers, the thoughts
and put the clock in time

J'ai le sentiment qu'Elisa a ainsi fait son propre voyage introspectif. Une étape est ici franchie. Un cap est atteint mais aussi déjà dépassé. Car avec Fistful of Planets part II, Elisa laisse derrière elle plein de sentiments mélangés, parfois contradictoires, des rêves d'enfant jamais réalisés, des aspirations de jeune musicienne laissées en attente, des peurs et des appréhensions latentes qui aujourd'hui sont totalement exprimés dans cet album qui est, plus qu'un éxutoire, une affirmation de soi.

Si cette revue vous a donné envie d'aller plus loin à la découverte de cette artiste et de cet album dont la sortie officielle est prévue le 3 septembre 2021 (je laisse Elisa vous annoncer un petit scoop pour cette occasion), vous avez le choix entre le site d'Elisa et son bandcamp Elisa Montaldo, sachant qu'Elisa est pour l'instant en auto-production. Elle vend donc elle même cet album que vous pouvez acheter en version numérique ou en format physique, le CD simple ou la box complète, si il en reste encore car cent exemplaires seulement ont été produits.

Vous pouvez aussi suivre les news concernant cet album sur la page FB qui lui est dédiée :

Elisa Montaldo's Fistful of Fans & Friends

dimanche 11 juillet 2021

Divae Project : Stratosferico

Dans la lignée du projet Divae de 1995 qui avait accouché du merveilleux Determinazione, devenu depuis un album culte avec ses deux éditions verte et rouge, Guido Bellachioma renouvelle vingt cinq ans après l’expérience en gardant son statut de guide spirituel et en s'associant avec le musicien expérimenté Davide Pistoni (qui a travaillé avec Zucchero et récemment avec Il Rovescio della Medaglia) qui prend en charge toute la partie production artistique mais qui intervient également comme compositeur, comme arrangeur et qui assure la plupart des parties de claviers.  
Cet album ressemble plus à un EP ou à un mini LP constitué de six morceaux qui sont autant d'histoires évoquant les multiples facettes du prog italien, faisant aussi bien allusion au côté pop/rock qu'à celui plus aventureux d'un prog expérimental mais aussi d'une musique classique contemporaine. 
Ce disque est aussi l'occasion de rendre hommage à de grands personnages du prog italien disparus : Demetrio Stratos (Area), Giulio Capiozzo (Area), Danilo Rustici (Città Frontale, Osanna, Uno, Nova, Luna).
Pour donner vie à ce concept très particulier, car tenant beaucoup d'un entre-soi intimiste, Guido et Davide ont réuni une pléiade de musiciens gravitant dans et autour de la sphère prog italienne notamment, pour les plus connus, Lino Vairetti (Osanna) déjà présent sur Determinazione, Enzo Vita (Il Rovescio della Medaglia), Pericle Sponzili (Reale Accademia di Musica),Elio Volpini (Flea, L'Uovo di Colombo, Etna), Paolo Lucini (Ezra Winston), Fabio Trentini (ex Le Orme) et Gianni Nocenzi (Banco del Mutuo Soccorso).
Nous allons maintenant revenir sur ce que nous ont préparé Guido et Davide.
"Stratosferico" est un texte de la tradition populaire hellénique que Demetrio Stratos avait repris lors de ses recherches vocales en octobre 1976 et que sa femme, Daniela Ronconi, a exhumé pour l'occasion. Davide Pistoni a créé une musique sur ces paroles et c'est lui qui est au piano et aux synthés. Ce que l'on entend est tout à fait dans l'esprit des expérimentations de Demetrio. Le titre "Stratosferico" n'est donc pas usurpé.    
"L'urlo". C'est Christian Capiozzo, le fils de Giulio, qui a fournit cette bande sur lequel son père joue un solo de batterie assez étonnant par sa densité. Davide Pistoni en a bien compris l’urgence et a composé une bande-son qui, non seulement, met en valeur les patterns de Giulio Capiozzo mais qui en plus donne un sens à ce "hurlement".
Pour la troisième piste de la face A (il s'agit d'un disque vinyle !), Gianni Nocenzi offre, avec "Rawon", une composition inédite qu'il interprète seul au piano. Comme toujours avec Gianni c'est fin et inspiré. C'est fluide et intelligent. Un vrai moment de grâce. 
Toute la face B est dédiée à Danilo Rustici, le guitariste "rouge" d'Osanna qui avait ensuite quitté le groupe pour fonder Uno, Luna et aussi Nova avec son frère Corrado (le futur collaborateur de Zucchero). Trois chansons extraites de L'uomo, le premier album d'Osanna, sorti il y a pile cinquante ans justement, sont présentées avec pour point commun d'avoir comme (co) compositeur Danilo Rustici. Lino Vairetti est évidemment présent. Il assure la partie d'harmonica sur "Introduzione" et le chant sur "L'uomo". L'autre chanteur de ce morceau étant Alessandro Costanzo qui apparaissait aussi sur Determinazione en 1995. Ces deux titres sont excellents, pour ne pas dire royaux, notamment "Introduzione" qui est allongé par rapport à son modèle de 1971. La  dernière piste est une surprise car "L'amore vincerà di nuovo" est présentée avec des arrangements nouveaux pour un résultat qui donne une version très édulcorée par rapport à l’originale de 1971 (d'ailleurs la chanson est raccourcie). C'est sans doute la raison pour laquelle Lino a laissé le micro à Gazebo (un des chantres de l'italo disco dans les années quatre vingt). Il assure très correctement sa partie vocale dans un registre plus doux et moins habité que celui de Lino.
Le LP vinyle est sorti en juin 2021 à occasion du disquaire day, en édition limitée à 500 copies numérotées. 
Vous aurez noté que l'artwork signé de l’illustrateur Giulano Piccininno (qui a aussi travaillé récemment pour Le Orme) est particulièrement réussi, rappelant quelques vieilles couvertures de disques de Garybaldi et surtout de I Romans. Les cinq cent heureux possesseurs d'un exemplaire de Stratosferico auront la joie, en prime, de contempler à loisir un joli poster inséré à l’intérieur de la pochette. Il y a donc vraiment de quoi se faire plaisir avec cette jolie carte postale de prog italien envoyée de Rome par Guido Bellachioma.
 

 Face A
  1. Stratosferico.
  2. L'Urlo
  3. Rawon 

Face B

  1. Introduzione
  2. L'Uomo
  3. L'Amore vincerà di Nuovo

 

 

dimanche 4 juillet 2021

samedi 3 juillet 2021

Elisa Montaldo : Fistful of panets part II

 

                                            LIMITED EDITION BOX - ORDERS CLOSED

 
An enormous THANK YOU to those who supported me in this difficult project. We will produce the box, so I'll be able to give you the vision I studied for so long time. I hope you'll appreciate it.
Stay tuned for further news coming very soon! 

Elisa

 

 

vendredi 25 juin 2021

Ske : Insolubilia

Revoilà Ske dix ans après 1000 Autunni. Ske, c'est en fait le projet solo de PAola Botta (également leader du groupe Not A Good Sign) qui est grand par la taille mais aussi par son talent. Il le prouve encore une fois avec ce deuxième album, cette fois autoproduit (le premier était sorti chez Fading Records). 
Son écoute confirme un style d'écriture très particulier et très personnel qui garde encore une part de son inspiration ancrée dans le prog scandinave. Il en va ainsi du premier titre "Sudo". Cela veut aussi dire que la musique présente parfois un côté austère ("Lo stagno del proverbio") mais n'en est pas moins prenante voire hypnotisante (cf. la piste suivante "Insolubilia I"). Mais avec Insolubilia il est clair que PAolo Botta élargit son spectre stylistique et s'ouvre à des compositions que je trouve pour ma part à la fois beaucoup plus élaborées et passionnantes. De fait, il n'y a quasiment que des merveilles sur cet album, à commencer par le lumineux et transcendant "Insolubilia II" (magnifiques vocalises d'Evangelia Kozoni)  aux doux effluves médiévaux, ou encore le très fouillé "Insolubilia V" avec, entre les deux, le langoureux "Akumu" qui vous rappellera quelque vieille bande son de giallo italien des années soixante dix. Plus loin , la bombe "La Nona Onda"  démontre que PAolo est capable de monter le niveau quand il veut. A l'opposé, "Insolubilia IV" plonge l'auditeur dans une forme de félicité dont le lointain côté enfantin rassure. Pourtant, une fois encore, la construction de ce titre et l'organisation des instruments intervenants sur la partition sont particulièrement précises, ne laissant rien au hasard, pour un rendu qui s'affirme par son évidence (ce qui peut paraître au final simple n'en est pas moins parfois le résultat d'une élaboration très travaillée, c'est le cas ici !). L'autre particularité de la musique proposée sur cet album est sa dimension symphonique qui s'affirme de plus en en plus au fur et à mesure de l'avancée des pistes, du très court mais brillant "Scogli 4" jusqu'au magnifique "Insolubilia III" qui, outre le fait qu'il est le véritable point d'orgue de cette œuvre, est aussi une vraie pièce de prog italien. La boucle est ainsi bouclée !
Il y a des musiques intelligentes mais savantes dont le côté hermétique lasse et puis il y a la musique intelligente qui vous parle car écrite avec de vrais sentiments comme motivation première. C'est évidemment le cas  avec cet album. 1000 Autunni était déjà un disque de haut vol mais je n’hésite pas à affirmer qu'Insolubilia est une véritable master piece. Cela valait le coup d'attendre dix ans pour que PAolo nous gratifie de cet opus qu'une place de choix attend dans mon top de l'année 2021.

Voci le lien pour aller sur le bandcamp de PAolo et réserver votre exemplaire CD. Merci pour lui : 

bandcamp PAolo Botta

La tracklist :

 1. Sudo
2. Insolubilia I
3. Tor Cia
4. Insolubilia II
5. Lo Stagno del Proverbio
6. Akumu
7. La Nona Onda
8. Scogli 4
9. Insolubilia V
10. Insolubilia IV
11. Insolubilia III

NB : projet solo ne veut pas dire que PAolo a tout fait tout seul, qu'on en juge par le nombre et la qualité des participants. Il n'y a que de très bons musiciens ici :

Fabio Pignatelli (Goblin), basse (9)
Luca Calabrese (Isildurs Bane), trompette de poche (1,5,9,10)
Lars Fredrik Frøislie (Wobbler), clavecin (6,8)
Keith Macksoud (Present), basse (11)
Tommaso Leddi (Stormy Six), mandoline (1,11)
Nicolas Nikolopoulos (Ciccada), flûte (1,4,6,9)
Evangelia Kozoni (Ciccada), chant (4)
Vitaly Appow (Rational Diet, Five Storey Ensamble), basson (2,7,10)
Simen Ådnøy Ellingsen (Shamblemaths), saxophone (7)
Alessandro Cassani (Not a Good Sign), basse (1,5,7)
Martino Malacrida (Not a Good Sign), batterie (1,2,4,6,7,9,11)
Francesco Zago (Yugen), guitares (1,2,4,6,7,9,11)
Maurizio Fasoli (Yugen), piano (2,4,5,11)
Valerio Cipollone (Yugen), clarinette (2,4,6,8,9,11)
Elia Leon Mariani (Yugen), violon (2,4,9,10,11)
Jacopo Costa (Loomings, Yugen), vibraphone, marimba, xylophone, glockenspiel, cymbales
(1,2,4,5,6,7,9,10,11)
Maria Denami (Loomings), chant (1,6,11)
Massimo Giuntoli (Hobo), harmonium (1,9)
Pierre Wawrzyniak (Camembert, Oiapok), basse (2,4,6)
Mélanie Gerber (Camembert, Oiapok), chant (10)
Guillaume Gravelin (Camembert, Oiapok), harpe (2,4,6,11)
Pietro Bertoni (FEM), trombone, tuba (1,9,11)
Thea Ellingsen Grant (Juno), chant (5,6,11)
Tiziana Azzone (Il Giardino delle Muse), theorbe (4)


vendredi 18 juin 2021

Fufluns : Refusés

Fufluns est un groupe que l'on peut voir comme un side project. En effet, ses membres principaux font chacun partie d'une ou plusieurs autres formations du prog italien contemporain : Prowlers pour le batteur Marco Freddi, Il Bacio della Medusa pour le chanteur Simone Cecchini, Prowlers et Daal pour le clavier Alfio Costa (également auteur d'albums en solo), Daal encore, Mr Punch et (avant) The Watch et Taproban pour le bassiste Guglielmo Mariotti (qui est aussi présent sur plusieurs morceaux de l'album de La Bocca della Verita). Le guitariste, Simone Coloretti, du groupe Egoband, les a également rejoint récemment. Avec son premier album, Spaventapasseri sorti en 2016, Fufluns avait intrigué en réussissant à trouver une place à égale distance de deux des groupes de ses membres, Il Bacio della Medusa d'un côté et Prowlers de l’autre. C'était à la fois amusant et en même temps plutôt bien joué. J'avais beaucoup aimé cet album que j’avais trouvé bien fait et rafraichissant. Cinq ans plus tard, Fufluns revient avec Refusés. Au passage, merci les gars, pour le titre en français même si ce n'est pas le mot le plus positif qui soit dans notre langue. Le titre de l'album, les photos de la jaquette et son contenu font référence à des statues réalisées par l'artiste Beppe Corna qui a créé dix sept sculptures représentant autant de personnages exclus de la société pour diverses raisons, des "refusés". Fufluns en a repris neuf archétypes pour composer neuf chansons. Son contenu ne diffère pas fondamentalement de son prédécesseur, sauf à considérer que les ambiances sont globalement plus graves ("Martirio d’un Falegname") avec régulièrement des atmosphères dépressives émanant des claviers d'Alfio Costa, dont un Mellotron qui joue parfaitement son rôle cafardeux ("Canto dei Bambini Senza Voce"). Plusieurs titres révèlent  également un côté plus tranchant et flirtent avec un  hard qui rappelle Il Bacio della Medusa comme sur le rugueux et heurté "Sierra Leone". Simone Cecchini en profite pour pousser ses cordes vocales comme il sait si bien le faire avec la Méduse. Ceci étant chaque morceau reste remarquablement modulé évitant une approche trop linéaire. Pour ce qui concerne l'alternance de passages puissants et de séquences apaisées, "Desaparecido Italiano" est un modèle du genre. Le groupe sait même se faire enjôleur, à sa manière bien sûr, comme sur "Canzone per Iris" qui tiendrait presque de la ballade folk ou encore sur la très belle chanson pop "Rosa del Deserto" traversée par un très beau et très long solo de Simone Coloretti. Au final, la musique de cet album révèle beaucoup de profondeur et une forme de désespérance qui fait osciller l'auditeur en permanence entre un ressenti de malaise latent généré par les passages les plus sombres et une forme de beauté primale émanant de lignes de chant parfois désarmantes de naïveté, les morceaux "Il tuffatore della stari most", "Telefonata a Putin" et le magnifique "Blu oltremare" synthétisant parfaitement ces deux sentiments ambivalents. L'album termine par "Canto dei Bambini Senza Voce", un très bel épique prog, qui va chercher son inspiration à la source du prog italien, tant il rappelle les grandes heures de Balleto di Bronzo, Biglietto per l'inferno et surtout Metamorfosi. J'ajoute que chacun des musiciens donne ici le meilleur de lui-même tout en ayant le souci de se fondre dans le collectif sans aucune velléité de se mettre en avant. Bravo pour çà ausi messieurs.

C'est ainsi que Refusés prend pour moi l'avantage sur son prédécesseur Spaventapasseri en proposant un contenu plus dense et plus riche en émotions, en un mot plus marquant.

Pour ceux qui se demandent ce que bien vouloir signifier le nom du groupe, voici la réponse : fufluns est le nom en étrusque de la divinité des plaisirs. C'est donc en quelque sorte l'ancêtre du dieu du romain Baccchus et du dieu grec Dyonisos.

La tracklist pour le  CD :
1. Sierra Leone
2. Martirio d’un Falegname
3. Canzone per Iris
4. Desaparecido Italiano
5. Il Tuffatore dello Stari Most
6. Rosa del Deserto
7. Blu Oltremare
8. Telefonata a Putin
9. Canto dei Bambini Senza Voce


La tracklist pour le vinyle (bleu) :
Face A
1. Sierra Leone
2. Martirio d’un Falegname
3. Canzone per Iris
4. Rosa del Deserto
Face B
5. Desaparecido Italiano
6. Blu Oltremare
7. Canto dei Bambini Senza Voce

Label : Ma.Ra.Cash. Records



dimanche 6 juin 2021

Ballard : Too Soon

Il n'est pas fréquent que mes oreilles se dressent sur de la guitare instrumentale sonnant métal. Depuis trop longtemps, le long défilé des shredders me fatiguent. Il y avait eu une première vague post Malmsteen/Vai/Satriani/Gilbert puis çà s'était calmé. Depuis çà revient par périodes comme les boutons d’acné sur le visage, avec des hordes de branleurs de manche qui épatent les gogos en se contentant de descendre et de remonter des gammes qui pour être phrygienne ou mixolydienne n'en sont pas moins stériles au niveau créativité artistique. Je ne vous parle même pas des vidéos, qui pullulent sur YT et FB, d''illustres inconnus, qui se prennent pour Eddie Van Halen ou Richie Kozen. Le must étant la version pin-up avec la paire de seins bien mise en valeur. En résumé, rares sont les vrais virtuoses qui allient technicité et feeling.

Alors si je vous parle aujourd'hui de Paolo Ballardini aka Ballard c'est justement, et vous vous en doutiez, parce que ce guitariste italien est fait d'un bois différent. D'abord Paolo est un musicien confirmé qui joue avec des gens que je connais et que j'aime bien. Il est ainsi le fidèle guitariste attitré d'Alan Simon, notamment pour son épopée Excalibur. Il est aussi associé avec Luca Scherani que nous connaissons bien dans le petit monde du prog italien (La Coscienza di Zeno, Höstsonaten, Trama, Periplo). Voilà pour les présentations.

Paolo Ballardini vient de publier deux titres en avant-première d'un album solo qui doit sortir en fin d'année. Et ces deux morceaux sont vraiment excellents. Ce qui fait la différence avec Ballard tient en quelques points essentiels pour moi : une composition de base qui tient la route, une vraie musicalité, des variations d'ambiances pleines de finesses et une sensation d'écouter quelque chose de réellement aéré. C'est vrai sur "Changes" qui serait presque l'antithèse du shred, tellement Paolo prend le temps de sortir ses notes sans aucune volonté d'en mettre plein la vue. C'est encore plus vrai sur "Too Soon" qui a également pour intérêt de proposer une intervention de Derek Sherinian qui colle parfaitement à l'ensemble, sans en faire trop. 

Donc, voilà, en clair, j'aime bien, j'aime beaucoup même. Paolo annonce la sortie de son album, dont le titre n'est pas encore définitif, pour décembre, avec d'autres invités prestigieux. Nous allons donc attendre tranquillement en écoutant en boucle "Too Soon" et "Changes", ce dernier ayant pour l’instant ma préférence.

Je vous mets plusieurs liens utiles :

"Changes"

"Too Soon"

Le site de Paolo Ballardini

La chaîne YT Ballard music

 


vendredi 4 juin 2021

Syndone : Kama Sutra

Sortie du nouveau Syndone au nom évocateur (Kāma Sūtra) le 19 juin 2021. Le groupe a été signé par le label Manticore Records qui évoque plein de bons souvenirs pour les progueux italiens : Emerson Lake & Palmer bien sûr, mais aussi Premiata Forneria Marconi et Banco del Mutuo Soccorso. Pourquoi avoir appelé cet album Kāma Sūtra ? Voici quelques précisions de Riccardo Ruggieri : " Le Kāma Sūtra constitue pour les Hindous un compendium sur l’art d’aimer et d'obtenir le plaisir sexuel, en restant en cohérence avec les anciennes croyances rurales et pastorales de leur culture religieuse. Cette culture considère encore l’amour dans toutes ses manifestations les plus naturelles, de la poésie au chant, à la danse, à la peinture, à la sculpture permettant de renforcer le côté divin du processus de procréation et l’adoration du principe de la vie, également à travers le plaisir érotique. Kāma Sūtra est ici utilisé uniquement comme un mot dont le son lors de sa prononciation émerveille les gens qui l'entendent. Pour Syndone, cela devient un prétexte pour évoquer aussi bien l’amour entre deux personnes, la réalité des prostituées d’aujourd’hui, la provocation. les images, les symboles, les jeux de rôle et les personnes. Parmi tout cela, une histoire vraie, celle de Perlasca, une héroïne qui a combattu le nazisme, et beaucoup d’autres histoires communes, parmi lesquelles, peut-être, les nôtres, avec des personnages inventés, des divinités, des symboles érotiques et beaucoup, beaucoup d’amour".

La dernière fois que j'ai entendu ce groupe en live, c'était en 2019 au Festival Prog Sud, cher à mon coeur. Les italiens avaient alors présentés Mysoginia, leur tout récent album dont le concept était totalement axé sur les femmes, sur La Femme.Cette fois avec Kāma Sūtra la formation bolognaise s’encanaille nettement. Le long teaser de neuf minutes permet de reconnaître le style désormais facilement identifiable de Syndone mais aussi de se faire une idée précise de ce que va donner cet album qui semble bien né. L'écoute exhaustive des onze titres dont deux instrumentaux (tous les deux superbes) le confirme. L'opener "It's only make believin'" est une bombe qui donne le ton d'un album qui va être puissant, intense, lyrique. Tout cela n'est absolument pas dû au hasard mais bien à une qualité d'écriture remarquable. Les compositions ont une richesse harmonique et une recherche dans les arrangements, notamment symphoniques, que l'on retrouve dans des œuvres du classique par exemple. Mais pas de panique, c'est bien du rock progressif  auquel j’ajouterais le qualificatif baroque dans le sens le plus noble du terme. Avec Syndone, on est toujours surpris tant le spectre musical proposé est large au risque d'ailleurs parfois de perdre l'auditeur en attente d'une ligne stylistique plus lisible. Pour ma part, je me régale de cette diversité qui de toute façon a pour points communs : une pertinence dans le propos, un intérêt constant en terme de compositions soignées et enfin une qualité sans faille. Quand j'écoute Syndone, je pense souvent à Queen et je me dis que ce groupe italien est la version prog aboutie du Queen baroque et symphonique qui a trop tôt délaissé et abandonné cette voie royale qu'il avait pourtant lui-même ouvert de magnifique manière. Nik Comoglio et Gigi Rivetti n'ont jamais aussi bien composé et joué. Riccardo Ruggieri n'a jamais aussi bien chanté. Marta Caldera n'a jamais été aussi fine dans ses interventions. Et enfin le groupe a dégoté un bassiste high level en la personne de Simone Rubinato. Depuis que Nik Comoglio a relancé Syndone en 2010, son groupe ne nous a proposé que de très bons albums pour un parcours qui ressemble beaucoup à un sans faute (même si j'ai un faible à titre personnel pour Odysséas). Kāma Sūtra s'inscrit dans la continuité et pourrait même bien être le meilleur opus de  Syndone à ce jour. Explications : après avoir réécouté toute la disco du groupe, il me parait évident que cet album monte le niveau d'un cran en réussissant l'exploit de présenter des compositions à la fois encore plus fouillées que d'habitude, avec un soin tout particulier apporté aux orchestrations, tout en restant très accessibles, générant ainsi une forme d'évidence à l’écoute qui se matérialise par quelques belles fulgurances et une fluidité permanente à laquelle le groupe ne nous avait pas toujours habitué. La marque des grands en quelque sorte ! 

Il n'y a plus qu'à attendre la publication officielle dans quelques jours et réserver son exemplaire, vous avez le choix entre le vinyle édition couleur (300 exemplaires) et le CD édition Digipack golden (500 exemplaires).

La tracklist

1. It's only make believin'
2. Nirvana
3. Carousel (instrumental)
4. Into the Kama
5. Bitches
6. You still shine
7. Sex toys r us
8. 2 thousand 10 (instrumental)
9. Sacred & Profane
10. We are the world we created
11. Peace on Earth

Le groupe : Nik Comoglio (claviers, Hammond, Moog, orchestration, chœurs), Riccardo Ruggeri (chant lead, chœurs), Gigi Rivetti (claviers, Hammond , piano, clavinet), Marta Caldara (vibraphone, timbales), Simone Rubinato (basse), Eddy Franco (batterie, percussions)

Invités :  David Jackson (flute et double sax solo sur 7), Annie Barbazza (duo vocal sur 4) 

L'orchestre symphonique de Budapest est ici dirigé par une vieille connaissance, Francesco Zago. 

Label : Manticore Records 

Distribution : MaRaCash


 


 

 

samedi 29 mai 2021

TRT : Allium - Una Storia

 

Tiens tiens, quel étonnant projet inattendu ! Andy Tillison, Jonas Reingold et Roberto Tiranti réunis pour rendre hommage au rock progressif italien des années 70 et faire revivre la musique d'un groupe avec lequel Andy a été en contact, près de Rome, en 1976 (je ne dévoile pas toute l’histoire pour l'instant, ce serait trop facile !). L'épreuve de réhabilitation veut que nos trois compères aient unis leur savoir-faire pendant le lockdown  pour recréer au plus près la musique originale entendue par Andy en s'approchant le plus possible de ce que les musiciens italiens jouaient lors de cet été romain. Je ne sais pas au juste ce qu'Andy a entendu il y a quarante cinq ans, lui seul le sait, mais ce trailer en dit déjà pas mal. La suite, en trois actes, sera pour le mois de septembre. Tout ce que je peux vous dire, c'est que Allium - Una Storia sera une grande et belle surprise.

dimanche 16 mai 2021

Officina F.Lli Seravalle : Blecs

Nous voilà à nouveau irrésistiblement attirés dans l'univers si particulier d'Officina F.Lli Seravalle qui s'affirme de plus en plus comme le trou noir sonique dont on ne ressort pas. Blecs succède à Tajs! (2019) qui lui-même suivait un premier album, sorti en 2018, dont je ne me suis pas encore remis du nom (Us frais cros fris fics secs). Plus le temps passe, plus ce groupe si atypique prend ses distances avec le commun et l'ordinaire, avec l'attendu et le prévisible, pour tenter de créer des brèches permettant de relier le spirituel au temporel afin que chacun puisse ainsi s'élever au-dessus de la matière. Dans la hiérarchie céleste, les frères Seravalle pourraient être considérés comme les Dominations, ces anges qui étaient les intermédiaires entre la puissance divine et le genre humain. Ils sont, en quelque sorte, des passeurs destinataires de messages subliminaux transmis sous forme de flash et d 'énergie brute, qu'ils retranscrivent ensuite en les transformant en une matière sonore qui tient autant de la création expérimentale que du bouillon psychédélique. L'auditeur se trouve ainsi confronter à un magma de sons et de notes sans orientations préalablement définies mais qui, comme par magie, prennent à chaque fois une forme nouvelle pour atteindre une stabilité relative. L'afflux d'énergie créé le désordre, du désordre naît une réaction entropique. Blecs est fait d'une musique a priori hétérogène donc, qui semble se perdre dans l'infini, chaque vision d'Alessandro et de Gian Pietro Seravalle donnant naissance à un jet impulsif qui devient sonorité primaire relevant parfois de la simple expérimentation et au mieux du voyage musical. Dans tous les cas, il s'agit d'un court passage, d'une expérience assumée comme étant (devant être) éphémère. Cette musique qui doit agir comme un révélateur (un détonateur selon les frères Seravalle) s'adresse autant au corps qu'à l'esprit en se voulant stimuli. Nous y voilà ! Blecs est une musique officinale aux propriétés thérapeutiques, un remède contre les dérives épuisantes de la vie quotidienne. Il ne s'agit pas de réfléchir ou de se poser des questions qui n’auraient de toute façon pas de réponse. Vous devez écouter Blecs en fermant les yeux, en faisant le vide. Ainsi votre esprit s'ouvrira et vous pourrez accéder à un monde de sensations et d'influx qui vous rapprocheront d'autant du chaos originel. 
Après cette longue présentation métaphysique, vous comprendrez que tenter de vous en dire plus sur ce que vous allez entendre, pendant l'heure que dure Blecs, est évidemment une gageure. Pour vous éclairer, disons qu'il y a de l'ambient, du minimaliste, de l'avant-garde, du jazz électro, de l'électro tout court, du planant psychédélique et quelques discrets effets shoegaze. Au milieu de tout cela, il y a une piste qui sort clairement du lot, "Angelus novus", entre ombre et lumière, avec des vocaux hallucinés d'Alessandro Seravalle.
Si vous trouvez que la musique progressive, et ses émanations satellitaires, tournent en rond depuis trop longtemps, qu'elles ne vous apportent plus rien de vraiment nouveau, que la prise de risque est à chaque fois minimale, alors cet album de musique prospective devrait vous intéresser. Si vous voulez éprouver  des sensations nouvelles, être bousculés dans vos certitudes et si vous acceptez de vous éloigner du conventionnel, alors cet album a des chances de vous servir de "blec" qui est le terme utilisé en vieux frioulan pour évoquer une sorte de patch aux vertus curatives. Voilà, vous savez tout maintenant .
 
Pour mieux les connaître et en savoir plus sur leur tournure d'esprit, je vous propose de retrouver Alessandro et Gian Pietro Seravalle dans une interview récente qui suit la chronique de Qohelet un autre projet étonnant d'Alessandro Seravalle.

La tracklist :
  1. Imprevisto cristallo
  2. Shady business
  3. Digital panoptikon
  4. Luce scettica
  5. Doppelgänger
  6. Posto di blocco
  7. Of rain, elder, crickets and breaths
  8. Due di notte
  9. Angelus novus
  10. Exp 221
  11. S=K LOGW (Morte Termica, Suadade)

Alessandro Seravalle (guitares, claviers, chant) et Gian Pietro Seravalle (claviers) sont accompagnés de quelques rares musiciens invités :  Simone D'Eusanio (violon sur 2), Andrea Massaria (guitare et Fx pedalboard sur 7 et 11), Alessandra Rodaro (cor français sur 4), Paolo Volpato (guitare lead sur 6). 

Label : Lizard Records


The Watch : The Art of Bleeding

 

The Watch annonce la sortie d'un nouvel album qui aura une construction conceptuelle réalisée à partir de cinq histoires évoquant la violence cathartique. On attend de voir et on espère surtout que le groupe va enfin s'éloigner durablement de son influence genesienne beaucoup trop prégnante qui, à mon avis, empêche les musiciens de se libérer totalement au niveau de la créativité artistique. Le très court teaser à écouter sur YT ne permet évidemment pas de se faire une idée précise sur la question (quoique ....). 

Le groupe reste stable avec sa formation habituelle, c'est à dire Simone Rossetti (chant, mellotron, synthés, flute), Giorgio Gabriel (guitares), Marco Fabbri (batterie, percussions), Mattia Rossetti (basse, pédale basse, guitares, vocaux), Valerio De Vittorio (claviers, orgue Hammond L122, mellotron, synthés)

La sortie de The Art of Bleeding étant prévue pour le 24 septembre 2021, nous aurons donc le temps d'y revenir.

La setlist : 

  1. An intro
  2. Red
  3. Abendlicht
  4. The fischerman
  5. Hatred of wisdom
  6. Howl the stars down
  7. Black is deep
  8. Red is deep

samedi 8 mai 2021

Bernardo Lanzetti : Horizontal rain

Le nouvel album solo de Bernardo Lanzetti est donc sorti le 7 mai 2021. Il a  été enregistré sur un laps de temps assez long entre l'Italie (Milan, Plaisance, Pérouse), l’Angleterre (Londres), les Etats-Unis (Los Angeles, Woodstock) et en Espagne à Marbella. Bernardo chante en anglais comme à son habitude sauf sur le morceau  "Ero un num Ero" dont les paroles sont en italien..

Je vous présente rapidement Bernardo Lanzetti, un artiste complet qui s'exprime aussi bien dans la peinture, dans l'écriture que dans la musique. Côté musique, Bernardo a évidemment quelques références à commencer par sa participation à la grande histoire du prog italien, d'abord comme membre fondateur d'Acqua Fragile (1971/1974) puis comme chanteur de Premiata Forneria Marconi de 1975 à 1979. Il a ensuite continué sa carrière en solitaire avec quelques beaux albums solo et des participations plus ou moins marquantes, notamment avec Cantautores en 1988/89 (avec Alberto Radius), puis plus récemment avec Mangala Vallis (de 2002 à  2008) et avec CCLR en 2011. La question est donc de savoir ce que ce monsieur, qui a aujourd'hui 73 ans, a encore à prouver après un tel parcours. La réponse est dans Horizontal Rain ! un album dense, intense dans lequel Bernardo donne le meilleur de lui-même avec une énergie intacte et son habituelle manière d'y aller à fond. Bernardo Lanzetti est un personnage attachant et il ne sait pas faire autrement qu'être sincère. Sur Horizontal Rain, il fait donc ce qu'il a envie de faire sans se préoccuper de respecter une ligne artistique bien définie, ce qui ouvre un éventail assez large stylistiquement parlant. Bernardo n’hésite pas à mélanger les genres dans un même morceau, restant ainsi fidèle au côté fantasque de son personnage.  Il y a du rock, du funk, du prog, mais aussi du lyrique, de l'andalou, du gothique, de l'avant-garde, le tout donnant dans un Art Rock de bon goût. Mais si ce disque est plutôt éclectique, il n'en est pas moins construit avec beaucoup de professionnalisme et une précision remarquable dans les détails. Les musiciens participants ne sont pas présents juste pour faire bien dans le décor, ils sont vraiment utilisés au mieux de leurs compétences et si vous jetez un coup d’œil sur les noms, vous allez être épatés. Il y ainsi quelques performances qui sortent du lot comme sur le mid tempo "Walk away", un rock assez lourd quelque part entre Peter Gabriel et Fish, avec la basse fretless bondissante de Tony Franklin qui entraine tout le morceau et avec aussi la passe d'armes guitare/violon entre Andrea Cervetto et David Cross. La chanson suivante (au tempo assez proche de la première) fait au moins aussi bien. Cette fois c'est un Tony Levin irréprochable qui est au stick bass et Bernardo se paie le luxe d'ajouter une section de cuivres qui se distingue en relevant ce titre funky rock évoquant ce que fait depuis un bon moment déjà Deep Purple. Puisque je suis parti à passer les pistes une par une, arrêtez vous quelques minutes sur "Lanzhaiku" qui va furieusement vous évoquer Van der Graaf Generator, la présence de David Jackson y est évidemment pour beaucoup mais l’articulation même du morceau n'y est pas étrangère non plus. Dans un registre très différent, "Time is king" vous étonnera par sa relative modernité et ses sonorités à la Simple Minds. J'avoue être toujours un peu retors à tout ce qui est espagnolade et l'intro de "Genial!" en est un bel exemple. Heureusement, la suite du titre prend du recul sur le sujet avec notamment quelques riffs de guitares bien sentis. Sur "Conventional", Bernardo nous rappelle qu'il a aussi souvent chanté dans un registre classique et détourne au passage habilement et avec bonheur "va pensiero". L’enchaînement avec le pompeux et orchestré "Ero un num Ero" est parfaitement réussi. Il y a bien sûr un côté grandiloquent qui émane de cette chanson au pathos un peu appuyé et à la construction pour le moins bizarre, mais le résultat est, je trouve, très classe avec ce pont gothique qui déménage bien. "Horizontal rain", le titre éponyme démarre pied au plancher avec un tempo rock accéléré, la cadence ralenti ensuite mais le morceau reste lourd et alambiqué, Bernardo réalise une vraie performance sur les vocaux (voix doublée, chœurs). A l'écoute de ce morceau, je me dis que le King Crimson des années quatre vingt (et à suivre) aurait gagné à avoir un chanteur de la trempe de Bernardo apportant de la chair au chant plutôt que de se farcir le belou. En tout cas, énorme titre. Pour "Different", le dernier morceau, Bernardo utilise la chorale de Foligno comme un instrument à part entière et a écrit une partition, qui à défaut d'être complexe, est particulièrement maline avec un échafaudage sonore mêlant effets de voix passées par son système Glovox et travail sur les hauteurs de timbres vocaux, pour, une fois encore, un résultat époustouflant. 

Je ne sais pas si ce sera le dernier album de Bernardo Lanzetti, je ne le souhaite pas. Je pense et j'espère qu'il a encore beaucoup de choses à nous dire. Mais en tout cas, si cela devait être le cas, il nous livre là un formidable testament artistique (au, passage, il a aussi réalisé l'artwork) qui vient rejoindre deux autres monuments de sa discographie, Eclecticlanz et  I sing the voice impossible. 

J'en profite pour vous remettre ici le  lien de l'entretien que nous avions eu ensemble en 2019.

La tracklist :

  1. 01-Walk away
  2. 02-Heck Jack
  3. 03-Lanzhaiku
  4. 04-Time is king
  5. 05-Genial!
  6. 06-Conventional
  7. 07-Ero un num Ero
  8. 08-Horizontal rain
  9. 09-Different

La liste des musiciens participants est plutôt impressionnante autant par le nombre d'invités que par les noms qui apparaissent, jugez-en par vous-même : Marco Colombo (guitares), Pier Gonella (guitares), Andrea Cervetto, (guitares), Tony Levin (stick), Dario Mazzoli (basse), Tony Franklin (basse), Jonathan Mover (batterie), Alex Polipo (batterie), Derek Sherinian (claviers), Pier Vigolini (claviers), David Cross (violon), David Jackson (saxophones, flûtes), Marco Brioschi (trompette),  Giancarlo Porro (sax tenor), Carlo Napolitano (trombone), Alesia Baltach (violoncelle), Kim Chandler  et Sara Wilma Milani (chœurs) +  la Chorale della Compagnia Teatrale O.L.B.C. di Foligno.  Bernardo Lanzetti assure pour sa part le chant lead, les chœurs , la guitare acoustique et l'harmonica. 

Le lien du site de Bernardo Lanzetti 

 

samedi 1 mai 2021

Elisa Montaldo : Fistful of Planets : la couverture officielle

OK nous y sommes : c’est le "shoutout" officiel de la campagne de pré-commandes de Fistful of planets part II - CD et Limited Edition Box. Vous y trouverez tous les liens directs utiles, c’est très facile (vous n’avez plus d’excuses eh eh !)...en bas de la page vous trouvez le partage sur vos réseaux sociaux et le lien vers la vidéo teaser si vous voulez écouter un petit extrait audio. Et... LA COUVERTURE DU DISQUE! Un beau travail de collage artistique avec le traitement graphique de Delfilm Photos. Elisa Montaldo
Pour commander :

le site d'Elisa

le lien bandcamp

vendredi 23 avril 2021

Elisa Montaldo : Fistful Of Planets, part II



C'est parti pour les Pré-commandes! Ici tout le détail en français de la Limited Box Edition 

Fistful of planets part II

 la box Edition Limitée “l’expérience polysensorielle” 

La campagne de pré-commandes de cette box édition limitée est officiellement ouverte! Nous avons besoin de votre soutien pour démarrer la production. Le contenu de cette box est unique et exclusivement prévu pour ce projet. C’est le résultat de beaucoup de travail et d’énergie. Je dois collecter suffisamment de commandes pour être en mesure de démarrer la production. C’est pourquoi je vous demande votre soutien maintenant en achetant à l’avance. L’album est en cours de conception. Nous sommes dans la phase finale, donc plus tôt je saurai combien de copies je peux faire fabriquer, plus tôt les box seront prêtes ! 


LIMITED EDITION BOX Fistful of planets part II :

 a polysensorial experience  

! numérotée et signée !

 50 Euro (frais de livraison inclus pour 1 box, envoi en Europe uniquement) 

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 CD digipak Fistful of planets part II 

20 Euro (frais de livraison inclus pour 1 à 3 CD, envoi en Europe uniquement) 

(NB :  Frais de livraison en dehors de l’Europe, variables selon les pays)

Tous les détails sur le Bandcamp store (elisamontaldo.bandcamp.com) et sur le site web www.elisamontaldo.com.

Ce qui vous est proposé est le résultat d’un travail acharné, de concepts exclusifs et originaux, de matériaux de haute qualité et de beaucoup de passion. En achetant cette box, vous soutiendrez des artistes indépendants et vous pourrez ainsi leur permettre de continuer à diffuser leur propre inspiration et leurs propres messages. Il est également important de préciser qu’il n’est pas prévu de distribution par des détaillants et qu’il n’y aura pas de licence accordée où que ce soit dans le monde. Donc la seule manière d’acquérir votre exemplaire de Fistful of planets part II, numéroté et signé par les trois artistes impliquées dans ce projet, est de le commander directement en ligne dans mes boutiques. Je tiens à tous vous remercier pour votre soutien permettant la réalisation de ce projet. J’espère que vous pourrez apprécier cette vision que j’ai eue et découvrir ce que je vous ai préparé.

Elisa Montaldo (www.elisamontaldo.com)

Voici un petit teaser en écoute directe pour vous faire une idée : teaser 2 FFOP2


vendredi 16 avril 2021

Qirsh : Aspera Tempora, parte 1

Il faut parfois prendre du recul pour bien appréhender une création musicale et pour bien la sentir. Cela a été exactement le cas pour cet album dont j'ai fait plusieurs fois le tour avant de rentrer dedans. Ne me demandez pas pourquoi. La raison a ses raisons que la raison ignore ! Bien, après cette entrée en matière mi-figue mi-raisin (je le concède), nous y voilà enfin. Après quelques écoutes attentives de cet Aspera Tempora, il apparaît que les atmosphères sont sombres, les tempos sont lourds et les mélodies ne respirent pas souvent la joie, autant de caractéristiques qui nous amènent à positionner cette musique dans un créneau qui tient autant du doom prog que du dark ambient avec des traits de space rock à la Hawkwind ("Aer Gravis"). On comprend alors que les morceaux soient longs voire très longs pour "Rumor" (18 minutes) et "Oremus" (12 minutes et encore 8 minutes pour sa reprise), les musiciens prenant le temps d'installer des ambiances qui deviennent de plus en plus prenantes au fur et à mesure que les minutes passent jusqu'à embarquer complètement l'auditeur.  Les lignes de chant ne laissent que peu passer la lumière tant elles sont volontairement et délibérément, mélancoliques et tristes ("Anansi" excepté). Je ne vous parle même pas du chant en canon sur "Oremus" le bien nommé, qui tient plus de l'oraison  grégorienne. "Oremus" est d'ailleurs une pièce gothique remarquablement construite dont le côté horror/goth rock lui permettrait de servir sans problème de bande son à un giallo italien. Pour vous faire une idée de ce que cela donne au niveau stylistique, je ne saurais trop vous orienter vers la compilation E Tu Vivrai Nel Terrore publiée il y a quelques années par Black Widow. Vous y retrouverez beaucoup de similitudes et de traits communs. Nous sommes dans les mêmes recoins sonores, sombres et inquiétants, raisonnant en permanence de cris de désespoir et de lamentations sans fin. La consultation du booklet et des paroles permet de mieux comprendre ce qu'il y a derrière tout cela : une énumération ou plutôt une litanie des peurs supportées par l'Homme, peur de la solitude, peur du vide, peur de la douleur, peur des rumeurs, peur du jugement divin. La tonalité musicale et les arrangements ont été soigneusement étudiés pour générer l'angoisse et attiser les craintes qui sont inhérentes à la condition humaine.  Je dois dire que le résultat est assez réussi car, d'une part, tout se tient dans une unité de ton très dark et que, d'autre part, il y a du côté des musiciens une réelle volonté de construire une œuvre figurative ambitieuse. En cela, Aspera Tempora, parte 1 atteint son objectif. Il faut d'ailleurs souligner la production remarquablement à la hauteur, assurée par les membres du groupe eux-mêmes, une production à la fois précise et ample, avec beaucoup de profondeur mais aussi de rondeur, qui permet de passer les moments les plus dramatiques et oppressants sans ressentir aucune agressivité acoustique. Au passage, mention particulière à Leonardo Digilio pour ses sonorités de claviers en général (clavecin compris) et d'orgues liturgiques en particulier qui donnent à chaque fois la couleur et le relief nécessaires. Reste maintenant à attendre la deuxième partie de ces "temps difficiles", puisque les liguriens considèrent qu'ils n'ont pas encore fait le tour complet des affres de l'Humanité, en souhaitant que Aspera Tempora, parte 2 soit le parfait pendant du diptyque conceptuel ainsi formé. « Lasciate ogne speranza, voi ch'intrate » !

La tracklist : 

1. Rumors
2. Aer Gravis
3. Quel Momento
4. Hurt
5. Anansi
6. Oremus
7. Oremus (reprise)

Le groupe : Andrea Torello (basse), Daniele Olia (guitares, claviers, chant), Leonardo Digilio (claviers), Marco Fazio (batterie), Pasquale Aricò (chant), Michele Torello (guitares), Giulio Mondo (batterie)
Label:  Lizard Records (formats CD et digital)

 

samedi 10 avril 2021

HYPE : Evolve

 

Si vous êtes d'accord, nous allons suivre de près ce groupe de très jeunes musiciens (entre 18 et 20 ans) car ce qu'ils proposent est remarquable et franchement très bon dans un style jazz rock instrumental jouissif. Pour ma part je suis assez subjugué parce ce que j'ai entendu.

Ecoutez déjà ces titres pour vous faire une idée : "An Untold Odissey" "Groove era""Psych me up" et  "Visions" 

Leur album Evolve est sorti le 19 mars sur le plates-formes habituelles  de  streaming.
 
Les membres de ce groupe sont :
Francesco Campagiorni (22 ans) : basse
Edoardo Oren Alonzi (20 ans) : guitare
Federico Pizzutelli (18 ans) : claviers, synthés
Stefano Tozzi (17 ans) : batterie

lundi 5 avril 2021

Paola Tagliaferro sings Greg Lake (review in english)

 

The genesis of this album is a story of friendship and respect between artists. Paola Tagliaferro met Greg Lake and his wife, Regina, late in 2012. Strong ties were forged between the couple and Paola, which continued with Regina after the sad death of Greg Lake in late 2016. In 2017, Paola decided to create a musical tribute to Greg Lake called "Art in Progress Event in Memory of Greg Lake". To carry out this project, she asked high level musicians to join her. The formation thus constituted took the name of La Compagnia dell'Es. This band includes guitarist and sound engineer Pier Gonella (also member of Vanexa, Mastercastle and Necrodeath), the duo Enten Hitti, which is specialized in the use of old instruments and has its own musical career (and which even had the honor of a short review in this blog!), as well as the harpist Vincenzo Zitello considered as a reference in the matter and having collaborated extensively in the early eighties with our Breton bard Alan Stivell. Paola Tagliaferro is a complete artist who has worked in dance, painting and music including experimental music. She has many musical collaborations (recently with Max Marchini, Bernardo Lanzetti but also with Peter Sinfield, the former lyricist of King Crimson) and has four recent albums to her credit : Linee dell'Anima in 2007, Chrysalis in 2009, Milioni di Lune in 2012 and Fabulae in 2018. Besides being a very beautiful woman (I still have the right to say it!), she has a musical path more than respectable. All these reasons to let you know these musicians better but also to understand that we are not with amateurs. After several performances by Paola and La Compagnia dell'Es honoring Greg Lake through the "Art in Progress Event Tour in Memory of Greg Lake", Regina Lake asked Paola to record an album featuring part of the songs performed on stage. Of course, Paola’s voice, really very beautiful and powerful when necessary (cf. "Epitaph"), cannot compete with the deep and enveloping voice of Greg Lake. It is therefore on another ground that we must go to gauge this album. It’s probably the reason why Regina Lake wanted to provide advices on the spirit in which each track could be played respecting Greg’s intentions. And it’s really the points of interest of these covers. Their interpretation reveals a form of purity and stringency that related to a collection of "Greg Lake'songs naked". The other highlight of this album is to give a unity of tone to these ten (eleven) songs linked together by what seems a sort of evidence, resulting in a pleasant listening homogeneity. The proof? All the Greg Lake’s best songs are gathered here and yet no one stands out more than any other. From then, everything is a matter of sensitivity and in this mood, I admit to having a strong inclination for "Lucky man" simply for the accuracy of the Paola’s interpretation and for the accompaniment really fine of the band which gives a real “plus” to this touching song, for "Promenade 2" on which Paola hangs her voice to an invisible thread in a nice balancing act, for "Moonchild" because that version further exacerbates, if possible, the infinite delicacy of this song, and finally for "Epitaph/Battlefield" from which there emerges a sadness and a nostalgia that fits wonderfully with this end of the album, La Compagnia dell'Es surpassing itself here to recreate an arrangement that carries and highlights the emphatic (originally) "Epitaph". I admit that I had some apprehension about Paola’s accent and especially about how she would interpret these songs respecting the attacks, phrasing and nuances of Greg. But again, perhaps with Regina’s advices, everything is perfect and right. The last skeptics wondering where the prog is in all this, will listen to "Take a Pebble" and the central performance of Andrea Zanzottera on the piano and then make a jump to tracks 9 and 10 ("Moonchild" and "Epitaph"), which should definitely reassure them.

This record confirms, if needed, the talent of Greg Lake as songwriter. Talent that has never been properly recognized, his time with King Crimson having been too short to allow him to impose over time his qualities as a melodist, and his association in ELP having regularly turned to the advantage of Emerson’s sonic exploits to the detriment of his songs which too often passed for mere interludes. As for his solo career, it must be admitted that Greg passed by anyway, which did not allow him to shine his songs unlike a much more opportunistic John Wetton. The aim of this album is therefore achieved: to pay tribute to Greg Lake by highlighting the essence of his compositions. The exercise was not easy, and not won in advance, because when you face to monuments like "Still you turn me on", "Lucky man", "Take a pebble" "Moonchild" or "Epitaph", you must be at your best and not be content to do in the rough. Of course, you will have understood, Paola and La Compagnia dell'Es are at the rendezvous. May they be thanked on behalf of all those who once enjoyed hearing Greg Lake perform one of these beautiful and unforgettable songs. C'est la vie !

by Louis de Ny (https://rockprogressifitalien.blogspot.com/)

Tracklist :

  1. From The Beginning  
  2. Still You Turn Me 
  3. Lucky Man
  4. C’est La Vie
  5. Promenade 2
  6. The Sage 
  7. Take A Pebble
  8. Believe In Father Christmas 
  9. Moonchild 
  10. Epitaph/Battlefield  

Musician (La Compagnia dell'Es) : Paola Tagliaferro (vocals), Pier Gonella (guitars), Giulia Ermirio (violin), Andrea Zanzottera (piano), Pierangelo Pandiscia & Gino Ape aka Enten Hitti (oboe, xylophon, luth, bells), U.T.Gandhi (percussions), Vincenzo Zitello (harp)

Links :

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