dimanche 24 avril 2022

Mater a Clivis Imperat : Atrox Locus

Le rock progressif italien a aussi son côté obscur et ses penchants occultes et ce depuis ses premiers balbutiements puisque dès 1969, Antonio Bartoccetti avait ouvert la voie avec son groupe Jacula en proposant In cauda semper stat venenum, un album se voulant avant tout inspiré par les flashs ésotériques de son créateur aboutissant ainsi à une matière musicale, mélangeant allègrement le dark, le heavy, l'ambient, le doom et se faisant remarquer par son odeur de souffre mais aussi par son caractère décousue. Le genre s'est ensuite structuré, établissant ses propres codes, et a ainsi réussi a perdurer avec quelques noms emblématiques, Jacula bien sur, mais aussi Antoniux Rex (autre formation menée par Bartocceti) ainsi que l'incontournable Devil Doll pour ne citer que les plus connus sans oublier Malleus bien évidemment. Le label Black Widow records a fait beaucoup pour promouvoir ce style de musique, son patron Massimo Gasperini étant un fan absolu de tout ce qui se rapporte au dark heavy prog. Les albums de Jacula et d'Antonius Rex ont ainsi été publiés ou réédités, pour les plus anciens, chez Black Widow records qui a également produit un bon nombre d'autres groupes œuvrant dans la même veine (récemment La Janara). Le dernier en date, Mater a Clivis Imperat, n'est pas, loin de là, le moins intéressant d'une longue série. Son album Altrox Locus qui est sorti le 22 mars 2022 est même une divine surprise. 

Côté visuel, il est difficile, dès le premier coup d’œil,  de ne pas être attiré par la couverture qui en jette et qui évoque des souvenirs confus pour les fans de giallo et de films d'horreur italiens de la grande période des années 70. Et pour cause, elle est signée du regretté Enzo Sciotti (disparu l'année dernière) à qui l'on doit des affiches cultes pour les films eux aussi cultes de Mario Bava, Lucio Fulci et Dario Argento entre autres.  

Côté équipage, la formation comprend des musiciens expérimentés : Samael Von Martin vient de Death Dies et Tomas Contarato (alias Demian De Saba) de chez Evol, des groupes de Black métal à tendance satanique ! On est prévenu ! Avec l'énigmatique pianiste gothique Natalija Branko, le claviériste milanais Alessio Saglia et la chanteuse soprano Elisa de Marte de Padoue, le groupe est complété avec trois musiciens de talent de formation classique. 

Il est d'ailleurs bon de savoir que Mater a Clivis Imperat est une formation qui existe depuis 2008 et que cet Atrox locus est en fait la concrétisation de plusieurs projets précédents qui n'avaient pas abouti en leur temps. Il aura fallu de nombreuses années pour que ce concept musical arrive à maturité en trouvant enfin la bonne inspiration, les bons réglages mais aussi les musiciens idoines. Le résultat de ces années de tâtonnements est enfin là. Un monstre sonore de heavy rock occulte et de hard prog des seventies, fait d'un magma organisé d'orgues liturgiques, de riffs lourds de guitares électriques, de rythmes meurtriers, d'éclairs aveuglants giclant du noir absolu, de chœurs grégoriens, de chant lyrique et enfin de mises en scène théâtrales gothiques et dérangeantes. Une bande originale d’un film d'horreur, jamais réalisé, de laquelle émerge le mystère, l'angoisse, les passions, le sang, la désespérance, la mort. 

Bien évidemment, côté contenu, pas de surprise, il y a du lourd. Les ambiances alternent entre l'univers musical de Fabio Frizzi période Paura nella città dei morti viventi / L'Aldilà / Manhattan Baby ("Coemeterium" et sa reprise, "1974 Sorgi o Creatura", "Oblivium") et celui de Goblin (comprenant aussi Goblin Rebirth, 4Goblin et le Daemonia de Claudio Simonetti) pour le titre éponyme "Atrox Locus".  "Padova occulta (Nero Barocco)" plus orchestré et aux chorus de guitare acide, évoque Devil Doll mais aussi Lacrimosa, alors que "Homo intime pauper est" et  "Dominae oculi" nous ramènent à Jacula et à Antonius Rex . La surprise vient plutôt de l'instrumental "Witchcraft " qui tombe à point nommé pour détendre l’atmosphère plutôt lourde et austère de l'ensemble. Le morceau se présente comme une longue cavalcade heavy menée par une énorme performance d'Alessio Saglia à l'orgue Hammond, soutenue par une rythmique funky. Niacin aurait pu faire ce genre de titre. Puisque l'on est du côté hard prog, "Idalo tribus" est en plein dedans. Rien de très original pour ce court instrumental avec ses allers retours de riffs en trois accords, mais un bon moment pendant lequel le groupe se lâche sans se poser de questions. Je reste plus sceptique sur le simili symphonique "Vagaris" intégralement centré sur un tutti de cordes frottées dont l'exécution aux synthés donne dans un ton un peu daté (çà me rappelle les sons des Roland du début des années 80) et surtout la composition reste très sommaire sans jamais décoller et sans jamais accoucher d'un développement digne de ce nom. La reprise, en toute fin d'album, de "Coemeterium" dans une version alternative prenante et horrifiante, clôt magnifiquement ce disque qui aurait sans doute gagné à être un peu plus court. Mais, il ne s'agit pas de bouder son plaisir car nous avons ici un opus qui soutient la comparaison avec ses illustres références citées à plusieurs reprises tout au long de cette chronique. Sachez aussi que le prochain album est déjà en route et là il faudra vous attendre à une autre surprise de taille au générique !

Les musiciens : Isabella (chant, chœurs), Samael Von Martin (guitare, basse, claviers, chœurs), Tomas Contarato (batterie), Natalija Branko (piano), Alessio Saglia (orgue,Hammond, Moog) + la participation d'Elisa Di Marte (chant soprano) 

Black Widow Records propose l'album en trois déclinaisons : Compact Disc,  LP avec un livret de  20 pages, LP édition limitée (66 exemplaires) avec couverture “raw cardboard” et vinyle couleur + 2 posters + le livret de 20 pages + le téléchargement mp3

La tracklist :

1. Coemeterium
2. 1974 (Sorgi o Creatura)
3. Atrox locus
4. Padova occulta (Nero Barocco)
5. Atrox poena in corde suo est
6. Homo intime pauper est
7. Witchcraft
8. Dominae oculi
9. Oblivium
10. Meretrix Pacis Orba
11. Idola tribus
12. Vagaris
13. Coemeterium (Alternate Version)



jeudi 21 avril 2022

Prog Fest 2022

 

Le programme concocté par Massimo Gasperini pour le festival Prog Fest Porto Antico à Gênes le 16 juillet 2022 est une fois de plus exceptionnel avec les vétérans incontournables du prog italien Osanna et Delirium, les révélations G.A.S. (pour Gruppo Autonomo Suonatori) et Melting Clock mais aussi  deux noms à découvrir avec G.O.L.E.M. et son hard prog psychédélique ainsi que le groupe de métal prog pour le moins intrigant,  Cyrax. Gênes n'est pas la porte à côté surtout pour les bretons mais l'affiche le mérite et l'Italie est si vivante l'été ! Rendez-vous à Gênes le 16 juillet 2022.

vendredi 15 avril 2022

The Old Castle : Wistful

Nous n'avons pas été beaucoup à couvrir la sortie en 2001 de Storie Nascoste le premier album disponible du groupe de prog italien The Old Castle. Mais vous trouverez quand même une chronique complète détaillée et documentée. Devinez où ? Dans ce livre Plongée au Cœur du Rock Progressif Italien ! C'est peut-être la raison pour laquelle, à vingt années d'écart, Gabriele Kiss s'est rappelé des quelques personnes qui avaient soutenues son groupe et qu'il les a contacté pour leur annoncer la bonne nouvelle : la sortie d'un nouvel album de The Old Castle.

Alors, je suis sympa, je vous fais une petite séance de rattrapage. Formé en 1995, dans les Marches à Tolentino, The Old Castle enregistre très rapidement un tout premier album auto-produit quasiment impossible à trouver déjà à l'époque (je ne vous parle même pas d'aujourd'hui !) intitulé Working travellers et sous-titré (good and progressive rock music). Le groupe se produit ensuite sur scène et connaît même son heure de gloire en assurant la première partie du concert d’Emerson Lake & Palmer en Sardaigne pendant l’été 1997. Un deuxième album est assez vite mis en chantier et sort en 2001, toujours en auto-production. Avec une volonté d’aller vers quelque chose de plus calme et de plus introspectif, The Old Castle fait évoluer son propos musical tout en restant dans un environnement progressif. Pour une partie, Storie nascoste penche nettement vers le Pink Floyd post Waters, celui de A momentary lapse of reason et surtout de The Division Bell avec parfois un mimétisme frisant la perfection. Pour le reste, les références sont aussi de qualité tout en ne s'éloignant jamais d'un registre pop prog FM. En résumé, c'est bon, très bon même sur les vingt premières minutes de cet album qui aurait mérité plus de considération.

Vingt ans plus tard, Gabriele Kiss, la tête pensante de The Old Castle, décide de faire revivre son groupe en repartant des idées laissées en plan, la formation n'ayant pas continué l'aventure, vous l'aviez compris. Même si des membres de l'époque apparaissent aux crédits, il a fallu que quelques nouveaux musiciens viennent apporter leur contribution. Wistful, le nouvel album est court, 36 minutes et les paroles sont cette fois en anglais. Si l'on met à part, les deux instrumentaux (on y reviendra), il apparaît vite évident que Gabriele Kiss va à l'essentiel, en donnant même l'impression par moments d'être pressé. La voix a un peu changé, et pour tout dire s'est pas mal patinée, mais l'énergie est toujours bien présente. "Return from fantasy" est une entame pied au plancher, tempo rapide, orgue en furie, guitare babilleuse. On est dans le registre d'un Deep Purple en roue libre. Pas très original mais bien pour se mettre dans l'ambiance. "Mario" permet d’entendre fugacement le chanteur lyrique Massimiliano Luciano. Il s'agit cette fois d'une longue épopée quasiment instrumentale que l'on qualifiera d'épic rock d'inspiration médiévale à la Jerry Cutillo (O.A.K.) survolée par la flûte d'un Stefano Conforti que l'on sent aussi à l'aise qu'un poisson dan l'eau. "Angel Fall" se présente comme le titre le plus direct et le plus facilement accessible. Entre néo-prog typé IQ et AOR des années 80 , le morceau vaut surtout par le solo final de guitare électrique qui évoque furieusement le Ritchie Blackmore de Rainbow en mode baladin. Avec "Hurt my heart", The Old Castle renoue avec ses vieux penchants rock FM, une fois encore on pense à GTR et Asia. C'est bien foutu et agréable à écouter avec une mélodie accrocheuse et des sonorités de synthés typées eighties. "Black sunday" est en fait une composition qui existait sur Storie Nascoste ("Giornate"). Elle est cette fois présentée avec un chant en anglais. Pour le reste, le morceau a été retravaillé avec une longue partie centrale, très réussie, basée sur une performance de  Stefano Conforti à la flûte. Le seul bémol est lié à la partie de batterie de Jean-Luc Delmonac qui comme pour les pistes 1 et 2, utilise des samplers au rendu sec et dépourvu de chair. On préférera de loin le drumming d'Alberto Quacquarini présent sur tout le reste de l'album. "The camel" démarre sur un mode jazzy avec une succession de mesures aux tempos syncopés, Gabriele Kiss réussissant même à insérer plusieurs citations, dont une assez évidente, tirées de Six Wives of Henri VIII du sieur Wakeman (je vous laisse chercher,). Pour sa dernière partie, le morceau bascule soudainement dans un univers fantasmagorique et impressionniste. Pour finir, revenons aux deux instrumentaux. Si "Interlude for Jacky" reste un (court) moment sympathique mais anecdotique malgré sa progression très classique rappelant de loin une toccata bancale, "il mare" est d'un tout autre niveau. Ils 'agit de la véritable pièce de bravoure de cet album dont elle justifie à elle seule l'acquisition. En un peu plus de six minutes, Gabriele se charge de donner sa vision ou plutôt ses visions de la mer, est grandement secondé par Stefano Conforti, aussi convaincant à la flûte qu'au saxo, qui a pour mission de donner des couleurs merveilleuses à ce morceau qui est en fait une succession de petites pièces imbriquées les unes dans les autres. Pas vraiment une suite, plutôt une succession de tableaux dont certains évoquent EL&P pendant que d'autres rappellent furieusement certains passages du Hamburger Concerto de Focus ("Delitae Musicae").  

J'ai été content de retrouver The Old Castle à deux décennies d'écart. La musique de Gabriele Kiss est sincère et sans prétention, loin très loin de l’esbroufe pathétique et du démonstratif fatiguant. Elle n'en est que plus attachante. Le prog c'est çà aussi !

Les musiciens : Gabriele Kiss (claviers, chant, basse), Stefano Conforti (saxophone, flûte), Jean-Luc Delmonac (batterie sur 1, 2 et 7), Roberto Gatta (guitare sur 7), Massimiliano Luciani (chant sur 2), Tonino Manochesi (guitare sur 1 et 2), Paolo Pagliari (guitare et basse sur 3 et 5), Alberto Quacquarini (batterie sur 3, 5, 6 et 8).  

La tracklist :
1. Return form fantasy
2. Mario
3. Angel fall
4. Interlude for Jacky
5. Hurt my heart
6. Il mare
7. Black sunday
8. The camel

Pour écouter l'album, ce que je vous conseille évidemment, çà se passe ici


vendredi 8 avril 2022

Sintesi del viaggio di Es : Gli alberti di Stravopol

Il y a d'abord eu Sithonia de 1989 à 2013, qui nous laissé cinq beaux albums, puis plus récemment Sintesi del viaggio di Es avec cette fois les seuls Valerio Roda, Marco Giovannini et Sauro Musi pour faire le lien entre ces deux formations de proche parenté (vous pouvez retrouver ici l'interview du groupe en 2019). Un premier essai prometteur en 2017 (Il sole alle spalle) délicat et plus folk-prog que prog-rock, et revoilà nos amis de retour pour nous proposer le fruit de quatre années de réflexions et de travail pour un résultat qui se révèle d'emblée remarquable. 
Car Gli alberti di Stravopol est clairement un cran au-dessus de Il sole alle spalle qui était déjà très plaisant. Sintesi del viaggio di Es ne change pas fondamentalement son style, "Come le foglie (Parte 1)" avec ses réminiscences d'Impressioni di Settembre" et "Gli alberi di Stavropol", sont là pour en témoigner. Il y a pourtant de nettes différences qui se font sentir à commencer par une profondeur accrue dans les thèmes développés dans cet album que ce soit avec le poignant "Regina in lacrime" ou encore avec "Grazie per gli anni e per i giorni". Mais la grande surprise vient de la présence de passages, voire même de morceaux, plus appuyés et pour tout dire carrément rock. Ainsi "L'eta d'oro", joué entièrement à l'énergie, ne manque pas de surprendre de la part de ces musiciens que l'on pensait définitivement calés sur un mode soft. Décidément en pleine forme, le groupe atteint même une envergure symphonique jusque là inconnue avec "Adria", sublime instrumental sur lequel on écoute religieusement le violon de Barbara Rubin illuminant tout ce morceau qui se révèle trop court, laissant l'auditeur au bout de deux minutes avec un vrai sentiment de frustration. "Una nuova passeggiata" et "Come le foglie (Parte 2)" réunissent bien ces deux caractères désormais mis en avant par le groupe : une tonalité plus rock et un propos plus emphatique. "Una nuova passeggiata" est à cet égard très caractéristique du prog italien des années 90 qui en plus de puiser dans ses racines seventies reprenait également, à l'instar d'Arcansiel, d'Ezra Winston et de Sithonia bien sûr, des éléments de langage d'un néo prog alors omni-présent et incontournable.
Il est étonnant de constater que ces musiciens expérimentés semblent soudainement se libérer et oser des figures plus spontanées (en tout cas en apparence). Ce n'est d'ailleurs pas "Strade di fango" avec son riff d'intro gras bien hardos, qui courre sur tout le titre, ainsi que son tempo cadencé et lourd qui viendra contredire cette impression. Je ne sais pas si cette posture est la plus naturelle pour le groupe mais en tout cas l'effet blast est très réussi.
J'ai une grande affection pour la dernière partie du CD qui relève du rêve éveillé avec tout d’abord en hors d’œuvre le majestueux instrumental "Grazie per gli anni e per i giorni" duquel émerge une mélodie onirique, jouée d'abord à la guitare acoustique avant qu'n riff de guitare électrique vienne prendre le relais. Le tout est emballé dans un délicat habillage pysché-folk présentant une certaine originalité avec l'apparition soudaine d'un accordéon diatonique qui donne une touche traditionnelle en plus. A suivre, "Il viaggio di Es" constitue le plat de résistance et prend la forme d'une longue suite de quatorze minutes qui a tout du morceau ultime pour le groupe. C'est en tout cas celui dans lequel il concentre le meilleur de son savoir-faire, sûr de son fait, au point de se lancer dans des digressions inattendues dont quelques cavalcades effrénées et autres emballements soudains qui en font une pièce de pur rock progressif, et je peux vous affirmer que c'est du tout bon. Guitare électrique et flûte se partagent les longs chorus, chaque instrument venant prendre le relais de l'autre dans une sorte de ballet harmonieux réglé au millimètre.
Vous l'aurez compris, sur cet album chacun donne le meilleur lui-même : Marco Giovannini et sa voix si attachante mais aussi si rassurante, Sauro Musi qui sort de sa réserve pour arracher quelques riffs et chorus bien sentis de sa Gibson SG Standard, Valerio Roda qui semble bien s'amuser en distillant ses lignes de basse ronflantes et bien sûr Eleonora Montenegro omniprésente à la flute traversière pour notre plus grand bonheur. 
A l'écoute de Gli alberti di Stravopol, il apparaît que Sintesi del viaggio di Es fait désormais partie des toutes meilleures  formations de prog italien actuels, capable de proposer une musique à la fois personnelle, inspirée et raffinée. Avec cet album, je vous promets cinquante trois minutes de félicité et de légèreté. Il n'en faut pas plus pour apporter un peu de bonheur en ces temps troublés.

Le groupe : Marco Giovannini (chant), Sauro Musi (guitares), Valerio Roda (basse, pédale-basse), Maurizio Pezzoli (claviers), Eleonora Montenegro (flute), Nicola Alberghini (batterie) 

+ Barbara Rubin (violon sur 5) et Maria Grazia Ponziani (accordéon diatonique sur 9)

La tracklist :

1. Come le foglie (Parte 1)
2. Gli alberi di Stavropol
3. Regina in lacrime
4. L'eta d'oro
5. Adria
6. Una nuova passeggiata
7. Come le foglie (Parte 2)
8. Strade di fango
9. Grazie per gli anni e per i giorni
10. Il viaggio di Es

Label : Locanda del Vento, distribution : Lizard records



samedi 2 avril 2022

Nodo Gordiano : H.E.X.

Totalisant déjà vingt huit années d'existence au compteur, Nodo Gordiano n'est pas la formation de prog italien la plus facile d'accès. Il est vrai que si le groupe produit toujours une musique de qualité, elle n'en a pas moins un côté parfois hermétique et nécessite toujours une grande concentration de la part de l'auditeur. Le fait que Nodo Gordiano ait connu de multiples changement de personnel autour de l'inamovible Andrea De Luca a également influé sur son style, chacun des six albums du groupe ayant une couleur particulière, mais avec toujours un haut degré d'exigence dans le rendu.

De fait, chaque plongée dans l'univers musical de Nodo Gordiano me fait toujours le même effet qu'une écoute d'un album de Van der Graaf Generator, pas forcément pour la proximité musicale avec la formation anglaise, qui existe bel et bien, on en reparlera un peu plus loin, mais tout simplement car j'ai l'impression à chaque fois de rentrer dans un monde totalement à part, de faire un transfert dans une autre dimension en quelque sorte. Une fois arrivé sur place, les trois italiens ne perdent pas de temps à vous accueillir et vous embarquent directement dans leurs voyages sonores. C'est d'autant plus évident avec H.E.X. que l'album ne comporte que deux longs titres d'exactement vingt six minutes chacun. Bien que le langage des trois italiens soit très personnel, difficile, dès le premier morceau "Heng", de ne pas se référer alternativement à Van der Graaf Generator, Tangerine Dream King Crimson (dans son côté le plus martial) et à Pïnk Floyd période "Shine on your crazy diamond". Franchement, rien là dedans de gênant ou de dévalorisant. Ils ont suffisamment d'expérience et de savoir-faire (Davide Guidoni est également membre de Daal) pour proposer une relecture à la fois solide et passionnante de moments choisis de leurs éminents devanciers en apportant leur propre contribution créatrice. A cet égard, "Kou" est sans aucun doute la pièce la plus originale mais aussi expérimentale avec ses percussions tribales et ses couleurs modales, et cette fois c'est bien Van der Graaf Generator qui ressort en arrière-plan. Il est d'ailleurs évident que Filippo Brilli avec sa panoplie de saxophones (tenor, bariton, alto et soprano) joue le même rôle que de David Jackson dans VDGG avec toutefois un jeu aux antipodes de celui du sympathique anglais. Très différente du reste, la dernière partie atmosphérique, et pour tout dire cosmique, du morceau ressemble beaucoup à un long trip hallucinogène qui peut également évoquer certaines ambiances de Porcupine Tree sur Metanoia. C'est à mon avis, la séquence la plus passionnante et la plus réussie de cet album surtout grâce à son bouquet final en apothéose. Évidemment, on ne rigole pas beaucoup à l'écoute de cet album qui développe des atmosphères prenantes et parfois même oppressantes mais les deux longues pistes présentent suffisamment de variations et de rebondissements pour que l'on soit totalement happé par ce que l'on entend, un peu comme si l'on était hors du temps.

Vous aurez bien sûr noté la similitude avec la pochette de A grounding in numbers de Van der Graaf Generator (décidément on parle beaucoup de ce groupe dans cette revue) avec la même couleur de fond pour la couverture et la présentation d'un authentique hexagramme cette fois (heng) en lieu et place du pentagramme stylisé ornant A grounding in numbers. Les deux titres de l'album reprennent d'ailleurs chacun le nom d'un hexagramme, le numéro 32 pour "Heng", le numéro 44 pour "Kou".

J'aime les musiciens qui prennent des risques et qui sortent des sentiers battus d'un prog trop souvent convenu. J'ai aussi le plus grand respect pour les groupes qui produisent une musique non conventionnel en se souciant peu de plaire ou non au plus grand nombre. J'aime enfin ces longues plages musicales qui ont la capacité de vous surprendre toutes les cinq minutes tout en gardant une fluidité dans le déroulé. Nodo Gordiano réunit toutes ces qualités sur cet album qui peut être considéré comme l'accomplissement de sa longue carrière, accomplissement ne signifiant nullement que H.E.X. doit être le point final de sa discographie, bien au contraire!

Les musiciens : Davide Guidoni (claviers, percussions, samplers), Andrea De Luca (claviers, samplers, basse, guitares), Filippo Brilli (saxophones)

La tracklist :
1. Heng
2. Kou 

Label : Lizard records

lundi 28 mars 2022

Riccardo Romano Land : Spectrum


En parallèle de RanestRnane, son groupe d'attache, Riccardo Romano a entamé depuis quelques années une carrière solo qui a d'abord vu la parution de l'album B612 en 2017 qui racontait l'histoire du Petit Prince de Saint Exupéry. Cette fois, Riccardo aborde un sujet plus personnel avec l’évocation de l'autisme qui touche son fils. Je le laisse donc expliquer lui-même, avec ses mots, ce qu'il veut exprimer: "çà raconte l'histoire d'un garçon autiste imaginé à la première personne. pour l'écrire j'ai essayé d'imaginer et de décoder les pensées de mon fils, en pensant à tout ce qu'il peut exprimer et par dessus tout à ce qu'il ne peut pas dire. Être père d'un garçon autiste est un long défi et chaque jour, vous devez être créatif, inventer de nouvelles façons d'aller dans des endroits qui au premier coup d'œil sembleraient inaccessibles. mais je pense avoir parcouru un long chemin avec lui pendant toutes ces années, et c'est pourquoi j'ai décidé de raconter notre histoire. "Wrong" (le mal) fait partie d'une longue suite intitulée "The Winner", car c'est comme ça que j'aime nous imaginer : nous avons vu beaucoup de choses, connu la désolation connue et toutes les nuances de noir. mais je peux dire que nous nous sentons comme des gagnants maintenant, et nous visons toujours la lumière".
 
Voici en complément le teaser YT :
 
L'album est en vente en trois formats différents :
 
Édition Spéciale
LP Vinyle 
CD Digipack

mercredi 23 mars 2022

Ezra Winston : Tertium non datur

Trente et un ans après Ancient Afternoons, Ezra Winston a fait un retour tardif mais attendu pour son troisième album Tertium non datur publié, dans un premier temps en juillet 2021, uniquement en vinyle associé au numéro 99 de la collection Prog Rock Italiano par De Agostini. La face A présente trois morceaux et la face B en compte deux. Nous attendons maintenant la version CD prévue pour une sortie ultérieure (fin 2022 ?), avec d’autres titres ajoutés. En effet la version 33 tours d'une durée de quarante deux minutes ne permettait pas d'en mettre plus !. Le recto et le verso de la couverture (pochette ouvrante avec enveloppe interne couleur et vinyle 180g) ont été réalisés par la dessinatrice Lorenza Pigliamosche Ricci née en 1997, grande amatrice de rock progressif et collaboratrice du magazine Prog Italia. Elle a d'ailleurs également réalisé l'artwork pour l'album Frazz Live de Semiramis.

lundi 21 mars 2022

The Old Castle : Wistful

 Je vous annonce de l’exclusif pour très bientôt. Restez branchés sur Le Petit Monde du Rock Progressif Italien !

samedi 5 mars 2022

Odessa : L'alba della civiltà

 

Odessa est un groupe que j'aime beaucoup. Je ne suis pas le seul. Mais Lorenzo Giovagnoli et ses compères (Marco Fabbri, Giulio Vampa, Valerio de Angelis) se sont fait rares ces dernières année. Depuis The Final Day en 2009, le groupe est aux abonnés absents. Les passages au festival Prog Sud en 2003, 2009 et 2014 sont déjà loin dans nos mémoires. Alors, çà a été évidemment une grande joie quand  Lorenzo m'a contacté début 2021 pour me dire qu'il réactivait le groupe et qu'un nouvel album était en préparation. L'alba della civiltà (c'est son nom) vient enfin de sortir chez Lizard Records. 
Lorenzo est bien sûr aux claviers et au chant. Il est entouré de musiciens que nous connaissons bien. Giulio Vampa est aux guitares, Marco Fabbri à la batterie, Valerio De Angelis à la basse et Gianluca Milanese est de retour à la flûte. Une équipe solide donc et des musiciens qui se connaissent très bien et que nous connaissons aussi très bien !
Douze ans ont passé depuis The Final Day et vingt deux ans depuis les débuts discographiques du groupe avec Stazione Getsemani et si la tonalité d'ensemble est immédiatement reconnaissable (il est difficile d'oublier la voix de Lorenzo), l'énergie débordante dont a toujours fait preuve le groupe est ici très bien maîtrisée à l'instar du premier grand morceau de l'album, le bien-nommé "Invocazione", un épique hard prog marqué par plusieurs breaks instrumentaux tous plus réjouissants les uns que les autres. Avec "Di buio e luce parte seconda", on retrouve le penchant lyrique de Lorenzo appliqué ici à une longue ballade pop soutenue qui a droit elle aussi à son break jazzy piano/flûte avant de finir sur un mode symphonique. "L'alba della civiltà" est pour le coup du Odessa pur jus qui nous ramène à la période Stazione Getsemani avec ce style inimitable qui s'inscrit dans la lignée du grand Il Rovescio della Medaglia, c'est à dire avec Pino Ballarini au chant (message subliminal au passage). Si "L'organista del bosco" ne semble être en apparence qu'une respiration instrumentale judicieusement placée au milieu de l' album, j'y vois pour ma part un morceau parfaitement construit qui m'évoque un joli croisement entre Focus, Jethro Tull (sans la flûte traversière, si si c'est possible !) et le Uriah Heep de Acoustically driven. Arrive ensuite la fameuse reprise de  "L'anno, il posto, l'ora 1972" des I Pooh. Je vous conseille d''écouter l'original pour vous rendre compte de ce que Lorenzo en a fait : un superbe épique prog avec ce qu'il faut de tension et d'électricité pour en faire un highlight. Bien sûr tout cela reste très italien mais démontre au moins que la chanson 'originale était bonne. Mention spéciale pour le pont rock endiablé qui n'en finit pas de partir en riffs incandescents. On avait déjà eu un aperçu de "Rasoi" mais la version  mp3 écrasée par YT ne rendait pas justice à ce nouvel épique hard prog qui balaie tout sur son passage. Ce titre joué en concert devrait être dantesque. Je ne sais pas si c'est le meilleur morceau du disque mais en tout cas il vous met une patate terrible pour la journée. Il est alors temps de sortir en douceur de cet album qui jusque là n'a réservé que de belles surprises. Ce n'est pas le dernier titre qui va décevoir. Pour  "Nell'etere" Lorenzo est seul aux claviers accompagné de Gianluca Milanese à la flûte. Il délivre une pièce relaxante aux connotations angéliques qui permet de finir sur une note apaisante. Une dernière fois, Odessa et Lorenzo nous auront donc étonné avec un type de morceau, posé et pastoral, assez éloigné de ce à quoi ils nous avaient habitué sur les deux précédents albums.
Il me semble qu'à ce jour L'alba della civiltà se positionne comme étant l'album le plus complet, le plus abouti mais aussi le plus riche d'Odessa. Sa durée relativement courte, 43 minutes, est un atout supplémentaire car elle  permet de rester concentré sur l'essentiel avec une intensité et une densité sans faille.
Nous étions plusieurs (je pense entre autres à Marina, Eliane et Alain) a appeler de nos vœux le retour de ce groupe attachant et magnifique. C'est enfin le cas. Ne boudons pas notre plaisir.

La tracklist :
  1. La stanza vuota
  2. Invocazione
  3. Di buio e luce parte seconda
  4. L'alba della civiltà
  5. L'organista del bosco
  6. L'anno, il posto, l'ora 1972
  7. Rasoi
  8. Nell'etere

Vous pouvez écouter les cinq morceaux suivants en entier : "L'alba della civiltà", "Di buio et di Luce, part 2" "Invocazione" "L'anno, il posto, l'ora 1972" et "Rasoi". 

 Label, distribution et commande : Lizard records

dimanche 27 février 2022

De Rossi e Bordini

  

Petit rappel pour les néophytes du genre : Carlo Bordini est le batteur historique de trois groupes qui comptent dans l'hsitoire du prog italien : Goblin, Cherry Five et Rustichelli e Bordini. Gianluca De Rossi est, quant à lui, depuis le début des années deux mille le leader et maître à penser du groupe Taproban.

Cela fait déjà plusieurs années que Carlo Bordini et Gianluca De Rossi collaborent ensemble, puisque dès 2008 ils avaient présenté un long épique "il pozzo dei giganti" sur la méga compilation Dante's inferno, The Divine Comedy Part 1. En 2010 ils proposaient "Dentro la Cerchia Antica (Paradiso XVI)" pour le dernier volet du projet Dante's inferno. En 2015, les mêmes ressuscitaient Cherry Five pour un album qui reprenait le titre  "il pozzo dei giganti"dans une version rallongée et plus travaillée mais aussi "Dentro la Cerchia Antica" et en complément "Manfredi (Purgatorio III)" leur permettant ainsi de présenter leur propre interprétation conceptuelle de la Divine Comédie. Ils sortent donc enfin un album sous leurs deux seuls noms évoquant bien sûr l'antique mais mythique  Rustichelli e Bordini.  

Carlo Bordini : batterie, percussions, récitatif

Gianluca De Rossi, claviers, pédales Taurus, voix

La tracklist :

2. La Porta Nel Buio (18:42)
3. Natività (4:57)
4. Cammellandia (12:58) 
 
Voilà le (très court) trailer pour nous faire patienter :  De Rossi e Bordini
 

 

 

 

lundi 14 février 2022

Nathan : Uomini di sabbia

Sortie du troisième album des liguriens de Nathan, après Nebulosa en 2016 et Era en 2018. Huit morceaux pour Uomini di Sabbia dont une longue suite de 15 minutes, "Eros". En cliquant sur les liens vous pouvez écouter deux morceaux : "Fatti non foste" et "Nel giardino di Maria". 

Quelques explications (en italien) par le groupe lui-même : 

Terzo album in poco più di cinque anni per i Nathan, formazione proveniente dalla città ligure di Savona capitanata dal duo Piergiorgio Abba / Bruno Lugaro, rispettivamente tastierista e cantante, autori di tutte le musiche e i testi. Musicalmente “Uomini di sabbia” riprende il percorso già intrapreso con il debutto “Nebulosa” (2016) e il successivo “Era” (2018), con chitarre energiche, atmosfere ‘genesisiane’ e composizioni costellate di tempi dispari; i brani sono ancora più complessi ma anche immediati al tempo stesso, grazie a una notevole attenzione alla produzione e ai suoni che rende l’ascolto scorrevole e privo di punti deboli. “Uomini di sabbia” non è un ‘concept album’ nel senso classico del termine, ma tutti i brani sono uniti da un tema comune: l’individuo, le sue debolezze e incapacità di opporsi ai soprusi - da cui la metafora della sabbia - ma anche il coraggio e lo spirito d’avventura che rendono l’uomo capace di ribellarsi alle ingiustizie; in sintesi, un’onesta rilettura di questi tempi difficili in chiave hard-prog rock, suggellata dalla lunga suite conclusiva “Egos”, incentrata sul tema del Grande Fratello e della libertà come utopia.
 

La tracklist :
1 Fatti non foste 4:41
2 Monoliti 7:05
3 Delirio onirico 7:55
4 Il pianto del cielo 3:56
5 Madre dei sortilegi 9:19
6 Nel giardino di Maria 6:28
7 L’acrobata 5:32
8 Egos 14:54

ZoneM : Sono dentro di me

Il faut un certain courage et une certaine dose d'inconscience pour se lancer en 2022 dans un projet conceptuel qui revendique une franche inclinaison pour l'horrifique aussi bien que pour le gothique et en tout état de cause pour le non conventionnel. C'est le challenge que relève pourtant Beppi Menozzi le claviériste d'Il Segno del Comando. Les autres membres de son groupe principal font d 'ailleurs partie de l'aventure (Diego Banchero à la basse, Fernando Cherchi à la batterie, Davide Bruzzi et Roberto Lucanato aux guitares) au même titre que ceux de son autre formation, Jus Primae Noctis (Marco Fehmer au chant, Pietro Balbi à la guitare). Tout ce petit monde, augmenté d'encore quelques autres musiciens, participe à ce projet très personnel, imaginé par Beppi, basé sur une réflexion conceptuelle qui mérite réellement une recherche approfondie (qui se trouve être un sujet sur lequel je travaille en ce moment !) : l’idée que les sons que l'on perçoit ont le pouvoir d'activer des sensations primaires, notamment la peur. Ainsi, c'est l’amygdale, connu comme le noyau le plus ancien du cerveau humain, qui déclenche l’anxiété et la tension sans que la partie rationnelle de l’esprit puisse en avoir le contrôle. Les sons et la musique sont des vecteurs directs pour atteindre les couches les plus profondes du cerveau. Les sons le font à travers des bruits inattendus, des bruits non identifiables mais aussi des bruits naturels reconnaissables. La musique le fait en influençant le métabolisme et la fréquence cardiaque à travers le rythme et les dissonances qui entraînent l’auditeur hors de la zone de confort des sons familiers et attendus.

A partir de ce constat, Beppi Menozzi se lance dans un incroyable périple introspectif  qui incite fortement l'auditeur à faire ce voyage sonore les yeux fermés à l'écoute de ses réactions intimes en essayant de visualiser ce qu'il ressent,, ce que le titre de cet album indique clairement "sono dentro di me"("je suis en moi" ). Il va alors se trouver balloter entre des ambiances musicales évocatrices d'un certain type de  films (on va y revenir) et un style de musique plus communément prog. D'un côté les atmosphères cinématographiques évoquent les bandes son des gialli et des films d'horreur  de la grande époque des années soixante dix (l'énorme "Cospirazione" est un modèle du genre !). Il y a des évocations incroyables dans cet album avec des ambiances aussi bien à la John Carpenter ("Vulnerabile, bestia pt 3") qu'à la David Lynch ("Merrick")  ou encore à la Fabio Frizzi ("Amigdala"). De l'autre côté, les références au rock progressif émergent régulièrement évoquant Emerson Lake & Palmer ("Peshtigo") et même Peter Gabriel. On n'est pas complètement coupé non plus des styles, dark et torturés, habituellement développés par les deux groupes de Beppi Menozzi, Il Segno del Comando et Jus Primae Noctis avec des titres comme "Arkham" ou encore "Cthulhu". Enfin, si vous voulez juste vous faire plaisir, écoutez le technoïde et funky "Nessuna uscita", le genre de morceau après lequel moult musiciens permanentés des années quatre vingt ont couru sans jamais l'atteindre.

Le foisonnement de thèmes et l'alternance de titres, soit raisonnablement longs soit très courts, semblent résulter de la volonté délibérée de Beppi Menozzi qui veut privilégier la spontanéité de ses idées en faisant passer au second plan la forme. Tout cela afin de solliciter la mémoire la plus ancienne et la plus instinctive de l'auditeur, par des détails inaudibles rationnellement. En cela, le sentiment d’avoir affaire à un montage décousu prédomine, mais çà fait tellement plaisir d’être face à une œuvre ambitieuse et réellement originale. Car au final ce qui est le plus remarquable dans cet album, c'est bien ce sentiment d'avoir affaire à une succession de climats dérangeants et d'ambiances déstabilisantes qui obligent se réajuster en permanence avec la réalité. Expérience réussie pour moi donc !  

 

Musiciens et participants : Beppi Menozzi (chant, claviers, arrangements, composition, textes, production) Pietro Balbi (guitare), Diego Banchero (basse, texte) Alessandro Bezante (basse), Davide Bruzzi (guitare), Fernando Cherchi (batterie), Marco Fehmer (chant, guitare, composition, textes), Graziella Gemignani (quadri), Mauro Isetti (basse), Roberto Lucanato (guitare), Renzo Luise (guitare), Tommaso Maestri (guitare),Pietro Menozzi (guitare), Rita Menozzi (chant), Riccardo Morello (chant), Silvia Palazzini (chant), Paolo Puppo (graphisme, guitare), Mario Riggio (batterie). 

La tracklist :

  1. Nessuna uscita
  2. Arkham
  3. Cospirazione
  4. Eurimaco, il mentitore (bestia pt 1) 
  5. Cthulhu
  6. Polifemo (incubo pt 1)
  7. Amigdala
  8. Incubo pt 2
  9. Peshtigo
  10. Sono qui (bestia pt 2)
  11. Vulnerabile (bestia pt 3)
  12. Bestia pt 4
  13. Merrick
  14. Proci (bestia pt 5)
  15. Sono dentro di me
  16. Saigon

 Distribué par Black Widow Records



lundi 7 février 2022

Enten Hitti : Via Lattea

 

Avec Enten Hitti, j'en étais resté au très beau  A tutti gli uragani che ci passarono accanto chroniqué sur ce blog en mai 2020. Mais voilà que ce collectif de recherche musicale revient début 2022 avec Via Lattea. Cette fois les musiciens d'Enten Hitti sont partis chercher l'inspiration dans le patrimoine matrilinéaire de l'Homme et plus généralement dans ce qui est enfoui au plus profond de chaque homme : la transmission de la vie assurée à preuve du contraire par les femmes, n'en déplaise aux progressistes inconséquents de la Silicon valley. Via Lattea est donc le résultat de plusieurs voyages effectués dans les endroits où la culture de la "femme sacrée" a pris forme il y a plus de quatre mille ans. On parle là, aussi bien de Chypre, de la Crète, de la Turquie, que de l'Irlande, de l'Afrique du Sud ou encore de l'Indonésie. Les faits historiques et géographiques ont été librement réinterprétés et transformés en pièces musicales qui, tout en évoquant dans certains cas des univers musicaux spécifiques veulent avant tout saisir l’esprit du "féminin" dans son universalité. Via Lattea est donc un hommage à la qualité "féminine" et aux cultes de la Déesse Mère remis au goût du jour avec des moyens contemporains.  

Le style musical reste celui auquel les musiciens d'Enten Hitti nous ont habitué : ethnique, minimaliste, ambient pour un résultat éthéré, vaporeux avec une sensation de grande sensibilité à la fois hypnotique et évocatrice d'une forme de quête spirituelle. Car ne nous y trompons pas, ce qui distingue la musique d'Enten Hitti des trop nombreux rubans musicaux new age qui pullulent un peu partout, c'est bien cette profondeur dans le propos et cette évidente volonté permanente de donner du sens à chaque onde sonore produite. Je vous laisse écouter "Compassion of a star" (avec Paola Tagliaferro, Lorenzo Pierobon et Claudio Milano au chant) ou "What clouds now" (avec cette fois, la voix seule de Paola Tagliaferro) pour bien entendre ce que je veux vous faire comprendre. Magique serait peut-être le qualificatif qui résume le mieux Via Lattea (la voie lactée). 

Le groupe est formé de Pierangelo Pandiscia, Gino Ape, Giampaolo Verga et Jos Olivini auxquels sont venus se joindre quelques noms connus de la sphère prog italienne  + quelques musiciens amis invités : Juri Camisasca, Jenny Sorrenti, Vincenzo Zitello, Antonio Testa, Alio Die, Paola Tagliaferro, Claudio Milan, Gamelan Gong Cenik, Giulia Ermirio. 

dimanche 6 février 2022

Aquael : Anthology

 

En 1979,  le groupe Aquael voit le jour à Turin. Comme le clame haut et fort son leader, Maurizio Galia, il s'agit d'une des toutes dernières manifestations du prog italien des années soixante dix. Dans la configuration Aquael le groupe n'enregistre rien de probant et disparaît au profit quelques années plus tard de Maury e i Pronomi, une formation sœur toujours drivée par un Maurizio Galia aussi têtu que persévérant. Trois albums sont publiés de manière très confidentielle en autoproduction (quelques centaines de copies seulement sont vendues à chaque fois) : Ziqqurat nel canavese en 1997, Tanganica il passato ed il futuro en 2000 et (Ec)citazioni Neoclassische en 2004. Le dernier album, publié sorti par Mellow Records étant sans doute le plus abouti avec, pour l'occasion, un concept ainsi résumé : " A fantastic journey through the archetypes of our classical past with irony, amusement and a little bit of sadness". A la vérité, il s'agit toujours du groupe Aquael puisqu'on retrouve les mêmes noms de musiciens au générique. Mais la formation qui ne tenait que par le bon vouloir de Maurizio Galia va ensuite vite s'évaporer.

Dix ans plus tard et après avoir connu pas mal de soucis, Maurizio Galia décide de réaliser une compilation de titres piochés dans les trois albums de Maury e i Pronomi mais en reprenant le nom d'Aquael. L'album, intitulé Anthology, sort d'abord au format numérique avant qu'enfin en 2022, une édition vinyle soit pressée. Deux morceaux sortis uniquement en EP  en 2012 ("Murat Begins" et "Yokohama via Satellite") ont également été ajoutés. Ce qui permet d'avoir un condensé sympa et précieux de la carrière du groupe. 
Anthology propose ainsi dix morceaux qui résument assez bien le style d'Aquael/Maury e i Pronomi fait d'un mélange équilibré entre diverses influences du prog italien. On retrouve ainsi des relents de
Biglietto Per L'inferno, de Banco del Mutuo Soccorso, d'Il Balletto Di Bronzo et même de Murple ("Lei e Venezia"). Ajoutez à cela un zeste d'Ennio Morricone ("Le porte dell'averno") et vous aurez une idée assez précise de ce que donne cette compilation qui permet également découter une version alternative plus musclée de "Apollo, Minerva e l'etrusco". A titre personnel, je regrette juste l'absence de l'excellent "Oceano" qui rappelait assez Eloy et Omega. Mais il n'est pas question de bouder son plaisir car cette compilation contient de toute façon la quintessence de ce qu'a produit la formation turinoise, "Ziqqurat", "Fiato immortale" et "Lei e Veneziano" en étant clairement les fleurons. 

En main, l'objet est beau et coomme toujours, le graphisme très soigné est signé Maurizio Galia, normal c'est son métier. 

Les musiciens : Maurizio Galia (claviers, chant), Nicola Guerriero (guitares), Enrico Testera (basse), Sergio Cagliero (claviers), Marco Giacone Griva (guitare), Sylvia Delfino (chant), Carlo Bellotti (batterie), Sergio Ponti (batterie), Bruno Giordana (saxophone), Dino Pelissero (flûte)

La tracklist Anthology

1. Ziqqurat
2. Apollo, Minerva e l'etrusco
3. Fiato immortale
4. Le porte dell'averno
5. Yokohama via satellite
6. Murat Begins
7. Altri tempi
8. Lei e Venezia (*)
9. Part-time
10. Il cielo diviso (*)

(*) uniquement en téléchargement 

La tracklist Anthology - édition vinyle

Face A :
1. Ziqqurat
2. Altri tempi
3. Part-time

Face B :
1. Murat Begins
2. Yokohama via satellite
3. Meddley "Apollo", "Minerva e l'etrusco", "fiato immortale, "le porte dell'averno" ("Apollo" est une version alternative)


Vous pouvez écouter chaque morceau en cliquant sur son lien.

L'album peut être commandé chez Toast records

 

 

 

dimanche 23 janvier 2022

Sorties 2022

 Toutes ces merveilles devraient sortir d'ici quelques semaines

Macchina Pneumatica : Appartenza

Sintesi del viaggio di Es : Gli alberi di Stravopol 

Odessa : L'alba della civiltà

Zolder Ellipsis : Entropy override

dimanche 16 janvier 2022

La Vittima Designata

 

A l'occasion de la sortie de la version restaurée et sous-titrée en français de La Vittima Designata, le tout nouvel éditeur vidéo Frenezy m'a demandé de participer au bonus concernant la musique du film écrite par Luis Bacalov et interprétée par les New Trolls, l'occasion aussi bien sûr de parler du Concerto grosso en particulier et du rock progressif italien du début des 70' de manière plus générale. Je suis vraiment très heureux d'avoir participé à cette aventure.
Bien sûr, je vous engage à vous procurer le DVD ou le Blu-ray. Le film est un des meilleurs giallo que je connaisse et cette version restaurée est juste magnifique ! 

le lien de Frenezy en cliquant sur le nom souligné.

L'annonce officielle de la sortie du DVD/Blu-ray prévue pour janvier 2022 :
Le premier titre à ouvrir le bal en 2022 sera La Victime Désignée (1971) de Maurizio Lucidi avec Tomas Milian, Pierre Clémenti et Katia Christine. 
Voici le détail de notre édition blu-ray qui comptera un étui et une jaquette réversible : 
1 BD50 - 1920x1080P - Format 2.35 Cinémascope 
Durée : 1h40 (version intégrale) 
Version italienne sous-titrée français - PCM Mono 2.0 
Version française avec inserts en VOST - PCM Mono 2.0 
EXCLUSIF AU BLU-RAY : possibilité de visionner le film dans sa version française raccourcie d'origine (durée : 1h29) 
Suppléments en HD 
=> "La mort déguisée" : entretien chapitré avec Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque française (26 min. / vf) 
=> Luis Bacalov & les New Trolls : le spécialiste Louis de Ny resitue la bande originale de Luis Bacalov dans le contexte du rock progressif italien et analyse trois extraits musicaux du film (16 min. / vf) 
=> Retour à Venise : analyse de l'historien du cinéma Rosario Tronnolone qui nous replonge dans les méandres du film (12 min. / vost) 
=> Scènes coupées et alternatives : reconstruction de scènes issues d'un montage alternatif du film à partir des meilleures sources accessibles (16 min. / vost) 
=> Bandes-annonces cinéma de La Victime Désignée, Dans les Replis de la Chair et Femina Ridens (10 min. / vost) Nous proposerons également ce titre en DVD : tous les bonus y figurent à l'exception de l'option permettant de visionner le film dans sa VF raccourcie d'origine.


samedi 15 janvier 2022

Ambigram

 

Ambigram est une nouvelle formation italienne entre super groupe (enfin tout est relatif bien sûr !) et collectif dont le premier album a vue le jour en fin d'année dernière. Francesco Rapaccioli au chant, Beppe Lombardo aux guitares, Max Marchini à la basse et Gigi Cavalli Cocchi (Mangala Vallis) à la batterie forment le noyau dur de ce groupe autour duquel viennent graviter quelques musiciens qui comptent comme Paolo Tofani (le guitariste d'Area), la chanteuse Paola Folli et le duo Max Repetti (claviers) Annie Barbazza (chœurs), ces deux derniers artistes s'étant illustrés dans diverses performances couvrant aussi bien le répertoire de Greg Lake que celui de King Crimson (cf. l'album Moonchild sorti en 2018). 

Vous savez, un ambigramme c'est une figure graphique (un  dessin, un mot) qui prend une signification différente selon l'angle sous lequel on le regarde. La musique d'Ambigram, c'est un peu çà. Quand on regarde la liste des musiciens impliqués, çà semble évidemment très italien. Quand on écoute la musique, çà devient beaucoup moins évident. Car ces huit chansons semblent plutôt calibrées pour faire mouche dans un style néo prog très british (d'ailleurs le chant est en anglais). 

L’album commence très bien avec l'excellent "A mediterranean tale" enjolivé de beaux passages atmosphériques et d'une tonalité d'ensemble pas si éloignée que cela de La Coscienza di Zeno (ce sera la seule référence au prog italien). On est encore emballé en entendant la courte intro musclée de "Cerberus reise" qui ouvre pour un titre très tendu et très rock. "Pig tree" est dans la continuité de "Cerberus tree" avec un riff de guitare encore plus appuyé et une rythmique qui déménage vraiment tout sur son passage. Le morceau est pas mal tordu et il faut apprécier les poussées martiales de Rapaccioli mais avec ce rythme d'enfer imprimé par la section basse/batterie et l'orgue en folie de Max Repetti, çà passe tout seul. çà passe d'autant mieux que la deuxième partie du titre, plus calme, est vraiment de haute tenue."Salling home" est très différent de ce que l'on a entendu jusque là. La rythmique à la Police et les chœurs assurés par Paola Folli donnent un côté très pop années 80 à ce morceau qui s'étire gentiment en longueur et qui s’alanguit au point de donner l'impression d'écouter du Sade. "Immaginary daughter" est plutôt une belle chanson avec à nouveau des chœurs sympas et  un long chorus de guitare électrique de Lombardo tout à fait dans le ton de l'ensemble. A propos de guitare électrique c'est le mythique Paolo Tofani qui s'y colle sur "L'absinthe", un morceau qui sert surtout de rampe de lancement pour une longue partie centrale assimilable à une forme de jazz rock libéré et smoothy. Le côté nerveux est amené par la performance vocale d'un Francesco Rapaccioli à nouveau très habité dont la voix surfe sur des lignes de chant particulièrement casse-gueules. Arrive alors ce qui est réellement la vraie perle de cet album : "Patchwork", un morceau qui possède une vraie grâce avec sa ligne mélodique toute en nuances et ses interventions de hautbois (il y en a deux) ma foi fort réussies. Paolo Tofani intervient à nouveau mais cette fois de manière plus discrète en se fondant parfaitement dans l'ensemble. L'album termine par "Pearls before swine", un relativement court morceau bien rock, bien pêchu avec un pont central particulièrement inventif. 

Bien que très éloigné des canons du RPI, cet album est plutôt bien vu avec une évidente orientation très pop rock british qui n'exclut pas quelques courts moments plus personnels rappelant, en moins emphatique et avec une ambition nettement plus mesurée, ce qu'Aufklärung avec produit il y a vingt sept ans avec De' la tempesta... Vu le pedigree des musiciens, on aurait été surpris d'être déçu. Ce n'est pas le cas bien heureusement.  J'ajoute enfin, et çà ne gâche rien, que l'artwork est très réussi.

La tracklist :

  1. A mediterranean tale
  2. Cerberus reise
  3. Pig tree
  4. Salling home
  5. Immaginary daughter
  6. L'absinthe
  7. Patchwork
  8. Pearls before swine
  9. Cerberus reise (radio edit)

samedi 1 janvier 2022

Bonne Année 2022

 

Pas d'édito du nouvel an cette année, juste un message subliminal. 
Bonne Année à tous. A bientôt. Buon Anno a tutti. A presto !