jeudi 29 septembre 2022

Caravaggio

 

Mai 2022 : l'album complet de Caravaggio est enfin mis en ligne sur bandcamp. Le premier bon point est pour la couverture du disque même si je trouvais celle proposée en 2020, pour la sortie des deux premiers titres "Joyful Graveyard" / "Before my eyes", beaucoup plus avenante. J'attendais d'ailleurs beaucoup de ce groupe après ce ballon d'essai entendu il y a deux ans. Dès la première écoute, il est clair que ces musiciens jouent bien et que la production est excellente. On retrouve donc le hard prog racé de "Before my eyes" qui m'avait tapé dans l'oreille il y a deux ans. Le titre suivant, "Not on me", reproduit plus ou moins le même schéma avec un accordéon en arrière plan et juste quelques riffs de guitare métal en plus. Il semble que cette omniprésence de l'accordéon soit la marque de fabrique du groupe puisqu'il est encore de la partie sur la très belle chanson "Joyful Graveyard" aux accents West Coast. En parlant de belle chanson, il est évident que "Guernica" est une réussite totale avec ce délicieux rythme en 6/8 discrètement souligné par des castagnettes. J'avoue que le groupe me perd un peu avec "Healing the leaders" pour qui ressemble assez à une incursion dans le post rock. La transition avec "Unlike dolphins" est assez étonnante tant ce titre développe un côté avenant presque aguicheur mais dieu que le break central, beaucoup plus rugueux, a de la gueule ! L'instrumental "Pompéi", volontairement très axé folklore méditerranéen, est un pur moment de délice avec ses voix flottantes, mais il a aussi pour lui d'avoir été composé et arrangé (les cloches, les castagnettes, les voix) dans l'esprit de ce que faisait les grands compositeurs italiens de musique de films des années soixante et soixante dix pour les bandes son des westerns. Ecoutez ce morceau en fermant les yeux, je vous garantie un effet saisissant de retour dans le temps à cette période bénie. Je retrouve ensuite ce qui me plaît le plus avec ce groupe. "Comfortable" est un titre accrocheur très plaisant et, une fois encore, l'adjonction d'un accordéon folklorique, tout au long du morceau, est vraiment très réussie mais ce qui fait vraiment la différence dans ce titre, c'est bien cette couleur bluesy larvée apportée par la voix chargée de soul de  Vittorio Ballerio. "Fix you" pourrait me faire un peu le même effet que "Not on me" et "Unlike dolphins" à la différence près que ce qui est mis en avant dans ce morceau est avant tout le côté chanson avec un pouvoir magnétique en partie dû à la présence de Courtney Swain, l’emblématique chanteuse de Bent Knee. Et il faut bien dire que cette reprise n'a rien à envier à l'original de Coldplay avec peut être même un supplément d'âme en plus. Il y a enfin la dernière piste qui vaut vraiment le détour. "Life watching" est un titre efficace, tout en retenue,  avec un refrain imparable. Cette fois, c'est la flûte qui vient rehausser le morceau de quelques trilles virevoltantes alors que ce sont les lignes de basse qui servent de fil conducteur à ce titre haut de gamme. Fin de parcours sur une très très bonne et belle note. Je pense réellement que ce groupe propose des solutions mélodiques et harmoniques très intéressantes et parfois même originales, si l'on se place dans le cadre plus réducteur du prog italien. Je crois également que ce groupe a un  gros potentiel et qu'il a encore, et c'est heureux, une nette marge de progression, notamment en affinant et en affirmant son style. Caravaggio fait partie des rares groupes actuels italiens qui peuvent prétendre incarner l'avenir du RPI. Cet album nous permet d'attendre sereinement et avec confiance la suite.  

Le groupe : Vittorio Ballerio (chant), Fabio Troiani (guitares, mandoline, bouzouki, programmations), Marco Melloni (basse), Alessio Del Ben (batterie)

Participations de :
Courtney Swain (Bent Knee): chant sur " Fix You "
Guido Block: chant sur "Not On Me" 
Simona Aileen: chant sur "Guernica" et "Pompeii"
Erika Carretta: chant sur "Comfortable"
Antonio Zambrini: flûte sur "Life Watching"
Nadio Marenco: accordéon sur "Before My Eyes"
Mauro Poeda: accordéon on "Joyful Graveyard"
Carmine Turilli (Krayl Accordion): accordéon sur "Not On Me and Guernica"
Massimo Mescia: piano sur "Not On Me"
Alex Sandro La Bua: percussions 

La tracklist


1.



2.
Not On Me 03:36



3.



4.
Guernica 08:04



5.



6.



7.
Pompeii 02:28



8.
Comfortable 05:26



9.
Fix You 04:43



10.

dimanche 25 septembre 2022

Habelard2 : punti di vista

Toujours fidèle à son rendez-vous annuel, Sergio Caleca nous livre le résultat de ses travaux musicaux réalisés à nouveau en solo avec sa collection d'instruments. ses programmations et son studio virtuel. Car cette fois encore Sergio est seul maître à bord de A à Z, ce qui sous-entend que c'est lui qui joue de chacun des instruments que l'on entend. Entièrement instrumental, ce nouvel album mêle (je devrais même dire "dilue") une fois de plus les styles de musique qu'affectionne Sergio, à savoir la pop/rock, le jazz, le classique et le folk, le tout agrémenté de quelques discrets éléments électroniques.

Petit décodage des treize titres, une fois n'est pas coutume :

" Punti di vista" : ballade hypnotique en 5/4 avec un bouquet final dramatique. Les nombreux instruments utilisés entrent en scène les uns après les autres, un peu à la manière d'un Mike Oldfield (synthé, basse, guitares, flûte, Wurlitzer, harpe, vibraphone, Mellotron, piano, orgue, string ensemble), d'ailleurs la tonalité générale du morceau n'est pas si éloignée que cela des grandes œuvres aventureuses de l'Anglais. 
" Discrepanza" : morceau alambiqué en 11/8 puis en 6/4, construit sur un ostinato entêtant suivi d'un refrain, puis l’enchainement se fait en douceur (quelques accords de guitare servent de pont) avec l'arrivée d'un second thème, le tout est ensuite trituré et malaxé avec beaucoup d'adresse.
" La teoria del complotto " : petite fantaisie folk avec un côté médiéval prononcé encore accentué par les timbres de harpe, de violon et de flûte. La fin du titre est très romantique.
" Stringato nel dire " : suite assez logique du morceau précédent avec une couleur folk rock très proche. C'est en fait la deuxième partie du titre "Stringa" qui apparaissait sur l'album 20 anni dopo sorti confidentiellement en 1994. La part belle est laissée aux guitares acoustiques, ce qui donne évidemment une couleur très laid back au morceau.
" Eloquente " : titre également construit sur un ostinato joué d'abord au piano avec, au fur et à mesure que le morceau avance, de nombreuses interventions d'instruments, notamment à vent (flûte, hautbois, clarinette, basson) mais aussi des cordes (pour le côté dramatique) permettant de varier l'intensité de l'interprétation de cette pièce qui ressemble assez à une passeggiata au rythme pompeux.
" Spigolature" : morceau syncopé en 10/4 avec un thème joué à la  guitare électrique repris d'abord à la flûte puis aux claviers, notamment par un orgue Wurlitzer. Le titre tire en longueur permettant ainsi à Sergio d'amener quelques variations et de courts développements. 
" I sogni nel cassetto " : curieux morceau de pop romantique qui fonctionne en 3/4 avec un étonnant enchaînement d'accords (Do sus 2, Do mineur et Do majeur). La partie finale est un long decrescendo.
" Tergiversando " : morceau efficace et facile d'accès (rythme en 4/4) d'inspiration rock US sudiste de par les accords et les riff utilisés, une sorte de "Jessica" mais en plus lent et plus sage..et en plus italien !
" Turpiloquio " : le côté légèrement sautillant est donné par le rythme en 5/4. L'enchaînement répété de deux thèmes (avec le premier thème, à la ligne de basse caractéristique, joué alternativement sur deux hauteurs de ton) remplace l'habituel couplet/refrain, en jouant aussi beaucoup sur l'alternance entre le mode majeur et le mode mineur, jusqu'à la reprise finale. Le résultat est très entraînant et dégage en même temps un sentiment d'apaisement.
" La media ponderata " : une ambiance jazzy très soft, des accords plaqués par paires, Mi mineur avec La mineur, Ré avec Sol, un rythme tout simple en 4/4, une belle échappée pour le thème final rien de compliqué, mais çà fonctionne parfaitement et surtout çà rayonne.
" Il bicchiere mezzo vuoto "  : un jeu d'allers-retours entre un même thème très simple, joué d'abord au piano (puis ensuite couplé avec la basse) alternativement en 13/4 puis en 6/4 ce qui donne ce swing si particulier qui semble ne jamais vraiment décoller, des ornementations ajoutées à la guitare électrique et à l'orgue.
" Il bicchiere mezzo pieno " : reprise du thème entendu sur le morceau précédent mais cette fois il s'agit d'un allegro en 8/4 avec un orgue Hammond très présent
" Gli scheletri nell'armadio" : il s'agit d'une jolie petite sonate pop avec divers claviers successivement identifiés (piano, orgue et Wurlitzer) qui se relaient pour jouer les thèmes solistes accompagnés par des instruments à cordes et à vent réunis en un discret orchestre accompagnant,

Comme à chaque fois avec Habelard2 (Sergio Caleca), la proposition musicale est convaincante. Le rendu est toujours propre avec beaucoup de fluidité et une certaine forme d'évidence qui cache le fait que les compositions sont parfois beaucoup moins simples qu'il n'y parait (voir mon décodage titre par titre). En résumé, c'est à nouveau un sans faute pour Sergio Caleca et donc un très bon album d'Habelard2. 

Voici son lien bandcamp : habelard2

Tracklist :

1. Punti di vista
2. Discrepanza
3. La teoria del complotto
4. Stringato nel dire
5. Eloquente
6. Spigolature
7. I sogni nel cassetto
8. Tergiversando
9. Turpiloquio
10. La media ponderata
11. Il bicchiere mezzo vuoto
12. Il bicchiere mezzo pieno
13. Gli scheletri nell'armadio

samedi 24 septembre 2022

Banda Belzoni : Timbuctu

Je vous passe le message du groupe Banda Belzoni :

Le nouvel album de Banda Belzoni s’appelle Timbuctu. Nous vous invitons à un autre voyage musical parmi les plateformes numériques, sur vinyle et aussi sur CD grâce à Maracash Records.
La sortie est prévue le 23 septembre 2022. Après le premier album Opera qui a été très apprécié et joué à partir de 2019, c’est une nouvelle étape importante pour le groupe drivé par Gigi Venegoni (Arti + Mestieri, Venegoni & Co) et Sandro Bellu (The Egonist), mais aussi un petit pas en avant pour l’humanité.
L’album comportera onze nouveaux titres (huit en version vinyle) et regroupera plusieurs invités très distingués que nous annoncerons en septembre (en fait, on peut le déduire de cette annonce !).
Cette fois, il s'agit de suivre le voyage en bateau de Giovanni Battista Belzoni de Gibraltar à Tombouctou. Pendant la traversée, à l’été 1823, le géant de Padoue retrace l’histoire de sa vie et la partage avec ses compagnons de voyage. C’est une profonde combinaison d’émotions et de passions. Il se souvient de ses séjours à Moscou et au Danemark, à Paris et à Londres. Il revit les grandes aventures, mais surtout les années passées avec Sarah, la femme bien-aimée, la compagne de toute une vie.
Le disque a été enregistré en automne 2021 aux studios Blumusica, à Turin.
La couverture est signée du maître Walter Venturi. Le premier dessin a été dessiné l’hiver dernier devant une assiette exquise de rigatoni dans un restaurant près de la gare Termini, à Rome. L'engouement a été immédiat et c'était parti. À l’origine dans le ciel il y avait l’œil d'Horus. Cependant, ceux qui l'on vu ont dit tout de suite "Alan Parsons!", à juste titre. Nous avons donc mis le symbole du « ciel ». Et la perspective s’est allongée. 

Pour rappel, le groupe Banda Belzoni est en fait l'association entre Gigi Venegoni et Sandro Bellu. Les autres intervenants sur cet album sont : Lino Vairetti (Osanna, chant sur 8), Franco Mussida (PFM, guitare), Andrea Pettinelli (Lo Zoo di Berlino, claviers), Mauro Mugiati (A Lifelong Journey, chanteur principal), Marta Caldara (Syndone, vibraphone et sylophone), Carlo Bellotti (batterie), Fulvio Bosio (basse), Paul Mazzolini (chant sur 6).

 
La tracklist : 
1. Sarah saraï, pt 1 (Gibilterra)
2. Intrigoni
3. Se mi oriento
4. Srivi con ogni carovana, pt 3
5. La città delle luce (instrumental)
6. Oltre il mare (chant : Paul Mazzolini)
7. Copenhagen
8. Latitudine zero (chant: Lino Vairetti)
9. La nuvola
10. Il discorso del Se (instrumental)
11. 1. Sarah saraï, pt 2 (l'approdo)
12. Sarah (bonus track - english version)

dimanche 18 septembre 2022

Phoenix Again : Vision

On connaît bien ici et on apprécie grandement Phoenix Again, le groupe de la fratrie Lorandi (voir tous les articles et interview qui lui sont consacrés sur ce blog). Après un quasi sans faute avec ses trois premiers albums, les Lombards avaient surpris tout le monde avec un Friends of spirit très typé, développant une forme de soft jazz latino et hispanisant, pas désagréable du tout mais finalement assez déroutant par rapport à ce à quoi la formation italienne nous avait habitué. Avec Vision, les membres de Phoenix Again semblent vouloir renouer avec tout ce que l'on aime dans ce groupe : à savoir un prog instrumental raffiné (seul " Propulsione " est un morceau chanté) très mélodique et fluide que l'on retrouve aussi bien dans la longue et magnifique "Ouverture" que dans "Moments of life", ce dernier titre étant traversé par des boucles de synthé dont les timbres rappellent Ozric Tentacles. Quelque part Phoenix Again est le pendant de Camel à quelques années d'écart. Mais ce positionnement qui reste relatif, car limité à cette manière toujours très douce d'approcher les thèmes ("Air", "Three Four"), n'exclut aucunement les rythmiques syncopées quand les musiciens ressentent le besoin de faire bouger leur musique, ce qui est le cas avec "Tryptich", un morceau qui déménage bien. Mais le groupe semble vouloir aller plus loin avec des titres plus ambitieux comme "Psycho" qui décolle vraiment. (enfin à l'échelle de Phoenix Again bien sûr) ou encore, dans un autre genre, "La Fenice alla corte" del Re", la pièce la plus sophistiquée de l'album. Mais le morceau qui sort réellement du lot est sans conteste "Propulsione". Articulé en deux parties, le titre démarre par une longue introduction avec une guitare électrique lancée dans une cavalcade épique, suivie d'une deuxième partie illuminée par une ligne de chant qui évoque irrésistiblement celle d'In the court of the crimson king" ; un titre vraiment sympa, riche de ses chœurs et de ses arrangements de cuivres. Changement de décor avec "Mamma RAI" qui apparaît comme une ballade romantique d'inspiration classique. Le morceau est en fait un enchaînement de citations de compositeurs classiques (Rossini et un concerto pour orgue d'Haendel) aux côtés desquels apparaît le plus contemporain Riccardo Lucciani avec un extrait de sa "Chanson balladée", placée en 3ème citation, avant d'entendre, ce qui ressemble à un joli moment de folie en toute fin de piste, avec une interprétation assez décapante, et pour tout dire très rock, du "Prélude" tiré du Te Deum de Charpentier .
Vision peut se voir, et surtout s'écouter, comme un délicat kaléidoscope sonore qui vous charmera pendant cinquante deux minutes avec des morceaux plus nuancés et moins décisifs que sur Look Out et Unexplored. Il s'agit sans aucun doute d'un choix artistique que nous respecterons même si nous gardons en mémoire la puissance contenue des titres comme "Adso da Melk", "Oigres" "Whisky" ou "Look out". Nous sommes en tout cas vraiment heureux de retrouver Phoenix Again à son meilleur niveau. Ce groupe poursuit un parcours discret que l'on voudrait justement mieux mis en avant. Espérons que c'est pour cette fois avec un nouveau label de distribution Ma.Ra.Cash.

Le groupe : Sergio Lorandi (guitares, chant), Marco Lorandi (guitares, chant), Antonio Lorandi (basses, chant), Giorgio Lorandi (percussions), Silvano Silva (batterie et percussions), Andrea Piccinelli (claviers).
+ Daris Trinca (glockenspiel sur 1), Annibale Molinari (cor sur 7), Lorenzo Poletti (trombone sur 7), Erika Marca (trompette sur 7), Giovanni Lorandi (chœurs sur 7), Karin Pilipp (chœurs sur 7), Simona Cecilia Vitali (chœurs sur 7), Alessandra Lorandi (chœurs sur 7).
 
La tracklist :

1. Ouverture
2. Moments of life
3. Triptych
4. Air
5. Psycho
6. La Fenice alla Corte del Re
7. Propulsione
8. Mamma RAI
9. Threefour


 
 
 

vendredi 16 septembre 2022

Banco del Mutuo Soccorso : Orlando, le forme dell'amore

Il y a deux groupes pour lesquels je n'arriverai jamais à m'habituer à l'absence de leur chanteur emblématique, Yes avec Jon Anderson et Banco del Mutuo Soccorso avec Francesco Di Giacomo. C'est comme çà ! Avec ce nouvel album de Banco, c'est encore pire car Vittorio Nocenzi en tentant une nouvelle fois de réactiver la magie du vieux Banco réussit au moins partiellement son pari. Car de fait cette fois, çà fonctionne plutôt bien dans l'ensemble, surtout au niveau des compositions qui renouent avec une marque de fabrique propre à Banco. Alors, que l'on soit bien d'accord, je n'ai rien contre Tony d'Alessio qui est un garçon très sympathique et un chanteur qui connaît son métier, mais à l'écoute de cet album, je ne m'y retrouve pas. Il y a des manques pour moi. Ou plutôt un manque. Alors je sais, çà ne fera pas revenir Francesco mais ce qui aurait été hors norme avec le gentil géant romain se révèle très ordinaire avec un autre chanteur, aussi méritant que soit Tony D'Alessio, je le redis. Ainsi sur un morceau comme "La pianura rossa", la puissance vocale de son prédécesseur et surtout son emphase font clairement défaut. Il n'y a plus dans la musique du Banco d'aujourd'hui cette intensité qui la caractérisait, qui faisait de chaque morceau une performance ultime. Ceci étant dit, Banco reste un groupe qui se place au-dessus de la mêlée avec des prestations live actuelles de grande qualité. Et quand j'écoute un titre comme "Cadere O Volare", oui c'est vrai, je crois pendant quelques minutes que le mythique Banco est revenu.  Alors, il ne faut pas m'en vouloir si je préfère écouter les instrumentaux "La maldicenza" et "Il paladino". Çà sort le 23 septembre chez Inside Out. Le CD fait près de 80 minutes et la pochette est très belle !

La tracklist :

1. Proemio
2. La pianura rossa
3. Serve Orlando adesso
4. Non mi spaventa più l'amore
5. Non serve tremare
6. Le Anime deserte del mondo
7. L'isola felice
8. La Maldicenza
9. Cadere O Volare
10. Il paladino
11. L'amore accade
12. Non credere alla luna
13. Moon suite
14. Come e successo che sei qui
15. Cosa vuol dire per sempre

Le groupe : Vittorio Nocenzi (piano, synthés, chant), Filippo Marcheggiani (guitares, chœurs),Nicola Di Già (guitares), Marco Capozi (basse), Fabio Moresco (batterie), Tony D'Alessio (chant)

Viola Nocenzi, la fille de Vittorio, chante sur "L'amore accade" et l'album a été écrit (musique et paroles) avec Michelangelo, le fils de Vittorio. Ce qui fait que cet album ressemble quand même pas mal à une affaire de famille !

mercredi 14 septembre 2022

Ezra Winston : Tertium non datur

Trente trois années séparent ce Tertium non datur de Myth of the Chrysavides publié en 1988 alors même que le groupe Ezra Winston avait déjà dix ans d'existence. Un deuxième album était sorti en 1990, le mythique Ancient Afternoons, peu après le groupe se séparait et ensuite, plus de nouvelle ! Officiellement en tout cas, car en fait les membres d'Ezra Winston ont continué à se retrouver épisodiquement jusqu'à refaire des concerts au début des années deux mille dont nous avons un témoignage sur cet album avec le titre "Dial-Hectic", un enregistrement live de 2004. Lors de ces rencontres, le groupe a enregistré à chaque fois quelques nouveaux morceaux mais il n'y a jamais eu de nouvel album. Il a donc fallu l'obstination et la persévérance de Guido Bellachioma, le pape italien du RPI, pour réussir à compiler ces titres sur un LP vinyle et le publier ensuite dans le cadre de son label prog de qualité Progressivamente. Ceci explique le nombre d'exemplaires limité du disque, mais çà ne justifie quand même pas que cet album soit passé sous les radars prog. A noter également qu'il était prévu une sortie CD en 2021 avec des morceaux en plus. Mais pour l'instant, Sœur Anne ne voit toujours rien venir !. Un scoop pour les lecteurs de ce blog : le groupe m'a confirmé que la version CD augmentée de nouveaux titres est bien en  cours de réalisation ! Côté chroniques, çà ne se bouscule pas non plus. Nous allons donc remédier à cette injustice illico presto !

Premier constat : tous les membres du groupe apparaissent sur l’album, ce qui est quand même un sacré exploit, même si Daniele Lacono n'assure qu'un titre à la batterie ("Mars Attacks"), les autres morceaux bénéficiant de la présence efficace d'Ugo Vantini, déjà rencontré avec le projet Divae et qui a aussi joué il y a quelques années avec Gianni Leone pour une des nombreuses reformations éphémères d'Il Balleto di Bronzo. 

Deuxième constat : nous avons droit à un très beau packaging avec un recto et un verso de couverture réalisés par la dessinatrice Lorenza Pigliamosche Ricci qui avait déjà fait celle de Dedicato a Frazz Live pour Semiramis. Et toujours avec, le livret Prog Rock Italiano de 8 pages (là c'est le n° 99) avec l'histoire du groupe, une interview et plein de photos inédites, du collector pour vrai fan de prog italien quoi !  La magnifique illustration en noir et blanc dessinée au fusain, en intérieur de pochette, est signé Giuliano Piccininno.

Ensuite, une question fondamentale, quasi existentielle, se pose : ce disque est-il à la hauteur de la légende que le groupe a réussi à instaurer en trois ans et deux albums, il y a déjà .... trois décennies ?

Réponse : je vous connais, vous attendez un oui libérateur ou un non crucificateur. Un peu de patience !

Pour commencer, disons que le côté pastoral à la early Genesis a en partie disparu au profit d'un prog plus trempé et plus affirmé mais qui reste quand même bien ancré dans ce qui se faisait à la fin des années 80/début des années 90 au point d'avoir l'impression d'avoir affaire à des musiciens qui utilisent toujours les mêmes synthés qu'à leurs débuts. Côté batterie, à l'évidence Ugo Vantini n'est pas là pour rigoler, sa frappe sèche et lourde apporte à la fois du muscle et du nerf à l'ensemble sans toutefois jamais dénaturer la musique d'Ezra Winston qui reste très raffinée même dans ses moments les plus rock ("Dial-Hectic" qui pourrait facilement être rapproché de Marillion période Fish ou du IQ des années 80). "Call up" vous fera immanquablement pensé à Jethro Tull, et c'est ma foi un bel hommage au groupe de Blackpool même si çà tape pas mal dans "Thick as a brick". "The rain comes" renoue avec le côté le plus sombre d'Ezra Winston, évoquant un autre vieux groupe italien des années 90, Men of Lake, avant d'évoluer dans sa deuxième partie vers une progression qui tient beaucoup de "I know what I like" de ...Genesis encore (et c'est pas fini). Dieu que cette longue séquence instrumentale fait du bien à entendre. Ce morceau est incontestablement la première belle surprise de cette galette. "Mars Attacks" est un titre crunchy qui fait penser au début au Yes période Trevor Rabin avec, ensuite très rapidement, en arrière plan, un étonnant relent de UK, alors que pour la partie centrale, le groupe ne peut s’empêcher de citer à nouveau Genesis dans le texte avec une longue évocation protéiforme de "The fountain of Salmacis". Voilà en tout cas un style de musique détonnant  de la part d'Ezra Winston. Pas désagréable mais surprenant quand même. Quant à "Odd one out", dernier titre en date enregistré en 2015, il est la preuve éclatante que le groupe a bien évolué au cours des années. C'est une fois encore très accrocheur avec un riff de guitare très crâneur et un chant très expressif, quasiment théâtral et pour tout dire très déluré. Ce qui s'apparente à l'évidence à une mini suite épique, avance sur un tempo marqué assez lourd qu'on aurait quand même voulu plus varié. La respiration arrive (enfin) sur la dernière partie ("Journey's end") avec un chant en canon qui renforce encore la couleur médiévale de cette fin de morceau. 

Alors la réponse ? Bien évidemment, au cours de ces trente dernières années, ces musiciens ont évolué artistiquement et humainement parlant. L'idée n'est pas de faire de comparaisons. Je pense notamment au monument "Ancient of an unknown town" sur Ancient Afternoons. Comment voulez vous rivaliser avec çà ! Disons que la magie des deux vieux albums a disparu au profit d'un genre de musique plus affirmé mais qui ne renie pas ses fondamentaux. Tenant compte du fait que ce disque est quand même une construction artificielle, le risque était plutôt qu'il manque une ligne directrice claire. Finalement, çà n'est pas le cas ou tout au moins, il n'existe pas de décalage stylistique flagrant entre les morceaux. 

Tertium non datur signifie en latin "le troisième n'est pas donné", ce que l'on pourrait traduire de manière "vulgaire" par ce troisième album n'était pas gagné. Ce qui est vrai, autant pour ce qui concerne le fait de réentendre enfin Ezra Winston mais aussi pour le seul exploit d'avoir réussi à réaliser ce LP (encore merci à Guido Bellachioma). Certes la magie des deux premiers albums n'est plus la même mais il reste le plaisir de retrouver un groupe solide qui propose cinq morceaux sans faille avec une multitude de très beaux moments. Voilà qui devrait largement suffire au bonheur des nostalgiques d'Ezra Winston. In praeteritum numquam moritur !

Le groupe : Fabio Palmieri (guitares), Mauro Di Donato (claviers, guitares, chant), Paolo Lucini (synthés, flute, basse, chant), Fabrizio Santoro (basse), Daniele Lacono (batterie) 

+ Simone Maiolo (basse), Andrea D'aprano (basson), Ugo Vantini (batterie), Stefano Pontani (guitares),

La tracklist du vinyle :

A1. Dial-Hectic (2004 - live version)
A2. Call up (2010)
A3. The rain comes (2000)

B1. Mars Attacks (1998)
- part 1 : Resistance is futile
- part 2 : The mothership
- part 3 : All good things
B2. Odd one out (2015)
- part 1 : Random thuoghts
- part 2 : Weird nightmares
- part 3 : Journey's end

jeudi 1 septembre 2022

Spécial Edmondo Romano


Le génois Edmondo Romano est un homme discret et un musicien que l'on connaît sans le savoir. Car ce multi instrumentiste particulièrement doué, spécialiste des instruments à vent (clarinettes, saxophones, flûtes, chalumeau...), est quelqu'un de très demandé. Qu'on en juge : il a participé à cent quarante disques et a joué pour de nombreux musiciens et groupes connus : les New Trolls, Picchio Dal Pozzo, Vittorio De Scalzi seul, Ares Tavolazzi ex Area), Mauro Pagani et même la PFM. Il a aussi fait partie de plusieurs formations de prog italien, et pas des moindres: d'abord Eris Pluvia à la fin des années quatre vingt (l'album Rings of Earthly Light en 1991) puis The Ancient Veil de 1995 à aujourd'hui (albums Ancient Veil, I am changing, New, Rings of earthly...live, Unplugged ...live), deux groupes qu'il a co-créé et dont le nom parlent aux amateurs de RPI. Mais il a aussi participé à beaucoup d'autres projets et albums dont plusieurs concernent Höstsonaten, une des formations menées par Fabio Zuffanti, qui au moins à ses débuts était très proche stylistiquement parlant d'Eris pluvia justement. Edmondo Romano est présent sur les albums Mirrorgames (1998),  Springsong (2002), Wintertrough (2008), Autumnsymphony (2009) ainsi que sur Merlin : The Rock Opera publié en 2000 sous le seul nom de Fabio Zuffanti.

Ce que l'on sait encore moins, c'est qu'Edmondo Romano a sorti deux albums solo qui lui permettent de démontrer toute l'étendue de son talent comme instrumentiste bien sûr mais aussi comme compositeur. Il est à chaque fois accompagné de musiciens de son niveau. Difficile de tous les citer, mais enfin on trouve quand même des pointures comme Gianfranco Di Franco (Franco Battiato, Franco Micalizzi), Ares Tavolazzi(ex Area), Arturo Stalteri (Pierrot Lunaire), Marco Fadda (Alan Simon, Excalibur), Kim Schiffo entre autres !

En marge du rock progressif, ces deux albums sont les reflets de ses aspirations les plus intimes avec à chaque fois une facette différente de l'artiste. Sonno Eliso (2012) baigne nettement dans des ambiances qui évoquent régulièrement les divers idiomes musicaux du bassin méditerranéen, côté Italie du sud et ses pourtours bien sûr mais Edmondo va aussi chercher ses influences un peu plus loin jusqu'à importer des évocations subtiles des Balkans ou même un air traditionnel de Turquie ("Preghiera"). Les compositions sont construites sur des structures solides rappelant soit une forme adaptée de musique de chambre (avec un nombre réduit d'instruments à vent et à cordes), soit (plus rarement) un jazz très doux, mêlant à chaque fois intimement une multitude d'éléments de folklore ethnique (tons, gammes, mélodies, rythmes) pour un résultat d'une richesse incroyable. Missive Archetipe (2014) garde le côté acoustique de son prédécesseur mais se révèle très vite beaucoup plus proche d'une forme de musique de chambre moderne (qui était déjà présente dans Sonno Eliso mais moins mise en avant), avec quelques incursions dans le R.I.O. ("Il giardino degli animali eterni"), même si la présence de Mare nostrum reste en permanence prégnante. Ce deuxième album est aussi l'occasion pour Edmondo d'ajouter quelques touches de voix féminines dont l’utilisation est tout simplement sublime entre féérie onirique ("Ahava"), murmures mystiques (" Di questo amore morite") et chant profane médieval (le début et la fin de "Vestire la tua pelle").

Mais que l'on écoute Sonno Eliso ou Missive Archetipe, on remarque à chaque fois la place laissée à la beauté des mélodies avec très souvent des interprétations recueillies, souvent introspectives, parfois lancinantes, jamais démonstratives. On comprend qu' Edmondo a ces thèmes musicaux en lui et qu'ils sortent naturellement de son subconscient pour prendre forme. Ce qui se révèle de sa musique est une forme de beauté naturelle, immanente qui s'apparente à une lumière que l'on ressentirait plus que l'on verrait, une perception d'ondes bienveillantes et rassurantes. Tout est doux, léger mais néanmoins profond. Il y a surtout une majorité de compositions complexes, fouillées et pourtant étonnamment fluides. 

Ma préférence va à Missive Archetipe, non pas que Sonno Eliso démérite bien au contraire (je pense aux émouvants et envoutants "Canto di lei" et "Nadi" par exemple mais aussi à "Sonno Eliso"), mais je crois que Missive Archetipe est encore supérieur autant par l'intensité tout en retenue de ses compositions que par sa capacité à transporter l'auditeur dans l'univers musical très personnel (j'allais écrire "privé") d'Edmondo justement. Je range Missive Archetipe à côté des meilleurs disques de Gatto Marte, Julverne, Univers Zero, Present et encore Aranis, c'est dire. Cet album est d'une beauté inouïe ("Petali di carne", "Questa Terra", "Massive Archetipe") tout au long des 43 minutes qui passent comme un rêve éveillé. Comment un chef d’œuvre de ce calibre peut-il être resté aussi (longtemps) méconnu ? 

Je me permets donc de vous conseiller de rattraper un retard bien excusable. il n'est jamais trop tard quand il s'agit de découvrir des gemmes de ce niveau.

Sonno Eliso

Missive Archetype

Tracklists des deux albums (vous pouvez écouter chaque titre en cliquant dessus) :

Sonno Eliso

1

 

Sonno eliso

2

 

Canto di lei

3

 

Preghiera

4

 

Corpo

5

 

Fiato

6

 

Intercessione

7

 

Rilucente

8

 

Canto di lui

9

 

Nadi

10

 

Trasfigurazione

11

 

Risucchio

12

 

Intelletto

13

 

Risonanza

Missive Archetipe

1

 

Petali di carne

2

 

Parabola

3

 

Carme

4

 

Ahava

5

 

Dato al mondo

6

 

Ninna Nanna

7

 

Il giardino degli animali eterni

8

 

Di questo amore morite

9

 

Diluvio

10

 

Questa Terra

11

 

Vestire la tua pelle

12

 

Missive Archetipe




dimanche 28 août 2022

O.A.K. Jerry Cutillo : Lucid dreaming and the spectre of Nikola Tesla



Même si son projet O.A.K. (Oscillazioni Alchemico Kreative) existe depuis 1993, force est de constater que depuis 2015 Jerry Cutillo a passé la vitesse supérieure. Chaque nouvel album est un tableau de plus à accrocher à sa galerie de portraits commencé avec Giordano Bruno en 2018 avec l'album éponyme, poursuivi en 2020 avec les neuf sorcières de Bénevent (Nine witches under a walnut tree) et avec désormais l'évocation de Nikola Tesla. Lucid Dreaming and The Spectre of Nikola Tesla est sorti le 8 juillet 2022 pour lequel Jerry nourrit de grandes et légitimes ambitions.

Une fois de plus, Jerry place la barre très haut avec ce nouveau projet qu'il n'hésite pas à présenter comme un prog opéra. Le genre d'auto-affirmation casse-gueule qui provoque un réflexe pavlovien de la part des mélomanes aboutissant en général à un jugement quasi automatiquement manichéen  : c'est soit pompeux et grandiloquent (suivez mon regard du côté du métal prog), soit gééééénial ! Heureusement, Lucid dreaming...pour nous se range d'emblée du côté de ce qui se fait de mieux en la matière.

Même si le style opéra prog n'est pas si marqué que cela, ce qui fait d'ailleurs la force de cet album, le choix de ce format a sans doute en partie influé sur le fait que Jerry a pris ses distances avec les références tulliennes au profit d'une nette évolution vers une une musique plus symphonique et plus emphatique. Nous allons y revenir. Mais ce qui marque avant tout l'auditeur à l'écoute de cette œuvre est cette sensation d'une présence. Ce disque est habité jusqu'à être hanté par le personnage de Nikola Tesla. Jerry Cutillo s'est tellement imprégné de la personnalité du savant génial méconnu qu'il s'identifie à lui le temps de cet album (Jerry tient le rôle au chant de Nikola Tesla dans cet opéra). De fait, le titre revendiqué d'opéra prog n'est ici pas usurpé. Jerry Cutillo déploie tout son savoir-faire pour le mettre au service de compositions qui ont bien cette dimension orchestrale symphonique supportant des parties chantées destinées à provoquer l'émotion. A cet égard, si la suite "Oscillation Alkemy Kreativity ", d'une durée  totalement inédite de 13 minutes pour Jerry, avec ses cinq séquences enchaînées, est une totale réussite, le titre suivant "Learn to run in your dreams" est réellement le parangon de cette œuvre à égalité avec "The comet and the dreamer" qui le suit immédiatement. Ce doux épic, aux délicats accents d’Extrême-Orient dûs à la gamme utilisée pour les lignes de chant, permet d'entendre la voix féérique d'Olja Karpova qui ne peut qu'évoquer celle de la grande et inégalable Kate Bush. La grande force de Jerry Cutillo est d'être un vrai musicien professionnel complet qui sait parfaitement composer et interpréter mais aussi mettre en forme sa musique jusqu'à atteindre un degré de perfection qui n'est pas si courant que cela, y compris dans le milieu du rock progressif. J'en veux pour preuve "White wings" qui se hisse sans problème à la hauteur de ce qu'est capable de faire Robert John Godfrey avec The Enid (écoutez bien certains passages, vous comprendrez pourquoi j'évoque ici le brillant compositeur anglais), ceci pour vous donner une idée du niveau mais aussi de la qualité de la matière musicale proposée par Jerry à l'auditeur. Même "The silver cord", dont la ligne de chant en vocalises de Laura Piazzai (magnifique au passage) est calquée sur "The great gig in the sky", et pourrait donc faire l'objet d'une comparaison à son désavantage, est en fait  d'une beauté à couper le souffle, ne serait-ce que quand le morceau décolle pour atteindre un sommet de félicité. 
Il n'est pas si fréquent de trouver qu'un album a une durée trop courte (en tout cas en ce qui me concerne). Mais là, je dois dire que les 42 minutes de Lucid dreaming and the spectre of Nikola Tesla me frustrent un peu. Ceci étant dit, on saura gré à Jerry Cutillo d'avoir volontairement limité les développements qui étaient parfaitement envisageables pour plusieurs morceau (cf son interview) et d'avoir ainsi privilégié la concision, réussissant par la même à proposer une œuvre ramassée et condensée, présentant une musique qui va à l'essentiel sans longeurs inutiles. C'est aussi grâce à ce sens de la modération et de la tempérance (en plus de ses indéniables qualités de musicien et de compositeur), qu'il réussit à passer haut la main l'épreuve de l'opéra prog !
Il serait donc temps que les yeux et surtout les oreilles des progueux s'intéressent pour de bon à Jerry Cutillo et son projet O.A.K., car honnêtement, ce qu'il produit depuis 2015 est ce qui se fait de mieux dans le genre. Si ce n'est déjà fait, je ne peux que vous conseiller d'acquérir en urgence cet album ainsi que ceux précités.

Les musiciens : Jerry Cutillo (claviers, flûte, guitares, chant), David Jackson (saxophones, tin whistle), Jonathan Noyce (basse), Alex Elena (batterie), Dorie Jackson (chant sur "Everything is light "), Olja Karpova (chant sur "The comet and the dreamer "), Laura Piazzai (chant sur "The silver cord ")


La tracklist :

I. Everything is light
II. Oscillation Alkemy Kreativity
a) Hypnotic spiral
b) Oscillation Alkemy Kreativity
c) New York city
d) AC vs Dc
e) Black night Satellite
f) Oscillation Alkemy Kreativity (reprise)

I. Learn to run in your dreams
II. The comet and the dreamer
III. White wings
IV. The silver cord

Label: Aereostella Immaginifica

vendredi 19 août 2022

Louis de Ny : intervista in italiano (Vivoumbria - Alfredo Buonumori)

 

Louis De Ny con Patrick Djivas

Abbiamo scambiato quattro chiacchiere con l’autore del libro Louis De Ny – non nuovo a cimentarsi nello scrivere di prog italiano – per avere il suo punto di vista su quest’opera e sul resto della sua produzione letteraria.

Buongiorno Louis, ti ringraziamo per la disponibilità; come stai ?

Ciao Alfredo, molto bene; grazie per avermi dato l’opportunità di parlare del progressive rock italiano, è sempre un grande piacere per me.

Come nasce la tua passione per il progressive rock, ed in particolare quella per il prog italiano ?

E presto detto; in realtà trovo che nel progressive rock italiano sia presente una sintesi ee una connessione tra ciò che preferisco – il progressive rock in generale – e quelle con cui sono cresciuto (la musica classica e forme di pop elaborato).

Inoltre confesso che questa passione per il rock progressivo italiano è largamente amplificata dal mio amore per l’Italia.

In particolare nei tuoi libri pubblicati tra il 2015 ed il 2018 – “Le petit monde du rock progressif italien ; Une discographie amoureuse” e “Plongée au coeur du rock progressif italien Le théâtre des émotions” – analizzi il prog italiano; come mai questa scelta ?

In Francia non esisteva nulla di scritto sull’argomento, e comunque niente documentato ed analizzato ma soltanto descrittivo.

Mi è sembrato ideale far conoscere meglio questa corrente musicale in Francia dal momento che molti che apprezzano il rock progressivo non conoscono quello italiano.

L’ho trovato ingiusto perché il progressive rock italiano rappresenta il meglio come melodie ed armonie e perché si tratta di una vera e propria corrente musicale con la sua storia, i suoi musicisti e le sue interazioni.

Quali sono le differenze tra i due lavori ?

Il libro uscito nel 2015 («Le Petit Monde du rock progressif italien») mi permetteva di aprire il dossier e di far conoscere in 600 pagine la storia del movimento, le principali band ed i migliori album.

L’altro, uscito nel 2018 “Plongée au coeur du rock progressif italien – Le théâtre des émotions” è la naturale prosecuzione del primo.

Ho pensato di far parlare i musicisti della nuova generazione del rock progressivo italiano perché da voi c’è un incredibile serbatoio di musicisti di talento e soprattutto creativi.

Per poter far uscire questo volume era però necessario che il primo libro vendesse bene in Francia, e fortunatamente così è stato.

Ciò mi ha consentito di aggiungere, nel secondo libro, altre band ed altri album e dare una visione completa della storia del rock progressivo italiano durante gli anni ’80.

Tra i due libri presento in modo dettagliato più di 500 dischi e cito quasi 1000 gruppi o musicisti.

Da poche settimane è invece stato pubblicato il tuo lavoro nel quale analizzi il legame o tra il prog italiano ed il cinema (Giallo & Rosso Le rock progressif italien fait son cinéma); ce ne parleresti ?

«Giallo & Rosso – Quando il progressive rock italiano faceva il suo cinema» mi ha dato modo di lavorare con un nuovo editore video francese (Frenezy).

Lui restaura e riedita film, principalmente italiani, degli anni ’70 di genere giallo, horror, poliziottesco e western) e la prima collaborazione si è concretizzata con il film «La Vittima designata».

Ho fatto i bonus dei DVD/Blu-ray sulla musica, su Bacalov e sui New Trolls.

In seguito ho proseguito la mia ricerca utilizzando la documentazione che già possedevo per creare un libro sulle connessioni e la contaminazione tra il l progressive rock italiano e le musiche dei film (ma anche delle trasmissioni televisive italiane) degli anni ’70.

Il materiale non manca di certo con un sacco di storie inedite e sconosciute.

Oltre ai Goblin, molti altri artisti italiani legati al filone dell progressive rock italiano hanno prodotto colonne sonore.

E’ stata anche l’occasione per tracciare il profilo di compositori conosciuti ma con una prospettiva particolare (in relazione alla musica progressiva) come Claudio Simonetti, Ennio Morricone, Luis Bacalov, Armando Sciascia o ancora Fabio Frizzi che ha gentilmente accettato di fare la prefazione del libro.

C’è anche una messa in prospettiva originale tra ogni film elencato – quindici in tutto – e la sua colonna sonora grazie a testi scritti da uno specialista francese del cinema. Questo libro è quindi unico nel suo genere e interessa sia gli appassionati di rock progressivo italiano che quelli di cinema italiano, citando anche titoli quasi sconosciuti.

Piccolo passo indietro; a gennaio del 2020 è uscito il volume “Via Lumière La biographie autorisée du bassiste d’Area et de PFM”, che recentemente – a fine giugno – è stato pubblicato nella traduzuone di italiano da parte della casa editrice Officina di Hank; come mai un libro su Patrick ?

Dal momento che mi appassiona e scrivo professionalmente sul movimento del rock progressivo italiano ed essendo francese, è naturale che interessi di Patrick Djivas.

La sua carriera in Italia (cinquant’anni comunque) ha fatto parte della storia del progressive rock italiano con Area prima e poi con Premiata Forneria Marconi.

Ha avuto una vita emozionante con incontri incredibili, ma è anche una splendida persona, colta e gentile.

Spero di aver scritto un bel libro su di lui perchè lo merita.

Ti va di raccontare qualche aneddoto sulla realizzazione del libro che ti viene in mente ?

Con Patrick avevamo previsto che il libro uscisse in italiano alla fine del 2020 ma il covid ha complicato tutto; abbiamo dovuto essere pazienti per trovare sia un editore italiano che un traduttore.

Siamo stati fortunati con la casa editrice Officina di Hank a Genova, che ringrazio, che ci ha fatto seguire da Fabio Rossi, e con la splendida traduzione di Claudio Pozzani.

Ho in parte riscritto e completato il libro per la versione italiana e ritengo la versione italiana migliore di quella francese.

C’è qualche speranza di vedere pubblicati i tuoi libri in italiano ?

Come abbiamo appena detto per la biografia di Djivas è accaduto recentemente; per i primi due libri sul progressive rock italiano, non penso; d’altronde nel vostro paese ci sono persone molto competenti che hanno già scritto libri su questo argomento.

Per il «Giallo & rosso» mi piacerebbe molto perché, come ti ho detto, si tratta di un libro originale, unico nel suo genere, ma onestamente, ci sono poche possibilità; sarebbe necessario un grosso lavoro in particolare per la traduzione; se qualcuno legge questa intervista ed è pronto, che mi contatti pure.

Approfitto per ringraziarti per aver mostrato interesse per i miei libri e porto a conoscenza di quanti ci leggeranno che ho anche un blog sul rock progressivo italiano (rockpogressifitalien.blogspot.com); è in francese ma spesso anche in italiano ed è prevalentemente dedicato alle novità ed alle uscite di album.

Vivoumbria - Alfredo Buonumori – 19 08 2022

jeudi 18 août 2022

Jerry Cutillo (O.A.K.) : interview (en français)


Voici l'interview fleuve et passionnante de Jerry Cutillo en français. Attention Jerry n'a pas sa langue dans sa poche et çà décoiffe pas mal en mode Tonton flingueur.

Bonjour Jerry, tout d’abord merci pour la qualité constante dans ta production musicale. Tous tes albums depuis 2015, sortis sous le nom de O.A.K., sont des musts.
Je te remercie Louis et je dois admettre que même si j’ai formé les O.A.K. en 1993 (d’ailleurs, tu es officiellement invité à ce qui sera l’événement célébrant les 30 ans des Oscillazioni Alchemico Kreative), c’est seulement dans les dix dernières années que j’ai trouvé ma raison d’être au sein du panorama prog international.

Je voulais savoir, The Lucid Dreaming est le premier volet d’une nouvelle trilogie ?
J’espère que non (rires). Au cours des six années qui se sont écoulées entre 2014 et 2020, j’ai déployé toutes mes forces dans ce projet de trilogie auquel tu fais allusion. Et malgré tout ce qui s’est passé, c’est-à-dire les faux-départs, les imprévus, les malentendus, les changements de programme, les changements de formation, les déceptions, les effondrements économiques et les problèmes techniques, j’ai réussi à arriver au résultat. J’avais 90% de chance de ne même pas faire un seul des chapitres de la trilogie. Mais, évidemment, les personnages évoqués dans les sillons des trois albums poussaient pour sortir des abîmes du temps avec la volonté précise d’exprimer à nouveau leurs idées en revendiquant les injustices dont ils ont été victimes dans leur vie.
Pour revenir à ta question, plutôt que le premier chapitre d’une nouvelle trilogie, je préfère penser que Lucid dreaming... est le quatrième chapitre d’une quadrilogie.

Pourquoi cette fascination pour Nikola Tesla ?
Nikola Tesla a rejoint ma grande famille de génies losers (des perdants) dans lesquels je me reconnais, certainement pas dans leur génie... plutôt, dans leur malheur (rires).
Dans Tesla, j’ai trouvé plus d’une analogie avec d’autres personnages que j’avais précédemment "introspectés" Une sorte de réincarnation de la même matière spirituelle. A côté de cet aspect, j’ajouterais aussi le dénouement que partagent les personnages que j’ai traités, c’est-à-dire leur triste fin. Et je ne trouve aucune différence entre une mort sur le bûcher, une annihilation totale causée par la torture ou un isolement provoqué par une indifférence délibérée et préméditée. Tesla était un inventeur révolutionnaire, sans doute l’un des plus importants de l’histoire de la civilisation, mais, curieusement, aussi le moins présent dans les livres d’histoire.

Qu’est ce que tu penses de la marque Tesla aujourd’hui et de son patron Elon Musk ?
Elon Musk est un personnage controversé. Lorsque d’importantes ressources économiques finissent par être capitalisées par une poignée de magnats avec un pouvoir d’achat illimité, le danger pour le reste de la planète est évident. J’attribue à Musk un style cognitif transversal par rapport aux canons en vigueur et je suis intrigué par ses visions futuristes (Neuralink, Space X) et ses idées sur l’environnement (la production de voitures électriques, justement les Tesla).
Mais bien que Musk soit l’un des plus grands protagonistes de ce siècle, je ne peux pas déchiffrer sa vraie nature et ses véritables intentions. Je crains plutôt que ce ne soit un mégalomane en perpétuelle contradiction, prêt à jouer avec nous tous et avec le monde qui nous appartient. Mais ne t’inquiètes pas, Louis, mon prochain album ne sera pas dédié à lui (rires).

Cela t’a pris combien de temps pour élaborer ce concept album ?
Une fois que j’ai eu terminé l’album Nine witches under a walnut tree en 2020, j’ai recommencé à écrire mon Rockbook "Come una volpe tesa a rubare nel cortile delle voci." Mais après environ six mois, ma concentration a dévié vers quelque chose d’autre.
Après un premier contact avec Nikola Tesla, j’ai rallumé les moteurs de la machine à remonter le temps et j’ai effectué les rituels habituels de bon augure (rires). Chaque fois que je commence un nouveau travail, je fais la même promesse solennelle; celle de réaliser mon projet artistique avec honnêteté intellectuelle et esprit d’abnégation dans le plein accomplissement de mon devoir d’artiste. Pour réaliser Lucid dreaming il a fallu environ dix huit mois de travail ininterrompu.

Jonathan Noyce (basse) et David Jackson qu’on ne présente plus font partie intégrante de ta team. Comment s’est fait le choix d’Alessandro Elena à la batterie qui a joué entre autre avec Bruce Dickinson ?
Tu as raison. Avec Jonathan et David, il y a désormais une affinité et une entente qui font d’eux mes compagnons de voyage privilégiés. Je pourrais écrire des douzaines d’anecdotes auxquelles ils ont été associés durant mes sessions d’enregistrement et lors des concerts depuis 2011.
Nous parlons bien sûr de deux musiciens de sessions top, au service de la musique mais j’aime penser que quand ils sont impliqués dans un de mes projets, ils ont tous les deux le sentiment de faire un voyage guidé par le même ménestrel apatride/raconteur d‘histoires avec dans le cœur de nombreuses formules musicales.
Quant à Alex Elena, je dois être reconnaissant au journaliste Max Prog Polis qui m’a invité à le suivre dans le studio d’Alex pour une interview en décembre dernier. Faire la connaissance d’un batteur/musicien/producteur/photographe de classe internationale comme lui dans une ville pauvre en initiatives artistiques comme Rome, a été une vraie surprise. Alex devait rester dans la capitale pendant une courte période avant de retourner à Los Angeles, où il vit et travaille ; un coup de chance de me trouver à quelques kilomètres de lui. Contrairement à ce qui s’est passé avec David et Jonathan, pour qui j’avais été obligé de me déplacer au Royaume-Uni ou de correspondre par mail, pour Alex j’ai pu transférer tout le travail que j’avais déjà enregistré sur son ordinateur.
Ensemble, nous avons passé la période des fêtes de Noël 2021 entre instruments vintage, compresseurs, réverbérations, échos analogiques, plugins et peaux de tambour. Oui, et ce sont ces dernières qui ont été le véritable point de rencontre de notre collaboration. Après une première approche de pré-production, Alex a concentré son talent dans l’enregistrement des parties rythmiques Les temps impairs, les accents et les dynamiques présents dans les compositions que j’avais écrites nécessitaient une grande sensibilité mais Alex a réussi à m’étonner en créant une puissante ossature rythmique sur les quatre morceaux dans lesquels il a été impliqué. Ce fut une expérience courte mais intense qui je l’espère se reproduira à l’avenir. Entre musiciens expérimentés, on comprend tout de suite quand l’un d’entre nous a donné tout ce qu’il pouvait donner et que le fait de continuer plus loin la contribution mettrait en péril l’identité du travail. J’ai donc poursuivi le travail dans mon home studio en le terminant avec l’aide d’Alex Cavallo et d’Andrea Cutillo pour le mixage et de le mastering.

Tu as choisi, une fois de plus, plusieurs chanteuses (en fait trois) dont Dorie, la fille de David Jackson. Elles sont toutes excellentes. C’est quoi tes critères de choix exactement ?
Si j’ai le sentiment qu’un artiste peut faire la différence et déclencher une cascade de stimuli créatifs pour enrichir un projet, je n’hésite pas à poursuivre la collaboration. D’autres fois, j’accepte volontiers les "recommandations". J’ai également une fois encore eu de la chance pour ce nouveau projet. Les trois vocalistes ont toutes contribué à nous faire frissonner de plaisir, moi comme ceux qui les écoutaient. Deux d’entre elles m’ont été "conseillées" tandis que la troisième était une intuition qui m’a fait pleurer d’extase émotionnelle lorsque j’ai inséré son fichier vocal dans le projet. Mais ne me demande pas de laquelle des trois il s’agit (rires).

Dans la set list, le deuxième morceau s’appelle « Oscillation Alkemy Kreativity ». Alors cela veut dire que tu as profité de cet album pour placer le nom de ton groupe actuel O.A.K. (pour Oscillazioni Alchemico Kreative) ou dès le début de la formation de ton groupe, c’est à dire en 1993, tu avais prévu cela ?
Le bassiste du premier line-up, Giovanni Quarto, est entré un soir dans la salle de répétition et a dit : "J’ai trouvé le nom du groupe." Avec les deux autres membres de la formation, nous nous sommes regardés intrigués et nous avons demandé :
"Et c’est quoi ?"
"OAK."
On s’est regardé et on a dit :
"Qu’est-ce que ça veut dire ?"
"Ça veut dire « Chêne»" a-t-il répondu.
Ce nom nous a plu, et pour un amoureux des arbres comme moi, il semblait de bon augure.
Quand j’ai déménagé en Angleterre, en regardant autour de moi, j’ai remarqué une épidémie de OAK : Royal Oak, Golden Oak, Oak farm hôtel, Oak Lodge, Indian Oak etc... pour n’en citer que quelques-uns (rires). À mon retour à Rome, j’ai fait part de mes doutes aux autres membres (qui avaient changé trois fois entre-temps) et nous avons décidé ensemble que OAK deviendrait l’acronyme de Oscillazioni Alchemico Kompresse. Mais l’histoire n’était toujours pas terminée. À l’occasion d’une série de nos concerts avec comme invité, le gourou de la vedette psychédélique italienne Claudio Rocchi, il a observé que l’adjectif "Kompresse" était limité d’un point de vue "astral". Comment ne pas écouter un philosophe de la génération hippie ! Après avoir passé des nuits blanches à chercher une idée pour compléter la troisième partie de l’acronyme, il m’est finalement venu à l’esprit " Oscillazioni Alchemico Kreative" (avec le "K" pour renforcer l’idée).
Au fil des années, ce choix s’est avéré certainement bien meilleur que les précédents, même si les trois mots sont indispensables pour la compréhension en langue maternelle non italienne. Dans la simplification du langage du web alors, " Oscillazioni Alchemico Kreative" reste un terme super inflationniste. Pour revenir à l’album "Lucid Dreaming..." en 2022, il y a eu mon intention très claire de dissiper le malentendu en titrant la suite « Oscillation Alkemy Kreativity » ou, si tu préfères « Oscillations Alchimiques Krèatives ».

Pour revenir au deuxième titre, « Oscillation Alkemy Kreativity », il s’agit de ton morceau le plus long à ce jour (13 minutes 30). Cette excellente suite en cinq parties en appelle-elle d’autres à l’avenir ?
Je reçois beaucoup d’éloges pour cette suite. Il s’agit en fait d’un concept dans le concept. Un peu comme jouer aux poupées russes en créant plusieurs dimensions à l’intérieur d’un même disque.
En ce qui concerne d’éventuelles autres compositions dans le futur, je dois admettre que je suis attiré à la fois par un style riche en événements sonores avec plusieurs fragments qui se succèdent dans un même morceau, mais aussi par un mode plus concis qui suppose un message plus concentré et plus percutant. La chanson qui représente l’extrême synthèse de la composition est, selon moi, "God only knows" des Beach Boys. En écoutant sa progression harmonique et sa conclusion, il est indéniable que le morceau se révèle exhaustif malgré son apparente simplicité au point de pouvoir se définir comme une suite en réduction. Un oxymore, mais n’est-il pas plus difficile d’exprimer quelque chose avec quelques notes qu’avec deux faces de LP reliées ensemble

Au niveau du style, je sens une nette évolution avec beaucoup moins de références à des groupes connus (Jethro Tull par exemple) et une volonté de proposer une musique plus symphonique avec plus d’emphase (plus l’album avance, plus c’est évident).
En ce qui concerne le style de ce dernier album, il s’agit d’une synthèse entre les saveurs psychédéliques acoustiques de Viandanze, les cauchemars gothiques de Giordano Bruno et les récits prog/folk de Nine Witches under a tree. Pour conclure ce cycle, à côté de l’élément symphonique, j’ai voulu donner une couleur électrique à ma musique et donc, de qui m’inspirer sinon du magicien du courant alternatif ?
En revenant à ta question, je dois avouer que chaque fois que j’entends parler de Jethro Tull, je suis triste. Ian Anderson s’est avéré être une grande déception et continue de briser une longue et brillante carrière avec des concerts pathétiques. D’autres groupes de rock classique semblent également être aux prises avec des crises créatives, des changements radicaux de composition de leur formation, des poursuites judiciaires et des coups tordus, et tout cela finit par me rendre orphelin d’un rêve. Un rêve dont je serais en train d’essayer de conserver les graines, sachant bien que ce qui s’est passé il y a cinquante ans ne pourra jamais se reproduire. Est-ce de la nostalgie ? Je ne sais pas, je sais juste que quand je suis à la tête de ma machine à remonter le temps et que je navigue à travers les siècles, je suis toujours attiré par de nouvelles routes sans crainte de me perdre au-delà de l’horizon des événements. Il n’est en effet pas à exclure que dans un prochain album je puisse revenir surfer sur des vagues plus avant-gardistes, loin des panoramas prog que nous connaissons.
Je voudrais ajouter quelque chose à propos de l’aspect symphonique auquel tu fais référence dans ta question. Eh bien, le rapprochement avec des parties orchestrales plus ou moins complexes pourrait me convenir en raison de mon caractère romantique. Dans mes expériences musicales, les travaux de Tony Banks (le plus grand compositeur du XXème siècle), du maître Ennio Morricone et d’autres compositeurs de l’école classique du XXème siècle, ont trouvé leurs places. Mais contaminer les racines de l’Europe centrale avec les styles musicaux les plus disparates, comme par exemple les traditions russo-asiatiques, a toujours été mon obsession. N’oublies pas Louis, que lors de la Prog Exhibition italienne de 2011, je me suis présenté à un public de die-hard-Progheads, habillé en sibérien avec une balalaïka électrifiée (rires).

Finalement, je suis surpris l’album est assez court en durée : 42 minutes.
Le niveau d’attention s’est considérablement réduit et les habitudes d’écoute qui étaient monnaies courantes dans les années 70 n’ont plus cours. C’est à la fois dans les comportements du Millenium mais il y a aussi un lien avec notre sphère. Les horloges atomiques ont enregistré une variation de la rotation de la Terre, ce qui signifie que la Terre tourne plus vite qu’il y a quelques années. Je me demande alors : est-ce la cause pour laquelle nous, humains, avons accéléré notre rythme de vie ou est-ce seulement une question de progrès technologique? Avec quelle concentration et avec quel état de relaxation nous abandonnons-nous aujourd’hui aux sons ? Nous aspirons à être tous des protagonistes, nous crions pour attirer l’attention, nous accomplissons des actions toujours plus rapidement pour arriver premiers. Mais alors, quel sera le périmètre d’utilisateurs si la capacité d’écoute a diminué proportionnellement à l’augmentation de l’exigence morbide d’être toujours et de toute façon écouté ?
Désolé ! je reviens sur la durée de l’album.
Il est évident qu’une suite aux caractéristiques telles que celles de la deuxième piste aurait pu avoir une extension plus grande. En répétant les parties principales et en dilatant davantage les soundscapes, on pouvait remplir les deux faces. Mais il y a un aspect de cet album qui révèle son appartenance indiscutable au XXème siècle : les changements convulsifs qui interviennent sur une partie de ses événements musicaux. Rapidement et sans interruption ni ralentissement, je crains que ces épisodes ne laissent l’auditeur désorienté aux premières écoutes. Mais après en avoir métabolisé les contenus, on peut en saisir les aspects inédits et engageants, du moins je l’espère (rires).

Est-il prévu que, ce que tu présentes comme un opéra rock, soit joué en live ?
Avec l’accroissement de ma production discographique, les conditions pour mettre en route d’éventuels spectacles augmentent sensiblement. Mais je ne parle pas là de l’aspect économique de la mise en scène pour nous permettre de présenter les derniers albums avec la qualité qu’ils méritent. Qui répondra à l’appel ? Nous sommes prêts et heureusement il y a un intérêt sain au-delà des Alpes et à l’étranger.

Que penses-tu du mouvement prog aujourd’hui ? Est-ce que tu considères en faire partie ?
Il y a des réalités intéressantes dispersées dans le monde entier et grâce à Internet on peut entrer en contact et créer de nouveaux réseaux de collaboration professionnelle. Ce que j’apprécie chez un musicien, c’est son originalité, son éthique professionnelle et sa détermination à atteindre un objectif après l’avoir annoncé. C’est comme ça qu’on gagne en crédibilité. Pour le reste, j’ai vu beaucoup, trop de projets de groupes locaux, annoncés d’avance, qui ont disparu dans le néant. Au lieu de cela, des artistes qui ont réussi à émerger du magma ont abouti à une série de résultats intéressants et ont fini par attirer une hostilité mesquine. J’ai personnellement une longue liste de musiciens, mes compatriotes ou non, que j’estime profondément et avec lesquels j’ai une excellente relation d’amitié. Je place toujours en première ligne le côté humain, mais le mauvais exemple ne vient pas des musiciens mais des professionnels. Il est triste de devoir se déplacer depuis ses frontières régionales pour trouver plus de visibilité et de considération. Je suis depuis toujours un artiste hors des logiques sectaires et mon impératif catégorique est de préserver l’intégrité artistique.
Peut-être s’agit-il d’un handicap? Mais je ne pense pas que je manquerai une occasion extraordinaire. En Italie, et en particulier dans les milieux locaux très spécifiques, on fonctionne au ralenti, de manière univoque et clientéliste. Et ces aspects ne concernent pas seulement les quelques douzaines de propositions mainstream que, en raison de mon passé discographique, je connais bien, mais aussi des réalités plus exclusives comme le prog. Cette dernière aussi est la fille d’un réseau de connivences et est loin d’accoucher de personnages du niveau de Tony Stratton Smith, fondateur du label Charisma, pour n’en citer qu’un. En résumé et en conclusion, la photographie de la situation, à de rares exceptions près, est celle d’une réalité bondée d’amateurs ou d’hypocrites frileux mais prétentieux qui se prennent pour des promoteurs rusés et mettent en place de véritables stratégies de voleurs maquillées en business plan au détriment des musiciens.
Ce sont eux qui, au cri de "conflit d’intérêts, je ne te crains pas", profitent des efforts de celui qui fait de la musique, en s’attribuant des résultats qui ne lui appartiennent pas. Mais heureusement, il y a le reste du monde !

Tu fais toujours de la musique plus commerciale à côté de ton projet O.A.K. (pour la télévision par exemple) ou aujourd’hui O.A.K. est ton projet exclusif ?
Les droits d’auteur et les royalties accumulés grâce à mon passé m’aident à programmer des objectifs à la fois discographique et de divertissement. Il est curieux de voir comment un succès commercial comme celui que j’ai connu à la fin des années quatre vingt peut s’avérer utile à mon choix de ne jouer aujourd’hui que ce que je veux. Dernièrement, mon engagements avec O.A.K. a augmenté de façon exponentielle et ce malgré le ralentissement des activités en direct. Je me concentre actuellement sur de nouvelles alchimies d’expression artistique et les formules de communication actuelles élargissent considérablement le champ d’action.
Ma vie artistique a été bouleversée positivement par l’avènement d’Internet, des réseaux sociaux et du logiciel LogicX, Alors, le miracle pourrait se répéter avec d’autres découvertes technologiques qui permettraient aux créatifs de réaliser de grandes œuvres en toute autonomie et avec peu de moyens.

Quel est ton vœux le plus cher pour les années à venir ?
Contribuer à une transition écologique qui puisse nous sauver, nous et la planète, en jetant les bases de siècles de prospérité.
Et rappelles-toi Louis : UNE chanson ne peut pas changer le monde; mais DEUX peut-être, oui!
Merci mon ami, et félicitations pour ton nouveau livre sur Patrick Djivas.