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dimanche 12 juillet 2020

Corpo III

Croyez vous qu'il puisse exister un groupe qui se situe musicalement à mi chemin entre Picchio dal Pozzo d'un côté et Opus Avantra de l'autre ? Quand on connaît ces deux formations, leur niveau d'excellence technique et leur degré d'exigence musicale, cela paraît difficile. Et pourtant ce groupe existe. Il s'appelle Corpo et a été formé en ... 1969 à Montesardo à côté de Lecce. Après avoir pas mal tourné dans les années 70 et avoir connu un certain succès en Allemagne et en Suisse, les membres de Corpo refusèrent au dernier moment d'enregistrer leur premier album (en France !) par manque de confiance dans l'industrie musicale. Nous étions alors en 1977. Le groupe tomba ensuite bien sûr dans les oubliettes.
C'est Loris Furlan qui redécouvrit Corpo en 2016 et exhuma les bandes de l'époque pour en faire un coffret de deux disques (Corpo I & II) publié, comme il se doit, chez Lizard Records. Devant l'intérêt suscité par leur musique, les frères Calignano (Biagio et  Francesco) ont décidé de remettre le couvert en 2020 et nous proposent un album étonnant, pour ne pas dire unique en son genre, sobrement intitulé III, qu'ils définissent eux-même comme un disque de musique totale.
A l'écoute de l'opus, il apparaît qu'effectivement les musiciens ne se contentent pas de se cantonner à un genre défini. Outre les deux groupes de référence cités plus haut, Corpo III va chercher loin ses sources d'inspiration : le classique (Ravel, Stravinski, Mahler), le Canterbury, le Rock in Opposition, le free jazz mais aussi le Krautrock et même l'électro rejoignant en cela les travaux les plus exigeants de Franco Battiato mais en dépassant sans aucun doute le maître dans cet exercice périlleux. Quasi exclusivement instrumentale (une voix féminine lyrique apparaît toutefois à deux reprises, d'où le rapprochement avec Opus Avantra), sa musique subit quelques déstructurations admirablement contrôlées. L'impression d'avoir affaire à un kaléidoscope sonore s'impose rapidement de par la richesse du propos et tourne même au bout d'un moment à l'écoute obsessionnelle, l'oreille se mettant en mode "alerte permanente" à la recherche de la moindre variation (et dieu sait qu'il y en a tout au long de cet album et de ses huit pièces).
Le tout donne un résultat captivant, sonnant à la fois daté et d'avant-garde, donc sûrement intemporel mais en tout cas remarquable et totalement décalé par rapport à ce qui sort aujourd'hui.

Ce lien YT vous permettra de vous faire une idée de l'OVNI musical qui vous attend.

La tracklist :
1. Rue Bourbon a New Orleans
2. Musiche per la sepoltura di Gigia fedelissima cagnolina spartana
3. Lincoronazione di Maria Carolina a caserta per mano dei filosofi parmenidei (parte prima)
4. Lecce
5. Quando i greci dellitalia del sud inventarono il mondo
6. Francesco Calignano suona per Girolambo Malcarne
7. Il tempo è solo un illusione
8. Osvaldino e il gatto con gli stivali del mosaico di Otranto

Les musiciens :
Francesco Calignano (guitares, effets), et Biagio Calignano (claviers, synthé basse, batterie) sont accompagnés de : Giuseppe Amoroso (trombone, tuba), Fabio Cicerello (saxophones ténor et soprano), Antonio Grassi (trompette), Ivana Cammarota (chant), Andrea De Jaco (basse), Mario Calignano (basse sur 6)

Label : Lizard Records (http://www.lizardrecords.it/)

dimanche 20 décembre 2020

ma sélection des meilleurs albums de RPI pour 2020

 

Encore beaucoup de sorties cette année en prog italien avec une belle qualité d'ensemble, de beaux projets individuels et quelques franches réussites que l'on va bien sûr retrouver dans ma sélection 2020. J'en profite au passage pour remercier les artistes et les maisons de disques qui me font parvenir leurs copies avec une reconnaissance toute particulière pour ceux qui m'envoient une copie au format physique (CD ou vinyle). Ce sont ceux qui savent que j'ai vraiment du mal avec les supports dématérialisés. Encore merci à eux.
Ma sélection pour cette année 2020 est à la fois originale et surprenante dans la mesure où elle présente quatre évidences, qui sont aussi quatre valeurs sûres du prog italien, et cinq surprises que personne n'attendait.
TOP "1" 2020 S'il faut un vainqueur, alors la première place revient à LogoS et son album impeccable Sadako e le mille gru di Carta. Les Véronais atteignent avec cette œuvre un point haut de leur déjà longue histoire. Un très grand Bravo à eux !
Juste après, nous avons trois groupes confirmés du prog italien avec :
- La Maschera di Cera avec S.E.I.
- Ubi Maior avec Bestie Uomini e Dèi  
- Sintonia Distorta avec A piedi Nudi Sull'Arcobaleno 
Ils forment une belle haie d'honneur et sont vraiment très proches de LogoS, mais Sadako e le mille gru di Carta est réellement mon coup de cœur de l’année. 
Derrière, ce sont bien des surprises que je vous propos dans la mesure ou les cinq noms qui apparaissent étaient absolument inconnus de tous il y encore quelques mois. Vous pouvez ainsi vous pencher sérieusement sur les albums suivants (sans ordre spécial) : 
- les revenants de  Corpo avec  Corpo III
- Jus Primae Noctis et leurs très prometteurs Istinto
- le projet solo de Gianni Nicola malicieusement appelé Oh No it's prog (Oh No it's prog !)
- I Giullari di Corte dont j'espère que l'album Presa di Coscienza pourra bientôt être édité en format physique (peut être que cette mise en lumière les aidera, en tout cas je l'espère vraiment)
- et enfin, Cut the Tongue, l'album de fin d'année que l'on n'attendait pas, que l'on doit à Julius Project, un collectif de musiciens confirmés réunis autour d'un homme et de sa fille pour écrire quelques pages musicales d'une très belle histoire de famille.
Cela fait donc neuf albums distingués pour cette année qui se termine dans l'incertitude et la précarité pour beaucoup d'artistes. Je pense ici avant tout à eux en espérant que nous verrons tous en 2021 le bout de ce cauchemar. 
Pour ceux qui ne sont pas dans cette sélection, qu'ils n'oublient pas qu'il s'agit uniquement de mes goûts personnels, pas d'un concours ! Je pense particulièrement à Mesmerising (The Clutters Storyteller), Ancient Veil (Unplugged Live), Daniele Solo (Order or DisOrder), Instant Curtain (Let us tear apart), Métronhomme (tutto il tempo del mondo), O.A.K. (Nine Witches under a Walnut tree), OTEME (Un Saluto alle Nuvole), Monjoie (Love Sell Poor Bliss for Proud Despair), Notturno Concertante (Let Them say). J'ai aussi pris pris beaucoup de plaisir à l’écoute de ces albums.
Voici donc la liste de cette sélection de neuf albums avec la possibilité de lire ou relire à chaque fois ma chronique si vous cliquez sur le titre.
 
LogoS : Sadako e le mille gru di Carta (Andromeda Relix) (bandcamp de LogoS ici)

La Maschera di CeraS.E.I. (label : BTF.IT, AMS)

Ubi Maior :  Bestie Uomini e Dèi (label : BTF.IT, AMS)

Sintonia Distorta : A piedi Nudi Sull'Arcobaleno (label Lizard Records, le site du groupe ici)

Corpo : Corpo III  (label : Lizard Records)

Jus Primae Noctis : Istinto (label : Nadir Music)

Oh No it's prog : Oh No it's prog ! (Autoproduction, pour contacter Gianni Nicola c'est ici)

I Giullari di Corte : Presa di Coscienza (autoproduction, le bandcamp du groupe ici)
 
Julius Project : Cut the Tongue (autoproduction, c'est distribué par G.T. Music à cette adresse)

mardi 19 septembre 2023

Il Segno del Comando : Il Domenicano Bianco (trad. it.)

Con Il Domenicano Bianco, siamo di fronte al sesto album in studio del gruppo Il Segno del Comando. Per una volta inizio questa rubrica soffermandomi qualche istante sull'aspetto concettuale di questo disco, dato che a discografia de Il Segno La Del Comando segue da anni il lavoro dello scrittore austriaco Gustav Meyrink, uno dei più grandi nomi della letteratura fantasy europea, e la band continua in questo senso con il nuovo album. Meyrink è meglio conosciuto per la Notte di Valpurga, ma ha scritto anche diversi libri che hanno come tema comune quella che lui chiamava conversione. Si tratta di una visione in evoluzione dell'uomo che deve uscire dal suo carattere educato, formattato e disposto a svolgere un ruolo possibilmente produttivo nella società, per andare verso una rinascita personale. Questa rinascita dovrebbe consentire a ciascun essere umano di riappropriarsi del proprio destino e diventare un essere unico, che troverà così la simbiosi con il centro del mondo. Si tratta di un viaggio che richiede la rottura, la rinuncia alle evidenze intellettuali, il distacco materiale ma anche emotivo, e quindi l'ascetismo, per passare successivamente all'acquisizione di nuove conoscenze. In tutto questo è evidente una ricerca di perfezione (flos forum) con forti connotazioni esoteriche e mistiche. Credenze e dottrine, sia occidentali che orientali, sono tutte evocate e chiamate ad accompagnare i personaggi principali dei quattro libri e consentire la loro trasformazione (conversione). L’opera dell’autore è intrisa anche di una forma di misantropia soggiacente e di un atteggiamento estremista, vicino al fanatismo, che può sorprendere. Visto che siamo sul Domenicano Bianco, basti sapere che il giovane eroe, o in questo caso il ricorrente, si ritrova a confessare allo spettrale monaco tutti i suoi peccati, compresi quelli che potrebbe commettere in futuro. Diego Banchero ha iniziato a utilizzare gli elementi letterari di Gustav Meyrink dal secondo album del suo gruppo con Der Golem (del 2002) e poi con Il Volto Verde nel 2013, che hanno coperto i rispettivi romanzi. Con Il Domenicano Bianco, Il Segno del Comando chiude una trilogia della sua personale lettura dell'opera dello scrittore austriaco.

Iniziando con “Il Libro Color Cinabro”, il colore (è proprio il caso di dirlo) viene visualizzato. I grandi organi impongono un decoro solenne. Ci affascina un prog oscuro che tuttavia ha il buon gusto di non strafare nel lugubre (cosa che non sempre accade nei vicini di casa di Malombra) e che resta lontano da ogni teatralità (a differenza di IANVA). Con "La Bianca Strada" che segue, gli affilati riff di chitarra, le sepolcrali note di tastiera e soprattutto la voce calda ed espressiva di Riccardo Morello, si mettono al servizio di una musica che appare invariabilmente sincera e generosa. A riprova di questo cito la successione di assoli di chitarre elettriche eseguiti con maestria da Davide Bruzzi e Roberto Lucanato. Questo brano è uno dei must dell'album ma anche dell'intera discografia del gruppo. Con “Il Domenicano Bianco” il ritmo accelera notevolmente. Capiamo che si tratta di dare una dimensione epica al personaggio e quindi alla canzone. La cosa è perfettamente riuscita. Fernando Cherchi, solitamente discreto, coglie l'occasione per scatenarsi con la sua batteria. Impone così al pezzo un ritmo infernale. Questa volta sono i nostri duettisti della chitarra a trovarsi in secondo piano. “Ofelia” descrive con dolcezza l'arrivo nella storia dell'amato personaggio. Tornando per un momento all’aspetto letterario, mi chiedo se questa presenza femminile non rappresenti in definitiva l'equivalente della tentazione nella mente torturata di Meyrink. Certe atmosfere criptiche, come quelle di "La Testa Di Medusa" e del successivo brano "Il Dissolvimento Del Corpo Con La Spada", ricordano certo Jacula e Antonius Rex. Tuttavia, da quando Il Segno del Comando è in attività (a dire il vero da più di venticinque anni), dobbiamo fare riferimento soprattutto a quello che è lo stile del gruppo: un'oscurità nel tono che si fonde perfettamente con linee melodiche avvincenti, un'enfasi che sostiene voli grandiosi che talvolta sfiorano perfino il lirismo. L'anti Akron in un certo senso! 

Tornando a "Il dissolvimento del corpo con la spada", ecco un altro pezzo forte di questo album: un brano estremamente teso che farà la gioia degli amanti degli sviluppi strumentali (che non mancano), con molteplici colpi di scena sia sulle chitarre che sulle tastiere e con una sezione basso/batteria che struttura il tutto senza tremori. È importante sottolineare qui che Diego Banchero, autore di tutti i testi e delle musiche ad eccezione di "La testa di medusa" firmata da Beppi Menozzi, conduce magistralmente il suo mondo, supportato da Davide Bruzzi che si rivela sempre più essenziale, e soprattutto efficace, sul piano degli arrangiamenti. 

"Missa Nigra 2021” mira ad essere più pacato, ma è denso in modo soffocante e soprattutto adotta una statura ieratica che rende il brano una messa nera dai forti toni satanici.
Non ho dimenticato la bellezza del finale strumentale, "Solitudine", che facilmente ci immageremmo suonato su un Chapman Stick, e che sembra voler trasmettere un messaggio finale tanto esoterico quanto misterioso. L'assenza di parole lascia così a ciascuno uno spazio per immaginare cosa rappresenti per lui la vera solitudine: “La solitudine favorisce le rivelazioni dello spirito” (Jacques Chardonne). 
Ci sono gruppi come questo, la cui musica acquista slancio disco dopo disco. Per Il Segno del Comando, Il Domenicano Bianco si rivela senza dubbio il suo album più compiuto e decisivo. Forse è dovuto al fatto che il gruppo ha trovato un perfetto equilibrio interno con i suoi componenti attuali, forse è semplicemente dovuto alla maturità, ma in ogni caso tutto è al suo posto per il meglio, e questo meglio è Il Domenicano Bianco!
La fantastica esibizione live offerta dalla band genovese il 3 settembre 2023 al festival 2 Days Prog+1 di Revislate non ha fatto altro che confermare il posizionamento de Il Segno del Comando che appariva quella sera, ai tanti spettatori presenti, come un gruppo imprescindibile dell'attuale rock progressivo Italiano. Era ora!
 
Band : Diego Banchero (basse), Davide Bruzzi (guitares, claviers), Roberto Lucanato (guitares), Riccardo Morello (chant lead et choeurs), Beppi Menozzi (claviers), Fernando Cherchi (batterie)

Tracklist

  1. Il libro color cinabro
  2. La bianca strada (suonato 2 Days Prog + 1, le 03/09/2023)
  3. Il Domenicano Bianco (suonato 2 Days Prog + 1, le 03/09/2023)
  4. Ofelia
  5. La testa di medusa
  6. Il dissolvimento del corpo con la spada
  7. Missa Nigra 2021
  8. Solitudine

Label : Nadir

Distribuzione : Black Widow Records 
 

dimanche 17 septembre 2023

Il Segno del Comando : Il Domenicano Bianco


Avec Il Domenicano Bianco, nous voici donc face au sixième album studio du groupe Il Segno del Comando et pour une fois, je vais commencer cette chronique en m'arrêtant quelques instants sur l'aspect conceptuel de ce disque car la discographie d'Il Segno del Comando suit, depuis de années, l’œuvre de l'écrivain autrichien Gustav Meyrink, un des plus grands noms de la littérature fantastique européenne et il se trouve que c'est encore le cas avec cet album. Meyrink, on le connaît surtout pour La nuit de Walpurgis mais il a en fait écrit plusieurs livres qui ont pour thème commun ce qu'il a désigné sous le nom de conversion. Il s'agit en fait d'une vision évolutive de l'homme qui doit s'extraire de son personnage éduqué, formaté, préparé à jouer un rôle, si possible productif, dans la société, pour aller vers une renaissance personnelle devant permettre à chaque être humain de reprendre sa destinée et de devenir un être unique qui trouvera ainsi la symbiose avec le centre du monde. Le parcours exige la rupture, le renoncement des évidences intellectuelles, le détachement matériel mais aussi affectif, donc l’ascèse, pour enfin passer à l'acquisition de nouvelles connaissances Il y a une évidente quête de la perfection dans tout cela (flos forum) avec de fortes connotations ésotériques et mystiques. Les croyances et les doctrines, autant occidentales qu'orientales, sont toutes évoquées et sollicitées pour accompagner et permettre la transformation (la conversion) des personnages principaux des quatre livres. Mais, il y aussi en filigrane une forme de misanthropie qui ne dit pas on nom et une posture jusqu'au-boutiste, proche du fanatisme, qui peuvent interloquer. Puisque nous sommes sur le Dominicain Blanc, il suffit de savoir que le jeune héros, ou en l’occurrence l'impétrant, se retrouve à confesser tous ses péchés au religieux spectral, y compris ceux qu'il pourrait commettre dans le futur. Diego Banchero a commencé à utiliser les éléments littéraires de Gustav Meyrink dès le deuxième album de son groupe avec Der Golem (en 2002) qui correspondait à Le Golem puis avec Il volto verde en 2013 qui reprenait Le Visage vert. Avec Il Domenicano Bianco, Il Segno del Comando clôt ainsi une trilogie de sa propre lecture de l’œuvre de l'écrivain autrichien.
Dès "Il libro color cinabro", la couleur (c'est bien le cas de le dire) est affichée. Les grandes orgues imposent un décorum solennel. Nous sommes happé par un dark prog qui a toutefois le bon goût de ne pas en rajouter dans le lugubre (ce qui n'est pas toujours le cas des voisins de Malombra) et qui reste éloigné de toute théâtralité (a contrario de IANVA). Avec "La bianca strada" qui suit, les riffs de guitares tranchants, les notes de claviers sépulcrales et surtout la voix chaude et expressive de Riccardo Morello, se mettent au service d'une musique qui s'affiche invariablement sincère et généreuse. J'en veux pour preuve cette succession de chorus aux guitares électriques assurés avec maestria par Davide Bruzzi et Roberto Lucanato. Ce morceau est un des musts de l'album mais aussi de toute la discographie du groupe. Avec "Il Domenicano Bianco", le tempo s’accélère notablement. On comprend qu'il s'agit là de donner une dimension épique au personnage donc à la chanson. Et c'est parfaitement réussi. Le d'habitude discret Fernando Cherchi en profite pour se déchaîner sur sa batterie. Il impose ainsi un rythme infernal au morceau. Cette fois, ce sont nos duettistes aux guitares qui se trouvent en position de suiveurs. "Ofelia" décrit avec douceur l'arrivée dans l'histoire de la bien-aimée Ophélie. Pour en revenir un instant au côté littéraire, je me demande d'ailleurs si cette présence féminine ne représente pas finalement l'équivalent de la tentation dans l'esprit torturé de Meyrink. Certaines ambiances cryptiques, comme celles de "La testa di medusa" et de la piste enchaînée "Il dissolvimento del corpo con la spada" rappellent bien sûr Jacula et Antonius Rex mais depuis le temps qu'Il Segno del Comando est sur le pont (depuis plus de vingt cinq ans en fait), il faut avant tout se référer à ce qui est le style du groupe : une noirceur de ton qui se marie parfaitement avec des lignes mélodiques prenantes, une emphase qui supporte des envolées grandioses frôlant même parfois le lyrisme. L'anti Akron en quelque sorte ! 
Pour en revenir à "Il dissolvimento del corpo con la spada", voici un autre highlight de cet album, un morceau tendu à l'extrême qui ravira les amateurs de développements instrumentaux car là il y en a, avec de multiples rebondissements tant du côté guitares que claviers avec une section basse/batterie qui structure tout cela sans trembler. Il est important de souligner ici que Diego Banchero, auteur de tous les textes et de la musique à l'exception de "La testa di medusa" signé par Beppi Menozzi, mène son monde de main de maître, épaulé par un Davide Bruzzi qui se révèle de plus en plus indispensable et surtout efficace côté arrangements. 
"Missa Nigra 2021" se veut plus posé mais est d'une densité étouffante et adopte surtout une stature hiératique qui fait de ce morceau une messe noire aux forts relents sataniques.
Je n'oublie pas la beauté de l'instrumental final, "Solitudine", qu'on aurait facilement imaginé joué au stick, qui semble vouloir transmettre un dernier message aussi ésotérique que mystérieux. L'absence de paroles laisse ainsi à chacun la place d'imaginer ce que représente pour lui la vraie solitude, "La solitude est propice aux révélations de l'esprit" (Jacques Chardonne). 
 
Il y a des groupes comme çà dont la musique prend de l'ampleur disque après disque. Pour Il Segno del Comando, Il Domenicano Bianco se révèle incontestablement son album le plus abouti et le plus décisif. Peut-être est-ce dû au fait que le groupe a trouvé un équilibre interne parfait avec ses membres actuels, peut-être est-ce tout simplement dû à la maturité, mais en tout cas, tout est en place pour le meilleur et le meilleur c'est Il Domenicano Bianco !
 
La formidable prestation live qu'a proposée la formation génoise le 3 septembre 2023 au festival 2 Days Prog + 1 à Revislate n'a fait que confirmer le positionnement d'Il Segno del Comando qui est apparu ce soir là, à beaucoup de spectateurs présents, comme un groupe incontournable du rock progressif italien actuel. Il était temps !


Le groupe : Diego Banchero (basse), Davide Bruzzi (guitares, claviers), Roberto Lucanato (guitares), Riccardo Morello (chant lead et chœurs), Beppi Menozzi (claviers), Fernando Cherchi (batterie)

La Tracklist

  1. Il libro color cinabro
  2. La bianca strada (joué au 2 Days Prog + 1, le 03/09/2023)
  3. Il Domenicano Bianco (joué au 2 Days Prog + 1, le 03/09/2023)
  4. Ofelia
  5. La testa di medusa
  6. Il dissolvimento del corpo con la spada
  7. Missa Nigra 2021
  8. Solitudine

Label : Nadir

Distribution : Black Widow Records

 

mercredi 20 juillet 2022

Officina F.Lli Seravalle : Ledrôs

Des titres de morceaux volontairement hermétiques, une couverture de pochette qui cherche plus à intriguer qu'à plaire avec ses circuits imprimés posés en vrac, une musique à la limite de l'expérimental, parfois même abstraite, pas de doute, les frères Seravalle (Alessandro et Gianpietro), toujours supportés par Loris Furlan (Lizard Records) sont déjà de retour avec Ledrôs, le quatrième album de leur projet fraternel Officina F.Lli Seravalle. Pourquoi Ledrôs ? Parce que ce mot en langage frioul signifie "à l'envers", "l'envers du décor", ou encore pour s'approcher de ce que veulent exposer les frères Seravalle "la face cachée". On comprend mieux alors la signification de certains titres ("Néfaste clairvoyance", "Sublime futilità"). Pour rentrer plus en détail dans le concept de l'album, je vous laisse lire les notes de dos de jaquette (pour cela, il vous faut donc acheter le CD bien sûr !).

Une fois encore, les frères Seravalle vont délibérément emmener l'auditeur dans un monde où la perte de repères est la norme. D'ailleurs la question se pose clairement : est-il bien raisonnable de continuer à proposer cette musique inclassable qui semble plus parler à ses concepteurs qu'à ses destinataires légitimes ? La réponse est évidemment oui ! Oui car ce que l'on entend dans cet album n'a rien de commun avec un prog psychédélique, devenu lui aussi désormais codifié et prévisible, et est surtout formidablement fascinant voire hypnotique. Passer du crimsonien "Elogio di Oblomov" à l'atonal "Di refosco et di ghigno" est déjà un choc en soi mais être happé ensuite dans le cône coloré d'"Il silenzio del corpo", qui me rappelle les "Afroclonk" d'Ozric Tentacles et plus généralement Curious Corn, finit de vous convaincre que les frères Seravalle ne vivent pas dans le même monde que nous. Le jazzy et crépusculaire "Néfaste clairvoyance" ouvre tout naturellement pour "Vignesia" qui supporte un texte récité écrit par Italo Calvino. Le changement d'ambiance est radical avec "A4 - Driving the moon home" qui évoque une conduite de nuit en voiture sous l’œil éclairant d'un lune bienveillante. Le planant et électronique "Stealth revolution" est beaucoup plus inquiétant. Il prend son temps pour se répandre et prendre de l'ampleur jusqu'à emplir tout l’espace sonore avec une succession de couches d'effets et de boucles qui viennent progressivement se superposer les unes aux autres, formant in fine une masse compacte. Retour au jazz avec "L'antiprometeo" mais un jazz décadent avec une ligne de piano tombante à la fois pesante et désespérante. La deuxième partie du morceau, bien que très différente (plus électronique) garde ce côté déprimant. Il n'y a décidément pas de salut dans ce titre comme semblent le confirmer les lignes de cordes (modélisées) plaintives qui sortent de partout (les gémissements des damnées de l'enfer ?). Finalement, le mode est un peu le même au début de "Sublime futilità", la trompette délivrant de longs lamentos puis le morceau se transforme en une sorte de marche chaloupée menée par une trompette et un bugle. Étonnant et irrésistible. Je me serais bien passé par contre de "retinal fetish" et de son tempo transe même si je conçois et comprends la volonté des auteurs d'exprimer au mieux par ce biais une forme de vision relevant des effets résultant de psychotropes hallucinogènes. "Jibias de interioridad" semble vouloir continuer le trip même si cette fois le tempo dance technoïde disparait au profit d'une boucle électro. Ledrôs se termine avec l'onirique "Terzo turno" dont le thème est progressivement poussé vers un long chorus de guitare électrique qui s'évapore dans un fade out qui pour une fois a du sens.   

Sans doute un peu plus accessible que certains de leurs précédents travaux, Ledrôs n'en est pas moins un disque qui a ses exigences et qui demande beaucoup d'attention de la part de l'auditeur qui devra en outre accepter de rentrer dans un univers aussi singulier que déroutant. Mais c'est bien là l'intérêt de ce type de musique. Objectif atteint donc !


La tracklist : 

  1. Elogio di Oblomov
  2. Di refosco e di ghigno
  3. Il silenzio del corpo
  4. Néfaste claivoyance
  5. Vignesia
  6. A4 - Driving the moon home
  7. Stealth revolution (from the top down)
  8. L'antiprometeo
  9. Sublime futilità
  10. Retinal fetish
  11. Jibias de interioridad
  12. Terzo turno

vendredi 1 mars 2024

Edmondo Romano : Religio


On connaît bien sûr Edmondo Romano comme membre créateur des groupes Eris Pluvia puis The Ancient Veil. On sait aussi qu'il a déjà publié sous son seul nom deux superbes albums, Sonno Eliso en 2012 et Missive Archetipe en 2014 qui ont fait l'objet d'un article il y a quelques temps sur ce blog "Special Edmondo Romano".  

Dix ans après Missive Archetipe, Edmondo Romano nous propose donc le troisième volet de ce qui semble bien être une vaste fresque explorant les différentes facettes de la condition humaine. L'artworek illustrant la pochette de l’album ainsi que le titre et la note qui le suit ("The Relationship of Man with the Visible and Invisible") sont assez explicites quant au sujet principal qu’Edmondo Romano veut exposer cette fois. Ce troisième chapitre traite le pan spirituel de l'être humain. Mais il faut toutefois préciser que l'approche d'Edmondo Romano dépasse le seul côté religieux pour évoquer aussi les aracanes de la conscience humaine qui passent également par ses racines et sa culture. Les titres des treize pistes vous en diront un peu plus sur le cheminement mystique emprunté par Edmondo Romano.

La solide équipe qui l'accompagne comprend beaucoup de musiciens qui ont l'habitude de travailler avec Edmondo dont le fidèle Alessandro Serri mais aussi Kim Schiffo, Ilaria Bruzzone ainsi qu'un certain Roberto Tiranti parmi les voix, un Roberto toujours aussi étonnant. Ecoutez la chanson "What I want to be" et dites à moi à quel timbre de voix, il vous fait penser. C'est assez bluffant.

On retrouve dans cet album une caractéristique qui apparaissait déjà de manière flagrante avec les deux précédents disques solo d'Edmondo Romano. En effet, le Génois s'affranchit de toute contrainte stylistique pour se permettre une totale liberté de création qui fait que d'un morceau à l'autre, on passe dans un univers musical complètement différent. Edmondo Romano peut se permettre ce genre d'acrobaties tant il maîtrise parfaitement les différents codes musicaux, qu'il s'agisse de courants et de mouvements comme le jazz, la musique contemporaine, le minimalisme, la M.E proche de Terry Riley, l'ambient ou encore de langages (musicaux) ethniques (balkans, Amérique du Sud, Orient et Extrême Orient) dont la forme la plus contemporaine, et la plus facile d'accès, reste la world music. 

Le résultat est d'une richesse folle et il faudrait des heures (et des pages) pour décortiquer chaque morceau. Ce n'est pas le but de cette modeste chronique qui n'est là que pour vous alerter sur cette sortie d'album et vous donner envie de l'écouter. Alors si vous êtes en quête d'une musique à la fois ambitieuse et dépaysante, totalement originale et nourrissante, cet album est fait pour vous. Pour rester dans le registre religieux (même si bon...je vais pas m'étaler sur mes convictions en la matière), ce disque s'écoute comme une messe. Si vous avez un doute, prenez le temps de savourer "in estasi" et "il colore del mio corpo", deux morceaux qui s'écoutent dans un état de total recueillement. Mais ne croyez quand même pas que l'on est dans le contemplatif extrême. Le déjà cité "What I want to be", la deuxième partie d"Agape" (magnifique !), l'insaisissable "La seduzione" et surtout "l'urlo eliso" devraient finir de vous convaincre de la grande beauté mais aussi du caractère indispensable de cet album. Une œuvre rare, tant par sa richesse que pas sa qualité intrinsèque, qui doit absolument trouver son public du fait de son caractère inclassable. Je compte sur vous !

Les musiciens :

Edmondo Romano: saxophones soprano et sopranino, clarinettes en si majeur, en do et en mi majeur, clarinette basse, duduk, chalumeau, low whistle, kanjira, claviers, programmations
Voix : Simona Fasano, Karin Selva, Giulia Beatini, Roberto Tiranti, Paola Cialdella, Vera Marenco, Lydia Giordano, Egle Doria, Silvia Napoletano, Edmondo Romano, Yoko Hanzai (narrateur sur 9)
Tina Omerzo: piano
Luca Falomi: guitare électrique
Alessandro Serri: guitare classique, basse acoustique
Roberto Piga, Teresa Valena: violons
Ilaria Bruzzone: violon alto
Kim Schiffo: violoncelle
Riccardo Barbera: contrebasse
Rodolfo Cervetto: batterie
Olmo Manzano: Percussions
 

La Tracklist :

01 - La creazione (4.07)
02 - Il sacrificio (2.16)
03 - What I want to be (7.27)
04 - In estasi (2.41)
05 - Agape (6.23)
06 - Il colore del mio corpo (3.20)
07 - La seduzione (3.38)
08 - Le tourment (3.44)
09 - Nel mio andarmene (4.06)
10 - La parola IO (4.30)
11 - La scelta (3.26)
12 - Ritus (5.08)
13 - L’urlo eliso (2.41)  

Çà vient de sorti chez Visage Records et c'est distribué par Egea Music.









dimanche 19 septembre 2021

The Trip : Caronte 50 Years Later (recensione in italiano)

Per comprendere appieno cosa sia realmente questo album e cosa rappresenti, dobbiamo tornare indietro di qualche anno. Dopo il concerto dei The Trip nel 2012 ad Alassio in omaggio ai due scomparsi del gruppo, Wegg Arvid Andersen e Billy Gray, il tastierista e frontman dei The Trip, Joe Vescovi, ha dato il soprannome di "Caronte" a Pino Sinnone, il primo batterista del gruppo.
Qualche tempo dopo, sentendo avvicinarsi la fine, le fece promettere di continuare a dare vita alla musica di The Trip. Joe Vescovi purtroppo è partito il 28 novembre 2014 ed è stata una grande perdita per il prog italiano. Pino si mise allora all'opera con coraggio quando aveva già settantatré anni. Ha creato una prima formazione nel 2015, The New Trip. poi dopo alcune prove ed errori e diversi tentativi, è finalmente arrivato a quello che considerava il gruppo di musicisti giusto per mantenere la sua promessa: garantire una serie di concerti di supporto e registrare un album di cover dei The Trip. Fatto. Caronte 50 anni dopo è stato rilasciato il 14 luglio 2021.
Vuoi il verdetto adesso? Ve lo regalo: Pino è riuscito nella sua missione oltre le aspettative. Questo disco è un miracolo. Non credo che ci sia compiacimento lì dentro. Conosco a memoria tutti i brani di The Trip, ascoltati centinaia di volte. Ho visto e sentito il gruppo sul palco in varie configurazioni e posso dirvi che anche senza Joe, senza Billy, senza Wegg, questa formazione vale mille volte meglio di un semplice qualificatore di tribute band o quant'altro dispregiativo. . Come mai ? Perché al di là dell'esecuzione tecnica (torneremo su questo), l'anima di The Trip è presente in questo disco come sul palco, l'ultimo concerto fino ad oggi al festival 2 Days Prog + 1 essendo stato sotto questo aspetto un grande momento. Quando The Trip attacca "Caronte" in concerto, ci sono almeno due persone che sentono l'elettricità attraversare tutto il loro corpo, Marina Montobbio e il sottoscritto. E durante la performance del 4 settembre, ha funzionato davvero bene!
Pino si è circondato di un gruppo di giovani musicisti che fanno molto meglio che essere irreprensibili, incarnano davvero The Trip oggi. Carmine Capasso, lo conoscevamo già. Nessun problema. Da diversi anni è anche collaboratore abituale dei Samurai of Prog. Ranfa alla voce, era più che ovvio. Questo è il massimo per questo lavoro. Ma gli altri due membri reclutati da Pino sono tutte perle, a cominciare da Andrea D'Avino che non ha un ruolo facilissimo (in sostituzione di Joe Vescovi alle tastiere!) eppure è francamente stupendo all'organo Hammond. . Infine Tony Alemanno è una grande scoperta, un bassista solido ed efficiente che ha capito il modo di suonare di Wegg.
Va detto e affermato, questo album è intelligente e ben fatto. Riprende i brani di Caronte (l'album del 1971) in ordine e in perfetta esecuzione, con nervi, muscoli e cuore. Ma include anche un brano composto appositamente per l'occasione da Carmine Capasso. Questo titolo, "Acheronte", costituisce un'introduzione perfettamente in linea con il resto. Alla fine dell'album, Pino decise di aggiungere l'enorme, mostruosa "Una Pietra Colorata", tratta dal primissimo disco del gruppo, e "Fantasia", brano ascoltato solo nel film Avventura a Montecarlo che ben meritava. . In queste ultime due tracce è Kri, il figlio di Pino, a guidare una forma di passaggio di consegne andata in scena anche durante il concerto di Revislate, Pino che fa per l'occasione un discorso carico di emozioni.
Al di là dell'evidente successo di questo progetto, spero che le persone scoprano nel 2021, attraverso questo album, le tante pepite che The Trip ha suonato cinquant'anni fa! Sarebbe ancora più bello del sogno di Joe Vescovi.
Per finire: un pensiero profondo per Joe e due parole per Pino: Bravo & Grazie!.
 
La tracklist:
 
1. Acheronte (Capasso)
2. Caronte I (Vescovi)
3. Due fratelli (Vescovi-Gray)
4. La piccola Janie (Vescovi-Grigio)
5. The Ultima Ora e Ode a Jimi Hendrix (Vescovi-Gray)
6. Caronte II (Vescovi)
7. Una Pietra Colorata (Vescovi-Sinnone)
8. Fantasia (Vescovi-Sinnone)
 
Il gruppo: Andrea Ranfa (voce solista), Carmine Capasso (chitarre, sitar, theremin, programmazione, voce), Andrea "Dave" D'Avino (organo Hammond, pianoforte, cori), Tony Alemanno (basso, cori), Pino Sinnone (batteria) + Kri Sinnone (batteria su 7 e 8)

lundi 18 novembre 2019

Officina F.lli Seravalle : l'intervista


 Per una volta, l’intervista prima in italiano !

Intervista con Alessandro Seravalle.

Ciao Alessandro, prima di tutto, cosa è successo tra la fine dei Garden Wall e l’inizio di questo nuovo progetto chiamato Officina F.lli Seravalle? Per I nostri lettori, dobbiamo specificare che I Garden Wall sono ancora a otto albums in più di venti anni.
Molte cose sono successe amico mio.  Prima di tutto voglio dirti che i Garden Wall non si sono sciolti, diciamo che ci stiamo prendendo una lunga pausa, siamo in attesa…il nono album, che sarà intitolato “Psicomachie”, è pressocchè pronto quindi un giorno lo finiremo. Ma, di nuovo su cosa è accaduto…in questi anni ho pubblicato un paio di Cd con il nome Genoma (il primo è un doppio album condiviso con un altro progetto intitolato λòγoς, il secondo si chiama “Silenzioso”), si tratta di roba elettronica, alle volte molto noisy, altre volte minimale. Ho inoltre pubblicato due cd con il mio nome…ancora una volta ma questa volta meno eterogenea, più focalizzata sul timbro (ciò che in tedesco è detto “Klangfarben”, la giusta espressione per la cosa), nel primo, intitolato “Morfocreazioni I-V”, ho usato principalmente la chitarra ed è la cosa più noise che io abbia mai fatto, il secondo è intitolato “Spielräume” ed è un concept album elettronico basato sul fatto che in alcune lingue (non in italiano comunque), tedesco e inglese ad esempio, “to play” (o spielen in tedesco) ha tre diversi significati: ha a che fare con la musica (“suonare” uno strumento, to play an instrument), con i giochi (“giocare”, to play a game) e con il teatro (“recitare”, to play a role). Inoltre ho dato il via ad altri progetti: Schwingungen 77 Entertainment (un Cd per l’etichetta d’avanguardia Setola di maiale chiamato “Act I: notes in freedom”) è un “trio di chitarre deliranti” con altri due grandi chitarristi, Andrea Massaria ed Enrico Merlin ispirato dal futurismo italiano; James Frederick Willetts è un quartetto, ancora Andrea Massaria al mio fianco assieme a mio fratello Gianpietro e al filosofo Raoul Kirchmayr. È il disco più politico che io abbia sin qui realizzato (ci sono dei testi in francese amico mio…Raoul ha lavorato all’Università di Parigi per qualche tempo in quanto è un grande esperto delle filosofie di Sartre e Merleau-Ponty). Altri progetti non hanno raggiunto il traguardo discografico e tuttavia sono stati improtanti in questi anni (Agrapha Dogmata, con il violoncellista Mariano Bulligan, il batterista Ermes Ghirardini, la ballerina Laura Della Longa e l’artista visuale Luigina Tusini; SeTe, un progetto col multistrumentista modenese carlo Sebastiano Tedeschi, dateci un ascolto su Bandcamp e Bonsoir Trio, con il bassista Mauro Bon e il chitarrista Tony Longheu devono sicuramente essere citati).

Concentriamoci sul nome di questa nuova band e anche sul titolo di questo album (anche se c’è una nota esplicativa sul libretto di Tajs!). Puoi spiegarci queste scelte?
Innanzitutto perché “Officina”, diamo un’occhiata al dizionario…Officina: in latino classico “bottega, fabbrica, laboratorio”, contrazione di opificina, da opifex, ficis “operaio, lavoratore, costruttore, artefice”. Sembra che il nostro fuoco sia sul fare, sperimentare, agire nel reale…ma naturalmente non c’è un fare di qualche interesse senza una solida riflessione su cosa fai (emerge il mio retroterra filosofico!). Officina è il luogo in cui le mie visione musicali e quelle di mio fratello si uniscono, la mia ricerca timbrica si fonde con i groove contagiosi forniti da mio fratello…la cosa divertente è che, alla fine, non si è in grado di discernere chi fa cosa dal momento che tutto è così intrecciato. È musica per il corpo e per la mente con un sapore fortemente psichedelico. La chiamiamo musica officinalis e proprio come le piante officinali si suppone che porti con sé qualche effetto terapeutico. La musica è ha sempre costituito il modo che ho trovato per curarmi, per lavar via le mie oaure e i miei fantasmi, è una sorta di cura contro gli effetti logoranti della vita di tutti i giorni. Circa il titolo: Taj significa “taglio” in friulano. Il tagliare ha a che vedere, ancora una volta, con il curare (il taglio del chirurgo), con il prendersi cura (la madre che taglio il cibo in pezzettini per il suo bambino), con lo stile (il sarto o il cineasta), con il marcare una linea di divisione, con il dare forma a qualcosa (il taglio delle pietre preziose, ad esempio) o con il cancellare qualcosa. Un sacco di significati! Ma taj, in una maniera più prosaica, nella nostra piccola regione all’estremo nord-est dell’Italia significa anche “bicchiere di vino”, l’idea è balenata a mio fratello mentre stavamo bevendo del vino da qualche parte, poi ho pensato a tutti i significati prima citati.

Perchè questo evidentissimo cambiamento di stile rispetto ai Garden Wall?
Sono profondamente convinto che la musica progressiva dovrebbe…progredire! Rimanere bloccati in una posizione acquisita è qualcosa che, come artista, mi spaventa veramente! Cercare sentieri diversi, rimanere in costante movimento dona vita alla musica altrimenti condannata alla sterilità> Essere “progressive” ai nostri giorni è qualcosa di molto lontano dall’imitare lo stile dei Genesis o di altre bands, secondo me questo è un problema enorme della musica progressiva. Purtroppo un sacco di progsters desiderano semplicemente riascoltare la stessa cosa più e più volte, è rassicurante! Ma l’arte non può essere rassicurante! L’arte deve stimolare, deve far pensare le persone, deve persino pungolare! Gli stessi Garden Wall hanno sempre provato di attraversare diverse strade. Principium, il nostro primo album risalente al 1993, è lontano anni-luce da Assurdo, l’utlimo lavoro del 2011. Si potrebbe pensare che sitratti di due distinti gruppi! Credo che l’elettronica dia la possibilità di sperimentare, in particolare se, come me, si sia interessati al timbro, sicché è stato abbastanza naturale muovermi in quella direzione. Anche il mio approccio alla chitarra è cambiato completamente (credo che avrei grossi problemi a suonare oggi il vecchio materiale dei Garden Wall dal momento che non suono più in quel modo). La maggior parte delle volte voglio che la chitarra non suoni come una chitarra (molti suoni bizzarri su Tajs! sono fatti con la chitarra ma non potresti mai dirlo). Ottengo questa cosa sia con approcci non convenzionali sullo strumento (suonandolo con coltelli, pietre, ventilatori e altri oggetti) e con un uso esteso di pedali (in particolare non quelli tradizionali dei chitarristi…cerco pedali strani le cui risposte siano almeno in parte imprevedibili e reagisco ai suoni che ne escono in tempo reale…è qui percepibile una specie di influenza della cosidetta creative music della scena avant-jazz chicagoana…adoro Anthony Braxton ad esempio tanto da avergli dedicato una composizione sul secondo album di Genoma intitolato “Toni di ottoni”, un gioco di parole se capisci l’italiano). La mia opionione è che la musica progressiva non sia un genere ma un certo tipo di attitudine. Se si rimane immobili nelle proprie posizioni non si può dire di fare musica progressiva…un giorno le mie idee finiranno, e quello sarà il giorno in cui abbandonerò il fare musica.

Come definiresti il tuo stile musicale, con quali riferimenti, che genere di vicinanze?
Definire la musica è sempre piuttosto difficile. Officina F.lli Seravalle è veramente un calderone nel quale le influenze più diverse e tendenzialmente inconscie reagiscono assieme. C’è l’avant-jazz (alcune cose sono improvvisate), il rock progressivo, momenti dark-ambient ma anche la deep-house, la techno l’avanguardia elettronica. La cosa importante è che tutti questi “stili” (ho sicuramente dimenticato qualcosa) passa attraverso la “lente deformante delle nostre menti”, così ciò che è percepibile, il “fenomeno”, la musica che puoi realmente udire non è alcuno degli stili succitati. Mio fratello ha coniato l’espressione “psichedelia 3.0”, ho parlato prima di “musica officinalis”…per cui puoi usare una di queste due formule e tuttavia esse dicono tutte e niente. Prima di rispondere alla tua prossima domanda voglio citare un msucista che sia io che mio fratello amiamo e che è in apparenza agli antipodi di quello che facciamo ma, in realtà, è una grossa influenza: il sognor Phil Collins!

La musica dei fratelli Seravalle è più avanguardia o esplorazione musicale?
Immagino entrambe. Avanguardia è termine che esce da un contesto militare. Sicché sì, combattiamo una sorta di guerra contro quella che chiamo “Mcdonaldizzazione della musica”. I movimenti dell’avanguardia storica sono stati spesso coinvolti nella politica (si pensi al grande musicista veneziano Luigi Nono e alla sue battaglie politiche), nel nuovo disco ci sono alcuni riferimenti espliciti (il discorso di Bettino Craxi al Parlamento italiano o il monologo tratto da 1984 di George Orwell). Da questo punto di vista la mia posizione è prossima a quella del filosofo francese Michel Foucault. La sua critica della società moderna è tutt’ora così attuale nonostante egli sia morto nel 1984 (una coincidenza?). La sua idea di una microfisica del potere è una specie di faro nelle mie posizioni politiche (su un piano maggiormente “cosmologico” le mie convinzioni più profonde pagano un debito al magnifico Emil Cioran la cui filosofia è sempre in prima linea, anche in Tajs!). ma anche l’espressione “esplorazione musicale” che hai usato è in linea con le cose che facciamo. Esplorare ha realmente a che fare con l’aprire nuove vie, andare da qualche parte fuori per poi “rimpatriare” (di nuovo un termine preso da un filosofo francese, Jacques Derrida questa volta) e dare forma ha ciò che hai trovato là fuori.

Avete piazzato “Danzatori di nebbia” in prima posizione, è stato un fatto voluto? Perché è forse la traccia più anticonformista dell’album.
La tracklist è stata scelta da mio fratello (ho sempre avuto fastidi nel decidere le tracklist), Ritengo che alla fine si sia rivelata una buona scelta. Si tratta dell’unica composizione cantata (il cantante è il fantastico Claudio Milano che è anche l’autore del testo) e attacca al giusto modo con questa nota molto profonda del sintetizzatore and l’organo che si innalza fino alle regioni più alte del suo registro (in effetti il suono organistico è stato ottenuto con la chitarra, si parlava in precedenza del mio approccio allo strumento teso a farlo suonare “non come una chitarra”).

Le parti parlate sono state scelte per ragioni estetiche o hanno un senso preciso?
Tutte giocano un ruolo molto importante. Nel caso di “Vuoto politico” le parole di Bettino Craxi (al tempo uno degli uomini più potent della politica italiana, fu Primo Ministro e capo del partito socialista) sono notevolmente impressionanti dal momento che il suo j’accuse viene direttamente dalla stanza dei bottoni del potere politico italiano. Egli racconta di come la corruzione fosse (e lo è tuttora) al cuore del “sistema Italia”, fu costretto a fuggire in Tunisia per evitare il carcere ma rivelò di non essere l’unico colpevole, tutto il sistema politico italiano era colpito. L’azione della Magistratura fu sicuramente buona nelle intenzioni ma creò spazio per la pericolosa, scoraggiante e detestabile deriva verso una nuova forma di fascismo che purtroppo viviamo attualmente nel nostro paese. Il monologo incluso in “Distopia” è tratto dal capolavoro di George Orwell “1984”. Quando Orwell scrisse il suo romanzo distopico il suo obbiettivo era il sentiero dittatoriale che il comunismo aveva intrapreso; io e mio fratello siamo ben sicuri che le sue parole potrebbero facilmente essere applicate (e immagino che Orwell sarebbe d’accordo) alla terribile “dittatura del pensiero unico” che è il turbocapitalismo neoliberista. Si dice che viviamo nel mondo della “fine delle ideologie”, ma non è assolutamente così! Mai nella sua storia l’umanità è stata guidata da un’unica, pervasiva e schiavizzante ideologia come questa! “Bewusstsein als Verhängnis” (che significa “la coscienza come fatalità”, è il titolo di un libro di Alfred Seidel) è contraddistinto da una serie di frasi di Emil Cioran come “meglio essere un animale che un uomo, un insetto che un animale, una pianta che un insetto, e così via. La salvezza? Tutto ciò che assotiglia il regno della coscienza e ne compromette la supremazia” oppure “la coscienza è l’incubo della natura” o ancora (e questa è piuttosto decisiva) “la coscienza è molto più della spina, è il pugnale nella carne. Cioran è il pensatore definitivo per me, la sua visone del mondo è la mia! Ha cambiato la mia vita, mi ha in qualche modo detto “non sei solo”, come Guido Ceronetti (l’altro faro per me) ebbe modo di affermare “leggerlo è avvertire la presenza di una mano tesa, afferrare una corda gettata senza timidezza, avere alla propria portata una medicina non sospetta”.

“NYC subway late at night” è un pezzo più convenzionale, più orientato al free jazz. Ti sorprendi se ti dico che è quello che preferisco?
Questa composizione è di mio fratello Gianpietro, ha scritto la cosa di ritorno da un viaggio a New York. Rimase affascinato dai sassofonisti che suonavano a notte fonda nelle stazione della metropolitana vuote, quindi ha cercato di ricreare le sensazioni provate mentre si muoveva attraverso New York usando la metropolitana a tarda notte> L’assolo di sassofono contralto è suonato da Clarissa Durizzotto (davvero fantastica e sono certo che lavoreremo ancora assieme in futuro). Devo confessarti che non suono una singola nota in quella composizione, mio fratello mi chiese di aggiungere delle chitarre ma sentivo che la cosa suonava alla grande così com’era e dunque ho deciso di non suonarci. Un buon musicista è in grado di comprendere se un suo intervento possa portare la canzone a un livello superiore oppure no. Inutile suonare su “NYC subway late at night”. Era semplicemente perfetta!

Il fatto di lavorare in un contesto famigliare (Alessandro e Gianpietro sono fratelli) è un vantaggio o può anche creare tensioni?
Immagino sia un vantaggio ma, ovviemente, dipende dalla relazione che hai costruito con un parente nel passato. In effetti non ho mai avuto problemi particolari con mio fratello…ci incontriamo piuttosto spesso e la nostra relazione è basata sulla stima reciproca. So che fantastico musicista lui sia, il suo modo di costruire i grooves è semplicemente grandioso e. soprattutto, come me, è interessato a sviluppare idee originali. D’altra parte sento la sua srtima per me. Questo ci dà l’opportunità di fare musica in completa libertà. Ognuno aggiunge le sue idee, lavoro sulle composizioni sapendo che il suo lavoro sarà apprezzato e non c’è praticamente censura. Naturalmente discutiamo delle diverse soluzioni e delle differenti strade che possiamo intraprendere ma davvero in un’atmosfera molto serena. SEgliamo persino I quadri di mio padre per le copertine assieme. Quindi…lunga vita all’Officina!

Officina F.lli Seravalle è una band destinata ad esibirsi su un palco?
Questo è probabilmente il punto su cui discutiamo maggiormente. Non vogliamo esibirci nel classico modo “frontale”…sai, gente sul palco che suona strumenti e il pubblico di fronte a loro ad ascoltare. La nostra idea è cercare di mettere in piedi una specie di Gesamtkunstwerk (“opera d’arte totale”) come Richard Wagner chiamava un tentativo siffatto. Ci piacerebbe che la nostra musica fosse inserita in un contesto più ampio che includa danza (collaboro con una fantastica ballerina e coreografa nel succitato progetto Agrapha Dogmata), azione teatrale (magari con proiezioni sui corpi degli attori), visuals, perché no? persino profumi e così via…non vogliamo stare sul palco, preferiremmo essere tra il pubblico guardando e ascoltando l’azione globale (il termine “spettacolo” è in qualche modo contagiato da ciò che Guy Debord, di nuovo influenze da pensatori francesi, etichettava appunto come “la società dello spettacolo”…questa citazione è illuminante: «Lo spettacolo è il capitale arrivato a un grado tale di axccumulazione da diventare immagine. LO spettacolo non è un insieme di immagini, ma un rapporto sociale tra le persone, mediato dalle immagini»). Quando ero giovane volevo affermare me stesso, essere conosciuto, condurre una vita da “rockstar”. Adesso il concetto di “rockstar” è quanto odio di più, volgio essere lasciato in pace e lasciare che sia la mia musica a parlare….credo sia lo stesso per mio fratello. Immagino che la “musica d’avanguardia” (qualunque cosa questa espressione significhi) sia in qualche modo correlata alla “resistenza” al capitalismo neoliberista e ai suoi effetti sulle abnormi diseguaglianze che porta con sé (secondo studi recenti 26 persone (!!!) possiedono la ricchezza di 3,5 miliardi delle persone più povere della Terra!).

Quali sono i tuoi prossimi piani artistici?
Al momento Officina F.lli Seravalle è il mio progetto principale, quindi io e mio fratello lavoreremo sul terzo cd…abbiamo alcune idee su cui lavorare ma non c’è assolutamente fretta. Non abbiamo obblighi contrattuali (voglio esprimere il mio pieno apprezzamento per Lizard records e per il suo capo Loris Furlan…la nostra relazione è basata sull’amicizia, abitiamo a circa 100 chilometri di distanza e cerchiamo di incontrarci ogni volta che possiamo…in particolare davanti a qualcosa di buono da mangiare e da bere!) per cui possiamo prenderci il nostro tempo! Di recente ha dato il via a un progetto con Gianni Venturi, un magnifico performer di Bologna, chiamato Qohelet. Il nome del progetto è tratto dallo straordinario libro incluso nella Bibbia la cui citazione più celebre è «nihil sub sole novi», “niente di nuovo sotto il sole”. Alcuni considerano Cioran come “il nuovo Qohelet”, ed ecco perché sia io che Gianni amiamo quel libro così tanto! Cioran stesso disse che nel Qohelet c’è già tutto. Sono sempre aperto a colaborazioni stimolanti quindi, chissà…forse inizierò qualche altra cosa. Vorrei fare qualcosa con il grande poeta Nicola Vacca, ne abbiamo parlato, quindi vediamo cosa nasce…ovviamente un altro obiettivo  è completare il nono album dei Garden Wall, spero di riuscirci.


http://www.lizardrecords.it/officina-f-lli-seravalle-tajs/






jeudi 1 septembre 2022

Spécial Edmondo Romano


Le génois Edmondo Romano est un homme discret et un musicien que l'on connaît sans le savoir. Car ce multi instrumentiste particulièrement doué, spécialiste des instruments à vent (clarinettes, saxophones, flûtes, chalumeau...), est quelqu'un de très demandé. Qu'on en juge : il a participé à cent quarante disques et a joué pour de nombreux musiciens et groupes connus : les New Trolls, Picchio Dal Pozzo, Vittorio De Scalzi seul, Ares Tavolazzi ex Area), Mauro Pagani et même la PFM. Il a aussi fait partie de plusieurs formations de prog italien, et pas des moindres: d'abord Eris Pluvia à la fin des années quatre vingt (l'album Rings of Earthly Light en 1991) puis The Ancient Veil de 1995 à aujourd'hui (albums Ancient Veil, I am changing, New, Rings of earthly...live, Unplugged ...live), deux groupes qu'il a co-créé et dont le nom parlent aux amateurs de RPI. Mais il a aussi participé à beaucoup d'autres projets et albums dont plusieurs concernent Höstsonaten, une des formations menées par Fabio Zuffanti, qui au moins à ses débuts était très proche stylistiquement parlant d'Eris pluvia justement. Edmondo Romano est présent sur les albums Mirrorgames (1998),  Springsong (2002), Wintertrough (2008), Autumnsymphony (2009) ainsi que sur Merlin : The Rock Opera publié en 2000 sous le seul nom de Fabio Zuffanti.

Ce que l'on sait encore moins, c'est qu'Edmondo Romano a sorti deux albums solo qui lui permettent de démontrer toute l'étendue de son talent comme instrumentiste bien sûr mais aussi comme compositeur. Il est à chaque fois accompagné de musiciens de son niveau. Difficile de tous les citer, mais enfin on trouve quand même des pointures comme Gianfranco Di Franco (Franco Battiato, Franco Micalizzi), Ares Tavolazzi(ex Area), Arturo Stalteri (Pierrot Lunaire), Marco Fadda (Alan Simon, Excalibur), Kim Schiffo entre autres !

En marge du rock progressif, ces deux albums sont les reflets de ses aspirations les plus intimes avec à chaque fois une facette différente de l'artiste. Sonno Eliso (2012) baigne nettement dans des ambiances qui évoquent régulièrement les divers idiomes musicaux du bassin méditerranéen, côté Italie du sud et ses pourtours bien sûr mais Edmondo va aussi chercher ses influences un peu plus loin jusqu'à importer des évocations subtiles des Balkans ou même un air traditionnel de Turquie ("Preghiera"). Les compositions sont construites sur des structures solides rappelant soit une forme adaptée de musique de chambre (avec un nombre réduit d'instruments à vent et à cordes), soit (plus rarement) un jazz très doux, mêlant à chaque fois intimement une multitude d'éléments de folklore ethnique (tons, gammes, mélodies, rythmes) pour un résultat d'une richesse incroyable. Missive Archetipe (2014) garde le côté acoustique de son prédécesseur mais se révèle très vite beaucoup plus proche d'une forme de musique de chambre moderne (qui était déjà présente dans Sonno Eliso mais moins mise en avant), avec quelques incursions dans le R.I.O. ("Il giardino degli animali eterni"), même si la présence de Mare nostrum reste en permanence prégnante. Ce deuxième album est aussi l'occasion pour Edmondo d'ajouter quelques touches de voix féminines dont l’utilisation est tout simplement sublime entre féérie onirique ("Ahava"), murmures mystiques (" Di questo amore morite") et chant profane médieval (le début et la fin de "Vestire la tua pelle").

Mais que l'on écoute Sonno Eliso ou Missive Archetipe, on remarque à chaque fois la place laissée à la beauté des mélodies avec très souvent des interprétations recueillies, souvent introspectives, parfois lancinantes, jamais démonstratives. On comprend qu' Edmondo a ces thèmes musicaux en lui et qu'ils sortent naturellement de son subconscient pour prendre forme. Ce qui se révèle de sa musique est une forme de beauté naturelle, immanente qui s'apparente à une lumière que l'on ressentirait plus que l'on verrait, une perception d'ondes bienveillantes et rassurantes. Tout est doux, léger mais néanmoins profond. Il y a surtout une majorité de compositions complexes, fouillées et pourtant étonnamment fluides. 

Ma préférence va à Missive Archetipe, non pas que Sonno Eliso démérite bien au contraire (je pense aux émouvants et envoutants "Canto di lei" et "Nadi" par exemple mais aussi à "Sonno Eliso"), mais je crois que Missive Archetipe est encore supérieur autant par l'intensité tout en retenue de ses compositions que par sa capacité à transporter l'auditeur dans l'univers musical très personnel (j'allais écrire "privé") d'Edmondo justement. Je range Missive Archetipe à côté des meilleurs disques de Gatto Marte, Julverne, Univers Zero, Present et encore Aranis, c'est dire. Cet album est d'une beauté inouïe ("Petali di carne", "Questa Terra", "Massive Archetipe") tout au long des 43 minutes qui passent comme un rêve éveillé. Comment un chef d’œuvre de ce calibre peut-il être resté aussi (longtemps) méconnu ? 

Je me permets donc de vous conseiller de rattraper un retard bien excusable. il n'est jamais trop tard quand il s'agit de découvrir des gemmes de ce niveau.

Sonno Eliso

Missive Archetype

Tracklists des deux albums (vous pouvez écouter chaque titre en cliquant dessus) :

Sonno Eliso

1

 

Sonno eliso

2

 

Canto di lei

3

 

Preghiera

4

 

Corpo

5

 

Fiato

6

 

Intercessione

7

 

Rilucente

8

 

Canto di lui

9

 

Nadi

10

 

Trasfigurazione

11

 

Risucchio

12

 

Intelletto

13

 

Risonanza

Missive Archetipe

1

 

Petali di carne

2

 

Parabola

3

 

Carme

4

 

Ahava

5

 

Dato al mondo

6

 

Ninna Nanna

7

 

Il giardino degli animali eterni

8

 

Di questo amore morite

9

 

Diluvio

10

 

Questa Terra

11

 

Vestire la tua pelle

12

 

Missive Archetipe