samedi 17 juin 2023

Chardeau : Ombres & Lumières

C'est l'histoire d'un gars en France qui fait de la super musique avec des supers musiciens internationaux (le gratin on pourrait même dire) et dont personne ne parle (à part Didier Gonzalez dans Highlands Magazine). Méconnaissance ? Sans doute. Snobisme ? Je ne crois pas. Manque de culture ? Je n'espère pas ! Mélange des genres ? Probablement qu'une partie de la réponse est là. Car Chardeau, c'est autant jazz fusion, que prog, que pop, que rock, que chanson, que...Chardeau ! Pas facile à mettre dans une case puisqu'en France, on a la maladie de tout mettre dans des boîtes étiquetées. Tu rentres pas dans la boîte, tu veux faire le malin et passer d'une boîte à une autre, t'es mort !

Alors pourquoi, moi, je vous parle de Chardeau, et de son dernier album Ombres & Lumières, dans ce blog dédié au rock progressif italien ? Et bien pour trois raisons : d'abord Jean-Jacques Chardeau est un mec super sympa, ensuite (je l'ai déjà écrit) il fait de la super musique, enfin il y a une connexion avec le prog italien dans son dernier disque (vous allez comprendre bientôt).

Ombres & Lumières est la suite des aventures de l’Opéra Inter-Galactique Magical Mystery Man (Aka Chardeau lui-même) qui a fait l'objet d'un spectacle aussi démesuré que déjanté, présenté le 23 novembre 2019 à Plœmeur en Bretagne (oui Monsieur !) sous l'égide bienveillante d'Alan Simon avec une palanquée d'intervenants triés sur le volet : John van Eps, Michael Sadler, Jerry Goodman, John Helliwell, Christian Decamps, Francis Decamps, Kohann, Roberto Tiranti et Alan Simon bien sûr. Un truc de folie. 

Avec Ombres & Lumières, Chardeau fait encore plus fort à mon avis, et là je parle bien musique. Pour avoir bien écouté tout ce qu'il compose, joue, produit, je pense sincèrement qu'Ombres et Lumières est le meilleur album qu'il ait fait. Et çà commence dès "Donibane Lohitzun" que je rêverais d'entendre interprété par Corvus Corax dans une version pagan mais je vous rassure celle là est top, aux petits oignons je dirais même (je pense ici au travail incroyable sur les chœurs). Si je vous dis que je me la suis réécouté une dizaine de fois avant d'attaquer la deuxième piste, tellement c'était bon à entendre avec toujours chez Chardeau cette capacité à décoller sur le final ! J'avais pourtant intérêt à avancer car ce qui m'attendait derrière était du même niveau :
Le sublime "Eire" qui porte si bien son nom. Il faudrait mettre ce morceau comme générique du Festival Interceltique de Lorient tellement il est emblématique d'un rock celtique actuel (et là je sais de quoi je parle, gast!).
"Iceland and Fire" qui plonge carrément dans une forme de Rock in Opposition avant d'éclore magnifiquement pour une séquence rythmée en cha cha cha.
Le délicat et  romantique "Scandinavia" survolé, une fois encore, par le violon de Jerry Goodman. J'aime ce type de morceau où quand tu entends la musique, tu vois en même temps des paysages défiler et des ciels changer brusquement d'aspect (il y a aussi du jazz rock fusion dans ce morceau).
"Sur le Dam" où l'on retrouve le Chardeau onirique et charmeur.
"Over the Channel" qui s’inscrit dans la grande tradition de la pop anglaise ambitieuse, classicisante, et  orchestrée avec des chœurs incroyables à tomber par terre. Presque plus vrai que les références originales. 
"Belux Concerto" et sa sublime partition pour violoncelle, entre musique classique et musique de film, d'une beauté à couper le souffle.
"Swing Heil" dans un style jazz rock groovy qu'affectionne particulièrement Chardeau, un morceau à faire se déhancher un zombi.
"Tyrol Canon Snow Dance" qui, après une intro aux arrangements violons proches d'Electric Light Orchestra, vient titiller Peter Gabriel sur son terrain et d'atterrir en beauté sur un final très Beatles/Georges Martin. C'est dire si le monde de Chardeau est riche musicalement mais aussi en surprises.  
"Cliché Suisse" qui, comme souvent avec Chardeau, est une belle composition affublée d'un faux-nez. Mais enlevez les clochettes et tout ce qui relève du folklore helvète et vous aurez le reste, c'est à dire un superbe morceau de smooth jazz.
"Lisbon is dying" qui hésite entre les Moody Blues, Procol Harum et même Barclay James Harvest mais qui dans tous les cas, a un charme fou. 
"Reconquista" assez difficile à décrire mais qui vous scotche de bout en bout pendant plus de six minutes trente quand même. C'est écrit, joué et arrangé comme une musique de film avec de multiples rebondissements, de nombreux changements de rythmes et de climats, et çà marche, car c'est intelligemment pensé. C'est peut être çà le prog façon Chardeau, allez savoir ! 
Quant à "Seborga", il s'agit de se poser un moment car la piste est longue (11 mn 30) et ensuite car nous avons un rendez vous important en deuxième partie de ce titre. Pour le côté guide touristique, Seborga est une petite commune, située dans l'arrière pays Ligure à égale distance de Bordighera et de San Remo, avec plein de petites ruelles encaissées typiques des villages de cette région. La première partie du morceau se déroule sur un mode très contemplatif avec quelques accélérations judicieusement placées qui évitent un effet langueur (j'ai pas écrit longueur). Tout cela amène doucement mais sûrement l'auditeur à une deuxième section qui permet d'entendre une voix connue des fans de prog italien puisqu'il s'agit de Francesco Ciapica (Il Tempio delle Clessidre). Un chanteur italien avec une vraie voix de basse comme l’imaginait Chardeau avant d’enregistrer le morceau définitif. Et là, je peux vous dire que Francesco met le paquet. D'abord sur un mode mezzo, il se lâche ensuite formidablement au fur et à mesure que la fin du morceau avance. Content et fier d'avoir modestement contribué à faire entrer le rock progressif italien dans l'univers de Chardeau. 
Enfin "Edossa Fakelaki". La fin du voyage qui passe par la Grèce, ses bouzoukis et surtout ce folklore musical qui m'a toujours parlé comme s'il était inscrit dans nos gênes d'indo-européens. Chardeau en fait une espèce de danse virevoltante, entraînante et envoutante qui semble ne jamais vouloir finir.
Voilà, j'espère que je vous ai convaincu. En tout cas moi, je mets ce CD sur le haut de la pile pour un bon moment.

La Tracklist :

1 Donibane Lohitzue
2 Eire
3 Iceland & Fire
4 Scandinavia
5 Sur Le Dam
6 Over The Channel
7 Belux Concerto
8 Swing Heil
9 Tyrol Canon Snow Dance
10 Cliché Suisse
11 Lisbonne is Dying
12 Reconquista
13 Seborga
14 Edossa Fakelaki


La sortie officielle est prévue le 7 juillet 2023 avec le distributeur Cherry Red. Mais, j'ai mieux. Voici le site de Jean-Jacques, vous en profiterez pour découvrir en même temps  son univers aussi inclassable que fantasque :
Chardeau
Maintenant, c'est à vous de jouer !
 
Les musiciens :
Dans cet album vous retrouvez des intervenants prestigieux et d'autres moins connus mais tous "utilisés" au mieux de leur capacité, dont je vous ai mis la liste exhaustive ) à suivre. De toute façon, Chardau ne prend que les meilleurs !

- Claviers : Francis Décamps - Ange (5, 10), Bob Ramsey (6), Jeff Holmes (6, 7, 11, & Big Band 8), Guy Allison (12)
- Violons acoustique et électrique : Jerry Goodman - Mahavishnu Orchestra (2, 4, 5, 8, 13)
- Guitare acoustique, guimbarde, violon, violoncelle et mandoline : John McFee  - Doobie Brothers (2, 3, 5, 13)
- Sax : John Helliwell - Supertramp (8, 11, 12)
- Flûtes : Stéphane Guillaume (2, 5, 12)
- Trompette : Tom Bergeron (4, 9, 10, 12)
- Txistu & Xirula : Christophe Kutx (1)
- Violoncelle : Alan Weinstein (3, 4, 7, 9…) & MMM Orchestra
- Guitares : Hank Linderman (1), Jimmy Haun - Circa (4), Dave Gregory - XTC (12), John Jorgenson - Hellecasters (5, 8, 10, 13), Chris Pinnick - Chicago (6, 11), Mauro Cicozzi (2)
- Basses : Mark Andes - Spirit (5, 6, 9, 11, 13), Jason Scheff (1, 2, 8), Fifi Chayeb (4, 11), Nicolas Chelly (3, 10), Karim Rachedi (14)
- Batteries : Danny Seraphine - Chicago (1, 8), Pat Mastelotto - King Crimson (9, 12), Doane Perry - Jethro Tull (4), Mark Walker - Oregon (2, 3, 6, 11, 14)
- Percussions : Xavier Dessandre-Navarre (2, 5, 11, 13)
- Groupe Moreas (14) : Dimitri Mastrogioglou (bouzouki), Apostolos Moraitis (guitare), Costas Dourountzis (arrangement & programmation), Antoine Karacostas (enregistrement)
- MMM Orchestra : Emlyn Van Eps (violons), Alan Weinstein (violoncelle), Bruce Krasin (flûtes, clarinette & hautbois), Orlando Pandolfi (cor anglais)
- Swing Heil Big Band : Bruce Krasin (sax & flute), Tim Atherton (trombone), Jeff Holmes (trompette et piano)
- Voix & chœurs : Chardeau (1, 5, 8, 13), Christian & Tristan Décamps - Ange (8), Francesco Ciapica - Il Tempio delle Clessidre (13), Eric Troyer (6), Hank Linderman (11), Jeddrah Leiterding (2, 6, 9, 13), Eric Geisen (8)
- Chœurs Ascese (1) : Inigo Vilas, Fernando Boto, Anais Darguy, Isabelle Castillon.


Il Cerchio d'Oro : Pangea e le tre lune

Le 13 mai 2023, Pangea e le tre lune, le cinquième album du groupe Il Cerchio d'Oro est sorti chez Black Widow Records. Un drôle de parcours pour cette formation de Savona dont l’aventure a commencé en 1974 et qui a réellement émergée trente années plus tard en profitant du renouveau persistant du rock progressif italien. Son premier album marquant aura été Il Viaggio di Colombo qui m'avait à l'époque (en 2008) charmé. Depuis le groupe ligurien a fait beaucoup mieux avec Dedalo e Icaro en 2013, et surtout avec Il Fuoco Sotto la Cenere en 2017. Un rythme d'un album tous les cinq ans que la formation respecte à peu près avec ce nouveau disque qui est présenté comme un concept album dédié à la Pangée, cet énorme continent formé il y a à peu près trois cent millions d'années. Au passage, l'artwork a été réalisé par Armandi Mancini qui avant œuvré au début des années soixante dix pour des pochettes de The Trip, Il Rovescio della Medaglia, Raccomandata Ricevuta di Ritorno Quella Vecchia Locanda (1er album), The Trip ou encore Maurizio Monti. Il a également fait la couverture de l'album d'Il Giro Strano, Il pianeta della verità, pour la réédition 2021 par Black Widow Records.   

"Pangea" permet de retrouver immédiatement le Il Cerchio d'Oro que l'on aime. C'est fluide, çà coule, c'est mélodique et en même temps çà vous accroche et ne vous lâche pas pendant plus de huit minutes.L’équilibre est ici parfait en la chanson en elle-même et les parties instrumentales largement investies par les claviers de Franco Piccolini mais avec aussi déjà un Massimo Spica qui affirme sa présence à travers plusieurs chorus qui ont du caractère. C'est d'ailleurs lui qui a l’honneur d'ouvrir le titre suivant avec d'abord, un riff de six notes, simple mais efficace, répété à l'envie avant d’enchainer avec un long solo. Le chant de Piuccio Pradal n'intervient qu'à partir de la troisième minute avant de repartir sur une nouvelle séquence instrumentale poussée par la basse très en avant de Giuseppe Terribile. Le morceau à des accents space rock assez inhabituelles pour Il Cerchio d'Oro ( je parle ici de l'intro et la section finale instrumentale qui reprend l’ostinato de départ (E, E, D, B, D, E), mais ma foi, cela permet justement de découvrir une autre facette du groupe. 
Pour "Dialogo" Franco Piccolini délivre une superbe intro au synthé doublé d'un mellotron, rapidement rejoint par le revenant Donal Lax (Quella Vecchia Locanda) au violon. Quelle beauté dans cette ouverture à connotation symphonique prenant pour base une grille tonale celtique. C'est d'ailleurs pour cela que l'enchaînement avec la suite du morceau, résolument rock, surprend un peu. Gros solo d'orgue et riffs de guitare qui giclent bien avec en prime Donald Lax qui se met au diapason et Piuccio Pradal qui les rejoint pour poser sa voix dont le grain particulier est ici particulièrement approprié. Voilà, c'est çà le prog !
Quant à la magie du rock progressif italien, c'est juste après avec le superbe "Le tre lune". Une entrée en matière de rêve qui semble flotter dans l'air avec flute, arpèges à la guitare acoustique et chant à l'unisson par Pradal et les frères Terribile et c'est parti pour un long morceau épique qui alterne avec bonheur les cassures rythmiques et les variations de climat, le tout survolé par un Tolo Marton (Le Orme) dont le jeu blues rock est un vrai bonheur à entendre à chaque fois. Après le récitatif de Carlo Deprati, on bascule carrément dans le grandiose avec déjà une envolée de synthé magique signée Franco Piccolini, puis un pont instrumental tout en raffinement, et enfin on retrouve le trio de chœurs masculins pour un final qui termine dans une atmosphère quasiment de recueil.
Grosse sensation pour le morceau qui suit. "Dal nulla cosi" démarre par une énorme intro au synthé mise en relief par une frappe de batterie surpuissante de Gino Terribile. Avec la partie chantée qui déboule derrière, il est clair que ce titre est du Il Cerchio d'Oro pur jus. Un mélange de pop, de prog et de rock hyper mélodique pour une forme de morceau qu'affectionne particulièrement le groupe et dans laquelle il s'exprime pleinement. Au passage le solo de guitare électrique de Massimo Spica est vraiment chouette, d'une grande expressivité, entre lyrisme et virtuosité, avec juste derrière Franco qui vient mettre la touche finale au Moog. Superbe ! Ce n'est peut être pas ce que les musiciens d'Il Cerchio ont fait de plus original, mais c'est ce qu'ils font le mieux. Ce sont les meilleurs dans ce style.
Pour "E la vita inizio...", l'ambiance générale s'annonce d'emblée plus sombre. Le chant de Piuccio Pradal est d'ailleurs plus posé avec un ton carrément plus grave. Le milieu du morceau est marqué par l'apparition de Ricky Belloni (New Trolls) qui fait le show à la guitare électrique. Il fait bien reconnaître que son (court) solo est parfait dans un genre qui flirte avec le jazz fusion. Les deux dernières minutes sont pour Franco Piccolini qui se déploie sur ses différents claviers entre orgue et piano (dont les quelques notes m'évoquent le "Getzemani" de Latte e Miele).
Pour finir, et même si c'est un bonus, les vieux rockers dans l'âme d'Il Cerchio d'Oro se lâchent sur "Crisi", un gros hard rock des familles qui fait bien plaisir à entendre, et quand j'écris hard rock, on est en fait pas très loin du heavy métal à la Judas Priest (écoutez le solo de Massimo Spica si vous ne me croyez pas). C'est en fait l'orgue déchaîné de Franco Piccolini qui replace le morceau dans une ambiance Deep Purple/Rainbow. Merci pour ce sacré final inattendu les gars.  

Dans le prog italien, il y a les groupes anciens et plus récents dont j'apprécie avant tout la production musicale et que j'admire pour çà, et puis il y a les groupes que j'aime tout simplement car j'ai une affection particulière pour leurs musiciens et pour la personnalité que dégage la musique qu'ils jouent. C'est évidemment le cas d'Il Cerchio d'Oro.
Contrat rempli donc pour moi. J'attends maintenant le prochain album, si possible dans moins de cinq ans les gars (le temps passe un peu trop vite) !

Le groupe : Franco Piccolini (claviers), Piuccio Pradal (chant, guitare acoustique, chœurs), Gino Terribile (batterie, chant, chœurs); Giuseppe Terribile (basse, chant, chœurs), Massimo Spica (guitares)

Les invités : Ricky Belloni (guitare électrique), Donald Lax (violon), Tolo Maron (guitare électrique).

La Tracklist :

  1. Pangea
  2. Alla deriva
  3. Dialogo
  4. Le tre lune
  5. Dal nulla cosi
  6. E la vita inizio...
  7. Crisi (bonus)
     
Label : Black Widow Records
 

vendredi 16 juin 2023

Le Vele Di Oniride : La Quadratura del Cerchio (IT)

È sempre quando meno me lo aspetto che scopro una piccola meraviglia ben nascosta in mezzo a una pila di album da ascoltare. Sicuramente il prog italiano non finisce mai di stupire mentre altri gruppi girano in tondo ormai da qualche decennio. 
Per Le Vele Di Oniride la storia inizia per la prima volta nel 2006 con il gruppo Ellephant creato dal chitarrista Nello De Leo. Per diversi anni le composizioni subirono modifiche ed evoluzioni finché nel 2017 Nello decise che il periodo di gestazione era terminato e che questa musica era finalmente degna di apparire allo scoperto. Nascono le Vele Di Oniride. 
Come li potrei descrivere? Ricordate i F.E.M. con "Sulla Bolla Di Sapone" nel 2014 e "Mutazione" nel 2018, o ancora La Bocca della Verità nel 2016 con "Avenoth"? Ebbene, siamo nello stesso registro: un rock progressivo espressivo, carnoso, un po' oscuro che a volte incalza forte, eppure con fasi di respiro regolare, a volte onirico, a volte psichedelico, ma sempre di grande attualità nel soggetto. È così che devi immaginarti un brano come "Madri Di Niente, Figli Di Nessuno" che flirta con il doom e il dark prog, avvicinandosi anche per certi versi ai Deus Ex Machina. In ogni caso ne vien fuori un brano enorme che toglie il fiato con la sua intensità e la sua atmosfera pesante. Ascolta la lunga litania di cori spettrali al centro del brano... Per non parlare dell'organo furioso di Cristiano Costa, un vero assassino! La maturità di queste sette composizioni è sorprendente. "Sogni Infranti" installa il suono del gruppo in quello che sembra un sé intimo che si trasforma gradualmente in una maestosa sinfonia che acquista slancio e forza nel corso dei minuti, arrivando così alla parte cantata che fa scoprire la voce potente di Francesco Ronchi. "L'Illusione dell'Oblio" permette di cambiare marcia. È un pezzo pieno di contrasti che impone decisamente il gruppo tra i migliori del genere. Intelligente la sequenza con "Catarsi": scopriamo un gruppo che maneggia l'arte delle ballate dark ambient con una delicatezza che fa sognare. Il pezzo dura quasi otto minuti eppure il tempo scorre veloce, forse perché è appunto una canzone fuori dal tempo. Per inciso, la lunga sequenza strumentale, tra magnifico coro di chitarra e organo criptico, è da morire. Se "Apologia Di Reato" sembra fin dall'inizio più primitiva, in particolare la sezione basso/batteria che funziona come un vero e proprio rullo compressore, farete meglio ad aspettare la parte centrale spaziale e il finale in apoteosi per capire il brano. Con "Isolazione", la band torna a un formato-canzone che padroneggia alla perfezione: troviamo un riff di chitarra nell'intro che si può fischiare facilmente, delle strofe piene di emozione, un ritornello enfatico che fa subito decollare la canzone e un ponte molto neo-prog sul synth. In effetti tutto funziona bene ne Le Vele Di Oniride per una buona e semplice ragione: tutto è melodico. Questa traccia è semplicemente un potenziale successo. Come vi ho già ampiamente parlato di "Madri Di Niente, Figli Di Nessuno", andiamo direttamente al titolo finale. "Miraggi Remoti" parte pacato con un piccolo arpeggio di chitarra suonato in ostinato su un sottofondo di evanescenti synth pad. Il gruppo si muove tranquillo, con Francesco Ronchi che mette da solo nelle sue intonazioni l'intensità necessaria per dare rilievo al brano. Il brano in sè sembra in gran parte costruito attorno alla sua linea vocale. Il cambio avviene al quinto minuto con una fuga molto progressiva lanciata dalla chitarra elettrica rapidamente affiancata dalla batteria di Jacopo Cenesi che si occupa di accelerare il tempo e lanciare definitivamente questo magnifico volo prima di ritrovare la voce di Francesco Ronchi nella chiusa finale. 
La Quadratura del Cerchio è una bella sorpresa che non mi aspettavo. Eccoci di fronte a un prog oscuro, molto attraente, con le sue linee melodiche tese e le sue parti ritmiche variegate, servito da ritornelli di chitarra regolati al millimetro, tastiere prolisse ma mai stravaganti, e soprattutto una voce accattivante che impone il suo carisma contagioso e un'umanità che ti tocca.
Ancora una volta il prog italiano contemporaneo mi stupisce e giustifica tutto l'interesse e tutta l'attenzione che si deve dare a ciò che arriva da questo paese, decisamente fatto per portare la musica più bella che c'è. 
Il disco è stato pubblicato il 30 maggio 2023 dalla Lizard Records. 
 
La band: Francesco Ronchi (voce, cori), Nello De Leo (chitarre, synth, cori), Lorenzo Marani (basso), Jacopo Cenesi (batteria), Cristiano Costa (tastiere, synth, pianoforte) 
 
Tracklist:  
1. Sogni Infranti 
2. L'illusione di Oblio
3. Catarsi
4. Apologia Di Reato
5. Isolazione 
6. Madri di Niente, Figli di Nessuno 
7. Miraggi Remoti

mercredi 14 juin 2023

I Viaggi Di Madeleine : Tra Luce e Ombra (trad. It.)

 
Non sono sicuro di avere bei ricordi del primo album di questo gruppo, uscito nel 2019. Ma l'idea di dare una seconda possibilità a I Viaggi Di Madeleine è tanto più attuale in quanto, oltre a una mia legittima curiosità, la formazione leccese si presenta oggi con due soli componenti (il chitarrista Giuseppe Cascarano è intanto scomparso dalla circolazione) e con alcuni ospiti interessanti come rinforzi di cui ovviamente riparleremo proprio dopo questa presentazione generale.
Quindi si riparte per una nuova esperienza con I Viaggi Di Madeleine. E devo dire che l'apertura di "Migrazioni" è ancora molto rassicurante. E' uno strumentale che si bilancia non poco con un basso che schiaffeggia bene e soprattutto con un'onnipresenza di synth, Francesco Carella lega imperturbabilmente tutta una serie di riff e combinazioni che si incastrano benissimo. Senza rompere i mattoni, è ancora il tipo di inizio che ti dà fiducia. "Frequenze solari" conferma questa buona prima impressione con quello che deve essere definito un rock dallo swing irresistibile che Ian Gillan non negherebbe, con o senza Deep Purple peraltro, perché è proprio nello stile di predilezione che piace allo screamer inglese. La chitarra elettrica è tenuta da un musicista piuttosto famoso visto che si tratta comunque di Marco Ancona! Quanto al sax, è suonato da un maestro nella persona di Roberto Gagliardi. Questa seconda traccia è eccellente. Per il terzo round, il gruppo ha reclutato una leggenda del prog inglese, perché è proprio Richard Sinclair stesso a essere al basso e al canto (beh, alla voce per essere più precisi). Il pezzo con il suo oscillante swing jazz e l'atmosfera rilassata gli sta a pennello. L'inizio di Fender Rhodes è lusinghiero per l'orecchio. Ci divertiamo quindi molto con "Poker" che è più da prendere come un bel relax di cinque minuti, jodel compresi.
Bronx" potrebbe essere la controparte cupa della precedente "Poker". Anche qui il ritmo ha uno swing irresistibile ma si avverte un'atmosfera più pesante, presto confermata da un recitato decisamente inquietante, peraltro ammantato da sinistri lamenti. La seconda parte del titolo oscilla logicamente su una sequenza doom illuminata da un finale assolutamente magnifico all'organo (che suono!) con Francesco Carella che crea uno strato sonoro con un allucinato canto da predicatore. Con la quasi strumentale "L'ultima battaglia", siamo trasportati in un universo eroico-fantasy dalle sonorità medievali, il tutto abbastanza vicino allo stile di Nuova Era. Ancora una lunga sequenza centrale doomy viene a oscurare il pezzo ma, ancora una volta, mi piacciono i ritmi pulsanti che, nonostante la loro pesantezza, rimangono imperturbabilmente groovy e quindi fanno la differenza. "Androgino" costituisce un radicale cambiamento di umore. Poiché è una canzone triste, vicina alla disperazione, con un tempo lento con un basso che funge da struttura alla canzone e sintetizzatori utilizzati principalmente nell'accompagnamento di sottofondo. Il contrasto è di nuovo brutale con il brano successivo "Road Roller". Questa è una traccia ibrida tra rock spettinato e industrial destrutturato. È sia bizzarro che molto divertente. L'ospite di giornata, Pietro Sansonetti, non è da meno per il suo breve, ma incisivo, intervento alla chitarra elettrica.
Scrivere che "Nostalgia" abbia un nome appropriato è un eufemismo. Qui l'associazione Fender Rhodes/violino è di grande finezza. Per inciso, l'arco è tenuto da Francesco Del Prete e posso dirvi che è un grande momento e una vera performance prodotta dal nativo del Salento. Per capirsi bene, performance non significa necessariamente virtuosismo. Ascolta, capirai cosa intendo. Il pezzo sembra essere stato composto e realizzato per lui. "Nostalgia" è davvero un finale da sogno. Difficile sperare in meglio.
Con questo secondo album, il duo de I Viaggi Di Madeleine si inserisce definitivamente nel panorama del rock progressivo italiano con uno stile un po' a parte, a volte un po' eterogeneo, ma che merita tutto il nostro interesse.

I Viaggi Di Madeleine : Francesco Carella (chant, claviers, synthés, piano Fender Rhodes, basse, guitare acoustique), Giuseppe Quarta (batterie).

Ospiti : Richard Sinclair (3), Marco Ancona (2), Pietro Sansonetti (7), Francesco Del Prete (8), Roberto Gagliardi (2), Santi Spanna (4). 

Tracklist :

1 – Migrazioni 2 – Frequenze solari 3 – Poker 4 – Bronx 5 – L'ultima battaglia 6 – Androgino 7 – Road roller 8 – Nostalgie

mardi 13 juin 2023

I Viaggi Di Madeleine : Tra Luce e Ombra

Je ne suis pas sûr d'avoir gardé un grand souvenir  du premier album de ce groupe, sorti en 2019. Mais l'idée de donner une deuxième chance à I Viaggi Di Madeleine est d'autant plus pertinente que, en plus d'une légitime curiosité de ma part, la formation de Lecce se présente aujourd'hui avec seulement deux membres (le guitariste Giuseppe Cascarano a entre-temps disparu de la circulation) et avec quelques invités intéressants en renfort dont nous allons évidemment reparler juste après cette présentation générale..

C'est donc reparti pour une nouvelle expérience avec I Viaggi Di Madeleine. Et je dois dire que l'opener "Migrazioni" est quand même très rassurant. C'est un instrumental qui balance pas mal avec une basse qui claque bien et avec surtout une omniprésence des synthés, Francesco Carella enchaînant imperturbablement  toute une série de riffs et de combinaisons qui s'emboîtent réellement bien. Sans casser des briques, c'est quand même le genre de démarrage qui te mets en confiance. "Frequenze solari" confirme cette bonne première impression avec ce qu'il faut bien appeler un rock au swing irrésistible que ne renierait pas Ian Gillan, avec ou sans Deep Purple d'ailleurs, car c'est vraiment dans le style de prédilection qu'affectionne le screamer anglais. La guitare électrique est tenue par un musicien plutôt connu puisqu'il s'agit de Marco Ancona quand même !  Quant au saxo, il est joué par un maître en la personne de Roberto Gagliardi. Excellente cette deuxième piste. Pour le troisième round, le groupe a recruté un mythe du prog anglais, car c'est bien Richard Sinclair lui-même qui est à la basse et au chant (enfin aux vocaux pour être plus exact). Le morceau au swing jazzy chaloupé et à l'ambiance décontractée lui va comme un gant. L'entame au Fender Rhodes est flatteuse à l'oreille. On passe donc un très bon moment avec "Poker"qui est plus à prendre comme une détente sympa de cinq minutes, yodels compris. "Bronx" pourrait être le pendant sombre du précédent "Poker". Là aussi le rythme a un swing irrésistible mais on sent une atmosphère plus lourde, vite confirmée par un récitatif carrément inquiétant de surcroît ambiancé par des lamentos sinistres. La deuxième partie du titre bascule donc logiquement sur une séquence doom éclairée par un final à l'orgue absolument magnifique (quel son !), Francesco Carella en remettant une couche avec un chant de prêcheur halluciné. Avec le quasi instrumental "L'ultima battiglia", on est transporté dans un univers heroic-fantasy à consonance médiévale, le tout se rapprochant pas mal du style de Nuova Era. A nouveau, une longue séquence centrale doomy vient obscurcir le morceau mais, une fois encore, j'aime les rythmes impulsés qui, malgré leur lourdeur, restent imperturbablement groovy et qui font ainsi toute la différence. "Androgino" constitue un changement d'ambiance radicale. Puisqu’il s'agit d'une chanson triste, proche de la désespérance, au tempo lent avec une basse qui sert de structure au morceau et des synthés principalement utilisés en accompagnement de fond. Le contraste est à nouveau brutal avec la piste suivante "Road Roller". Il s'agit là d'un morceau hybride entre rock échevelé et indus déstructuré. C'est à la fois bizarroïde et très réjouissant. L'invité du jour, Pietro Sansonetti,  n'est pas en reste pour sa courte, mais incisive, intervention à la guitare électrique. Écrire que "Nostalgie" porte bien son nom est un euphémisme. Ici l'association Fender Rhodes/violon est d'une grande finesse. Au passage, l'archet est tenu par Francesco Del Prete et je peux vous dire que c'est un grand moment et une vraie performance que produit le natif de Salento. Pour que l'on se comprenne bien, performance ne veut pas dire obligatoirement virtuosité. Ecoutez, vous comprendrez ce que je veux dire. Le morceau semble avoir été composé et fait pour lui. "Nostalgie" est vraiment un final de rêve. Difficile d’espérer mieux.

Avec ce deuxième album, le duo d'I Viaggi Di Madeleine prend définitivement sa place dans le paysage du rock progressif italien avec un style bien à part, parfois un peu hétéroclite, mais qui mérite tout notre intérêt.

L'album sort le 21 juin chez M.P. & Records et est distribué par G.T. Music.         

Le groupe : Francesco Carella (chant, claviers, synthés, piano Fender Rhodes, basse, guitare acoustique), Giuseppe Quarta (batterie).

Invités : Richard Sinclair (basse, chant sur 3), Marco Ancona (guitare électrique sur 2), Pietro Sansonetti (guitare électrique sur 7), Francesco Del Prete (violon sur 8), Roberto Gagliardi (sax soprano sur 2), Santi Spanna (récitant sur 4). 

La tracklist :

1 – Migrazioni 2 – Frequenze solari 3 – Poker 4 – Bronx 5 – L'ultima battaglia 6 – Androgino 7 – Road roller 8 – Nostalgie

mardi 6 juin 2023

Le Vele Di Oniride : La Quadratura del Cerchio (FR)

C'est toujours quand je m'y attends le moins que je découvre une petite merveille bien cachée au milieu d'une pile d'albums à écouter. Décidément, le prog italien n'en finit pas d'étonner pendant que d’autres tournent en rond depuis quelques dizaines d'années maintenant.  

Pour Le Vele Di Oniride, l'histoire a commencé une première fois en 2006 avec le groupe Ellephant créé par le guitariste Nello De Leo. Pendant plusieurs années, les compositions ont subi des modifications et des évolutions jusqu'à ce qu'en 2017, Nello décide que la période de gestation était terminée et que cette musique était enfin digne d'apparaître au grand jour. Le Vele Di Oniride était né.  

Comment vous dire ? Vous vous rappelez F.E.M. avec Sulla Bolla Di Sapone en 2014 et Mutazione en 2018, ou encore La Bocca della Verità en 2016 avec Avenoth ? Et bien nous sommes dans le même registre : un rock progressif expressif, charnu, plutôt sombre qui appuie fort à l'occasion, avec pourtant régulièrement des phases de respirations, parfois oniriques, parfois psychédéliques, mais avec toujours une grande pertinence dans le propos. C'est comme cela qu'il vous faudra appréhender un morceau comme "Madi Di Niente, Figli Di Nessuno" qui flirte avec le doom et le dark prog, se rapprochant même par certains côtés de Deus Ex Machina. En tout cas, un titre énorme qui coupe le souffle par son intensité et par son atmosphère lourde en souffre. Écoutez la longue litanie de chœurs spectraux en milieu de piste. Et je ne vous parle même de l'orgue en furie de Cristiano Costa, une vraie tuerie !

La maturité de ces sept compositions surprend. "Sogni Infranti" installe le son du groupe dans ce qui ressemble à un entre-soi qui va progressivement se transformer en une symphonie majestueuse qui prend de l'ampleur et de la force au fil des minutes, amenant ainsi la partie chantée qui permet de découvrir la voix puissante de Francesco Ronchi. "L'illusione dell'Oblio" permet de passer la vitesse supérieure. Il s'agit d'un morceau tout en contrastes qui impose définitivement le groupe parmi les meilleurs.L’enchainement avec "Catarsi' est malin. On y découvre un groupe qui manie l'art de la ballade dark ambient avec une finesse qui laisse rêveur. Le morceau dure presque huit minutes et pourtant le temps passe vite, peut-être car il s'agit d'une chanson hors du temps justement. Au passage, la longue séquence instrumentale, entre chorus de guitare magnifique et orgue cryptique, est à tomber par terre. Si "Apologia Di Reato" semble d'emblée plus primaire avec notamment la section basse/batterie qui fonctionne comme un vrai rouleau compresseur, il est quand même bon d'attendre la partie centrale spacey et le final en apothéose pour comprendre le morceau. Avec "Isolazione", le groupe revient à un format chanson qu'il maîtrise à la perfection : un riff de guitare en intro que l'on peut siffler sans problème, des couplets emplis d'émotion, un refrain emphatique qui fait immédiatement décoller le morceau, un pont très neo prog au synthé, et çà passe. En fait, tout passe avec Le Vele Di Oniride pour une bonne et simple raison, c'est que tout est mélodique. Ce morceau est tout simplement un tube potentiel. Comme je vous ai déjà longuement parlé de "Madi Di Niente, Figli Di Nessuno", on passe directement au titre final, "Miraggi Remoti" qui démarre calmement avec un petit arpège de guitare joué en ostinato sur fond de nappes de synthé évanescentes. Le groupe déroule tranquillement, avec tout juste Francesco Ronchi qui met ce qu'il faut d'intensité dans ses intonations pour donner du relief au morceau. Le titre est d'ailleurs largement construit autour de sa ligne de chant. La bascule se fait à la cinquième minute avec un emballement très progressif lancé par la guitare électrique rapidement rejointe par la batterie de Jacopo Cenesi qui se charge d’accélérer le tempo et de lancer pour de bon cette magnifique envolée avant de retrouver la voix de Francesco Rocchi pour les dernières mesures.

La Quadratura del Cerchio est une belle surprise à laquelle je ne m'attendais pas. Voici un dark prog, oh combien attirant, avec ses lignes mélodiques tendues et ses parties rythmiques variées, servi par des chorus de guitares ajustés au millimètre, des claviers prolixes mais sans jamais en faire trop, et surtout une voix prenante qui impose son charisme contagieux et une humanité qui vous touche.

Une fois encore le prog italien contemporain m'aura émerveillé et aura justifié tout l'intérêt et toute l'attention qu'il faut porter à ce qui vient de ce pays, décidément fait pour porter la plus belle musique qui soit.

C'est sorti le 30 mai 2023 chez Lizard Records  

Pour le bandcamp du groupe, c'est ici.

Le groupe : Francesco Ronchi (chant, chœurs), Nello De Leo (guitares, synthé, chœurs), Lorenzo Marani (basse), Jacopo Cenesi (batterie), Cristiano Costa (claviers, synthés, piano)

La tracklist :

  1. Sogni Infranti
  2. L'illusione dell'Oblio
  3. Catarsi
  4. Apologia Di Reato
  5. Isolazione
  6. Madi Di Niente, Figli Di Nessuno
  7. Miraggi Remoti

vendredi 2 juin 2023

Conférence Giallo & Rosso au Forum des Images (Paris)

Si vous voulez venir, si vous pouvez venir, je vous attends avec plaisir. Mais c'est sur réservation avec un nombre de places limité à 100. Voici le le lien pour s'incrire.

https://www.facebook.com/events/3584670185094433/?ref=newsfeed


samedi 27 mai 2023

Giant The Vine : A chair at the backdoor

En 2019, Giant The Vine avait fait sa première apparition réussie avec l''excellent album Music for empty Places. Nous en avions d'ailleurs profité pour faire mieux connaissance avec ce groupe au travers d'une interview. Nous voilà aujourd’hui, quatre ans après donc, en présence du deuxième album tout frais sorti (19 mai).
Nous en étions resté à une formation qui proposait un post rock instrumental tournant le dos au passé pour mieux s'ouvrir sur des horizons nouveaux à l'instar de Laviantica, les deux groupes présentant d'ailleurs quelques similitudes stylistiques. Honnêtement, je ne vois pas ce nouvel album démentir cette définition, bien au contraire. A chair at the backdoor garde le même cap. Dès "Protect Us from the Truth", Giant The Vine installe à nouveau ses atmosphères énigmatiques, plutôt austères desquelles se dégagent une forme de spleen frisant parfois la neurasthénie. Voilà pourquoi on attend dans chaque morceau le trait de lumière qui en devient à chaque fois un éclair d'espoir; Pourtant, pour sombre qu'elle soit, cette musique s'impose par sa cohérence et aussi par sa mesure. Si vous écoutez attentivement "Jellyfish Bowl", vous constaterez comment chaque note est pesée au gramme près, comment chaque ligne est pensée comme un fil qui amène à un autre fil. Tout est ici essentiel, sans fioritures il est vrai, mais sans non plus de passages inutiles. Je l'ai toujours dit, l'art de la concision est l'art des sages. C'est aussi vrai en musique ( et pas toujours dans le prog justement !). Si vous commencez l'album par l'écoute de "The Heresiarch", vous allez me faire remarquer que ce court morceau est pour le coup très expansif et qu'il ne correspond pas à ce que je viens de vous décrire. Et bien, c'est à voir. Oui le langage est ici plus exubérant mais vous constaterez que les musiciens restent concentrés, voire même aimantés, sur un long chorus en développement dont ils ne s'écartent pas et que chaque membre alimente sans en rajouter. A contrario " The Inner Circle" vous entrainera dans le côté le plus intimiste de la musique du groupe. Enfin, nous avons en plat final "A Chair at the Backdoor", une pièce de résistance de 12 mn 24 exactement qui pourrait bien vous évoquer quelques beaux moments et quelques belles ambiances intimistes de Laughing Stock, le magnifique album de Talk Talk. Même si ce n'est pas voulu, ce n'est pas non plus complètement un hasard tant l'influence de Mark Hollis est revendiquée par Fabio Vrenna. Et si c'est un hommage à l'Anglais disparu trop tôt en 2019, et bien c'est un bel hommage car ce morceau est juste magnifique et là oui, le groupe lâche enfin les chevaux pour un emballement irrésistible, qui démarre à 6 mn 30,  et que le saxophone de Gregory Ezechieli fait plus qu'accompagner. Il le magnifie. Vous noterez aussi que pour ce titre, les guitares électriques sonnent différemment. C'est plus rugueux, plus rock tout simplement.. Jusqu'au bout, ce morceau est prenant et passionnant. jusqu'à ses arpèges finaux de guitare acoustique qui prennent pour modèle ceux de l'intro. 
Avec Giant The Vine, nous sommes évidemment plus en territoire post rock que prog mais ce post rock sincère et non dénaturé me plaît (parce que de vous à moi, dans le post-rock, il y a à boire et à manger !). Si vous êtes dans cet état d'esprit, alors plongez dans cet album les yeux fermés (et surtout les oreilles ouvertes), vous ne serez pas déçus.  

Le groupe : Antonio Lo Piparo (basse), Daniele Riotti (batterie), Fulvio Solari (guitares, lap steel),  Fabio Vrenna (claviers, Mellotron, guitares)

Musiciens additionnels : Ilaria Vrenna (piano sur 1,2,6), Simone Salvatori (piano sur 4), Gregory Ezechieli (saxophone sur 1,7)

 

La tracklist :

1. Protect Us from the Truth
2. Glass
3. The Potter's Field
4. Jellyfish Bowl
5. The Heresiarch
6. The Inner Circle
7. A Chair at the Backdoor

Le lien bandcamp du groupe, c'est ici.

Label : Luminol Records




vendredi 26 mai 2023

Divae Project : Prog will never die

Il faut bien que vous ayez des scoops de temps en temps ! Alors, regardez voir ce que le pape du prog italien, Guido Bellachioma, nous a concocté avec la participation royale de Gianni et Vittorio Nocenzi. Les deux frères milanais réinterprètent sur la face B du vinyle trois titres de Banco del Mutuo Soccorso : "La città sottile", "750 000 anni fa... l'amore ?" et "bambino". La face A présente trois instrumentaux inédits : " Tango zoppo", "E pericoloso giocare con il fuoco", "Prog will never die". Que du très bon et du très grand en perspective.

çà sort le 23 juin et c'est une production Divae Project évidemment !

mercredi 3 mai 2023

Il Fedelissimo Bracco Branco : A maze of mist and waves

Je profite de la mise en ligne de cet EP en format numérique pour vous parler du groupe Il Fedelissimo Bracco Branco que j'avais injustement mis de côté lors de la sortie de son premier album, Appunti Di Navigazione, en 2017. J'avoue avoir manger la commission et avoir oublié de le chroniquer à l'époque. Dommage car ce disque avait de grandes qualités mais aussi quelques petits défauts comme le recours trop systématique à l'accordéon par exemple (qui a disparu pour le nouveau morceau que nous allons présentement évoqué) qui, avec la manière de chanter de Federico Panighel, donnait un côté recueil de chansons de marin à l'ensemble (ce qui, a priori, était voulu je dois préciser), me faisant même penser par moments au Tempest de Lief Sorbye.

Pour ce qui concerne  A maze of mist and waves, nous avons affaire à une pièce instrumentale de 17 minutes 34 qui a belle allure. Il s'agit en fait d'une suite découpée en quatre parties. Chacune venant parfaitement prendre le relais de la précédente, chacune développant une atmosphère propre, mais avec une homogénéité relative de l'ensemble. "Exodus' a la charge d'ouvrir le bal. Les guitares, acoustique puis électrique, sont mises en avant et, à défaut d'être très originale, cette première section a le mérite de montrer que l'on a affaire à de très bons musiciens qui appuient forts et surtout qui maitrisent parfaitement les changements de métriques. Avec pour intro, quelques notes de piano évanescentes, "Revelation" enchaîne sur un ton beaucoup plus posé. Mais il s'agit en fait d'un calme relatif avant la tempête, car cette deuxième partie cache deux accélérations aussi soudaines que réjouissantes. Avec "Contact", le groupe passe en mode musique électronique planante avec à nouveau une intervention de piano qui prend le dessus sur les synthés pour développer une mélodie étirée dont chaque note semble tomber dans un vide infini. C'est évidemment très beau. C'est le même piano qui entame la dernière partie ("Synthesis") en reprenant les premières notes d"Exodus" dans une version épurée. Je vous le dis tout de suite, cette quatrième section est le climax de A maze of mist and waves. Les musiciens font feu de tout bois avec des changements de rythmes de malade, des montées en puissance irrésistibles, des diminuendos tout aussi impressionnants et avec en prime plusieurs soli  de guitare qui vous scotchent littéralement. Au passage, on sent que le gars Crovato s'est fait plaisir. Je me rends compte que je n'ai pas parlé du jeu de basse de Loris Ceccato qui me plaît vraiment beaucoup. J'aime ses lignes de basse qui sont à la fois précises, efficaces et avec une résonance très réussie. Et c'est bon jusqu'au bout ! La suite parfaite qui je l'espère augure d'un nouvel album au format physique cette fois. 

Le groupe : Federico Panighel (claviers), Stefano Crovato (guitares), Loris Ceccato (basse), Guido Morossi (batterie). 

A écouter ici version bandcamp ou ici version YT

lundi 1 mai 2023

Antilabé : Animi motus

La musique d'Antilabé me fait voyager, me dépayse et me fait rêver, Pourtant, Antilabé fait partie de ces formations apparentées au prog italien que peu de gens connaissent. Une sorte de secret bien caché D'ailleurs, nulle trace du groupe sur le site prog le plus connu (je ne le cite pas mais vous avez déjà trouvé !). Donc, pour revenir à Antilabé, j'ai découvert ce groupe en 2011 avec l’album Diacronie qui avait été une vraie révélation pour moi. Ensuite, j'ai carrément kiffé (comme dit souvent un jeune collègue à moi) Domus Venetkens, l'album sorti en 2018.

Donc, l'arrivée de ce troisième disque est évidemment un évènement pour moi. Il a été financé par une campagne de crowdfunding, ce qui a permis de réaliser trois cents exemplaires, en série limitée vinyle uniquement, de cet Animi motus. C'est assez incroyable ce qui se passe aujourd'hui. Mais c'est en même temps très cohérent. Tant qu'à faire d'être dans une niche et d'espérer au mieux vendre quelques centaines d'unités d'un album, autant proposer un bel objet, original et en même temps se faire plaisir. Car tous les musiciens que je connais et qui sont dans cette logique, sont vraiment très fiers de sortir un album en édition vinyle.

Les marimbas de Luca Crepet, la basse en contre-chant d'Adolfo Silvestri, la voix enchanteresse de Carla Sossai, un peu plus loin le saxo onirique d'Alessandro Leo, dès les premières secondes de "Labirinti della mente" le nuage musical d'Antilabé reprend sa place dans l'espace sonore comme si le temps, qui s'est écoulé depuis l'écoute de Domus Venektens, n'avait jamais existé. "Labirinti della mente" est à prendre comme une entrée en matière en douceur. "Metalleia", nettement plus jazzy, se distingue par un côté traînant. Le morceau est court (moins de trois minutes). Il marque le vrai début de l'album. Avec "Dubita" on rentre enfin de plain-pied dans l'univers propre à Antilabé : un magnifique bouquet d'étincelles de notes qui explosent avec une légèreté infinie. Je connais peu de formations capables de maîtriser cet art avec autant d'adresse pour un résultat toujours captivant, Antilabé fait partie de ces groupes talentueux. Et quand les musiciens décident d’augmenter la cadence, cela donne "Timor panico" qui pourrait être assimilé à une version assagie de ce que propose habituellement Universal Totem Orchestra. C'est précis et exaltant. En un mot, c'est beau ! Arrivé au milieu de cet album, la question est de savoir si Antilabé est capable de sortir de sa zone de confort. "Segregatione" arrive au bon moment pour bousculer l'ordre établi et démontrer que, oui, ce groupe peut se transcender. La chanson commence par une séquence réellement angoissante : miasmes bruitistes semblant sortir des enfers, déclamation menaçante suivie d'un long lamento plaintif. Puis elle se mue en une pièce quasi dansante qui prend des allures d'ambiance de derviche tourneur, avant de revenir à son point de départ. La pièce qui suit calme le jeu.  "De animi solitudine" est une courte sonate pathétique qui en 4 mn 32 respecte parfaitement les codes du genre. "Resilienza" débute par une intro très new age avant de glisser doucement vers une superbe chanson, typique de ce sait faire Antilabé, avec cette amalgame parfait entre trames soft jazz et lignes mélodiques entrecroisées remontant du folklore méditerranéen. La liaison est d’ailleurs parfaite avec l'ultime piste de l'album. Comme "Una luce nuova" porte bien son nom, tant sa deuxième partie est d'une beauté lumineuse avec cette ligne de chant mélodieuse portée par une orchestration somptueuse qui lui sert d'écrin.

Il y a dans la musique proposée par Antilabé une distinction naturelle alliée à une constance dans la qualité  qui font de ce nouvel album un moment musical privilégié et unique, pour peu que l'on soit sensible au langage stylistique pratiqué par ces musiciens, ce qui est mon cas. Je vous souhaite le même bonheur ! 

Le groupe : Luca Crepet (batterie, percussions), Alessandro Leo (saxophones), Adolfo Silvestri (basses, handpan), Carla Sossai (chant, chœurs),,Loris Sovernigo (piano, claviers), Luca Tozzato (batterie, percussions), Marino Vettoretti (guitares, percussions, claviers)

La tracklist :

  1. Labirinti della mente
  2. Metalleia
  3. Dubita
  4. Timor panico
  5. Segregatione
  6. De animi solitudine
  7. Resilienza
  8. Una luce luova 
Label : Lizard records

dimanche 30 avril 2023

Prog and Frogs 2023

 

 Difficile de résister à cette affiche du festival Prog and Frogs qui se déroule les 10 et 11 juin à Besate !

jeudi 27 avril 2023

Tony Carnevale : Tu che mi puoi capire

Profitant de la sortie du nouvel album de Tony Carnevale, je me dis qu'il est peut être temps que le monde du rock progressif se rende enfin compte de ce que cet immense musicien italien apporte discrètement à ce courant musical depuis maintenant plus de trente ans. Connu et reconnu comme instrumentiste (pianiste) mais aussi comme compositeur, chef d'orchestre, arrangeur et chef de chœur, Tony Carnevale s'intéresse en plus, et depuis toujours, au rock symphonique et a réalisé plusieurs albums qui s'inscrivent au moins partiellement dans ce style. J'avais référencé et chroniqué son album, publié en 1995, La Vita che grida dans mon premier livre (Le petit monde du rock progressif italien). J'ai depuis suivi et commenté ses sorties ultérieures et notamment, récemment sur ce blog (ici), son album de 2001, Movimento III, dans sa version revisitée et complétée en 2022. 

Cette fois, il s'agit d'une œuvre très personnelle. Tu che mi puoi capire est l'hommage d'un artiste accompli à tous ceux et toutes celles qui l'ont nourri intellectuellement et inspiré artistiquement parlant. Mais il y a plus ! Car comme le dit si bien Tony, les expériences et les relations qui marquent une vie sont difficiles à décrire avec des mots. C'est donc au piano, et accompagné d'un orchestre, que Tony Carnevale exprime ces images intérieures qui sont profondément inscrites en lui, comme si elles faisaient partie intégrante de l'homme qu'il est aujourd'hui. Mais loin de rester renfermer sur lui-même, Tony Carnevale s'adresse à ceux qui pourront le comprendre, qui seront capables de ressentir de la passion pour ce qui est beau, de la compassion pour les autres et de la compréhension pour ceux qui vivent différemment. En cela, le titre de cet album (toi qui peut me comprendre) est aussi une sorte d'appel, d'envie d'aller vers les autres.

L'exercice (piano/orchestre) amène à une forme de classicisme que Tony sait rendre passionnant en lui donnant les atours d'une musique contemporaine qui est évidemment basée sur un savoir académique, mais mis au service d'un langage bien actuel. Certains y trouveront un côté musique de film (« il suono della tua voce », "Oltre le note"), ce qui me semble tout à fait en phase avec cette volonté d'exprimer ce qui peut aisément être assimilé à des clichés imprimés de manière indélébile dans l'esprit de Tony. Un morceau comme "Quel discorso che non abbiamo mai finito" a d'ailleurs toutes les caractéristiques d’une pièce impressionniste romantique dont le caractère intimiste n'échappera pas à l'oreille frémissante de l'auditeur attentif.

Les parties symphoniques dégagent une puissance et une emphase qui permettent facilement une transposition visuelle imaginaire. Je pense tout particulièrement à cette pièce de neuf minutes,  "Pagine dal libro", qui est sans doute ce que j'ai entendu de plus beau depuis longtemps. La grandeur de cette composition se construit à travers un flot mélodique d'une richesse rare nourrissant tout un nuancier d'émotions. La surprise est d'autant plus totale que l'intro dirige l'auditeur plutôt vers un univers proche de celui de Keith Emerson, Tony Carnevale reprenant à son compte cette manière distinctive de plaquer des accords marcato sur une structure d'intervalles dissonants (Ah les secondes et les quartes augmentées chères à Keith !). En cela cette étonnante ouverture constitue une sorte de leurre quand on connaît la suite bien différente du morceau qui, je le souligne à nouveau, est une pure merveille, une symphonie de l'espoir, une ode à la beauté absolue. 

Et puis, il y a aussi l'avant dernier morceau, cette nouvelle version de "La vita che grida" réarrangée pour un résultat sublime, du pur rock symphonique orchestré par un Maestro (çà change !). Francesco Di Giacomo est au chant et Rodolfo Maltese à la guitare. Que ces deux là me manquent à moi aussi ! Mais la plongée dans le monde merveilleux de Banco del Mutuo Soccorso n'est pas tout à fait terminée car les 2 minutes 21 de la piste finale, "...al tempo meravigliosamente perso insieme", résonnent encore comme du Banco instrumental, une sorte de "traccia" de laquelle s’échappe quelques notes fugaces citant, devinez quoi? "R.I.P. (Requiescant in pace)" et "Non mi rompete". Un bonheur total !  

Tu che mi puoi capire est évidemment un évènement important dans la carrière artistique de Tony Carnevale. Il y aura un avant et un après ce disque dans sa discographie. Mais, c'est aussi la matérialisation d'un moment charnière de sa vie. Un moment de réflexion, presque de recueillement, où il veut se rappeler de ceux qu'il a rencontré, de ceux qui ont compté et il imagine cela comme un théâtre rempli de ces gens qui, d’une manière ou d’une autre, ont fait partie de sa vie. Cet album est le témoignage de cette démarche sincère et profondément humaine de Tony. On ne peut que s'incliner devant une telle abnégation surtout quand on écoute la résultat.

La tracklist :

  1. il suono della tua voce 
  2. Quel discorso che non abbiamo mai finito
  3. Ad ogni incontro
  4. Oltre le note  
  5. Pagine dal libro
  6. La vita che grida
  7. ...al tempo meravigliosamente perso insieme

Vocaux féminins : Daniela Soraci

 
L'album est sorti le 23 avril 2023 et est disponible en LP et en CD

Label : Soundtrack Records
 

jeudi 20 avril 2023

Balleto di Bronzo : Lemures

Je vous l'avais annoncé il y a quelques mois : la sortie d'un nouvel album de Balleto di Bronzo, dont la seule évocation du nom fait frémir dans le petit monde du rock progressif italien. Donc, en ce mois d’avril 2023, nous y sommes. Lemures sort chez Black Widow. Bien sûr, avec Gianni Leone, il fallait s'attendre à de l'exubérant. Et c'est bien le cas à la seule vue de la pochette mettant en scène un personnage improbable qui fait penser à un figurant de carnaval vénitien surgissant d'un film du cinéma bis. L'accoutrement de Gianni Leone est en fait un patchwork de vêtements et tissus personnels voire familiaux avec lesquels il s'est composé ce déguisement (Gianni adore se déguiser !). Et comme toujours avec Gianni Leone, le grotesque côtoie le mystique. C'est ainsi que l'album s'appelle Lemures, évoquant ainsi ces spectres bien particuliers qu'étaient les lemures, en fait des revenants à l'esprit plutôt malsain, dans l'antiquité romaine.
Au niveau création artistique, je ne vois pas bien comment on changerait Gianni aujourd’hui. C'est donc musicalement toujours aussi sombre, souvent hanté, parfois même heurté. Gianni Leone se plaît dans des atmosphères sonores torturées desquelles émergent des moments plus mélodiques qui constituent de très belles, mais rares, parenthèses marquées par une sensibilité exacerbée ("certezze fragile", "il vento poi"). Difficile également d'échapper à quelques sonorités technoïdes et autres ambiances new wave, réminiscences de l'autre face trouble de Gianni Leone, aka Leo Nero, heureusement limitées et concentrées sur le morceau "oceani sconosciuti". Gianni Leone fait partie de ces artistes qui expulsent leurs passions et leurs traumas avec une telle force et une telle conviction que l'auditeur se retrouve pris malgré lui dans un vrai maelström émotionnel ("L'ombra degli dei" et encore "il vento poi"). Au niveau rythmique, on balance entre frappes pesantes et patterns saccadés, l'opener "incubo succobo" en étant un parfait exemple, du genre instrumental sabbatique qui vous met mal à l'aise rien qu'à l'écouter. En clair, on retrouve toutes les particularités tant harmoniques que rythmiques qui font la marque de fabrique de Gianni Leone. 

Mais il y a aussi toujours, chez cet artiste hors norme et fantasque, cette étonnante capacité à donner vie à des œuvres musicales qui, au delà d'un côté parfois délirant ("napoli sotterranea"), acquièrent toutes une personnalité qui dépasse à chaque fois largement le simple statut de chanson. On pourra parfois trouver des similitudes de style avec ELP (encore que !) et pourtant, jamais je n'ai ressenti un morceau de l'illustre trio anglais, même le plus puissant, avec cette impression d'être face à une créature vivante ("l'ombra degli dei"). Car, de fait, je vois plutôt les créations de Gianni Leone comme des êtres qui prennent vie dans le temps imparti que leur donne leur démiurge romain. Comment affronter et ressentir autrement un monument comme "Labyrinthus" ? Vous pouvez trouver, à juste titre, cette chronique délirante, mais je vous promets qu'elle est à la hauteur de ce qu'a produit Gianni Leone avec son Balleto di Bronzo du XXIème siècle. 

Ce qui est sûr, c'est que cinquante ans après sa sortie, les nostalgiques de Ys ne seront pas déçus par son lointain descendant. Sans même parler de "deliquio viola", qui est sans doute l'acmé de cet album, des titres comme "lemofago" et "l'ombra degli dei",  peuvent carrément constituer des dignes prolongements des célèbres incontri ! D'une manière aussi improbable que passionnante, Gianni Leone ajoute donc un chapitre majeur, à l'histoire épisodique d'un groupe mythique du rock progressif italien.

Les musiciens jouant avec Gianni Leone sont Riccardo Spilli (batterie) et Ivano Salvatori (basse) qui l'accompagnent déjà depuis un moment sur scène.

La trackist :

  1. incubo succubo
  2. oceani sconosciuti
  3. lemofago
  4. napoli sotterranea
  5. l'ombra degli dei
  6. labyrinthus
  7. certezze fragili
  8. deliquio viola
  9. il vento poi


    Label : Black Widow Record

 

dimanche 9 avril 2023

La Giostra Di Vetro


Çà sort de nulle part et çà sonne vraiment très bien. Pour l'instant La Giostra Di Vetro propose deux titres en écoute sur YT d'un futur album qui doit s'appeler Dove sua l'anima. Comme d'habitude, je vous tiens au courant pour la suite.

'Il tua daimon"

"Nel delirio"

mercredi 5 avril 2023

Luca Scherani : Everything's changing

Vous avez entendu parler de La Coscienza di Zeno, de Trama, de Höstsonaten, de Merlin The Rock Opera  de Fabio Zuffanti, alors vous connaissez Luca Scherani ! C'est aussi lui qui a assuré récemment une bonne partie de la conception de l'album solo de Stefano Lupo Galifi (Museo Rosenbach), Dei Ricordi, un museo. C'est vous dire si ce musicien, en plus d'être un garçon charmant et gentil, sait se rendre indispensable. Plus de dix années après le très réussi Everybody's waiting, il sort (enfin) son quatrième album solo. Le mutisme de son groupe phare, La Coscienza di Zeno, explique peut être cette envie de combler un vide comme semble le démontrer la deuxième piste, "Il discorso", qui nous permet d’entendre à nouveau la voix si expressive, si italienne d'Alessio Calandriello dans un style similaire à celui de la Coscienza di Zeno. Mais non, en fait ce Everything's changing est bien une création solo de Luca Scherani qui nous présente toutes les facettes d'une personnalité artistique plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Car si l'on connaît et apprécie le Luca Scherani délivrant des compositions se distinguant par leur finesse extrême ("Piccole gocce", "Awondalimba" ou encore "La necessità" et son bouquet de quatre flûtes enrobé par un délicat arrangement de synthé), ou par leur romantisme exacerbé en format musique de chambre ("Prologo frammentario", "Nebbia sul buio"), il est aussi capable de nous étonner avec des pièces beaucoup plus aventureuses comme le légèrement technoïde "Everything's changing" qui fonctionne sur une gamme pentatonique à résonance orientale ou encore avec la mini suite "La ragione" qui se termine par une longue explosion symphonique. Dans un genre radicalement différent, "Un viaggio verso un sogno" s'affiche d'abord franchement jazz-rock avant de pencher vers quelque chose de plus pop tout en restant dans un registre délicieusement jazzy. Les cuivres sont ici mis en avant et l'ami Martin Grice est comme toujours impérial au saxophone. "Un viaggio verso un sogno" est évidemment un titre très accrocheur qui permet aussi de découvrir la magnifique voix de Sefora Firenze pour une séquence très Matia Bazar (Sefora a clairement des intonations qui rappellent le chant de la grande Antonella Ruggiero, au point que c’en est troublant). Luca  signe également avec "Ghiaccio calpestato", une perle de musique minimaliste mélodique à la frontière de l'avant-garde. L’enchaînement avec "Cristina" est d'ailleurs bien vu tant cette pièce prolonge la précédente avec cette fois une incursion vers le sérialisme de Pierre Boulez. J'ai bien sûr un faible pour "Il cosmo" marqué par cette progression, prenant la forme d'un crescendo, matérialisée par ce passage de relais qui se fait entre le quatuor à cordes, qui débute le morceau, et le groupe rock, duquel émane la guitare lead de Paolo Ballardini, qui amène le titre jusqu'à son outro. Arrivé presque au terme de cet album, vous aurez remarqué je l'espère, la récurrence d'un thème que l'on retrouve, sous une forme à chaque fois un  peu différente,  à quatre reprises dans l'album, d'abord sur "Il discorso", puis sur "La ragione" et "La necessità" et enfin sur "Il cosmo" justement. Ces quatre morceaux sont en fait les quatre passages d'une suite en quatre mouvements imaginée par Luca pour illustrer musicalement la théorie du mouvement et de l'écoulement perpétuel défendue par Héraclite ("Tout passe, rien ne reste"). Il est aussi bon de noter que Luca termine l'album sur une pirouette inattendue avec "Ein lied: der soldatenfriedhof in Bruneck". Il s'agit, comme son nom l'indique, d'un lied, c'est à dire d'un poème écrit en allemand et mis en musique avec une association piano/voix, cette dernière prenant une connotation lyrique en la personne de la soprano Chiara Bisso qui est parfaite dans ce rôle de composition. J'avoue rester assez hermétique à ce type d'exercice, mais c'est le choix de Luca. 
J'avais déjà grandement apprécié Everybody's waiting sorti en 2012 (il est d'ailleurs présenté en détail dans mon livre Plongée au cœur du rock progressif italien), mais je dois dire qu'avec Everything's changing, Luca Scherani franchit un cap important, sans aucun doute celui de la maturité artistique pour un musicien qui a aujourd’hui quarante cinq ans et encore un bel avenir devant lui. En tout cas Everything's changing est un très bel album qui démontre l'immense talent d'écriture de son créateur et ordonnateur. Luca est un des rares musiciens, parmi tous ceux que je connais, à être capable de marier avec autant de bonheur la musique classique avec des styles musicaux plus modernes pour nous proposer in fine des pièces parfaitement construites et sonnant magnifiquement ("la ragione" en est un sacré exemple). Bellissimo !

Aux côtes de Luca, on trouve nombre de musiciens de la sphère génoise à commencer par Fabio Zuffanti (Finisterre, Höstsonaten, La Maschera Di Cera), Paolo Tixi (Il Tempio delle Clessidre), Andrea Maddalone (New Trolls), Matteo Nahum (Nanaue, Höstsonaten, La Maschera Di Cera...), le guitariste soliste Pino Ballardini (Ballard), mais aussi une légende en la personne de Bob Callero (Osage Tribe, Duello Madre, Lucio Battisti...) sans parler de la famille avec Joanne Roan et Alice Scherani, que j'ai connu toute petite. C'est dire si Luca est bien entouré ! 
 

Les musiciens : Luca Scherani (claviers, guitares, basse, percussions, programmation, vocoder, bouzouki, glockenspiel, flûte), Alessio Calandriello (chant), Paolo Tixi (batterie), Fabio Zuffanti (basse), Bob Callero (basse), Andrea Maddalone (guitares), Matteo Nahum (guitares), Paolo Ballardini (guitares),  Marco Callegari (trompette), Martin Grice (saxophone), Stefano Massera (harpe), Joanne Roan (flûte), Alice Scherani (flûte) + le quatuor à cordes composé de Sylvia Trabucco (violon), Alice Nappi (violon), Ilaria Bruzzone (violon), Chiara Alberti (violoncelle).


La tracklist (vous pouvez écouter les titres en cliquant dessus): 

1. Piccole gocce
2. Il discorso
3. Prologo frammentario
4. Everything's changing
5. Un viaggio verso un sogno
6. Nebbia sul buio
7. La ragione
8. La necessità
9. Ghiaccio calpestato
10. Cristina
11. Awondalimba
12. Il cosmo
13. Ein lied der soldatenfriedhof in Bruneck 

Voilà le lien pour commander le CD via BTF.IT

dimanche 26 mars 2023

Prometheo : La crociata degli scomunicati

Au rythme d'un album tous les deux ans, les musiciens du groupe Prometheo annoncent leur nouvelle livraison pour cette année 2023. Après les projets conceptuels, D'un fuoco rapito, d'un giovane uomo, d'un amore insensato en 2019 et Quello che rimane en 2021, les natifs de Bari nous proposent cette fois en avant première de leur album Stupor Mundi, un premier titre "La crociata degli scomunicati "qui retrace la croisade pacifique des excommuniés, menée en 1229 par l'empereur des Romains, Frédéric II. Celui-là même que le pape Grégoire IX frappera d'excommunication et qualifiera d'Antéchrist. Celui là même qui s'autoproclamera roi de Jérusalem à son arrivée en Terre Sainte. Celui-là même qui fût surnommé l'enfant d'Apulie en raison de son attachement pour la région des Pouilles, qui se trouve être aussi celle des membres de Promotheo justement.    

Ce premier titre, excellent, incontestablement épique avec ses chœurs puissants, très cinégénique dans sa dernière partie,  annonce le meilleur pour la suite, c'est à dire l'album Stupor Mundi.

Le groupe : Alessandro Memmi (guitare, chœurs), Alessandro Rana (batterie), Andrea Tarquilio (chant, choeurs), Andrea Siano (claviers, synthétiseurs, chœurs), Ashley Symons (flûte traversière, ottavino),
Francesco Schiavone (basse), Alessio Roma (chœurs), Michele Antonacci (chœurs)

Voici donc les liens pour écouter ce titre :

Leur page bandcamp

sur YT


dimanche 19 mars 2023

Malombra : T.R.E.S.


Malombra c'est bien sûr la perle noire du cinéma italien tournée durant la seconde guerre mondiale, un mélodrame psychanalytique, gothique avant le gothique, avec une touche de surnaturel projetant vers le fantastique. Mais Malombra, pour ce qui nous concerne, c'est un groupe italien qui fait partie intégrante du paysage du dark et doom prog génois. La formation qui existe depuis maintenant trente ans a pour leader et chanteur, l’énigmatique Mercy (Renato Carpaneto pour les amis) qui officie aussi  dans l'insaisissable formation IANVA. Mercy a aussi fait partie d'Il Segno del Comando jusqu'en 2002, groupe qu'il a co-fondé avec Diego Banchero. Le même Diego a tenu un temps la basse dans le Malombra nouvelle formule de 2001 (album The Dissolution Age). Vous suivez toujours ? C'est pas fini ! Si vous consultez la discographie de Malombra, vous constaterez qu'il y a un trou de quinze années entre les deux premiers albums (Malombra en 1994, Our Lady Of The Bones en 1996) et The Dissolution Age en 2001. 
L'histoire (car il y a toujours des histoires avec moi, vous le savez bien), c'est que le groupe d'origine a splitté peu après la sortie de Our Lady Of The Bones alors même qu'un troisième album était déjà en chantier. Les compos étaient écrites et la pré production avait été réalisé. Sur l'impulsion de Black Widow, Mercy et Matteo Ricci, deux des cinq membres du groupe d'origine, sont retournés en studio l'année dernière, pour finir le travail et quel travail ! Imaginez que ces deux musiciens se gavent depuis toujours au heavy gothique des pères fondateurs italiens, Jacula, Antonius Rex et Devil Doll (et pas que, car Hawkwind est également une réelle source d'inspiration). Vous pouvez déjà deviner ce que çà donne au niveau musical. Ces nochers des enfers ne sont jamais aussi à l'aise que dans le dark blow et le hard scrofuleux. Et il faut reconnaître que pour cette renaissance inattendue, ils se surpassent.
L'écoute de cet album c'est un peu comme se faire les montagnes russes à la foire du Trône assis dans une nacelle à laquelle on s'accroche comme on peut. "Baccanalia" tangue dans tous les sens avant de se décomposer lentement. "Astarta Syriaca" vous entraîne dans un gouffre doom qui sent le souffre à plein nez avec des chapelets de tritons en arrière plan sonore. Pendant ce temps, "Fantasmagoia 1914" vous écrase de toute sa pesanteur malgré un pont central qui prend un peu de hauteur grâce à sa mélodie ascendante lumineuse à connotation médiévale (Ré/Sol/La/Ré/Do/Si). Bien sûr "Allucinazione ipnagogica" frise la folie psychédélique avec une tonalité particulière protée une progression d'accords en 7ème augmentée sus4. Mais le grand rendez-vous, ce sont les dix sept minutes et quelques du monstrueux "Cerchio Gaia 666" entre rock orgiaque, représenté par des riffs de guitare délirants, et messe noire illustrée par les appogiatures maladives d'un orgue démoniaque. "Cerchio Gaia 666" est un hard gothique poussé à son paroxysme qui n'accorde aucun répit à l'auditeur, car même la partie centrale en apparence plus calme (9'55 à 12'23) n'est en fait qu'un marais sonore glauque déprimant à l’extrême avec un Mercy dont le récitatif se révèle plus menaçant que murmurant. La rémission (je n'ose même pas écrire l'espoir) semble venir de l'éponyme "Malombra", longue complainte désabusée sur laquelle la voix de Mercy prend des accents à la Fabrizio De Andre. On entend même un piano, pour le moins frivole au regard de l'ambiance générale, qui courre pendant quelques secondes sur son erre. Mais non, décidément cette élégie termine mal et finit en un monstrueux tourbillon pagan. Heureusement, il y a "La sola immanenza". Ah que cet instrumental de trois minutes porte bien son nom (d'ailleurs, sur cet album, tous les titres des morceaux sont parfaitement choisis). Mercy y est un récitant solennel aux paroles salvatrices, un prêcheur qui augure de la lumière après l'apocalypse. 
Au delà du fait de se rappeler au bon souvenir de l'école italienne du dark prog, qui a fait depuis beaucoup d'émules (à commencer par La Janara, Una Stagione all'inferno et bien sûr Mater a Clivis Imperat), avec  T.R.E.S. les membres survivants de Malombra nous délivrent un testament posthume qu'il aurait été franchement dommage de ne jamais connaître. C'est chose faite aujourd'hui !
 
Une fois encore Black Widow a mis le paquet car outre la version CD,  vous avez le choix entre le double LP vinyle avec un livret de 32 pages ou un coffret édition spéciale avec le double LP vinyle coloré marbre, un livret de 36 pages et plein de trucs en plus (stickers, lien mp3 pour écouter 4 titres live de 1995) 

Le groupe : Mercy (chant, Fairlight), Matteo Ricci (guitares, basse, Mellotron, Vocoder), Fabio Cuomo (batterie, claviers), Giulio Gaietto (batterie, Odissey sur "Allucinazione ipnagogica")
 
La tracklist : 
  1. Astarta Syriaca
  2. Baccanalia
  3. Malombra
  4. Allucinazione ipnagogica
  5. Cerchio Gaia 666
  6. Fantasmagoia 1914
  7. La sola immanenza

dimanche 12 mars 2023

Il Cerchio d'Oro : Pangea e le tre luna

 

Le nouvel album d'Il Cerchio d'Oro devrait enfin sortir cette année. Si la composition de la formation ligurienne reste stable avec les jumeaux Terribile à la batterie et à la basse, Piuccio Pradal au chant et à la guitare, Franco Piccolini aux claviers, Massimo Spica à la guitare, il y a par contre quelques invités intéressants qui ont collaboré avec des groupes mythique du RPI : Donald Lax au violon (Quella Vecchia Locanda), Tolo Marton à la guitare (Le Orme), Ricky Belloni à la guitare (New Trolls mais aussi Battiato, CLaudio Rocchi, Equipe 84 et Nuova Idea).

Pour patienter, voici déjà un (petit) teaser YT

et la tracklist : 

  1. Pangea
  2. Alla derivà
  3. Dialogo
  4. Le tre lune
  5. Dal nulla cosi
  6. E la vita inizio